LA POLITIQUE FINANCIÈRE DE LA FRANCE
crits à Paris. Il fallait faciliter la liquidation de bourse, ajourner le paiement des échéances, même des loyers, écarter le danger d'un run et autoriser les dépositaires à faire usage à l'égard des déposants d'une sorte de clause de sauvegarde analogue à celle qui protège les caisses d'épargne. De là, une série de mesures, de moratoria, de fermeture de la bourse, de garantie donnée à la Banque de France par l'Etat. Notre ami Em. Vidal a fort bien décrit dans une communication à l'Académie des Sciences Morales et Politiques les journées difficiles qui suivirent la brusque rupture de la paix européenne *.
Pour faire face aux besoins immenses qu'allait créer une guerre qui appelait sous les drapeaux la nation tout entière, on était assez mal préparé financièrement. On avait cru faire le nécessaire en accumulant une grosse encaisse d'or à la Banque de France (4.057 millions) à laquelle répondait une émission de 6.051 millions francs au 30 juin 1914. C'était une quantité excessive de billets, destinés si la guerre se prolongeait, à subir une addition considérable sous le régime du cours forcé : la dépréciation du franc à l'étranger parut certaine à quelques économistes éclairés et prévoyants du moment qu'il fallut faire des achats considérables
1. Les points noirs à la Bourse de Paris du 14 juillet nu 7 décembre 19IA. (Libr. A. Picard). Parmi les déposants atteints parle moratorium décrété le l^"" août 1914, il y eut le Gouvernement et la Banque de l'Etat russes qui avaient chez leurs correspondants h. Paris de six à sept cent millions de francs.
à l'étranger; en Amérique et en Angleterre. On fit un gros effort de propagande intérieure pour fairer entrer de l'or à la Banque et le public, obéissant k des considérations patriotiques rendit 2.300 millions qui furent les bienvenus et grâce auxquels on put déposer 1.978 millions à l'étranger. La marge légale d'émission en août 1914 n'était que de 800 millions francs. On l'augmenta aussitôt par une loi, en même temps que les avances de l'Etat. La circulation, jusqu'à la fin de 1919, a augmenté de 37.273 millions à 41 milliards en 1920. C'est avec les bons de la Défense pour 26 0/0, les avances de banque pour 13 0/0, des opérations de crédit à l'étranger pour 17 0/0 que la France a couvert les dépenses de la guerre et de Tannée qui en a suivi la fin. L'impôt et les revenus ont fourni 16 0/0, les empmnls de consolidation27, soit un rapport de 37 à 43 0/0. Aux reproches faits à la politique financière de la France d'avoir été insuffisamment énergique au point de vue de l'impôt et de l'emprunt consolidé, on peut opposer des circonstances atténuantes. L'occupation de départements très riches réduit les ressources du pays. On a fait aux alliés moins riches des avances qui s'élèvent à huit milliards dont quatre à la Russie ont été entièrement dépensés en France et auxquelles on a pourvu en remettant des bons du Trésor sans intérêt à l'emprunteur. On peut les faire entrer en ligne de compte quand on examine les causes qui ont amené l'inllalion en France.
Eu 1884, M. Tirard, ministre des Finances, pro-