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CHAPITRE PREMIER

Le croquemitaine de la déflation

L'inflation est construite sur le vide : un jour ou l'aulre, ce château de cartes doit s'écrouler : l'expérience est universelle et implacable.

Si la France a émis beaucoup de billets de banque, elle n'est pas le seul pays qui ait employé des procédés d'inflation. Nous venons de prouver que tous les pays y ont eu recours '.

La crise inévitable a commencé par les États- Unis et le Japon ^

Au mois 'de mai 1920, des banques américaines

avaient fait des prêts sur d'énormes stocks de soie el les ban'iues japonaises s'étaient également

i. Journal des Économistes, octobre 1919, l'Illusion fiduciaire et la Réalité économi'pœ.

2. Journal des Économistes, février 1921, la Soie au Japon et aux Étals-Unis, par L.-B. Gottlieb.

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engagées sur des stocks de soie destinés aux États-Unis.

Au commencement de mai, la Kansas City Bank arrêta un emprunt anormal de certains de ses Members Banks. Les banques élevèrent le taux de leurs avances ou les firent cesser.

Ce fait provoqua une crise à Yokohama; la soixante-quatrième banque de Yokohama suspendit ses payements pour trois semaines. La bourse de Tokio fut fermée à la fin du mois.

Les États-Unis devaient faire au Japon de grosses exportations d'acier, de cuivre et d'étain : ces exportations furent arrêtées ; cet arrêt provoqua une baisse sur le marché américain. Ce fut la crise qui, des Etats-Unis, s'étendit à l'Europe.

Du l" mai au 29 mai, le cuivre tomba de £ 121 à e 90; l'étain de £ 418 à £ 270; le zinc de £ 61 à £ 43 ; le plomb de £ 51 à £ 35 \

La hausse continue des marchandises, avec un très petit nombre de faillites, avait donné une confiance qui a disparu dès que la liquidation a commencé. L'homme est de la grande famille des moutons de Panurge : tout le monde achète, donc il faut acheter, et des banquiers qui doivent être des observateurs et des calculateurs, obéissent et contribuent à ces impulsions.

La dépression survient, les prix baissent. Il y aurait donc moins de risques à faire des avances

i. Journal des Èconomisles, 15 juin 1920, Baisse des prix

L'i ll(ds!<i' des chmif/es.

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plus larges sur des marchandises dont la valeur est plus basse. Il est moins dangereux d'ouvrir des crédits sur du cuivre à £ 9o qu'à 120, Les banques qui avaient prêté sur du cuivre à £ 120 refusèrent quand il tomba à £95. Elles craignaient que le mouvement de baisse ne continuât en s'accélérant.

Cette baisse de prix arrêta la production; on voulut se débarrasser des stocks dont le prix de revient était élevé, mais ceux qui pouvaient acheter attendirent que la baisse de prix atteignit son étiage. L'arrêt dans les ventes restreignit les disponibilités des industriels et par conséquent leurs moyens d'achat, en même temps que les banques resserraient leurs crédits. C'était la crise'.

En France, elle a pris diverses formes. Nous avons vu que des entreprises, des magasins, dos banques avaient profité de l'inllation pour augmenter leur capital dans d'énormes proportions ; c'était pour certains d'entre eux, un moyen de se procurer des capitaux dont ils avaient besoin ; mais ces capitaux pèsent sur leur avenir, car il faudra les rémunérer. Reste la question de savoir s'ils ne sont pas disproportionnés aux débouchés possibles.

— La baisse 1 quelle calamité ! disait-on en choiiir dans le monde des affaires, alors que chacun se plaignait de la hausse quand il était rentré chez lui. Et on entendait des apologies de l'inflation.

1. .Jimruai. des Économintefi, 15 juin 1920 : llaùse des prîpi et baitst des c/ianges.

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L'inflation assurait des hauts cours à la Bourse. Quand l'étranger pouvait se procurer sur le marché de Paris des titres en payant 60 0/0 au-dessous de la valeur de la livre ou 73 0/0 au-dessous de la valeur du dollar, il n'hésitait pas à acheter. Il avait des chances d'un gain énorme.

Si le change baisse, cette diff"érence disparaît; donc l'étranger s'abstient, ce sera l'effondrement des cours, et ce sera une débâcle à la Bourse!

Et alors, des gens, les yeux tout ronds et les lèvres émues, dénonçaient le péril de la déflation.

— Mais est-ce qu'on a mis au pilon quelques-uns des 40 milliards de billets de banque que la Banque de France est autorisée à émettre.

— Non.

— Alors, en France, il n'y a pas de déflation?

— Tout de même. Les moyens de payement manquent.

— Vraiment?

Et voici le raisonnement qu'on entendait tenir :

— Depuis le mois de mai, mon portefeuille a diminué des 3/4. Que sont devenus les billets de banque avec lesquels j'ai acheté des valeurs?

— Mais combien avez-vous acheté de ces valeurs à leur prix maximum?

Pas de réponse.

— Vous en avez probablement vendu pour vous assurer un bénélice. Et vous avez reçu des billets de banque (jue vous avez peut-être mis en réserve pour attendre une occasion propice qui résultera de la baisse. Donc vous n'avez pas à vous

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inquiéter ce que sont devenus les billets de banque de ceux qui ont acheté les valeurs au maximum des cours qu'elles n'ont pas conservé longtemps. Ils ne sont pas sortis. Vous aviez acheté ces valeurs à un prix ^V; vous avez profité de la hausse qui s'est produite en voyant avec satisfaction monter le cours sur les cotes. La baisse est venue. Vous n'avez rien perdu sur la hausse, toute la question est de savoir si le cours actuel est inférieur au prix auquel vous avez acheté. Cette différence seule constitue une perte pour vous.

— Mais il y a des billets de banque qui avaient servi à acheter la plupart des valeurs. Ils n'ont pas disparu, ils ne sont pas tous dans les bas delainedes agriculteurs; et on en manque. Ils ont dû servir à acheter des devises étrangères. Alors ils ne sont plus dans la circulation française; c'est pourquoi il faut une nouvelle émission de billets de banque!

— Vous allez porter à 30 milliards le chiffre des billets. Vous prétendez qu'alors l'Etat pourra payer tandis qu'il est actuellement embarrassé pour payer. Mais quel sera le change? Qu'est-ce que vous pourrez acheter à l'étranger? Avez-vous l'Autriche pour idéal? La couronne au pair valait franc 1.05. Maintenant, il faut payer une livre sterling plus de 2.271 couronnes, un dollar plus de 644 couronnes, une chemise 634 couronnes et une paire de chaussures 1.180 couronnes' !

1. La situation de la République autrichienne, 'ç&v A. Raffalovich, Journal des Économistes, février 1921.

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Les protectionnistes reprenaient les vieux arguments de la Ligue bimétalliste en faveur de la monnaie dépréciée; barrière contre l'importation, prime pour l'exportation^ Ils s'étalent dans le rapport de M. H. Chéron sur le budget des dépenses recouvrables (19 mai 1921).

Tous les partisans de l'inflation^ si divers que fussent les motifs qui les animaient, avaient un argument commun : le manque des moyens de payement.

Et il y a 38 milliards de billets de banque émis, soit, pour 40 millions d'habitants 950 fr. par tète, sans compter les virements et la chambre de com.peusation.

Ces moyens de payement ne suffisaient pas à rassasier la boulimie inflationniste. Le 22 février, le bruit était répandu en bourse, d'une augmentation de l'émission des billets de banque. Ce fut démenti immédiatement; mais, dans les milieux politiques et financiers, on continua de parler avec insistance, comme d'un fait nécessaire, de l'émission de 10 milliards de francs de billets.

11 fallut une note catégorique publiée le 3 mars par la Banque de France pour mettre fin à cette fausse nouvelle.

On disait pour justifier cette nouvelle émission, que des banques, des établissements industriels manquaient de moyens de payement. Maintenant, malgré la discrétion qui a couvert les infortunes

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