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CHAPITRE PREMIER

Des tentatives systématiques d’inoculation du

cancer épithélial n’ont pas encore été téntées

Il faut distinguer les tentatives de greffe des tentatives d’inoculation du cancer épithélial.

Il y a greffe quand ce sont les cellules cancéreuses elles-mêmes, qui, transportées par l’expérimentateur,

évoluent et constituent une nouvelle fois la lésion.

Il y aura inoculation si un agent, un virus, mis en

présence d’un épithélium sain, celui-ci subit de ce fait révolution cancéreuse. Ce sont alors les cellules de l’animal expérimenté, ses propres cellules, qui constituent la lésion.

De très nombreuses tentatives de greffe ont été faites.

Quelques-unes ont été suivies d’un succès positif.

Chez le même sujet, chez la femme, des expérimentateurs ont transporté une parcelle du cancer épithélial d’un sein dans la région de l’autre sein ; ils ont vu une nouvelle formation cancéreuse évoluer en ce point. Ce résultat apprend peu de plus que le fait anatomopathologique des noyaux secondaires, greffes spontanées du cancer épithélial. Les cellules transportées par l’expérimentateur évoluent avec tout l’inconnu qui existe sur la tumeur même où il a pris la graine.

Chez des sujets différents d'une même espèce, chez les rats blancs, chez les souris blanches, des expérimentateurs ont réussi à greffer du cancer épithélial. Une parcelle de cancer spontané reproduit chez un autre animal une tumeur analogue à celle dont elle provient. Ces faits sont encore peu instructifs; la cellule épithéliale normale, dans une même espèce, peut être facilement greffée d'un animal à un autre ; la cellule épithéliale cancéreuse conserve cette propriété, c'est tout ce que démontrent ces phénomènes de greffe expérimentale.

Les tentatives de greffe du cancer épithélial d'une espèce à une autre n'ont fourni que des résultats négatifs.

Ce sont encore des tentatives de greffe qu'ont faites les auteurs qui ont enfermé, en différents points de l'organisme, des épithéliums embryonnaires du testicule, du rein, du corps de Wolfî, des germes dentaires. Ces tentatives, dont la réussite éclairerait beaucoup la pathogénie du cancer épithélial, n’ont pas encore donné des résultats concluants. Les phénomènes observés restent dans la limite des phénomènes de la greffe des tissus normaux : le volume des tissus greffés ne dépasse pas le volume qu'ils auraient atteint normalement ; les tissus de l’animal greffé ne sont pas envahis par les cellules transportées.

Les tentatives d'inoculation du cancer épithélial présupposent l’existence d'un agent morbide étranger à l'organisme atteint et indispensable à l'évolution de l'affection. Pour que la cellule épithéliale devienne cancéreuse, il faut qu'elle soit influencée par lui. Les tentativesd’inoculationconsistentàle nfettre enprésence des épithéliums dans les conditions se rapprochant le plus

de celles où spontanément il détermine leiir évolution cancéreuse.

Le développement du cancer épithélial est tel que Ton peut dire que cette affection est une maladie sur l’individu et non dans l’individu. La lésion du début se fait sur une surface de revêtement, elle est alors en dehors du milieu intérieur, en dehors du système lymphatique et sanguin. Elle va bien secondairement se développer dans ce milieu intérieur, dans les ganglions, les viscères, mais elle ne le pourra qu’avec le développement dans ce milieu intérieur de la surface de revêtement; de la sorte, elle reste toujours unejmaladie développée sur nos tissus de surface, sur ces cellules spéciales qui sont immédiatement en rapport avec le monde extérieur.

Gela étant donné, il est évident que dans F expérimentation, le contact intime de l’agent cancéreux et des

surfaces épithéliales, sera une condition très favorable sinon indispensable à la provocation de ce phénomène.

, Or, les expérimentateurs qui ont recherché la cause du cancer, soit qu’ils aient agi avec des pièces cancéreuses, soit qu’ils aient agi avec un agent déterminé, levure, bacille, etc., ont toujours mis l’agent étudié, non pas sur les surfaces de recouvrement, mais dans le milieu intérieur. Ils ont fait des injections sous-cutanées, pleurales, péritonéales, intraveineuses. Les injections ont été parfois pratiquées directement à l’intérieur d’un organe, dans le poumon, dans le rein, dans le testicule, dans le foie ; mais ces inoculations constituent simplement des injections dan^ le système lymphatique de ces viscères. Une expérience simple démontre ce fait : la queue de l’épididyme d’un lapin

vivant est amenée au dehors par une large plaie abdominale.* Si on pousse dans cet organe, en perforant sa tunique fibreuse externe, une solution de bleu de méthylène on voit les phénomènes suivants se produire. D’abord, tous les canaux épithéliaux qui constituent l’organe sont repoussés par l’injection ; ils se portent dans une partie de la cavité que forme l’enveloppe fibreuse ; l’autre partie de cette cavité se remplit par le bleu de méthylène injecté, qui s’insinue aussi un peu entre les tubes épithéliaux, mais sans aucune pénétration à leur intérieur. Ensuite, après quelques instants, on voit dans le pédicule vasculaire du testicule apparaitre des vaisseaux bleus; ce sont les lymphatiques qui emportent les particules colorantes dans le système circulatoire. L’injection a été faite dans le milieu intérieur, nullement sur les surfaces externes que constituent les épithéliums du testicule. Au contraire si on injecte dans le canal déférent, vers l’épididyme, du bleu de méthylène, on voit tous les canaux se distendre, se remplir du produit injecté. L’aiguille étant retirée, le^ canal lié, ces canaux restent distendus en permanence; rien ne passe dans les canaux lymphatiques. Dans ce cas, toutes les cellules épithéliales sont directement imprégnées par l’injection, alors que dans le premier cas le contact était nul ou négligeable.

C’est cette recherche de l’action directe sur les épithéliums que nous n’avons pas trouvée chez les auteurs qui ont expérimentalement recherché à reproduire le cancer. Les seules tentatives que nous connaissons, se rapprochant un peu de cette manière de faire, sont quelques expériences de Duplay et Cazin. Ces auteurs, dans le sillon balano préputial du chien, dans le vagin

de la chienne, enfermaient des cancers épithéliaux. L’action directe sur un épithélium était possible; mais les scarifications que l’on faisait aux surfaces épithéliales, leur état d’infection normale, le peu de durée du contact suffisent à expliquer l’insuccès.

Il existe bien certaines maladies où l’action élective sur les épithéliums est possible sans l’action directe sur ceux-ci du produit injecté. L’injection en un point quelconque de l’organisme de virus claveleux, par exemple, amène dans le poumon en particulier de fortes réactions épithéliales (Borrel-Epithélioses et épithélioma-Annales de l’Institut Pasteur 1903). Mais, si il y a dans les nodules pulmonaires claveleux une systématisation épithéliale très nette, ces lésions sont bien différentes de celles du cancer. Tout d’abord, le cancer est une maladie épithéliale primitivement locale, tandisque d’emblée la ciavelée intéresse d’une façon générale tout l’épithélium pulmonaire et même bien d’autres épithéliums de l’organisme ; mais, surtout, il y aylansîa clavelée une grande prolifération des cellules de revêtement, et cependant il n’y a là aucune infiltration de ces épithéliums. Les cellules ‘épithéliales se multiplient sur place, sans envahir le conjonctif sous-jacent ; or, cet envahissement du tissu de soutien est un caractère essentiel du cancer épithélial. Etant données ces différences, malgré quelques rapports possibles entre le cancer et la clavelée, nous pensons que l’étude expérimentale doit varier pour ces deux maladies. En particulier, nous pensons que pour le cancer, l’action locale directe sur un point épithélial est un principe capital dans l’étude de la cause de cette affection.

D’autre part, Retterer (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1903) a pu obtenir des phénomènes proli-

fératifs des épithéliums sans action directe sur ces épithéliums. Dans ces expériences, faction est bien locale, mais au lieu d’intéresser les cellules de revêtement, elle porte sur le tissu conjonctif sous-jacent. Retterer, en produisant mécaniquement des dilacérations répétées, du tissu conjonctif sous cutané ou sous muqueux, a vu proliférer les cellules épithéliales sus jacentes. Ces cellules subissaient des évolutions anormales, cornée pour les cellules muqueuses, à globes épidermiques pour les cellules de la peau ou des points de muqueuse à derme papillaire. Mais, fait très spécial, ces épithéliums proliféraient beaucoup et végétaient par leur partie basale. Pour nous, c’est par ce dernier caractère que ces lésions se rapprocheraient le plus du cancer épithélial ; mais nous pensons que dans les végétations épithéliales observées par l’auteur, il n’y a pas le phénomène capital de la Carcinose épithéliale, l’infiltration des cellules épithéliales. Tant que les cellules épithéliales se développent en restant en continuité avec la bande de revêtement, il n’y a pas cette émigration si caractéristique de cellules de recouvrement en contact avec le monde extérieur, s’en allant vivre dans le milieu intérieur de l’organisme, dans des lacunes lymphatiques. Ce phénomène manque dans les résultats de Retterer. Les cellules épithéliales intéressées indirectement se multiplient, mais elles n’arrivent pas à cet état pathologique si différent de leur état normal. Les cellules épithéliales restent des cellules de surface, elles ne deviennent pas envahissantes, infectantes, comme elles le deviennent dans l’infiltration; aussi, nous pensons que pour obtenir ce résultat, il faut agir autrement, et pour nous, directement, immédiatement, sur les épithéliums.

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