‹ Inès de las Sierras: Medemoiselle de MarsanChapitre 11 sur 18 · LE T U X G E X D - E 0 X D · texte numérisé non relu

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droïpo ; mais il vous attend demain matin aux bateaux du Tagliamente, une heure avant le jour, et ce signe singulier qu'il m'a chargée de vous remettre ne vous permettra aucun doute, suivant lui, sur l'autorité de ma mission. Promettez donc, et ne me suivez pas ! »

Le signe, c'était le fragment de la bûchette mystique que Mario avait rompue à la vendila ; il était lié, comme la lettre de Diana, d'un petit ruban cramoisi, à la livrée de sa gondole.

Je protestai de mon exactitude par une inclination respectueuse, et Honorine disparut sans peine au milieu de la multitude qui couvrait l'escalier et qui encombrait les rues ; car la procession arrivait avec toutes ses magnificences pour venir prendre la châsse. Je cherchai autour des paniers de rieurs la petite Onorina. Elle y était déjà, et superbement vêtue de sa belle robe de toile de Perse à bouquets, et si préoccupée, l'heureuse fille, de sa parure et de sa beauté, que je ne fus pas étonné du tout qu'elle ne prit pas garde a moi ; elle avait bien d'autres pensées !...

Je n'étais pas encore arrivé, la nuit suivante, à l'endroit du rendez-vous, que je m'entendis nommer dans l'obscurité par

une voix connue. Je m'arrêtai aussitôt et j'embrassai Solbioski.

« Tu ne verras personne ce matin delà famille du docteur, — me dit-il ; — elle est partie hier pour Saint- Veit, sur lu rive où nous allons aborder, et monsieur Fabricius doit seul nous rejoindre demain au château de notre malheureux ami Mario, dont tu ne peux ignorer la destinée. Il a cru devoir faire l'acquisition de ces ruines, dont le séjour serait, dit-on, trop sévère pour des femmes. N'impute donc pas notre séparation à quelques insultantes précautions de la jalousie, quoique tu m'aies donné lieu d'en concevoir un peu. Dans peu de jours, mon Honorine recevra de toi un baiser de frère, et la mobilité de ton cœur me promet que tu oublieras facilement un amour contracte sous le masque. »

J'allais me justifier. Il m'embrassa de nouveau en riant. « Ecoute des explications plus essentielles. — reprit-il. — et commence par me pardonner de ne t'avoir pas ouvert toute mon âme dans nos entretiens. Livré par le malheur de ma destinée à ces idées qui ont failli perdre irréparablement la tienne, je te voyais avec plaisir t'en distraire et t'en éloigner pour

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des études pleines de charme auxquelles tu es appelé par tous les souvenirs de ton éducation et par tous les penchants de ton caractère. Mon père apprit cependant de Mario que tu lui appartenais par un serment ; il l'apprit dans une occasion solennelle. C'était la veille du tragique accident qui a ravi à la liberté son épée d'Italie. Ce dernier malheur nous aurait détournés plus que jamais de t'entrainer avec nous dans nos travaux et dans nos dangers, si quelques mots échappés à Mario ne nous portaient à croire que la Torre MalacUtta cache quelques secrets qui ne sont connus que de toi. Les sigrlaux qu'il t'envoyait, ce bâton rompu, ce ruban, ces couleurs, tout cela est un mystère qui nous reste celé si tu ne nous le découvres, et qui compromettrait peutêtre la vie d'une multitude de nos frères, si les recherches auxquelles nous allons nous livrer n'étaient éclairées que parle hasard. C'est ce qui a décidé monsieur Fabricius à prendre possession du vieux castel des Cinci. où tu ne resteras d'ailleurs qu'autant qu'il le faut pour nous diriger, dans le cas où tu ne répugnerais pas à me suivre.

— Te suivre en enfer, s'il le faut, —

répondis-je ; — mais ce mystère est impénétrable à ma pensée comme à la tienne. Mario l'a emporté dans le torrent. Il ne me reste, comme à toi, qu'à le deviner.

— Auparavant je te dirai tout ce que je sais. »

Et je lui dis tout ce que je savais.

« J'ai entendu parler de cet événement,

— dit Solbioski après un moment de réflexion. — Une femme enlevée ! On n'a jamais enlevé femme à Venise depuis dix ans, qu'on ne soit venu la che

la Torre Maladelta, mais toujours sans succès. Mario devait ce tribut à sa réputation romanesque, et, je pense, un peu fantastique. On y a recherché Diana, qui n'y était point, et on a profité de cette occasion pour visiter les recoins les plus cachés d'une retraite si justement suspecte à nos ennemis. Il n'y a pas deux opinions aujourd'hui sur cette déplorable histoire. La commémoration même des couleurs de Diana dans le dernier message de Mario ne prouve rien. Ce n'était qu'un appel de plus à ton souvenir. Mademoiselle de Marsan périt en effet le jour de son départ de Venise, après avoir écrit le billet que tu en as reçu à Trieste, et je suis persuadé que son père en avait acquis de

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