‹ Inès de las Sierras: Medemoiselle de MarsanChapitre 3 sur 18 · LE T U X G E X D - B V X D · texte numérisé non relu

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site des temps et des caractères, ou des acteurs très préoccupés de leur importance dramatique, ou des comédiens très habiles à calculer les chances de la recette. Les acteurs que j'aimais ont disparu ; les comédiens sont là : Plaudiie, en

Jamais je n'ai été moins intéressé à cette explication qu'à la tète de ce chapitre dont mon pauvre barbet noir, l'honnête Puck, pourrait vous rendre aussi bon compte que moi. s'il avait joint à ses dignes facultés de chien celle d'exprimer la pensée, et surtout s'il n'était pas mort trois ans après sur mon oreiller, dans un petit bourg du Valais. Pauvre Puck, que j'ai appelé dix ans mon dernier ami avant de trouver un homme qui méritât de le remplacer dans mon cœur !... Je vous réponds que la plus grande preuve des justes vengeances de Dieu contre notre folle espèce, c'est la brièveté de la vie du chien. Il ne faut aimer que lorsqu'on est vieux : on a moins à regretter quand on s'en va.

Mais ce n'était pas cela que je voulais dire; c'est que cet épisode n'est guère plus attrayant que ce que vous venez de lire jusqu'ici. Ce sont des faits assez vulgaires qui ne lient les deux extrêmes

de ma trilogie que par des rapports peu visibles, mais fort essentiels, et qui ne manqueraient pas d'un certain mérite d'artifice et de combinaison s'il y avait de l'artifice et de la combinaison dans ce que j'écris. Il n'y sera plus question de mon amour extravagant dont vous savez que l'issue n'a pas été heureuse. Les personnages avec lesquels vous aviez fait connaissance n'y reparaîtront pas, et vous en verrez d'autres que vous connaissez tout au plus de nom, mais dont le portrait n'est pas indigne de l'histoire, qui ne leur a jusqu'ici accordé que de courtes et froides notices peu satisfaisantes pour un esprit curieux. C'est dans cette galerie que je vous introduis, et je n'y ferai que l'office d'un cicérone exact; le rôle fort insignifiant auquel j'ai été réduit parmi eux ne me permet pas d'autre emploi.

La seule particularité de mon premier récit qu'il soit essentiel de vous rappeler maintenant. c"est que j'avais lieu de croire, en arrivant à Trieste, que Diana de Marsan était morte victime d'un naufrage ou d'un suicide. Un billet noué d'un ruban cramoisi comme celui de sa gondole, et que le patron nie remit au débarquement, me tira de cette cruelle angoisse : il n'était

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point signe, et je ne connaissais point l'ccriture de Diana ; mais il ne pouvait venir que d'elle. J'en rapporterai sans peine les propres expressions, car on doit imaginer que je ne l'ai pas perdu : i Ne « vous alarmez pas, Maxime, des bruits « qui pourront vous parvenir, un cœur « que vous avez pénétré de reconnaissance « et d'amitié palpite encore pour vous.

Un cœur! il fallait dire deux. On « vous engage à n'oublier ni le rendez- " vous, ni l'église, ni le signal, et je « sens que je suis intéressée aussi à » l'accomplissement de votre promesse « par un sincère désir de vous revoir, i

Tout s'expliquait ainsi. Le rendez-vous dont il m'était parlé, c'était certainement celui qui devait me réunir à Mario Cinci dans l'église de Codroïpo, à la chapelle de Sainte-Honorine. Mes inquiétudes s'évanouirent, et je ne songeai plus qu'à me reposer des agitations passées dans lus douces émotions de l'étude, qui devenait déjà le premier de mes plaisirs.

Cela n'était pas facile à Trieste, où le parti allemand et le parti de la conquête divisaient tous les esprits et toutes les conversations ; mais, par un hasard qui vaut la peine d'être remarqué, l'émigration

française n"y était pas suspec: hommes de cette classe qu"un heureux choix avait fixés dans ces contrées charmantes s'y naturalisaient si facilement, qu'on oubliait de jour en jour leurs titres d'origine en les voyant se livrer à d'utiles et laborieuses industries. Un de nos plus brillants marquis y avait fondé une vaste maison de commerce dont la réputation est européenne. La meilleure auberge du pays était tenue par un chanoine, l'aimable et savant Maurice-Trophime Reyre, et il en était à peu près de même pour tout le reste. Les opinions s'étaient identifiées comme les mœurs, suivant les positions et les caractères ; mais les séductions de la gloire ont tant d'empire sur notre vanité nationale, que le parti de Bonaparte dominait un peu. Il faut lavoir vu pour le croire. Ainsi, je le répète, il n'y avait point de prévention exclusive contre les Français, parce qu'il n'y avait point de simultanéité entre eux ; chacun comptait les siens.

J'arrivais déjà dans mes moments lucides A cet âge d'éclectisme qui est celui de la raison ; mais les moments lucides étaient rares dans ma vie de jeune homme, et le vieux levain de la ligue, comme avait dit

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Henri IV, fermentait quelquefois dans mon cœur au seul nom de Napoléon :

belle et savante inimitié qui nous a menés loin, le monde et moi ; — grâce pour le rapprochement ! — J'en étais d'ailleurs venu au point de regarder la part obscure que je prenais à cette opposition impuisante comme une condition imposée par la fatalité qui me dominait. Je ne croyais plus à la possibilité de cette république du genre humain, pour laquelle une poignée d'écoliers ingénieux, passionnés et absurdes, avaient fait une langue, des institutions et des lois ; mais j'étais retenu à leur cause par le souvenir même de leurs inutiles et malheureux sacrifices. Leur sang criait à mes oreilles et me reprochait de n'être pas mort avec eux, si je n'étais capable de servir leur mémoire et leurs projets, au moins par le concours des forces qu'ils m'avaient connues et auxquelles ils s'étaient si tendrement confiés. Je pensais souvent que nous avions eu tort ; mais aucune réflexion ne pouvait me détourner du devoir de les suivre et de finir comme eux.

Pour le peu de temps que j'avais à a Trieste, il fallait cependant me . parmi mes compatriotes, entre

deux sociétés bien distinctes, et que le peuple lui-même avait signalées, celles des

et celle des Gobbi. Cesapp, insultantes, déterminées probable:., quelque défaut physique des de sonnages les plus imposants de Tune e: de l'autre opinion, séparaient d'une manière insurmontable nos voyageurs, nos réfugiés et jusqu'à nos proscrits, tant il . que les hommes les plus faits pour se rapprocher trouvent partout d'excel-

:sons de se hair. Comme je ne voulais haïr personne, je pris un parti non pas moyen, mais excentrique avec les

je me sauva:

qu'on y prit garde, à la plus simple auberge du quartier des juifs, qu:

fréquentée ordinairement que par k marchands et les paysans des me

!:tude très réelle que l'on trouve au milieu d'une multitude inc..

m'agréait fort. Il n'y a rien de importun que la foule quand o::

pas connu.

Mon premier objet le com-

:.;rsions, si bel espérance, aux villages poétique Morlaques, aux tribus toutes prin. :

-re. aux rui

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daure, de Trigurium et de Macaria. Mes engagements avec Mario ne me permettaient plus ce long voyage, et d'ailleurs la petite mais brillante armée du général Marmont se répandait déjà sur le pays intermédiaire, pour aller exécuter, sous les ordres de ce brave capitaine fameuse jonction de Brug, qui est une des plus belles opérations militaires des temps modernes, et qui sembla fixer éternellement à Wagram les destinées du nouvel Empire. Je me bornai donc à parcourir des lieux plus rapprochés de ma station de banni, les restes d'Aquilée, les grands débris de Pola, les merveilles naturelles de Zirchnitz, les mines fantastiques d"Idria, et ces antiquités nominales qui n'ont que la tradition pour monument le bord de la Save, où restent imprimés, à ce qu'on dit, les pieds de Castor et de Pollux, l'endroit où Jason fit sceller la première pierre de sa jeune ville d'Emona, le rocher d'où parlait Japix, et le cirque de Diomède.

Je passais mes jours de résidence à errer dans le Farnedo, vaste bosquet qui tenait lieu de promenade à Trieste avant que son spirituel et habile intendant, Lucien Arnault. en eût ouvert de nou-

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velles, plus régulières, plus élégantes, plus françaises, plus rapprochées de la ville et du port, mais qui ne me leront jamais autant de douces rêveries et d'impressions délicieuses. Le F c'est la forêt du naturaliste, du poète et de l'amant. La saison n'était pas favorable à en jouir au commencement de mon séjour; mais dés la fin elle commençait à s'embellir. Le printemps prêtait à peine au Farnede ses premières grâces ; mais le printemps du Farnalo, qui a, tout en naissant, des femmes, de des papillons; qui avait cette fois-là, pour qu'il ne manquât rien à son attrait romanesque, des brigands et des dangers. Je ne sais si j'y ai été plus heureux sous la protection de nos gouverneurs, de nos régiments et de nos canons.

La table d'hote à laquelle je m'asseyais tous les soirs, au retour, offrait peu de ressources à la conversation, et j'en étais enchanté. Les convives étaient ordinairement de très dignes gens, fort préoccupés de leurs affaires, qui me 1.

jouir en paix du bonheur de n'en point avoir, et qui avaient d'ailleurs la complaisance, pour me mettre tout à fait â mon aise, de s'expliquer dans un des cinquante

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