CHAPITRE VIII L'inflation et les sociétés par actions
Le président du Coliseum Syndicale, qui exploite un théâtre, des salles d'exposition à Londres, après s'être félicité à l'assemblée générale de ses actionnaires, des accroissements de bénéfices qui viennent compenser l'accroissement des frais généraux et permettent de maintenir le dividende, ajoute :
« Le fait que la valeur représentée par notre dividende n'est pas ce qu'elle était, montre les difficultés qui attendent des entreprises dépendantes de la puissance de dépenses du public. Un épargniste peut retirer 25 0/0 de dividendes nominalement égaux à ceux du passé, mais ces 25 0/0 ne lui procurent pas le môme pouvoir d'achat. Il n'a plus autant de monnaie réelle à dépenser. MM. Âusten Chamberlain et Reginald Mac Kenna
ont expliqué que 200 iiv. st. d'avant guerre sont l'équivalant de 500 £ d'aujourd'hui. 25 0/0 sur le même capital doivent devenir aujourd'hui 62.5 0/0 pour avoir la même efficacité. L'actionnaire est en déficit dans la mesure où l'ancien dividende n'est pas multiplié par deux et demi. Son pouvoir d'achat a diminué. Les allaires qui vivent de la dépense du public en souffrent, »
Ces observations justifient le conseil donné par le Chancelier de l'Échiquier aux entreprises par actions de ne pas augmenter leur capital, car la rémunération en valeur monétaire réelle non artificiellement gonflée, devient plus difficile; lorsque la déflation viendra, on regretterad'avoir augmenté le capital normal. Il est vrai qu'on y a été amené par différentes considérations : on a dans beaucoup de cas procédé à des immobilisations soit pour étendre les installations, l'outillage, soit pour répondre à des besoins réels, soit pour échapper à Timpôt sur les bénéfices de guerre. Ayanttransformé des capitaux de roulement en capitaux fixes, il a fallu faire appel au public pour donner des ressources li(iuides nouvelles.
Depuis que les gouvernements ont cessé de se réserver l'accès du marché des capitaux, il y a eu dans les différents pays une véritable ruée. Le chiffre des créations de sociétés aux États-Unis a été de $ 2.600 millions en 11)18, 12.678 en 1919, 14.900 en 1920. En môme temps les augmentations (lé capital ont été en millions dollars :
l'inflation kt les sociétés par actions d80
Actions 21)S 1.397 1.151
Bous A court teruie. 697 73"i 936
Obligations .... 349 689 1.013
ÏTsïT 3.021 3.106
En .\ngleterrp, il a été émis £ 63.333.000 on 1918, £ 237. r; il. 900 en 1919, £ 384.211.000 en 1920. l^es crrands emprunts de ^l^tat ayant cessé et les placements à l'étrang-er n'ayant pas commencé, ce sont des besoins de l'industrie et du commerce, intensifiés par une fièvre de spéculation, qui se sont adressés au marché.
En Allemagne, on trouve en millions de marks :
Action» Obligations Total
En France, le total, sans les emprunts de l'État et sans les 8 milliards du Crédit National, a été '.
Actions. . . 618 1.514 5.000
Obligations. 1.130 3.742 4.000
Multiples sont les raisons qui ont amené ces demandes de capitaux : il y a eu la réadaptation de l'outillage et des installations d'une fabrication de guerre à une fabrication de paix. Sous le régime de l'inflation, l'industriel avait cessé do rechercher des débouchés, trouvant preneurs dans
1. Nous empruntons ces données à la Situation Economique et Financière, 25 mars 1921.
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l'État ou étant assuré de rendre à la consommation affolée. Les fabricants et les commerçants ont eu tendance à accumuler de gros stocks qui ont fini par devenir très lourds. Le développement des émissions ne répond pas à une situation brillante, mais simplement à ce que pour faire marcher les entreprises, il faut des fonds de roulement considérables, supérieurs aux ressources que le crédit en banque peut procurer.
Lorsque l'inflation disparaîtra, la situation des actionnaires dont les dividendes se ressentiront de la difficulté de rémunérer des capitaux grossis par les augmentations faites au cours des années d'abondance, sera moins belle. Les obligataires qui ont touché des revenus fixes profiteront de l'augmentation de valeur des intérêts.