SITUATION DES PRINCIPAUX ÉTATS EN
guerre, alors que de vieux impôts réels étaient fructueux et faciles à augmenter. On trouverait dans cette condition relativement mauvaise des finances françaises un argument déplus pour prouver qu'on n'y entretenait pas des desseins agressifs pas plus qu'en Russie où en 1914 on préparait l'abandon des ressources fiscales provenant de la vente de l'alcool, dont la suppression allait creuser un trou de 700 millions R. dans les recettes publiques.
Un seul Etat avait pris des dispositions en vue de renforcer sa situation financière : c'était l'Allemagne qui avait procédé, en 1913, à un prélèvement d'un milliard marks sur la fortune des particuliers, et qui avait adopté, dans l'ordre monétaire, certaines mesures préparatoires.
En Allemagne, on n'avait pas craint depuis plusieurs années de parler de la mobilisation financière de la guerre et de préparer, dès 1912, tout un plan, calqué d'ailleurs sur ce qui s'était fait en 1848 et en 1866 en Prusse, où l'on avait créé des caisses de prêts destinées à faire des avances aux particuliers et dont les billets, imprimés bien avant la guerre et datés d'août 1914, devaient entrer à l'égal de l'or dans l'encaisse de la Banque d'Allemagne ^
En France, il existait une convention secrète passée avec la Banque de France le 11 novembre 1911, stipulant une avance spéciale en cas de
i. Voir les Finances de Guerre de VAllemarjne; par Charles Rist, chap. I et II. Voir The Currencies of the u:ar, parB. While, 1921.
mobilisation, renouvelant des accords de 1890, de 1896, de 1899. L'avance devait être de 2.900 millions, dont 500 millions sous forme d'ouvertures de crédit sur les succursales et les bureaux auxiliaires et dont le surplus de 2.400 millions devait être versé au Trésor au fur et à mesure de ses besoins. Uu intérêt de 1 0 0 Tan était prévu pour les sommes prélevées sur cette avance.
Nous ne connaissons pas en Angleterre d'arrangement spécial entre la Banque d'Angleterre et le Trésor en prévision d'une mobilisation.
Il convient d'ajouter cfue la place de Paris se trouvait dans une situation assez délicate. On y avait fait des émissions turques, mexicaines, brésiliennes qui étaient mal classées. L'emprunt 3 1/2 0/0 émis avec un énorme succès d'émission* était en l'air. Un établissement de crédit, la Société Générale, auquel on était déjà venu en aide une première fois, se trouva au moment de l'explosion de la crise politique, fortement immobilisé, il avait 295 millions d'acceptations, 328 millions d'avances sur titres et 702 millions de comptes courants débiteurs. Ce fut lui qui, parle manque d'élasticité de ses ressources, obligea de recourir en août 1914, au moratorium auquel ses deux grands concurrents se soumirent par esprit de solidarité^.
1. Il avait été souscrit 40 fois : pour 31 millions francs de rentes, il en fut demandé 1.247 millions.
2. Voir Suzanne Giraud, La Banque de France durant la Guerre, page 05. Liesse, Onjanisalion du crédit en Allemagne et en Fj-anre.