‹ Infini et quantité: Étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciencesChapitre 17 sur 63 · L'INFINIMENT PETIT ET LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

L'INFINIMENT PETIT ET LA MATIÈRE

et joue peu à peu un rôle prépondérant; elle 8*impo6e à la science même, en même temps que l'action à distance admise par les partisans de Newton. — De récentes hypothèses nous ramènent aujourd'hui au mécanisme : c'est que des faits nouveaux ont apparu, c'est aussi qu'on a creusé à de nouvelles profondeurs. Nous ne croyons plus aux rayons directs; nous attribuons l'impression lumineuse à des ondes successivement condensées et dilatées. Une théorie analogue explique la chaleur. L'éther est devenu le véhicule obligé de nos plus importantes sensations; la loi d'attraction elle-même semble pouvoir s'expliquer par les pressions qu'exerce ce fluide impondéré * . Ne croyons pas toutefois que cettç conception nouvelle nous livre le dernier mot. Le dynamisme a déjà fait ses réserves au nom des exigences de l'entendement. Les atomes du fluide subtil vibrent sans cesse; quelle est la cause de ces vibrations? — L'élasticité qu'ils possèdent? — mais qu'est-ce que l'élasticité sans la Force ^ ? D'ailleurs on demandera d'où vient l'impulsion première. — Les mêmes atomes se maintiennent en équilibre à distance les uns des autres, tout mouvement étant impossible dans le plein : — d'où résulte l'équilibre, sinon de forces neutralisées? — Croit-on que la cohésion physique et l'affinité chimique puissent s'expliquer comme la pesanteur par des pressions? — Soit ; mais alors quel ressort a condensé l'onde d'éther qui vient presser les molécules pondérables? Partout d'importants desiderata; partout le besoin d'un moteur, la nécessité de la chiquenaude. Que dis-je? les instruments que la Force emploie ne sauraient avoir, en dehors d'elle, de réalité véritable; la chiquenaude serait sans action sur des atomes qui seraient sans ressort. Si l'énergie pénètre les intermédiaires dont elle use au point de constituer leur essence, ces intermédiaires ne sont plus, à proprement parler, que ses manifestations.

1. Voir Saigey, Physique modeime; Secchi, Vnité des forces physiques; <le Boucheporn, Principe général de la philosophie naturelle.

2. Secchi explique les phénomènes d'élasticité à Taide d'atomes en rotation ; la difficulté recule, mais subsiste. Comment expliquer la rotation des atomes?

Nous touchons au terme de l'étude que nous avions entreprise sur la matière. Recueillons les résultats obtenus :

i^ La matière est divisible.

2® L'entendement la conçoit nécessairement comme divisée en un nombre déterminé de parties.

3<> Ces parties ne peuvent être qu'inétendues.

4" Ce sont des forces ou des centres de forces.

Si cette analyse est complète, une rapide synthèse nous permettra de la vérifier. C'est là une sorte dHnversio expert^ menti indispensable.

Le dernier terme dans la division des parties doit être le premier dans la reconstruction du tout. Prenons donc pour point de départ l'élément dynamique, et, sans avoir la prétention excessive de recréer la matière de toutes pièces, essayons de montrer que les diverses combinaisons possibles d'un tel élément suffisent à nous faire concevoir des corps analogues à ceux qui nous sont donnés en intuition.

I. L'élément dynamique est inétendu, parce qu'il est indivisible. Ce n'est point, à nos yeux, une unité abstraite, une unité vide, mais bien une unité de force toujours en acte.

Il ne peut être conçu que comme impénétrable, car, si un autre élément de même nature pouvait, en même temps que lui, occuper le même point de l'espace, sa réaction serait donc nulle, ce qui est contraire à la définition de la force.

IL Deux éléments dynamiques, même contigus, ne sauraient coïncider, car s'ils coïncidaient, c'est qu'ils se seraient pénétrés, ce qui, d'après la proposition précédente, est impossible.

III. Ne coïncidant pas, ils doivent donner naissance à un premier couple, c'est-à-dire à un premier système divisible, partant étendu.

L'atome étendu existe ; poursuivons :

IV. A des groupements d'atomes répondront des composés d'ordre supérieur nommés molécules.

V. On peut supposer que les systèmes moléculaires sont plus pressés ou plus denses dans les solides que dans les

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