Bourgeon épithélial isolé dans le conjonctif
est le même que celui que Ton observe souvent dans les cancers humains : la transformation carcinomateuse d'un épithélium en un point très limité, très précis.
Par contre, dans la seconde variété de lésions de l’épididyhie, c’est toute une grande surface épithéliale qui subit cette évolution.
Tous les tubes d’une région, et sur toute leur surface, ont leur épithélium en abondante prolifération. On reconnaît 'que ces cellules sont bien épithéliales parce que parfois toutes se trouvent dans des tubes en dedans de la membrane basale qui est encore intacte. Elles forment là (fig. IV, l)une bande de cellules sur plusieurs assises, très anormales, très atypiques, avec parfois de grosses vacuoles à leur intérieur; cependant, elles forment un tissu homogène qui se tient. Des cellules conjonctives, qui auraient fait issue dans la lumière d’un tube dont l’épithélium aurait disparu, seraient beaucoup plus dégénérées, et surtout plus disloquées, plus séparées les unes des autres. Dans d’autres endroits, le tube est éclaté ; les cellules épithéliales pénètrent dans le conjonctif. Ces cellules se trouvent parfois en continuité avec des cellules encore en plateau qui marquent la lumière du tube, et cela révèle avec certitude la nature épithéliale des cellules infiltrées (fig. IV, 2). En plus, on peut voir dans la même préparation, une bande épithéliale détachée, à cellules déjà polyédriques, inégales, atypiques, qui par une extrémité se continue avec le tissu que forment les cellules épithéliales de la couche profonde en infiltrât. Tous ces caractères, avec en plus les affinités colorantes, marquent nettement l’origine épithéliale de ces cellules; les coupes en série montrent qu’elles s’étendent bien loin de leur point d’origine, en
Fig. 4.
1 — Tube où l’épithélium est épaissi, vacuolaire, proliférant par sa basale.
2. — Bande épithéliale, à cellules un peu désorientées, plateau épithélial, en continuité avec des cellules épithéliales profondes! très atypiques.
3. — Cellules épithéliales infiltrées, en continuité par des coupes en série, avec les cellules épithéliales du tube du. dessin précédent (2). En bas, tube épididymaire à peu près normal.
îlots volumineux (fig. IV, 4). Là encore, l'intégrité du tissu conjonctif marque bien la nature non épithélioïde de ces cellules. ; “
Nous avons vu ces différentes lésions envahir tout le testicule, corps et épididyme; nous ne les avons jamais vu déborder l'organe. Après une période d'évolution qui
peut durer un mois ou deux, les phénomènes s'arrêtent; les lésions restent stationnaires et même rétrocèdent quelque peu. A la coupe histologique, les cellules infiltrées sont très dégénérées : elles sont souvent alors pigmentées, granuleuses. Les animaux restent en bonne santé.
Les ganglions lombaires n'ont jamais été trouvés altérés. Seulement trois fois dans le poumon nous avons trouvé des nodules que nous aurions pu considérer comme des lésions secondaires. Macroscopiquement c'étaient des nodules saillants, de 4 à 5 millimètres de diamètre et à centre légèrement ramolli. Ils rappelaient certains nodules cancéreux secondaires que l’on peut observer dans le poumon humain, avec un aspect tout à fait identique. A la coupe microscopique absence complète decellulesgéantes,ilnes'agitdoncpasprobablement de lésions tuberculeuses. Le tissu était formé de grandes cellules polyédriques; ces cellules formaient par places des îlots, des blocs d'allure épithéliale. Mais dans d'autres endroits, elles étaient tellement disséminées, tellement atypiques que nous n’avons pu nous prononcer sur leur nature originelle. Si donc il y a généralisation de la lésion, elle est d'abord pulmonaire, et nous remarquons que cet envahissement pulmonaire est ce que l'on observe au débutdansle cancer spontané de la souris blanche.
Quand les lésions épithéliales évoluent dans le rein à uretère lié il y a toujours distension du bassinet ; ce bassinet est rempli de liquide blanchâtre formé par la desquammation épithéliale de voisinage. Les lésions sont localisées le plus souvent à ta surface de la substance pyramidale; il se forme là des saillies ulcérées, pouvant atteindre 1 cent, à 1 cent. i\2 de diamètre. Ces formations sont le plus souvent blanchâtres, parfois grisâtres, quelquefois tout à fait noires. Exceptionnellement des lésions apparaissent dans la substance corticale. Dans tous les cas il y a absence complète de périnéphrite; au contraire cela se voit dans toutes les lésions inflammatoires du rein, même peu accentuées.
Les lésions considérées au microscope varient suivant qu’elles se développent aux dépens de l’épithélium du bassinet, des canaux droits de la pyramide ou bien des tubes contournés. La coexistence de ces lésions dans un cas donné est d’ailleurs possible. Ce fait semblerait bien distinguer ces lésions de celles du cancer humain où un seul épithélium est intéressé. Défait il y a ici une diffusion de l’action expérimentale qui se fait très facilement sur différents épithéliums. De pareilles lésions sont très rares dans les cancers humains, cependant elles existent. Nous avons étudié un cas de maladie de Pajet où l’épithélium du mamelon et les épithéliums de la glande mammaire étaient également atteints par
l’évolution carcinomateuse. Très nettement l’action - •
morbide s’était spontanément faite sur deux terrains épithéliaux très différents: sur l’épithélium à une seule couche de la sécrétion lactée, sur l’épithélium à plusieurs assises à formation d’éléidine de la peau.
L’épithélium à plusieurs assises du bassinet est rare-
ment intéressé. On voit alors, dans la pyramide, s’enfoncer des petits noyaux épithéliaux. Ces noyaux sont formés de cellules accolées les unes aux autres, sans aucun globule blanc, sans aucun capillaire. Ce processus ne s’est jamais montré très intense.
Les lésions des tubes contournés sont aussi exceptionnelles; les cellules épithéliales font un petit nodule et, tout autour, le tissu conjonctif devient fortement aréolaire. JJ se forme comme de grands espaces lymphatiques qui isolent ce nodule du reste du rein. Ce processus aréolaire domine à ces formations un aspect tout différent de celui des lésions inflammatoires.
La règle est la lésion de l’épi 1 hélium des tubes de la pyramide. Le tissu pathologique qui se constitue (fig. 5) est souvent remarquable par l’intégrité du tissu de soutien. Le tissu conjonctif forme de grandes géodes, dans lesquelles par une transition brusque, filiforme, on trouve les grandes cellules épithéliales. Ces cellules sont très grandes, atypiques, avec un petit noyau. Leur protoplasma est parfois clair, transparent; d’autrefois ce protoplasma contient du pigment, la cellule en est remplie quand les lésions macroscopiques sont franchement noirâtres. Ce pigment contient du fer; nous l’avons vu prendre la couleur bleue caractéristique avec les réactifs appropriés (ferrocyanure de potassium et acide chlorhydrique.)
Les tubes épithéliaux voisins de ces lésions sont peu ou pas altérés ; assez souvent ils sont en dégénérescence. Il est difficile, sur une pièce donnée d’établir, par la continuité, l’origine épithéliale de ces cellules ; mais l’examen de plusieurs pièces rend cette origine certaine.
Dans quelques cas où il y a très peu de lésions, on
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Fig. 5.
Amas de cellules épithéliales dérivées de l’épithélium des tubes droits dans la substance pyramidale d’un rein.
trouve dans la substance pyramidale du rein, des tubes dont les uns renferment des cellules épithéliales normales et d’autres des cellules épithéliales très altérées. Elles sont détachées du tube, et se trouvent très pigmentées, exactement de la même façon que celles que l’on trouve en gros amas dans les lésions précédentes. L’intégrité du conjonctif voisin, le contour net du tube et cela sur plusieurs coupes en série, marquent bien l’origine de ces cellules dans les éléments de revêtement. Or entre ce tube à cellules pigmentées, peu prolifératives mais désorientées et atypiques, et les amas de ces cellules, sur plusieurs millimètres dé diamètre, visibles à l’œil nu, nous avons vu tous les intermédiaires, la série est complète.
Ici, comme pour le testicule, nous n’avons pas vu ces lésions se généraliser. Au bout de trois mois, les animaux restaient en parfaite santé. Cependant ces lésions visibles à l’œil nu, consistent dans ce fait unique, que les cellules de revêtement s’en vont vivre en amas, en traînées dans les lacunes lymphatiques. Or, ce phénomène, au point de vue de la pathologie générale, constitue la caractéristique de l’infiltration épithéliale carcinomateuse ; c’en est le principe fondamental. Sans doute ici les cellules épithéliales ne vont pas se développer dans les lacunes lymphatiques plus éloignées du ganglion, elles ne se généralisent pas, mais il y a la différence d’intensité et non de nature des phénomènes. La lésion obtenue a, dans son essence, tous les caractères essentiels de l’infiltration épithéliale cancéreuse humaine.