CHAPITRE VI
L'Apologie de la baisse
Le maraîcher qui vend ses carottes et ses poireaux; le cultivateur qui vend du lait, du beurre ou du fromage, qui vend du blé ou de l'orge; l'industriel qui vend du fer ou de la toile, ne produisent pas pour eux-mêmes; ils produisent pour les autres, en vue d'un gain.
Leurs opérations ont pour but d'établir à leur profit des différences entre leur prix de revient et leur prix de vente.
Parmi eux, et même parmi les plus considérables, ceux qui sont considérés comme des hommes compétents, il y a beaucoup de myopes qui ne voient qu'une chose : — c'est d'établir la différence la plus grande possible entre leur prix de revient et leur prix de vente.
— La hausse! Voilà ce qui les rend joyeux. Du
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100 0/0 et même plus, voilà ce qu'il faut obtenir! aussi rinflation, quelle bénédiction! Et le régime de guerre, quelle joie ! Il faut tâcher de le maintenir pendant l'état de paix. Le change qui constitue une barrière contre les commerçants étrangers n'est pas à abaisser^ il faut l'élever au contraire, selon les théories de la Ligue du bimétallisme de 1894! Il faut le compléter par des coefficients qui constituent une barrière hermétiquement fermée, de manière que nous ayons le monopole du marché intérieur : et ce monopole, nous le compléterons, par l'organisation de consortiums, de trusts et de cartels de manière que le consommateur ne puisse échapper à notre étreinte!
— Et par l'exploitation intense à laquelle vous voulez vous livrer à leur égard, vous préparez non seulement leur ruine, mais vous préparez la vôtre.
— Alors, vous prétendez que les grands profits nous ruineraient.
— Parfaitement.
— La cherté diminue le pouvoir d'achat. Quand un acheteur a mis 100 francs dans une paire de bottines au lieu de 20 francs, il en résulte qu'au lieu d'un cinquième de 100 francs, il en a dépensé les cinq cinquièmes. 11 ne lui reste donc pas, en dehors du prix d'achat de ces bottines 80 francs dont il aurait pu faire usage pour se procurer d'autres objets.
— Mais ce n'est pas à moi que reviennent ces quatre-vingts francs.
— Peut-être y en aura-t-il une partie : Car, au lieu
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de porter des ihaussures usées, il les renouvellera. Comme la même opération se fait sur Tensemble des industries, chacun profite réciproquement des économies qui ont été faites dans les achats des autres.
Vous produisez pour vendre, donc, il vous faut des acheteurs. Vous n'avez d'acheteurs qu'à la condition qu'ils aient un pouvoir d'achat. Si vous vendez cher, vous absorbez pour votre produit la plus grande partie possible de leur pouvoir d'achat. Si vous vendez bon marché, vous n'en absorbez qu'une partie plus réduite. Avec la partie du pouvoir d'achat qui reste disponible, cet acheteur fera d'autres achats à vous-mêmes peut-être, à d'autres pour d'autres objets; il placera peut-être en capital une partie de l'économie que le bon marché lui aura fait faire. La cherté restreint ou ferme le débouché; le bon marché ouvre le débouché : et c'est le débouché qui constitue l'avenir du producteur. Quand il le ferme pas ses exigences, il pratique le Hara Kirri!
Il y a une locution connue : — la richesse du commerçant, c'est la richesse de sa clientèle.
La cherté restreint cette richesse : le bon marché la favorise.
Le Colbertiste de la vieille école qui veut gagner avec tranquillité, sans amortir son outillage, en payant de bas salaires et en vendant cher, à l'abri de la concurrence, ne peut contester ces vérités; mais il a pour idéal de vivre dans son fromage qui nesera pas perpétuel ; car il est réduit à le grignoter.
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Cependant peu de gens osent déclarer qu'ils sont hostiles à tout perfectionnement technologique dans leur industrie. Beaucoup même, parmi ceux qui réclament des droits protecteurs, se vantent de l'amélioration qu'ils apportent à leur outillage et à leurs procédés. Mais que font-ils, les malheureux? ils contribuent à l'économie de l'effort. Ils deviennent des promoteurs de bon marché. Ils mettent leur pratique en contradiction avec leurs appétits de cherté.
Tout progrès industriel est un coefficient de bon marché : car il représente une réduction de l'effort donc du prix de revient. Depuis trois quarts de siècle, les perfectionnements des moyens de communication ont triomphé de l'espace et du temps de manière à mettre sous la main de chacun, tous les produits du globe; et toute l'énergie, toute l'intelligence dépensées dans les résultats obtenus par le génie de l'invention, la hardiesse des entrepreneurs et des capitalistes, auraient pour résultat la cherté, donc la privation!
Telle est la solution ironique des inflationnistes. Ils veulent maintenir et dresser en travers de l'évolution industrielle une cloison de plus en plus élevée de papier, à l'abri de laquelle ils feront leurs petites affaires. Ces inconscients espèrent qu'elle résistera à la conjuration de tous les intérêts réels contre la cherté; dans leur aveuglement, ils ne comprennent même pas le caractère de la coopération générale en faveur du bon marché, coopération à laquelle ils participent dans leur
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pratique technologique, alors qu'ils essaient de la combattre par leurs combinaisons politiques et périodiques.
La recherche du maximuiK d'e/fct utile avec le minimum d'effort est la crise normale^. — Tout abaissement dans les frais de production permet d'offrir à plus bas prix les unités de marchandises ou de services, et par conséquent augmente le pouvoir d'achat des demandeurs, puisqu'ils peuvent s'en procurer plus avec moins. Cette réduction de la valeur des unités en augmente la valeur globale; en en provoquant la demande, elle provoque la production.
Si une partie du pouvoir d'achat rendu disponible, s'exerce au prolit des autres objets ou services, cette partie économisée contribue à augr menter la production générale et, par conséquent, la valeur globale des produits, qu'ils appartiennent à telle industrie ou à telle autre ^.
Le progrès économique a pour critérium la réduction de la valeur des unités des capitaux circulants et l'augmentation de leur valeur globale.
Tout producteur peut réduire presque indéfiniment ses bénéfices par unité de produit ou de service à la condition d'étendre indéfiniment ses débouchés.
La cherté les restreint ou les supprime, tandis que le pouvoir d'achat de chacun, augmentant en raison de l'économie des charges et des efforts de la vie quotidienne, les ouvre constamment.