‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 68 sur 115 · RENSEIGNEMENTS SUR LA PLANTE TEXTILE TCHOU-MA · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS SUR LA PLANTE TEXTILE TCHOU-MA

(Urtica nivea).

« Pour semer le tchou-ma dans le troisième ou le quatrième mois, on choisit de préférence une terre sablonneuse et légère. On le sème dans un jardin ; si l’on n’a pas de jardin, on peut adopter un terrain situé près d’une rivière ou d’un puits. On bêche la terre une ou deux fois; ensuite, on forme des plates-bandes larges de un pied et longues de quatre pieds; après quoi, on bêche encore une fois. On lasse la terre superficiellement, soit avec lé pied, soit avec le dos de la bêche, et lorsqu’elle est un peu ferme, on l’égalise avec un râteau. La nuit suivante, on arrose les plates-bandes, et le lendemain, avec un râteau à petites dents, on relève la terre, puis on la nivelle de nouveau.

« Ensuite, on prend un demi-r/un^ (260 centilitres) de terre humide et un ho (52 centilitres) de graines, et on les mêle ensemble. Avec un ho de graines, on peut ensemencer six à sept plates-bandes. Après avoir semé, il n’est pas néces-

saire de recouvrir les graines de terre, car, si on le faisait, elles ne germeraient pas convenablement.

« On prend quatre bâtons, dont l’extrémité inférieure est taillée en pointe, et on les enfonce en terre en les alignant, deux d’un côté de la plate-bande et deux de l’autre; l’on s’en sert pour appuyer une sorte de petit toit de deux ou trois pieds de haut, que l’on recouvre d’une natte mince.

« Dans le cinquième ou sixième mois, lorsque la chaleur du soleil est devenue forte, on recouvre cette légère natte d’un paillasson épais. Si l’on ne prenait pas cette précaution, les germes de la plante seraient détruits par la chaleur.

« Avant que la plante ne germe, ou lorsque les premiers germes commencent à paraître, il ne faut pas arroser. A l’aide . d’un balai trempé dans l’eau, on mouille le toit des nattes, de manière à tenir humide la terre qu’il recouvre. (Iliaque nuit, on enlève les nattes afin que les jeunes pousses reçoivent la rosée.

« Dès que les premiers germes ont paru, si l’on voit des germes parasites, il faut les arracher immédiatement. Lorsque la plante a acquis deux ou trois doigts de hauteur, le toit n’est plus nécessaire. Si la terre est un peu sèche, on l’arrose légèrement jusqu’à la profondeur de trois pouces.

« On choisit alors une terre un peu forte, et l’on forme d’autres plates-bandes pour y établir les jeunes plants. La nuit suivante, on arrose les premières plates-bandes où sont encore les jeunes sujets; puis le lendemain matin, on arrose les nouvelles plates-bandes qui les attendent. On les enlève avec la bêche en conservant une petite motte de terre autour de chaque pied, et on les transplante (on les repique) à la distance de quatre pouces les uns des autres. On bine fréquemment.

« Au bout de trois à cinq jours, on arrose une fois; puis, au bout de dix jours, de quinze jours et de vingt jours, on arrose encore.

« Après le dixième mois, on les recouvre d’un pied de fumier frais de bœuf, d’âne ou de cheval.

« Lorsqu’on cultive le tchou-ma (Urtica nivea ) pour la première fois, l’on se sert de graines. Après qu’il est venu de semis, les anciennes racines donnent spontanément de nouveaux jets. Au bout de quelques années, les racines se croisent et s’entrelacent, et il faut séparer les tiges et les replanter.

« Aujourd’hui, dans les pays de An-king et de Kien-ning , beaucoup de personnes détachent avec un couteau des portions de racines et les replantent. Ceux qui n’ont pas pu se procurer de la graine imitent aussi le procédé usité pour ob- • tenir des plants de mûriers provenant de marcottes. Les résultats de cette pratique sont extrêmement rapides.

« Mais dans les pays où il n’existe pas de racines de tchou-ma , et où il serait difficile d’en faire venir de loin, il convient de recourir à la graine.

« Dès que les jeunes plants ont quelques pouces de hauteur, on les arrose avec de l’eau mêlée par moitié de jus de fumier. Après avoir coupé les tiges, il faut arroser immédiatement; mais cet arrosage doit avoir lieu la nuit ou par un temps couvert; car si l’on arrosait en plein soleil, la plante se rouillerait. Il faut bien se garder de faire usage de fumier de porc.

« Le tchou-ma peut être planté tous les mois; mais il faut que ce soit dans un terrain humide.

« Lorsque les toulïes du tchou-ma sont très-fournies, on creuse la terre tout autour, et l’on en détache les nouveaux pieds que l’on transplante ailleurs. Alors le pied principal végète avec plus de vigueur. Au bout de quatre ou cinq ans, les pieds anciens se trouvant extrêmement fournis, on les divise et on les replante sur d’autres plates-bandes.

« Quelques personnes se contentent d’abaisser les longues tiges, et obtiennent des marcottes par le procédé ordinaire.

« Quand une plate-bande est trop garnie, on en établit une nouvelle qui est bientôt suivie de plusieurs autres. De cette manière, les plants se multiplient à l’inlini.

« On choisit d’avance une terre grasse qui a été bien labourée en automne, et on la fume avec du fumier fin. Le printemps suivant, on transplante. La meilleure époque est celle où la végétation commence; la seconde époque (sous le rapport de la convenance) est celle où les nouvelles pousses paraissent; la troisième époque (c’est-à-dire la moins convenable) est celle où les tiges sont déjà grandes.

« On espace les nouveaux plants d’un pied et demi, et, quand ils ont été bien entourés de terre, on arrose.

« En été et en automne, il faut profiler du moment où la terre vient d’être humectée par la pluie. On peut aussi transplanter les jeunes tiges dans des lieux voisins, mais il est essentiel de conserver une motte de terre autour de chaque pied.

« Pour multiplier les plants de tchou-ma, on sépare avec un couteau des portions de racines de trois ou quatre doigts de longueur, et on les couche par deux ou trois dans de petites fosses éloignées l’une de l’autre d’un pied et demi. On les entoure de bonne terre et l’on arrose; on renouvelle cette irrigation trois ou cinq jours après. Quand les nouvelles tiges ont acquis une certaine élévation, on bine fréquemment.

« Si la terre est sèche, on arrose. S’il s’agit de transporter ces plants au loin, il faut que la racine conserve sa terre première, bien enveloppée de feuilles de roseau. On les enferme, en outre, dans une natte pliée de manière à les préserver de l’air et de la lumière. On peut alors les transplanter, en toute sécurité, à une distance de plusieurs centaines de lis (dizaines de lieues).

« La première année, quand la plante a atteint la hauteur d’un pied, on fait une récolte; on en fait une autre la seconde année. Les libres des tiges coupées sont bonnes à filer.

« Chaque année, dans le dixième mois, avant de couper les rejetons qui dépassent la racine, on couvre la terre d’une couche épaisse de fumier de bœuf ou de cheval. Dans le second mois, on enlève le fumier avec un râteau, afin que les nouveaux sujets puissent sortir librement. Au bout de trois ans, les racines se trouvent extrêmement fournies; si l’on ne

transportait pas une partie des plants qui viennent en touffes serrées, ils s’étoufferaient les uns les autres.

« Chaque année, l’on peut faire trois récoltes. A l’époque où l’on coupe les tiges, il faut que les petits rejetons qui sortent du pied de la racine aient environ un demi-pouce de haut. Dès que les grandes tiges sont coupées, les rejetons poussent avec plus de vigueur, et donnent bientôt une seconde récolte. Si les jeunes pousses étaient trop hautes, il ne faudrait pas couper les grandes tiges; mais les rejetons ne pourraient prospérer et nuiraient au développement de ces grandes tiges.

« Vers le commencement du cinquième mois, on fait une première récolte; une deuxième au milieu du sixième mois ou an commencement du septième mois; enfin une troisième au milieu du huitième mois ou au commencement du neuvième mois. Les tiges de la deuxième récolte croissent plus rapidement que les autres; leur qualité est infiniment préférable.

« Après la récolte, on couvre de fumier les pieds de tchou-ma, et l’on arrose immédiatement; il faut bien se garder d’arroser en plein soleil.

« Lorsque la récolte des liges est finie, on prend un couteau de bambou, ou un couteau de fer, et on les fend à partir de l’extrémité. On enlève d'abord l’écorce; puis, avec le couteau, on ratisse la couche inférieure qui est blanche et recouverte d'une pellicule ridée qui se détache d’elle-méme. On trouve alors les fibres intérieures; on les détache et on les amollit dans de l’eau bouillante. Si l’on teille le tchou-ma en

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hiver, on fait tremper d’avance les tiges dans de l’eau tiède ; ce qui les rend plus faciles à fendre.

« La première couche du tchou-ma est grossière et dure, et n’est bonne qu’à faire de l’étoffe commune; la deuxième est un peu plus souple et plus line; la plus estimée est la troisième couche, qui sert à fabriquer une étoffe extrêmement line et légère.

« On réunit les tiges et l’on en forme de petites bottes que l’on place sur le toit de la maison pour qu’elles soient humectées par la rosée de la nuit, et séchées ensuite par la chaleur du soleil. Dans l’espace de cinq à sept jours, elles acquièrent d’elles-mêmes une blancheur parfaite. Si le temps est couvert ou pluvieux, on les met sécher dans un lieu couvert et exposé à un courant d’air. Si elles étaient mouillées par la pluie, elles deviendraient immédiatement noires. »

Un autre auteur dit : « Après le teillage des filaments, on les lie en écheveaux, on les arrondit en cercle, et on les fait tremper pendant une nuit au fond d’une terrine pleine «l’eau, puis on les lile sur le tour. Cette opération achevée, on les fait tremper encore dans une eau de cendres de bois de mûrier.

« Après les avoir retirés du vase, on les divise par paquets de cinq onces; on prend alors, pour chaque paquet, une tasse d’eau pure que l’on mêle avec une égale quantité de chaux pulvérisée, et on les dépose, dans un vase, au milieu de ce mélange pendant une nuit.

« Le lendemain, on les débarrasse de la chaux et on les fait bouillir dans une eau de cendres de tiges de blé ; ils deviennent ainsi blancs et souples. Après les avoir bien séchés au soleil, on les fait bouillir encore une fois dans de l’eau pure; en outre, on les agite dans une autre eau pour achever de les nettoyer, et enfin on les fait sécher au soleil.

« Cela fait, on les soude bout à bout sur le tour pour obtenir de longs fils, on en forme la chaîne et la trame,

et l’on en fabrique de l’étoffe par les procédés ordinaires. »

Un autre auteur dit : « Après avoir filé les filaments du tchou-ma, on les fait bouillir dans de l’eau de chaux, et, quand ils sont refroidis, on les lave avec soin dans une eau pure. Ensuite, à l’aide d’un treillis de bambou, placé à la surface de l’eau, on les étale par couches égales, afin que, pour ainsi dire, ils soient à moitié humectés par en bas, et à moitié séchés supérieurement. A l’approche de la nuit, on les retire, on les égoutte et on les fait sécher; on continue de même le lendemain et les jours suivants, jusqu’à ce que les fils aient acquis une parfaite blancheur. C’est alors seulement qu’il convient de les employer au tissage.

« Suivant un autre procédé, il y a des personnes qui, après le rouissage ordinaire, filent le tchou-ma et en fabriquent de la toile. Elles différent en cela de celles qui ne rouissent le tchou-ma qu’après le filage.

« Il y en a d’autres qui prennent les filaments bruts, les exposent la nuit à la rosée, et le jour aux rayons du soleil ; puis, quelques jours après, les filent au tour, et ne les blanchissent qu’après le tissage.

« D’autres enfin, à l’exemple de ceux (pii travaillent la plante Ho, coupent les tiges, ne tissent les filaments qu’après les avoir ramollis par la vapeur de l'eau bouillante, et ne s’occupent plus de les blanchir. De tels filaments donnent une toile plus souple et plus nerveuse.

« Lorsqu’on veut recueillir des graines de tchou-ma pour le semis, on doit préférer celles qui proviennent des premières pousses. Dans le neuvième mois, après l’époque Choang-kiang (après !e 2 octobre), on recueille les graines et on les fait sécher au soleil ; ensuite on les mêle avec une égale quantité de sable humide, et on les met dans un panier de bambou (pie l’on recouvre soigneusement avec de la paille. Cette précaution est nécessaire, car, si elles gelaient, elles ne germeraient pas. Les graines de la deuxième et de la troisième

pousse ne sont pas bonnes à semer. Au moment de faire des semis, on les éprouve avec de l’eau; on emploie celles qui ont été au fond, celles qui flottent à la surface n’ont aucune valeur 1 .

« On sème avant la première moitié du premier mois. Les meilleures graines sont celles qui sont tachetées de points noirs. Après les avoir semées, on les recouvre avec de la cendre. Si on les sème dru, les plants de tchou-ma viendront faibles et grêles : ils acquerront, au contraire, de la force et de la vigueur si les graines sont clair-semées. Dès que les feuilles ont paru, l’on arrose avec du fumier liquide. Dans le septième mois, on récolte les graines, on les met dans une toile de chanvre et on les suspend dans un lieu exposé au grand air : cela facilite et hâte la germination. »

RENSEIGNEMENTS SUR DES GRAINES D’UNE PLANTE TEXTILE Envoyées de Chine par un missionnaire français.

« La plante Ko s’appelle aussi Hoang-kin , Lou-ho et Khi-thsi. On la rencontre partout, mais surtout dans les provinces de Tche-kiang et de Kiang-nan. Elle vient aussi bien dans les lieux incultes que dans les champs cultivés. Elle commence à pousser au printemps, et étend sa tige, qui est de couleur violette, jusqu’à la longueur de l ou 2 tctiang (3 à 6 mètres). On récolte les tiges, et, après une préparation convenable, on en tire des filaments textiles. Sa racine est violette en dehors et blanche à l’intérieur; elle acquiert la grosseur du bras et la longueur de 2 ou 3 mètres. Ses feuilles sont trilobées, comme celles de l’arbre Kong, mais elles sont plus longues; leur surface est verte, et leur revers d’une

1 . On emploie en France le même procédé pour la culture de la pomme de terre et de la betterave, en substituant à l’eau une solution de sel

marin.

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