Formes toruleuses après agitation
d'une culture immergée pendant 1 mois.
e. 11 et 12. Cellules-levures provenant de pseudasques.
Grossissement : Joo fois.
Planche IV.
DJ
MUCOR FUSCUS (r}, Bainier.
Le Mucor fuscus se rencontre sur les excréments du chien ; il présente à l'œil nu un aspect particulier : Les sporanges forment de petits points grisâtres portés par des filaments d’un centimètre environ, à peu près d’égale hauteur, hérissés comme les poils d'une brosse. La forme du sporange est sphérique; il est entouré d'une membrane criblée de petites aiguilles d’oxalate de chaux, très fragiles. « La columelle pénètre dans le sporange en conser- « vant sensiblement le même diamètre que le support, « mais ne tarde pas à se dilater, et forme un tronc de cône « renversé, surmonté d’une calotte hémisphérique. Les « spores sont rondes, jaunâtres et mesurent 5 y à à 12p. » Le support est couvert de petites aiguilles verticales le long de ses parois. Généralement, au-dessous du premier sporange nait une branche secondaire, plus allongée, faisant un angle aigu avec le support du premier sporange, et qui se termine par un sporange. Cette branche secondaire donne de même une branche tertiaire, et ainsi de suite. Les sporanges secondaires sont souvent plus petits que le premier et leur columelle peut être réduite et
souvent déformée.
EXPÉRIMENTATION
Culture fixe sur Raulin gélatiné à 5 °/,. — Au bout de 36 heures, colonies de 2 à 3 millimètres saillantes et duveteuses. Quatrième jour, mycélium copieux, abondamment ramifié, non cloisonné; hyphes sporangifères régulièrement disposées. Cinquième jour, sporanges terminaux globuleux visibles à l'œil nu. £xamen microscopique : Caractères identiques à ceux signalés précédem-
ment.
(1) Baxter (G.). Mucor fuscus (Bull, Soc. mycol. de France, t. XIX, p. 16», 1903).
Culture agitée sur Raulin gélatiné à 5 °L. — La croissance et l'allure des cultures sont à peu près les mêmes que sur Raulin gélatiné fixe. Toutefois les colonies sont plus volumineuses au bout de 36 heures, elles mesurent de 5 à 6 millimètres de diamètre. Examen microscopique : Comme ci-dessus.
Culture fixe sur Raulin ({’ensemencement est pratiqué à la surface du liquide, à l'aide de spores provenant d'une culture fixe sur Raulin gélatiné). — Cinquième jour, début de germination, thalle blane grisâtre qui se développe à la surface du milieu nutritif. ÂAuilième jour, mycéhum formant voile, et poussant dans l’air des appareils reproducteurs (sporanges normaux). Par suite de l’accroissement de son poids, la masse tombe au fond du liquide, le mycélium continue de croître et finit par envelopper les fructifications anciennes. Si l’on soumet à l'examen microscopique une partie de cette portion submergée, on reconnait très nettement ces fructifications anciennes qui étaient mûres au moment de l'immersion.
Culture fixe sur Raulin (semis en profondeur). — On trouve en suspension des petits filaments blanchâtres étalés, simulant des houppes cristallines, uitième jour, la végétation devient de plus en plus abondante, et l’on remarque à ce moment quelques petits amas sphériques, à tissu très lâche, de dimensions variables. Vinet-cinquième jour, végétation plus luxuriante sans caractères macroscopiques différentiels. Æxæemen microscopique : Les filaments immergés sont au début hyalins, sans eloisons, plus petits que les filaments émergés, puis le protoplasme se condense çà et là sur le trajet des filaments, pour donner des kystes où chlamydospores, qui se revêtent d'une membrane propre de cellulose. Les monstruosités mucoriennes et les formes en chainettes deviennent abondantes. On retrouve aussi très souvent des cellules arrondies qui bourgeonnent en divers points. Les appareils reproduc-
teurs font défaut, même au bout d’un mois et demi d'immersion.
Culture sur Raulin normal agité. Agitation I (1° 15 à 00 secousses par minute). — Les différenciations avec les formes immergées non agitées sont trop peu marquées pour que nous insistions davantage.
2° Go secousses par minute. — Le troisième jour nagent cà et là dans le liquide de petits points blancs mesurant à peine un millimètre de diamètre. Le cinquième jour, ces points sont devenus des sphères mycéliennes jaunes, dont les dimensions sont comprises entre 3 et 4 millimètres de diamètre, présentant un contour rugueux et hérissé de petits poils blanchâtres aux deux pôles d’abord, puis sur tout le pourtour. (PI. III, fig. 2.) Le huitième jour, les pelotons mycéliens changent de couleur et prennent la teinte orangée. Le vingt-cinquième jour, ces masses sphériques atteignent 7 à 8 millimètres de diamètre ; leur surface est lisse, toute trace de poils a disparu par suite de l'agitation soutenue, et leur couleur devient ocracée. (PI. III, fig. 3.) Le liquide surnageant possède après filtration une teinte jaune orangé.
3° 90 secousses par minute. — Résultats sensiblement les mêmes.
4 190 secousses par minute. — Deuxième jour, début de points blanchâtres. Quatrième jour, sphères mycéliennes jaune orangé de 3 à 4 millimètres de diamètre. Quinsième jour, masses sphériques de 7 à 8 millimètres de diamètre, dépourvues de poils, de couleur ocracée ; certaines de ces masses sont en voie de dissociation. Vingt-cinquième jour, bouillie formée de boules dissociées, quelques-unes cependant restent intactes.
Si nous sectionnons une de ces sphères creuses, âgée d'un mois, et mesurant 8 millimètres de diamètre, nous remarquons que lenveloppe est épaisse de 4 millimètres environ, et formée de deux zones concentriques
distinctes, l’externe claire, l’interne brune. Les parois de la cavité sont lisses et ne présentent aucune particularité intéressante. £ramen microscopique : Au début, les jeunes sphères sont constituées par des filaments enchevêtrés, très serrés, coupés de cloisons assez rapprochées, mais inégalement distantes. Il n'y a plus en réalité aucune ressemblance avec le Mucor fuscus simplement immergé ; le mycélium est plus fin ; il est cloisonné, tortueux; la membrane est épaissie, le protoplasme est granuleux sans corpuscules gras. (PI. V, fig. 1.)
Avec les sphères mycéliennes plus âgées nous assistons à des modifications plus complètes, et surtout à la formation d'appareils reproducteurs, qui manquent dans les cultures fixes de HMucor fuscus immergées. La sphère mycélienne dont nous allons donner les caractères microscopiques était âgée d’un mois; son diamètre atteignait 7 millimètres.
Les hyphes ont produit, en s’enchevétrant, un véritable tissu dense et compact. Vers l'extérieur, les filaments peu cloisonnés affectent des formes régulières et rectilignes, mais à mesure que nous pénétrons plus profondément dans ce tissu, les hyphes se découpent en articles courts, lesquels s'arrondissent, s’étranglent légèrement en leur milieu et forment des chapelets facilement dissociables. Certains de ces filaments, les uns tortueux, les autres infléchis et cloisonnés, cessent de croître, se renflent à l'extrémité, et ce renflement se sépare du filament par une cloison. C’est un pseudo-sporange en voie de formation. (PI. V, fig. 3.) — À maturité, ces appareils reproducteurs sont jaune d’or, sphériques, de dimensions variables comprises entre 30 el 4ou de diamètre, à membrane extérieure cellulosique et fortement épaissie. Le protoplasme intérieur s'est divisé en un certain nombre de cellules irrégulières, et souvent déformées par pression réciproque. Les cellules définitivement constituées sont soudées en une spirale régulière. Par suite de la gélification de la membrane externe du pseudo-sporange, cette
chaîne de cellules se déroule (généralement de droite à gauche). Le premier article qui apparaît sitôt la disparition de la membrane porte deux, trois ou quatre bourgeonnements dématioïdes ; il en est de même à l’autre bout de la chaîne. De chaque côté, et au niveau des cloisons se forment des ramifications bourgeonnantes, puis la crosse s’allonge en une hyphe contournée au début, puis rectiligne, et coupée de cloisons. Chaque article inclus dans le pseudo-sporange mesure de 11 à 13x de long sur 8 à 9 de large. Il y a ici une certaine ressemblance avec les formes signalées par GUEGGEN (1), à propos de l'Aygrocrocis arsenicus Submergé, et qu'il a nommées circinules (circinula, petite crosse). Nous appellerons nos appareils reproducteurs des circinules déroulantes. (PI. V, fig. 4, et PI. VI, fig. 2, 3, 4 et 5.)Si l'agitation se poursuit au point de dissocier les masses sphériques, les éléments constituant nos cireinules vont se fragmenter, et chacun de leurs éléments va devenir une cellule-levure ronde, ovale, piriforme ou quelquefois même apiculée. Enfin dans les parties les plus profondes de ce tissu compact, qui forme l'enveloppe de la sphère mycélienne, nous distinguons une zone plus foncée, noir verdâtre, constituée par des éléments ovales légèrement étranglés par leur milieu, et à membrane très épaisse. Ces productions ne sont autre chose que des formes enkystées, correspondant à nos formes dernières ou kystes, signalés déjà dans le cas du Mucor flavus.
Examen microscopique du liquide surnageant après une agitation d'un mois à raison de 120 secousses par minute. — Nous observons : 1° Des filaments cloisonnés ramifiés en doigt de gant ;
2° Un mycélium à hyphes épaisses, à rameaux terminés en pointes obtuses et à plasma montrant de petites granulations brunes ;
(1) Guecuex (F.). Recherches sur les organismes myceliens des solutions pharmaceutiques. — Études biologiques sur le Penicillium glaucum. Thèse doctorat en Pharmacie, 1899, p. 23.
bee
3° Un thalle en cellule-levure ;
4° Des chlamydospores séparées en deux par une cloison transversale, et d’autres non cloisonnées ;
»° Des formes-levures rondes de 13 y de diamètre, garnies sur tout le pourtour de bourgeonnements;
6 Des formes-levures ovales (PI. V, fig. 5) de 10 à r2p de long sur 3 à 4 de large. Il est difficile de donner des dimensions très exactes pour ces cellules-levures, attendu qu'elles sont assez inégales.
7° Enfin, les circinules complètement déroulées sont en grand nombre.
Suppression de l'influence de la pesanteur. — Deux cultures identiques sont disposées, l’une sur une roue verticale tournant à raison de 6o tours à la minute, une autre à proximité, mais immobile. Nous avons constaté une croissance plus rapide pour la première dès la germination. Les détails, et les différences morphologiques sont les mêmes que ceux cités précédemment. Disons cependant que les sphères mycéliennes présentent très vite une surface très lisse ebtbrnln et Plan He
Culture fixe d'un mois soumise à l'influence de l'agitation. (1 mois, 120 secousses par minute). — Nous observons, au bout de cinq jours, la formation de petites sphères mycéliennes mesurant de > à 3 millimètres de diamètre, de couleur jaune clair.
Ces pelotons mycéliens augmentent très rapidement de volume, et mesurent de 5 à 6 millimètres de diamètre au bout de douze jours d'agitation. Tout d'abord leur contour est rugueux, leur couleur est jaune clair, elles perdent très vite leurs aspérités, deviennent très brillantes, très rondes et ocracées.
Leur nombre est plus considérable qu'en partant simplement de spores. Les plus petites mesurent » millimètres de diamètre, les plus grosses 7 à 8 millimètres.
Si nous sectionnons radialement une de ces boules mesurant 6 millimètres de diamètre, nous remarquons qu'elle est formée : 1° A la périphérie par un thalle non cloisonné jaune d’or, comprenant des parties élargies, lamelleuses, déformées, portant aux extrémités des cloisons de cicatrisation isolant le protoplasme resté vivant après la rupture des terminaisons mycéliennes ; 2° plus profondément dans la sphère, par des filaments plus petits, séparés en articles toruleux et arrondis ; dans cette zone nous apercevons quelques-unes de nos circinules déroulantes ; 3° enfin, au centre, une région verdâtre constituée par des «kystes ou formes dernières ».
Ces pelotons mycéliens sont presque massifs, ou du moins ne sont creusés que d’une légère excavation.
Examen microscopique du liquide surnageant après agitation d'un mois d'une culture fixe vieille d'un mois (120 secousses par minute). — Le liquide de couleur ocracée tient en suspension une série d'éléments que nous allons énumérer et décrire aussi brièvement que possible. 1° Nous observons des fragments de thalle non cloisonné, mais possédant une membrane cellulosique très épaisse ; ° des formes globuleuses énormes montrant à leur intérieur de très gros corpuscules de graisse; 3° des formes oïdiennes dissocices, groupées par deux ou par trois, et possédant une enveloppe protectrice cellulosique fortement épaisse ; 4° des circinules déroulantes (PI. VI, fig. 4) offrant les mêmes caractères que les premières ; 5° d'énormes masses plus ou moins sphériques dont les dimensions varient entre 30 et 4o y de long sur »0o à 25 de large, abandonnant un protoplasme émietté en forme de spores; 6° des celluleslevures ovales de dimensions variables, mélées de formes rondes, émettant sur leur pourtour des bourgeonnements nombreux; 7° des formes dématioïdes (PI. VI, fig. 1) variées ; 8 des chlamydospores à protoplasme jaune foncé; 9° des kystes où formes dernières teintés de vert, mesurant de 10 à 13 p de long sur 7; à 8 w de large. Nous revenons au
stade de déformation, et nous avons ici encore une preuve manifeste de l'influence de l'agitation sur la structure et le développement du Mucor fuscus.
Poursuivant les mèmes expériences que pour le Mucor flavus, nous avons voulu nous assurer que les différents éléments faisant partie de-la phase de déformation étaient susceptibles de reproduire au bout d'un temps plus ou moins long notre Mucor fuscus primitif.
Culture cellulaire au repos de circinule déroulante. (PL VI, fig. 3.) — Un de ces appareils reproducteurs est isolé en pratiquant de nombreuses cultures cellulaires sur Raulin normal. — Premier jour, gonflement de la circinule et gélification de la membrane extérieure. Second jour, début de déroulement de la circinule. À ce moment, nous avons l'illusion de voir un petit escargot sortant de sa coquille et émettant en l’air ses tentacules ; ici les tentacules ne sont autre chose que les prolongements dématioïdes, poussant sur la cellule qui se trouve libre la première. Troisième jour, le déroulement est complet, et la dernière cellule s’allonge en une hyphe cloisonnée. Quatrième jour, sur les côtés nous apercevons de nombreux bourweonnements qui se prolongent bientôt en un mycélium ordinaire. Sixième jour, mycélium non cloisonné normal. Treizième jour, mycélium avec sporanges normaux.
Culture de cellules-levures isolées par la méthode des boîtes de Pétri (aspect macroscopique). — Premier jour, petites colonies d’un demi-millimètre ayant l'aspect d'une guttule de cire brune, vernissées à la surface mais non visqueuses. Troisième jour, les colonies se déssèchent, s'élargissent (4 à 5 millimètres), deviennent rugueuses et plissées ; cet élat se maintient sept à huil jours, puis on voit poindre de petits prolongements à la surface, c’est le début d'un mycélium normal de Mucor fuscus. Dix-septième jour, apparition des sporanges.
er dl —
Culture cellulaire de kystes. — Premier jour, rupture de Ja membrane cellulosique. Deuxième jour, le protoplasme s’allonge en un tube germinatif cloisonné. Trot sième jour, formes dématioïdes sur les côtés de ce début de mycélium devenu abondant et ramifié. //uitième jour, mycélium non cloisonné. Onzième jour, sporanges normaux.
Nous avons répété les mêmes expériences sur divers milieux solides et liquides (carotte, pomme de terre, Raulin gélatiné, Raulin normal. Nos résultats ont toujours été identiques, sauf parfois constatation d’un retard où d’une avance dans la production du type normal.
Les schémas suivants résumeront les phases de transformation et de régénération de Mucor fuscus BAINIER.
po —
l° Phase de transformation.
spores
sphères mycéliennes
dissociation de ces sphères (cireinules Eee
en chlamydospores, celluleslevures, «kystes » ou «formes dernières »
2° Phase de régénération.
sporanges
mycélium uon cloisonné
promycélium cloisonné
Spores-levures sporanges
mycélium normal promycélium {Dematium) rupture | de la membrane
K ystes
PLANCIIE V
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