‹ Industries anciennes et modernes de l'empire chinoisChapitre 92 sur 115 · DE LA FORCE DES MANOEUVRES CHINOIS · texte numérisé non relu

DE LA FORCE DES MANOEUVRES CHINOIS

lin des frères Lazaristes, qui dirigeait les ouvriers employés à la construction de l’église de la Mission, nous affirmait que les manœuvres étaient plus robustes en Chine qu’en Europe; il prétendait qu’il les voyait fréquemment soulever des poids ou manier des fardeaux qui auraient défié la vigueur des ouvriers européens. Ce fait peut être attribué à cette circonstance que les Chinois, ne disposant pas des mêmes moyens d’action que nous, sont habitués à une grande dépense de force qui, fréquemment répétée, exerce et accroît leur vigueur musculaire. En Chine, une grande partie des marchandises est transportée à dos d’hommes, ou bien encore à l’aide de brouettes; dans le nord seulement l'usage des voitures est généralisé, et les ânes et les mulets sont employés au transport.

Le voyageur est frappé du nombre de manœuvres qu’il rencontre, chargés de lourds fardeaux. De toutes parts dans les rues, des ouvriers tiennent horizontalement placée sur l’épaule une tige de bambou, à l’extrémité de laquelle les fardeaux sont suspendus en équilibre comme sur les deux plateaux d’une balance; çà et là, des porteurs de palanquins

courent avec une rapidité et une adresse prodigieuse au milieu de la foule, et ne paraissent pas songer à la pesante charge qu’ils supportent ; on les voit traverser les rues étroites des villes chinoises* en poussant des cris gutturaux, analogues à ceux (jue font entendre les geindres de nos boulangers ; tous les porteurs de palanquins semblent ainsi soulager leurs efforts par cette sorte de gémissement saccadé et intermittent.

On ne peut manquer d’être surpris de la force de ces hommes à l’apparence chétive et débile, au visage pâle, anémié, et dont la nourriture peu abondante est très-peu substantielle ; cependant, pour rester dans les limites de la vérité, il est nécessaire d’ajouter que si les Chinois manifestent, dans certaines circonstances, une grande vigueur musculaire, s’ils produisent des efforts souvent énergiques, ils ne pourraient généralement pas s’astreindre à une dépense de force continue, et l’intermittence du travail est pour eux une règle générale; il est probable que les conditions climatériques du pays qu'ils habitent exercent une profonde influence sur leur nature physique, et nécessitent ces interruptions fréquentes dans le travail. •

Pour établir le régime suivi par les ouvriers de Pékin, nous nous baserons sur les renseignements recueillis, comme nous l’avons dit au début de ce chapitre, à l’atelier de construction de l’église de Pékin.

Les ouvriers, en été, commencent leur journée à 6 heures du matin et ils terminent leur travail à (5 h. 1/2 du soir. Cet espace de 12 h. 1/2 est ainsi divisé par les repas, ou les haltes : à 7 h. 1/2, premier repas durant 1 heure ; à 10 h., A5 minutes de repos ; à midi, deuxième repas durant 1 heure; à 3 h. 1/2, repos de A5 minutes.

Pendant les temps de repos, les ouvriers chinois fument et prennent du thé; ce sont là leurs délassements de prédilection.

Voici le menu du premier repas : pain de maïs, 502 grammes environ, avec 50 à 100 grammes de haricots germes et crus, mélangés avec un peu d’eau et de sel.

Le deuxième repas, de midi, est attendu par les ouvriers avec impatience, car ils le considèrent comme très-réparateur. Ce dîner consiste en 2 ou 3 pains de farine de froment d’assez belle qualité et pesant chacun 750 grammes environ, accompagnés de haricots germés et crus ou quelquefois d’herbes cuites et salées.

Le troisième et dernier repas se compose d’un bol de, millet bouilli, et d’herbes cuites et salées.

Deux fois par mois, le 1 er et le 15, jours de fêtes régulières, chaque ouvrier a droit à une demi-livre de viande de porc.

Dans le nord de la Chine, et même quelquefois à Pékin, le riz est remplacé par du pain de maïs ou de froment.

Page 1