‹ Infini et quantité: Étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciencesChapitre 53 sur 63 · Voici la thèse de la seconde antinomie · texte numérisé non relu

Voici la thèse de la seconde antinomie

Thèse :

Toute substance composée est la réunion de plusieurs substances simples, et il n'y a dans le monde que des éléments simples et les composé? de ces éléments.

Démonstration :

Supposons que les substances composées n'aient pas pour parties d

EVELLIN. i^

porte à la matière considérée objectivement, et le critique raisonne comme il doit raisonner, en physicien. Une formule résume toute sa démonstration ; pas de composés sans composants ultimes ; le nombre des éléments qui entrent comme parties intégrantes dans une collection donnée est donné lui-

éléineiils simples; alors si Ton supprime par la pensée toute composition, il ne restera aucune partie composée, et, comme dans Thypothèse il n'y a pas de parties simples, il ne restera non plus aucune partie simple; par conséquent, il ne restera absolument rien, et il n'y a réellement pas de substances. Ainsi donc, ou il est impossible qu'on supprime toute composition par la pensée, ou, si l'on peut la supprimer, il faut nécessairement qu'il reste quelque chose de réel qui ne soit pas composé, c'est-àdire quelque élément simple. Dans le premier cas, le composé ne serait point formé d'éléments substantiels, car, avec de tels éléments, la composition n'est rien de plus qu'une relation fortuite entre des substances qui, indépendamment de ce rapport, doivent avoir toute leur réalité, comme autant de natures douées d'une existence propre ; mais, comme ce cas est en contradiction avec l'hypothèse, il ne reste que le second membre de Talternative, à savoir que tout composé substantiel en ce monde soit formé d'éléments simples.

De là résulte immédiatement qu'il n'y a d'autres réalités dans le monde que des substances simples ; que toute composition est seulement une relation externe entre ces substances, et qu'enfin, bien que nous ne puissions jamais distraire de cet état de composition les éléments substantiels et les isoler entièrement, la raison est cependant obligée de les considérer comme le fond réel de chaque composé, et conuue autant de natures simples préexistant au composé. .

N. B. — La première partie de l'argumentation laisse, ce semble, à désirer. « Si l'on supprime par la pensée toute composition, il ne restera

aucune partie composée et, comme il n'y a pas de parties simples...,

finalement, il ne restera rien. » L'adversaire demandera de quel droit on supprime par la pensée toute composition, si son hypothèse est celle du nombre infini des parties composées; un tel nombre ne s'épuise pas. Il eût mieux valu, croyons-nous, démontrer que ce nombre est impossible, et rien n'est plus simple. Kant revient d'ailleurs sur ce premier argument pour lui donner une autre forme : « ou bien il est impossible de supprimer toute composition par la pensée ou bien il faut admettre l'existence d'indivisibles. » Malheureusement, cette forme nouvelle prête encore à la critique; qu'est-ce à dire en effet sinon : « Il restera des éléments simples, et des éléments simples seulement si l'on veut bien m'accorder qu'il soit possible de supprimer en pensée toute composition ; traduisez : « si Ton veut bien abandonner l'hypothèse dans laquelle on se place. » Il est clair qu'un adversaire qui aura la moindre conscience de la situation qu'il a prise se refusera à admettre comme légitime la suppression d'une composition qu'il ne déclare infinie que parce qu'il la croit essentielle.

Encore une fois, la pensée de Kant vaut mieux que toutes ces formules qui la trahissent. L'argument caché, mais irréfutable, est celui-ci : Dans le réel, ni un nombre infini ni un nombre indéfini de composants ne sont possibles.

même; il est donc fini et, par suite, il doit exister en dernière analyse des substances simples, indivisibles même à la pensée.

Telle est au fond l'argumentation de Kant, argumentation décisive, bien que l'éminent critique lui prêle une forme, à notre avis, embarrassée et suspecte. L'antithèse J, développée

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