‹ Infini et quantité: Étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciencesChapitre 18 sur 63 · L'INFINIMENT PETIT ET LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

L'INFINIMENT PETIT ET LA MATIÈRE

liquides, et dans les liquides que dans les gaz. La dissociation chimique créerait de nouveaux degrés de raréfaction 1.

VI. Entre les molécules que séparent les unes des autres, nous le savons, des intervalles appelés pores *, circulerait ce fluide impondéré qu'on est convenu de nommer éther. Il ne serait nullement nécessaire d'imaginer qu'il fût d'une autre nature que les molécules pondérables : on peut se le repré senter comme composé d'éléments dynamiques qui, maintenus à l'état de dispersion et incapables de s'agglomérer en atomes, seraient aux molécules déjà formées dans le rapport de l'inétendu à l'étendu '.

C'est ainsi qu'on expliquerait scientifiquement la distinction de tout temps établie par les philosophes et par le vulgaire

1. Voir Secchi, Unité des forces physiques, 2« édition, p. 516, 517, 51S. « Quand intervient ce mode de division, dit le savant physicien, l'esprit se refuse à concevoir à quel degré *de rareté la matière pt^ut atteindre. Il n'est pas étonnant que des écoles philosophiques aient regardé la matière comme constituée par une série de systèmes particulaires do plu:» en plus simples, autrement dit, de fluides successivement plus attéuu«*i*. sans qu'on puisse assigner de terme empirique à leur atténuation. »» — « Ce n'est là toutefois qu'une illusion, ujoute-t-il, car s'il est facile d'affirmer la continuité de la matière, il est impossible de concilier cett*hypothèse avec les phénomènes du mouvement. » Op. citât. ^ p. 518.

2. Quelques physiciens, comparant la densit»' de l'eau à celle du pla tine écroui, conclurent que dans l'eau le rapport du vide au iileiii devait être de 22 à 1. Dans ces derniers temps, les travaux de Hirn sur la chaleur l'ont conduit à admettre que la valeur de ce rapport était de 10 à 1. D'après Secchi, op. cit., on ne possède encore aucune donnée al)i*olument certaine sur ce point (p. 517).

3. « L'étude de la lumière et de l'électricité nous a conduits à regarder comme probable cette proposition, que l'éther n'est autre que la uiatièn> elle-même parvenue au plus haut degré de ténuité. Par suite, tous \e> corps ne seraient en réalité que des agrégats, des atomes même de ce fluide. » (Secchi, op. cit., p. 519.)

On conçoit que, si l'atome est formé d'iîh nombre entier d'éléments, son poids soit un multiple entier de l'élément primitif. En d'autres termes, si l'on représente par 1 le poids de l'élément primitif, les poids moléculaires de tous les corps simples ou composés seront représentés parades nombres entiers. Le corps inconnu dont les éléments devraient être désignés par l'unité existe-t-il? Ce n'est certainement pas l'hydrogène, quoi qu'ait pu en penser le chimiste Prout ; mais on peut admettre sans invraisemblance que c'est un corps dont l'équivalent serait 2, 3. 5n fois moindre, l'éther par exemple. Moigno, Secchi, «»t, en Angleterr»', Lockhyer accordent à cette hypothèse, même au point de vue expérimental, un haut degré de probabilité.

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lui-même entre la matière subtile et la matière grossière '.

VII. Les vibrations du fluide intermoléculaire expliqueraient, non plus la sensation de résistance continue, due à des groupements complexes et susceptibles d'être perçus par le tact, mais les sensations spéciales et plus subtiles de couleur, de son, de température, etc., etc. Ainsi le contact des particules réunies en systèmes permettrait de concevoir les propriétés qu'on nomme essentielles ou premières dans les corps ^ ; au contraire, l'impression produite par les éléments inétendus sur des organes plus délicats, donnerait Tidée de ses propriétés accidentelles ou secondes.

Dès lors, en vertu de la loi intérieure qui nous détermine à projeter au dehors nos sensations, l'étendue, d'abord résistante, deviendrait pour nous chaude ou froide, colorée ou sombre : — illusion utile, — puisque nous ne pouvons développer notre être qu'en nous recherchant nous-mêmes dans les choses; mais aussi illusion fatale — et en dehors des spéculations rationnelles, absolument invincible. Le sens renverse donc la réalité, et l'imagination, qui le continue, continue l'erreur.

VIII. Après les propriétés sensibles, les propriétés physiques et chimiques :

1. Une explication analogue, mais à certains égards contestable, est proposée par Tauteur des Conséquences de la thermodynamique, M. Hirn famène la matière subtile à la force, qu'il définit, après Poisson {Mécan.^ t. I, p. 2), « une cause quelconque qui met la matière en mouvement ou qui tend à la mouvoir, lorsque son effet est suspendu ou empêché par une autre cause. » — « La force, ajoute-t-il, n'est ni un être de raison ni une qualité de la matière. Elle existe au même titre qu'elle. C'est un principe spécial et constituant de l'univers. » — Les atomes, au contraire, seraient des éléments étendus d'un volume inaltérable. Nous ne saurions accepter cette seconde propd^ition : ce qui est étendu nous parait nécessairement divisible. D'ailleurs il est malaisé de concevoir ces forces traits d'union qui groupent entre eux les atomes.

L'hypothèse de M. X. Kretz, hypothèse exposée dans un opuscule qui a pour titre Matière et éther, ne paraît pas différer sensiblement de la précédente. Voir Revue scientif, des 15 janvier, H et 18 mars 1876.

2. Des particules solides ou liquides semblent généralement indispensables à la sensation de tact : des particules seulement liquides à la saveur, fluides ou gazeuses à l'odeur et au son, éthérées à la température et à la couleur. La distinction ne serait donc pas tout à fait aussi tranchée que nous l'indiquons.

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Dans l'hypothèse de ratome inaltérable, la pesanteur ne s'explique que difficilement i . Si au contraire on admet Texistence de centres de forces, la pesanteur « sera l'attraction mutuelle, en raison inverse du carré de la distance, d*une monade dynamique du globe terrestre, sur une monade dynamique du globe qui gravite vers la terre *. »

Le poids s'expliquerait plutôt « par l'ensemble des attractions partielles de tous les centres de forces sur les centres de forces du corps ^. »

La masse se concevrait nettement et pourrait se définir : « Tensembie des éléments dynamiques qui composent un corps *. »

Quant à la densité, ce serait « le rapport entre les nombres de centres de forces renfermés dans des volumes égaux du corps donné et du corps particulier pris pour terme de comparaison ^. »

Enfin la cohésion et l'affinité ne régiraient que les atomes pondérables ; l'élément impondéré du fluide subtil, animé de vitesses prodigieuses, échapperait à leurs lois.

Le cadre que nous nous sommes tracé ne nous permettait qu'une rapide esquisse. La conclusion générale qui se dégage des considérations précédentes, c'est que, pour la raison, le monde n'est et ne peut être qu'un système de forces dont le

1. Moigno, Essence de la matière, p. 43, fait observer que la force qui fait tomber dans le vide un atome continu ne saurait être le poids de la moitié, du quart, du millionième de cet atome, puisque cette moitié, ce quart, ce millionième, supposés un instant séparés, tombent dans le même temps et avec la même vitesse.

2. Moigno [op. cit., p. 43) remarque également avec beaucoup de pénétration que, si Ton admet Texplication de la pesanteur qu il propose, on doit admettre en même temps Tidentité absolue des centres de forces, tous les corps, si différents qu*ils soient, tombant avec une égale vitesse dans le vide.

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