DR ENS
l'encombrement est notable et retire au navire beaucoup de sa valeur marchande. Et dans le cas du gyroscope le prix de l'appareil est considérable. Ces deux inconvénients s'ajoutent et obligent l’armateur à augmenter les prix des passages. Le moment en est mal choisi puisque, les compagnies ne cessent de diminuer les prix pour attirer le voyageur qui depuis la guerre fait grève (1). On peut donc théoriquement avoir un navire à plancher stable, mais pratiquement cela n’existe pas. Il suffira de choisir un bateau qui roule peu. Or ces bateaux existent nombreux.
La stabilité d’un navire dépend de plusieurs facteurs que nous examinerons successivement, \
Elle dépend de son volume.
Un navire d’un tonnage convenable, six à sept mille tonnes au minimum, est stable. Si les grands bateaux qui traversent l'Océan transportaient les passagers de Marseille à Alger, personne n'aurait le mal de mer pour franchir la Méditerranée. Si, pour aller du Havre à Trouville, on embarquait sur des ferry-boats qui traversent la baie de New-York, on n'aurait jamais le mal de mer. La dimension des paquebots n’est pas seule à considérer ; la forme du bâtiment importe. On a difficilement le mal de mer sur les navires ventrus et massifs de l’Atlantic Trans-
1. Mémoire présenté par P. R. Jakson à l’Institut des Naval Architects, Gyroscope, Otto Schlick, Engineering, 1°r avril 1904. Stabilisation des navires au moyen du gyroscope : P.R. Jackson
Transactions I.N.A., 1920 (a paru dans le Shipbuitding et QE ping Record du 1° HR 1920).
SE us
port Line qui menaient d'Amérique en Angleterre des milliers de bœufs et de chevaux. De plus il ne faut pas trop de superstructures, pour ne pas trop remuer (Marcel Clerc). La grande vitesse est aussi un facteur du mal de mer. On sait que les capitaines, pères de leurs passagers, ralentissent quelquefois d'un nœud la vitesse et changent la direction de quelques degrés pour permettre le repas copieux suivi de la sieste qui en assurera la digestion. Les passagers prétendent que ceux qui veulent faire des économies sur la nourriture, tiennent une conduite inverse. Le D' Loir conseille de choisir le cargotboat qui est long ; c’est le navire le plus stable. Il faut encore qu'il soit large et bien lesté. Il devient instable s’il n’est chargé qu’à l’avant et à l'arrière.
Il y a deux classes de voyageurs : la plus nombreuse voyage pour ses intérêts et désire aller vite, celle-là prendra forcément des paquebots à grande vitesse, et, si elle est riche, ne recherchera que le luxe. L'autre voyagera pour jouir du climat marin, soit par plaisir, soit par raison de santé. Celle-là choisira les cargo-boats, ou mieux encore, si possible, ces énormes voiliers à quatre ou six mâts qui transportent les grains. Les navires à voile n’ont point les trépidations de la machine à vapeur, ils n'ont niles odeurs de graisse et de machine, ni la poussière du charbon ; ils sont en outre plus confortables, car, ayant moins de vitesse, ils épousent le mouvement de la vague et prennent un balance-
ment rythmique qui loin de donner le mal de mer a
plutôt d'heureux effets sur les fonctions digestives et circulatoires autant que sur le sommeil ; enfin. ils n'ont pas le bruit des machines et le grincement de l’hélice. Si les voyages en mer étaient préconisés par les anciens, c'est qu'ils ignoraient les gyroscopes. Doit-on aller plus loin encore ?
L'idéal, pour la cure serait ur ponton solidement amarré, en pleine mer, au point d'être fixe et immuable, Cet idéal, nous l'avons dans Les Îles : leur climat participe d'autant plus du climat marin, que l’île est plus éloignée de la côte et plus petite. Iei encore, il faut distinguer un grand nombre de modalités : une ile grande comme la Corse offre plusieurs climats très différents : une petite ile proche du continent, quoique se rapprochant plus du climat marin que la côte qui lui correspond, est encore influencée par le continent. Enfin, si nous considérons une petite île en pleine mer, il faut qu’elle n'ait point de hautes montagnes : celles-ci retiennent les nuages, modifient les courants aériens, et influent sur le climat de l'ile (F. Regnault).
Prenons comme exemple l'ile de Madère. Elle a 7 kilomètres sur 27 et ses montagnes, dont la plus élevée a 1.900 mètres, forment une chaîne qui coupe l'ile en deux versants, nord et sud. Funchal, la capitale est protégée des vents du Nord par: cette chaîne, mais a, durant le jour, la brise de mer, et la nuit celle de terre, Le siroco atteint Madère environ trois fois par an, parfois davantage, apportant le sable et même les insectes du Sahara, Les
différences de température sont faibles, on compte deux saisons relativement sèches, au printemps et en automne, Îl pleut tous les mois de l’année par averses, mais le sol est sablonneux et la sécheresse de l’air est intense au milieu de la journée.
On voit, par ce simple exposé, que l’île de Madère n'a point les caractères du climat marin.
On fixerait son choix sur des îlots voisins d’une grande ile, après étude préalable du climat.