‹ Inès de las Sierras; Mademoiselle de MarsanChapitre 10 sur 14 · I. E T U N G E N D - B U X D III · texte numérisé non relu

I. E T U N G E N D - B U X D III

proue sur un point que je n'avais pas encore remarqué. L'horizon y était fermé par un roc immence en forme de cube, que surmontait un donjon très élevé, mais dont le sommet ruineux s'inclinait comme la tête d'un géant blessé à mort. Les vastes murailles qui l'avaient appuyé autrefois, dégradées parle temps, par la foudre et par le canon, ne se soudaient plus que par quelques pierres à ses épaules inégales, et s'étendaient de part et d'autre comme des bras fatigues qui allaient reposer leurs larges mains sur les angles de la montagne. Ce qui me frappa le plus, c'est qu'un balcon arrondi, seul vestige de sa plate-forme qui fût resté suspendu sur l'abime, paraissait avoir été adapté à ce séjour de terreur dans des années de paix et de joie. J'en étais assez prés alors pour distinguer tous ces détails, et pour comprendre que ces bâtiments et leur base devaient s'isoler du monde entier, à toutes les crues du Tagliamente. Nous débarquions alors, et nous n'avions pas plus de vingt toises à parcourir avant de gagner les degrés taillés dans le roc qui conduisaient au château. Le batelier reprit brusquement le large, après nous avoir quittés. Le sol se composait d'énormes galets

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roulés, ovales ou ronds, qui noircissent là depuis des siècles sous l'action alternative de l'air et des eaux, mais dont un grand nombre sont relevés de taches hideuses par des lichens couleur de sang. Le pied a peine à s'y affermir, car il n'y a point de route tracée, et la crainte des invasions quelquefois subites du Tagliamente dans ce long défilé entre la rivière et la montagne en éloigne moins les paysans riverains que d'anciennes et formidables superstitions. Le domestique de Solbioski, chargé de notre mince bagage, ne s'y engageait qu'avec une sorte de terreur. Puck ne m'y précédait pas à son ordinaire; il m'y suivait en hurlant.

Le silence de Solbioski me fit penser qu'il n'était pas tout à fait dégagé de ce sommeil du matin qui venait de le ressaisir, à la suite, sans doute, de bien des jours de fatigue et d'émotions.

« Où allons-nous, mon ami? — dis-je en le prenant par le bras pour assurer mutuellement notre marche.

— Me le demandes-tu ? — dit-il en tournant sur moi un regard abattu, car il n'avait pas tardé à partager mon impression. — Nous allons à la Torre Maladelta, et la Torrc Maladella, la \'0\\\ ! »

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