‹ Inès de las Sierras: Medemoiselle de MarsanChapitre 7 sur 18 · H •. P E M O I S E I. L E DE MARSAN · texte numérisé non relu

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- propre des peuples poètes de figurer ainsi les héros, et d'Allemagne a encore toute la poésie d'un peuple primitif, comme elle en a toute la grandeur. Oh ! c'est une sublime nation ! — André Hofer était grand, mais sans excéder de beaucoup la taille ordinaire des montagnards. Seulement l'extrême de ment de ses muscles et de ses os lui donnait, comme on l'a dit, quelque chose d'athlétique. Toute sa constitution physique était prise dans des proportions si fortes, qu'elle en pouvait paraître immense. Il touchait alors tout au plus à l'âge culminant de la vigueur dans les hommes sobres, chastes et bien organisés, s'il n'avait en effet qu'une quarantaine d'années : mais il paraissait plus vieux, et ce n'était pas l'effet de cette lassitude que produit la continuité des émotions passionnées et des violentes contentions d'esprit; car il ne s'est peut-être jamais vu de physionomie plus calme et plus reposée que la sienne. On a écrit dans nos dictionnaires historiques et dans nos Reines qu'il était très courbé, ce qu'on y attribue à l'habitude des Tyroliens de port, blement de lourds fardeaux dans les montées ardues et rapides. André Ho:V

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le père était assez riche, et qui avait augmenté lui-même sa fortune par d'honnêtes industries, ne devait avoir porté en sa vie qu'autant de fardeaux qu'il lui plaisait d'en charger sur ses vastes et robustes épaules. Courbé est, selon toute apparence, une petite faute de traduction. Il était voûté à la manière des paysans alpins, et laissait retomber, ainsi qu'eux, son énorme tête sur sa poitrine, sans égard à la noble perpendicularité qui caractérise notre espèce. On a remarqué que ce genre de conformation était propre aux races belliqueuses et aux grands hommes de guerre.

Alexandre, Charlemagne, Henri IV, le ! de Saxe, Napoléon, Pichegru, étaient voûtés. Cathelineau, le ménechme moral d'André Hofer, était voûté comme lui.

André Hofer n'avait pas non plus, quand je le vis, cette longue barbe dont on le gratifie, et qu'il avait conservée par défi, pour contrarier au moins en quelque chose la volonté de sa femme, dont l'empire était d'ailleurs absolu sur lui, circonstance ingénue et touchante qu'on a eu tort d'oublier dans son histoire. S'il l'a reprise depuis, c'est à l'abri des rochers et au milieu des précipices qui lui servirent

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quelque temps d'asile, jusqu'au jour où il en fut arraché, en 1810, pour aller mourir à la porte Cesena de Mantoue.

une vingtaine de pas au-dessous du bastion.

Ce qui l'a distingué dans la guerre comme dans l'administration, c'est un profond sentiment moral, poussé, au dire des hommes d'État, jusqu'à la puérilité. C'est une philanthropie si douce, qu'il n'avait pas à se reprocher une goutte de sang répandu dans les batailles, où il se portait toujours le premier. Personne ne lui avait vu manier une arme offensive. Dans le monde, c'était une créature simple, bienveillante, riante, aussi affectueuse que peut l'être un géant qui caresse des nains, un vieillard qui se fait enfant avec les enfants. Pour la multitude, André Hofer n'était réellement qu'un bon homme, et il ne serait encore que cela pour moi s'il n'avait été André Hofer.

J'arrive à Joseph Solbioski, dont le nom me rappelle, ainsi que je l'ai dit, des sentiments plus personnels, et qu'un mois de rapports affectueux m'avait presque donné pour frère. Fils d'un des nobles et malheureux guerriers qui tombèrent dans les guerres de la liberté de Pologne, en

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1794, sous les drapeaux de Kosciuszko, il avait été adopté, à dix ans, par le docteur Fabricius, et cette alliance, probablement fondée sur quelque sympathie politique entre les pères, suffit pour expliquer la forte direction qui avait été imprimée à ses études, sous les yeux d'un des hommes les plus éclairés de l'Allemagne. Solbioski s'exprimait avec une facilité souvent éloquente dans la plupart des langues de l'Europe, et possédait à un degré rare, même parmi les savants de profession, la doctrine et les nomenclatures des sciences physiques et philosophiques, auxquelles l'analyse et la méthode venaient de faire faire de si grandes conquêtes, dans ce pays d'invention et de perfectionnement qui a seul le droit de croire encore à la marche progressive de l'esprit humain. Il était certainement redevable de ces richesses d'instruction à l'heureuse tutelle sous laquelle le hasard l'avait placé, et il en rapportait religieusement les résultats à son père d'adoption ; car la tendresse de son âme ne cédait en rien à l'élévation de son esprit. Ce dévouement reconnaissant et pieux contient sans doute le principal secret de sa vie. Son amour pour une des filles du docteur, qui en avait trois, devait faire le reste ;

mais on sait déjà que je n'étais entré que par hasard dans ces confidences. Le temps seul m'a depuis appris que Joseph Solbioski avait été, dans la campagne de 1S08, l*àme des généreuses entreprises d'André Hofer, dont l'intelligence droite et saine, mais peu développée, n'aurait pu suffire à la complication des affaires dans lesquelles l'engageait sa nouvelle fortune, quand il devint, par la force des événements, le chef militaire et politique, le commandant et le législateur du Tyrol ; époque presque unique entre toutes les époques, où un homme du peuple, sans lettres et sans ambition, se trouva dépositaire de l'autorité sans l'avoir voulu, et en usa sans en abuser. On n'ignore pas que l'administration d'André Hofer fut comparée alors à celle de Sancho dans l'île de Barataria, et je doute qu'on puisse en faire un éloge plus magnifique et plus complet, car les peuples ne peuvent avoir de meilleur arbitre que le bon sens d'un homme naturel et moral. La pensée sourit sans doute à quelques-unes de ces lois de circonstance, improvisées par un pauvre aubergiste de village qui a été investi par la guerre, et au milieu d'une ceinture de bataillons ennemis, des droits du suprême

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