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CHAPITRE II

Caractéristiques de l'inflation

Définition de l'iutlation. Comment et pourquoi elle se produit? Ses dangers, ses mouvements. Forme plus subtile de l'inflation en Angleterre par la création de crédit en banque.

Les dépenses immenses de la guerre, sa durée, lu période d'incertitude qui a suivi l'armistice et qui a été elfroyablement coûteuse, sans qu'on pût entrer dans une liquidation réelle, ont dépassé les cadres normaux, faussé les ressorts, précipité le monde dans toutes les abominations de l'inflation.

On a défini l'inflation, l'état dans lequel la quantité des moyens de paiement, y compris les dépôts contre lesquels il peut être créé des chèques, a augmenté d'une façon extraordinaire; dans lequel les signes monétaires sont le

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plus soavent pourvus du cours forcé, n'étant plus couverts seulement par rencaisse et les effets de commerce, mais en grande partie par des effets du Trésor; dans lequel la libre sortie de Ter n'existe plus, dans lequel la quantité de signes monétaires dépasse celle qui est nécessaire aux besoins d'origine commerciale; dans lequel la circulation manque des qualités essentielles qui en assurent l'élasticité. Imposés par les nécessités de l'État, ils encombrent la circulation intérieure, faute de pouvoir refluer vers les guichets d'où ils sont partis autrement que pour le payement des taxes ou la souscription des emprunts. Aux signes monétaires sajoute la concurrence des titres du Trésor à courte échéance, qu'ils servent ounon de succédanés de la monnaie fiduciaire.

Les vices de Tinflation sont connus : elle est la preuve d'un déséquilibre des finances publiques. Elle s'accompagne d'un esprit de gaspillage, de la perte des notions d'économie stricte, d'une spéculation grandissante, de la folie des milliards : c'est Gladstone battu par John Law.

L'inflation lèse les créanciers, elle est préjudiciable aux gens à revenus fixes, rentiers, retraités, salariés. Tant qu'elle dure rarement le salaire nominal est en harmonie avec le salaire réel. Elle lèse les consommateurs. Elle a de graves inconvénients politiques. Elle favorise l'agitation révolutionnaire en fournissant des arguments contre l'ordre social, rendu responsable de la vie chère.

Un des maux de rinflation, c'est qu'elle néceS'

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site sans cesse une émission nouvelle de billets.

L'instabilité des prix, rinsécurité des transactions raccompagnent. La dépréciation croissante du signe représentatif de la monnaie s'accélère sans interruption.

L'inflation crée une mentalité morbide dont nous apercevons les symptômes en France, à l'heure actuelle, parmi les gens de bourse, des journalistes financiers, des professeurs de facultés de droit.

La monnaie de papier ou ses succédanés perdent leur puissance à l'étranger : la cote des changes est même le baromètre le plus certain.

Nous allons trouver ces caractéristiques de l'inflation dans tous les pays belligérants, avec plus ou moins d'intensité. Les pays neutres euxmêmes n'ont pas été épargnés.

Voyons comment ils sont entrés dans la voie de l'inflation.

Une grande guerre se fait difficilement avec le seul produit des impôts. Il faut immédiatement des sommes énormes pour mettre en branle la machine de la défense nationale. La rentrée d'impôts anciens et nouveaux n'est pas immédiate, elle est échelonnée au gré du contribuable. Il est difficile do lancer un emprunt au lendemain de la déclaration de guerre ; une opération de crédit demande des préparations. Il reste donc le recours au crédit auprès de la Banque d emissionqui ouvre dans ses livres des crédits à l'État contre remise d'efl'ets portant sa signature et lui fournit des bUlets. A

cùté de ces billets, il peut en être émis d'autres directement par la Trésorerie (Angleterre) ou par des institutions créées ad hoc (caisse de prêts en Allemagne, en Suisse, en Autriche-Hongrie). L'apparition de l'État, muni de moyens en apparence illimités, comme le plus gros acheteur, acheteur pressé, ne regardant pas au prix payé pour les marchandises et les services, payant avec du papier, jette la perturbation parmi les éléments qui déterminent les prix, d'autant plus que ni la production ni la circulation ni la distribution ne sont ce qu'elles étaient en temps de paix.

Ceux qui reçoivent ces signes monétaires ou des inscriptions àleur crédit dans les banques en font usage pour leurs dépenses personnelles, leurs achats de matières premières à transformer, pour les salaires de leurs ouvriers. L'mquiétude du lendemain, la crainte des mesures fiscales amène la thésaurisation ^ qui est une source d'embarras, en même temps que dans certains pays comme l'Allemagne et l'Autriche, elle s'est traduite par l'exode des billets à l'étranger.

L'inflation est accompagnée d'une diminution de la valeur de la monnaie, de sa force d'achat. Mais, et ceci montre l'insuffisance de la théorie quantitative de la monnaie, cette diminution n'est pas égale et, identique pour tous les articles,

i. Celle-ci intense au début parmi les agriculteurs qui sont de gros bénéficiaires de l'état de guerre, est suivie d'une crise de méfiance qui stimule les achats de terre et en renchérit le prix.

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comme cela serait le cas si, du fait môme du doublement de la quantité de signes monétaires, il devait résulter mécaniquement le doublement des prix.

L'inflation peut se produire de différentes façons et par la mise en circulation de moyens de paiement ayant force libératoire, qui sont reçus par l'État en payement des impôts, dont l'acceptation est obligatoire entre particuliers et par l'application d'un système de crédit comme celui qui fonctionne enAngleterre,etparrapplication de facilités excessives à l'égard des souscripteurs d'emprunts, comme cela a eu lieu aux États-Unis, de la part des Fédéral Reserve Banks.

Une forme subtile d'inflation dont l'intelligence est facile à quiconque est habitué aux méthodes et à la mentalité bancaires anglo-saxonnes provient de l'emploi du crédit créé àil'aide des dépôts en banque. Il ne s'agit pas seulement du fait que tout titulaire d'un compte de banque est habitué à faire ses paiements par des chèques. Non. Il faut creuser davantage la question.

Les bons du Trésor et les avances de la Banque d'Angleterre contre des anticipations de recettes [ivays and means) ont été les moyens principaux à l'aide desquels le gouvernement anglais a fait face à ses dépenses, en utilisant les ressources offertes par les dépôts des banques.

En Angleterre et en Amérique, toute avance faite à un client par une banque aboutit à la création d'un avoir, à l'inscription d'un crédit au dépôt du

titulaire. Presque toujours un accroissement des opérations actives d'avances et d'escompte est accompagné d'un accroissement des dépôts.

Il faut se garder de considérer l'accroissement des dépôts comme un indice certain d'enrichissement de la nation; c'est un signe d'activité des transactions, d'une expansion du crédit. Si la progression des avances et des dépôts résulte d'opérations d'emprunts improductifs comme les emprunts de guerre, la plus-value des dépôts peut être interprétée comme un symptôme de faiblesse financière.

La création de ressources financières en Angleterre et aux Etats-Unis s'est faite sur une grande échelle en usant de cette méthode : chaque emprunt de guerre a augmenté les avances et les dépôts des banques. Les souscripteurs, les acheteurs de titres ont emprunté aux banques les fonds nécessaires à leurs souscriptions ou à leurs achats. Les avances ont engendré les avoirs en dépôt contre lesquels étaient tirés les chèques à l'ordre du Trésor ou de la Banque d'Angleterre ou des banques privées servant d'intermédiaire. Le paiement final parvenait à la Trésorerie par l'intermédiaire de la Banque d'Angleterre qui créditait le compte du gouvernement. Sur la hà^e de ce dépôt, la Trésorerie tirait des chèques pour payer ses fonctionnaires, ses fournisseurs.

Il faut maintenant se rappeler qu'en Angleterre comme aux Etats-Unis, on considère possible de ne laisser en réserve contre les dépôts qu'une por-

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tîon plus ou moins grande de ses disponibilités. Les déposants-né retirent pas tous, le même jour la totalité de leur avoir. L'expérience a prouvé qu'en temps ordinaire, une réserve de 10 à 20 0/0 suflit pour assurer la solvabilité de l'institution oii le dépùt a été fait. Celle-ci a d'ailleurs souci de placer la contrepartie des sommes conliées en valeurs aisément réalisables. Une grosse portion des dépôts peut donc être utilisée à d'autres opérations.

En Angleterre, les banques ont l'habitude, au liîu d'avoir des espèces en caisse, de laisser une forte partie de leurs disponibilités en dépôt à la Banque d'Angleterre. Aux Etats-Unis, les institutions, qui font partie d'un réseau de réserve fédéral, laissent une portion de leur réserve dans les Federai Reserve Banls. C'est ainsi qu'avec des dépôts s'élevant à £ 100 millions en garde à la Banque d'Angleterre, on peut financer 500 à 1.000 millions.

Ces méthodes ont été employées au cours de la guerre, aussi bien pour les bons à courte échéance que pour les obligations à terme plus long et les titres amortissables. Lorsque les montauts de l'émission ont été considérables, on a introduit des versements de libération échelonnés.

On connaît la comparaison faite par Sir Ed. Holden dans une de ses allocutions à ses actionnaires : la banque privée place, pour le compte de ses clients qui veulent souscrire à l'emprunt, le montant dans le compartiment d'une roue. Elle donne l'impulf^ion nécessaire, le compartiment arrive devant la

Banque d'Angleterre qui retire la somme, en crédite le gouvernement, renvoie les quittances ou les titres qui vont aux souscripteurs. A son tour, elle place pour compte du gouvernement dans la roue les chèques destinés aux fournisseurs, qui les retirent, les remettent dans la roue pour les envoyer à leur banquier, qui les encaisse, les crédite et envoie à la Banque d'Angleterre, portion ou totalité du montant. Sur la base de ces virements, il s'édifie des crédits quatre ou cinq fois supérieurs qui servent à alimenter les souscriptions aux emprunts de l'Etat pour compte de la clientèle ou pour compte des banques privées elles-mêmes.

Le gouvernement a largement bénéficié de ces méthodes. Si nous avons bonne mémoire, M. Austen Chamberlain a évalué que dans l'un des grands emprunts de guerre, les banques avaient pris de la sorte pour £ 300 millions. Elles n'ont pas gardé les titres, elles les ont réalisés assez rapidement et celles, qui en avaient gardé, les ont vendus en 1920 lorsqu'il a été prudent de se constituer de véritables disponibilités. Elles ont dû amortir des pertes.

Les avances sur voies et moyens que la Banque d'Angleterre fait à l'Etat, sont autorisées par le Parlement en vue de permettre au gouvernement d'anticiper des recettes fiscales à venir ou des recettes d'emprunts réguliers et de traverser les périodes où les impôts rentrent lentement. Jusqu'à la guerre, il était entendu que ces avances devaient être liquidées dans le trimestre suivant et que sons

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aucun prétexte, on ne devait les traîner pendant une durée indéterminée. Pendant la guerre, on s'est montré moins strict. On a réemprunté au cours du trimestre la somme reportée, qu'on payait en apparence. De C 8 millions à la fin de 1913, le chiffre des avances Ways and means a. atteint ioo millions en décembre 1918, pour descendre à 243 en 1919. L'attention du gouvernement et du parlement a été attirée par la Commission présidée par Lord Cunlifîe on Currenaj and Fo' reign Exchange. EWe a fait ressortir que les avances faites au gouvernement qui les déboursait servaient aussi à gonfler les dépôts des particuliers et à entretenir l'inflation. Du compte du gouvernement, les sommes passaient au compte des particuliers, généralement des banques. Il y avait une multiplication apparente de ressources dont une portion se plaçait en bons du Trésor ou en litres d'emprunts.

LEtat qui avait emprunté à la Banque d'Angleterre, qui avait payé ses fournisseurs, voyait revenir les sommes déboursées. Ces opérations superposées ne tardaient pas à gonfler les prix et les dépôts.

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