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dialectes de l'esclavon, ou dans un des cinquante patois, plus impénétrables à mon intelligence, du Frioul, du Tyrol et de la Bavière. Cependant le renouvellement journalier de ces rapports devait finir par établir entre quelques-uns de mes commensaux et moi une espèce d'intimité. Il s'en trouvait deux parmi eux qui parlaient d'ailleurs français avec une grande élégance et qui étaient plus versés que moi-même dans la technologie des sciences physiques, mon principal objet d'étude et d'affection. Nous fimes bientôt connaissance.
Le premier était connu à Trieste sous le nom du docteur Fabricius, et c'est ainsi que je le désignerai à l'avenir, quoique j'aie entendu dire qu'il s'appelait autrement. Dans sa vie extérieure, il s'était fait une haute réputation médicale fondée sur des théories singulières, mais extrêmement contestées par les gens qui préten- -entendre à cet art d'hypothèses dont il ne faisait pas fort grand cas.
Le second était un jeune Polonais.
nommé Joseph Solbioski, et non Solbieski,
comme disent les biographes. Joseph avait
tout ce qu'il faut d'esprit et de cœur pour
.r une âme moins attirable que la
qui ne demandait qu'à aimer
quelqu'un. Je l'aimai tout de suite. Il était à peu près de mon âge ; ce que j'aimais, il l'aimait aussi; ce que je savais, il Je savait mieux. J'étais plus fort et plus grand ; il était plus doux, plus sage et plus beau. On fait avec cela des sympathies indissolubles. Je ne le croyais pas éloigné de mes opinions ; mais une opinion est si peu de chose auprès d'une don !
Nous nous tenions tous les deux, de crainte de nous contrarier réciproquement, dans une réserve si étroite sur les questions politiques dont le mono.
et j'attachais, de mon côté, si peu d'importance à m'assurer d'une harmonie de plus dans nos sentiments, tant il suffisait des autres pour nous unir inséparablement à jamais, que je n'essayais pas d'en savoir davantage. Comme celui-ci a obtenu depuis en Allemagne une réputation historique dont le bruit n'est probablement pas venu jusqu'à vous, vous nie pardonnerez de vous le faire connaitre avec plus de détails au commencement d'un récit où il ne me quittera presque plus. Nous commencerons cependant par l'autre.
Le docteur Fabricius avait pi
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soixante-dix ans ; mais c'était un de ces septuagénaires, adolescents d'âme et d'imagination, qui imposent à l'esprit des jeunes par leur verve et leur vivacité. Ce qui frappait le plus dans sa singulière physionomie, c'est un type fort prononcé qui n'avait rien d'allemand, et dont le galbe mince, effilé, saillant, tenait plutôt quelque chose de l'Andalous ou du Maure. Sa maigreur brune et osseuse, qui laissait presque à nu le jeu actif et passionné de ses muscles ; Yacutesse pénétrante de ses yeux ardents et mobiles, dont le disque était un charbon, et le regard une flèche ; l'étrange propriété de ses cheveux encore noirs, qui se hérissaient comme spontanément au moindre pli de son front, tout cet ensemble extraordinaire lui donnait quelque chose de l'aspect de l'aigle. J'ai entendu peu d'hommes plus abondants en paroles ; mais son abondance, pleine, soutenue, éloquente, même quand elle était diffuse, ne se répandait en épisodes et en figures que par excès de richesse, et s'y complaisait sans s'y perdre. Un homme ainsi organisé ne pouvait pas être entièrement étranger aux grandes pensées qui émouvaient alors l'Europe; mais il s'abstenait avec une sorte d'affectation de tous
.tiens dans lesquels le mouvement naturel des esprits faisait rentrer ce en dépit de nous. La préoccupation qui le dominait semblait être un spiritualisme exalté, une théorie spéculative combinée des principes de Swedenborg, de Saint- Martin et peut-être de Weisshaupt; mais son enthousiasme très expansif pour les livres d'Arndt et de quelques autres philosophes iungoid-bundisles révélait en lui un profond sentiment de la liberté.
Le docteur ne s'était arrêté à Trieste que pour y régler quelques affaires d'inec des régisseurs chargés de l'administration de ses biens dans un rayon .ndu, car on le disait fort riche, ce qu'on n'aurait deviné d'ailleurs ni à la modestie de ses dépenses, ni à la simplicité de ses mœurs. Il n'y avait donc rien de surprenant à le voir souvent en rapport voyageurs venus pour lui, et qui ne résidaient pas. Si je les avais alors, j'aurais eu cependant assez J.
pour les observer, et j'en conserverais un souvenir assez présent pour les peindre; mais j'ai dit qu'il n'existait aucune de contact politique entre nos nouveaux amis et moi. Ces étrangers qui se ■