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CHAPITRE PREMIER

Historique de la cure marine et la cure littorale de la tuberculose pulmonaire

La cure marine de la tuberculose pulmonaire est aussi vieille que la médecine écrite, car Hippocrate la recommandait déjà et, après lui, beaucoup d’autres écrivains de l’antiquité la recommandèrent. Cicéron fut guéri de fréquentes hémoptysies après quelques ‘croisières dans les mers de la Grèce.

À cette époque, comme de nos jours, le climat de l'Egypte était en vogue, mais si l’on s’en rapporte à Pline, les médecins d'alors se rendaient compte que la traversée seule agissait favorablementetils ne désignaient l'Egypte que pour fixer un but devoyage.

Avec la décadence des empires grec et romain, la climatothérapie marine tomba dans l'oubli, et

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dans la seconde moitié du xvurre siècle, cetraitement fut repris parun médecin anglais Ebenezer Gilchrist. Il écrivit sur l’Urilité des voyages en mer pour la cure de différentes maladies et notamment la consomption. Il fut traduit de l'anglais par M. Bourru, Docteur régent de la Faculté de Médecine en l’Université de Paris, et publié en 1770 chez Pierre- François Didot, le jeune. |

En 1826, Laënnec écrivait dans son fameux traité de l’Auscultation médiate : « Je suis. convaincu que, dans l’état actuel de la science, nous n’avons pas de meilleurs moyens à opposer à la phtisie que la navigation et l'habitation des bords de la mer dans un climat doux, et je les conseille chaque fois qu’ils sont praticables. » “e

Plusieurs médecins illustres appuyèrent sa conviction ; Becquerel la regardait comme un dogme certain dans son Traité de l’Hygiène qui resta, pendant un demi-siècle, un livre d’enseignement officiel très répandu.

Foville, atteint d’une tuberculose pulmonaire qui jusque-là avait résisté à tous les traitements, revint guéri après un voyage sur le vaisseau qui transportait les cendres de Napoléon [°*.

À partir de 1854 s’élevèrent .des objections qui coïncident avec l'apparition des navires à vapeur dans lesquels les équipages sont moins bien logés qu'ils ne l’étaient sur les voiliers. Les médecins de la marine de guerre constatent de nombreux tuberculeux. Rochard notamment disait en 4856 : « La

phtisie, loin d’être rare parmi les marins, est au contraire beaucoup plus fréquente que dans l’armée de terre. Elle sévit avec une grande intensité dans les hôpitaux de nos ports, dans nos escadres. La phtisie marche à bord des navires avec plus de rapidité qu’à terre. »

Johnson, qui défendait la même doctrine, puisait ses observations à la même source, lorsqu'il signalait dans la flotte de la Méditérranée 151 décès par tuberculose sur 451 morts, en l’espace de quatre ans.

Aux yeux de Rochard et de Johson, l’opinion contraire de Laënnec était une « pieuse illusion ».

Ces observations perdent leur valeur quand on sait dans quelles conditions antihygiéniques voyageaient les soldats de la flotte à bord des vaisseaux de guerre. La plupart, astreints à un labeur épuisant, mal nourris, mal logés allaient d’une mer à l’autre, étouffant dans la chaleur, dans la poussière et dans l'encombrement des entreponts.

«L’airest pur autour du navire,mais dans lescales et dans les batteries,oùles marins sont réunis dansun espace très restreint; il est promptement adultéré et réunit des conditions éminemment favorables au développement de la phtisie. Aussi se propage-t-elle rapidement. » (Grancher et Hutinel.)

Sur de tels navires, l'hygiène est inconnue; la balistique a seule préoccupé les ingénieurs,machines, canons, cloisons étanches, soutes à charbon, pren-

nent la place, les hommes s’accommodent tant bien

de qu

que mal du peu qui reste. La vie sur ces bâteaux est très pénible, la promiscuité favorise la contagion ; il n'est pas étonnant que celle ci y sévisse et que l’état Sanitaire y soit mauvais.

De plusilne faut Pas compter comme marins les débardeurs, les ouvriers des ports ou les mariniers qui s’éloignent à peine du port pendant quelques heures et terminent la journée dans les cabarets, où les guettent l'alcoolisme et la syphilis.

Il faut réserver cette appellation aux matelots des voiliers et aux pêcheurs qui passent des semaines entières au large, sans aborder, et qui, sur leur ile flottante, travaillent dur et sont des tempérants et sobres.

Quelques cliniciens Perçurent de bonne heure une différence. Fonssagrives et Peter distinguèrent entre les « tuberculeux exerçant la dure profession de marin et le Passager opulent qui dispose de tout le bien-être d’un bâtiment confortable navigant dans des parages chauds ». A ce dernier on peut conseiller, dit Fonssagrives, une série d’excursions sur des paquebots Spacieux « l'avantage du changement d'air, combinéavec celui d’une diversion intellectuelle, exerce une influence favorable sur la nutrition ». I] importe aussi de considérer la vitesse avec laquelle le navire traverse des latitudes très diverses (1).

1. V, Hanot, article « Phtisie », Dictionnaire de Jaccoud ; p. 544.

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Sans doute cette distinction était vraie, mais elle était insuffisante, puisqu’en réalité on englobait sous la rubrique de matelots un grand nombre de sujets qui ne l’étaient point.

Pour avoir méconnu ces distinctions, certains médecins, à la suite de Rochard, ont répété que, non seulement la mer n’exerçait aucune action salutaire sur la tuberculose, mais qu'elle la favorisait, et que cette maladie était très commune dans les hôpitaux des ports et dans les escadres.

Il est vrai qu’à cette époque on ignorait la cure de plein air, et on voulait pour les phtisiques une température toujours chaude et toujours égale. Aussi les calfeutrait-on, fermant hermétiquement les fenêtres, au besoin bouchant les fentes en collant des bandes de papier. Ces pratiques ne sont pas entièrement perdues, on les retrouve dans certaines provinces. Dans un séjour en Corse, j'ai vu des habitants de petits villages décimés par la tuberculose. Ils y habitent de hautes maisons, serrés les uns contre les autres, sans aération et sans aucune propreté. Pourtant ils sont sobres et au bon air; cela ne suffit pas.

Malgré l’autorité des officiels, quelques médecins persistèrent à reconnaître l'efficacité de la cure marine.

En 1871, Maclaren, phtisique lui-même, entreprit un voyage en Australie avec plusieurs autres tuberculeux,plus ou moins gravement atteints. Tous reti-

rèrent le plus grand profit de la traversée ; la toux

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et les crachements de sang s’arrêtèrent et le poids du corps augmenta.

Pouget rapporta plusieurs cas de guérison de tuberculose avancée, dont l’une avec hémoptysies fréquentes. Celle-ci concernait un enfant de 13 ans qui fut engagé comme mousse.Après quelques mois, la toux avait cessé et, à 20 ans, il était devenu un robuste marin.

Lindsay accompagna, pendant des traversées de plusieurs mois, des phtisiques à tous les degrés avec cavernes et hémoptysies, tous retirèrent le plus grand bien de ces voyages.

En 1886, Van Merris écrivait que, non seulement la mer ne provoque pas les affections des voies respiratoires, mais qu’au contraire elle contribue à les guérir, et il ajoutait en 1890, que cette même efficacité se montre dans le traitement de la phtisie.

Dujardin-Beaumetz croit que l'air marin ne peut avoir qu’une action favorable sur la tuberculose, Surtout aux premières périodes de la maladie, car il n’est pas de plus puissant excitant de la nutrition et, en particulier des fonctions digestives, et c’est dans l’activité de ces fonctions qu'il place la clef de la cure de la tuberculose. |

Dutrouleau écrit vers la même époque. « Lorsque la phtisie est encore susceptible d'amélioration, c’est en climat marin qu’elle est le mieux à l'abri des chaleurs fatigantes de l'été et des froids redoutables de l’hiver. »

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Un éclaircissement sur l’action de l’air marin sur la tuberculose fut donné quand on sut qu’il guérissait les scrofules. Cette découverte fut faite à Bercksur-Mer.

L'origine, bien que remontant à moins d’un siècle, ressemble à une légende. Le D' Perrochaud de Montreuil, sous le second Empire, comprit les vertus antiscrofuleuses de l’air marin. Il choisit l’immense plage sablonneuse de Berck, confia quelques enfants malades à une bonne femme qui se résigna, durant plusieurs années, à habiter cette solitude. Le succès de « Marianne toute seule » incita l’Assistance publique à lui adjoindre, en 1859, trois religieuses avec trente enfants, à édifier un hôpital de bois de 100 lits, à construire, en 1869, un grand hôpital en brique de 584 lits.

En 1870, Perrochaud céda la place à son gendre, le D' Cazin. Comme il était chirurgien, alors que Perrochaud avait été exclusivement médecin, il opéra et eut des insuccès.

Arrive en 1881 la découverte de Koch. Et de suite on retrouve son bacille dans les scrofules. Celles-ci sont donc de la tuberculose, et cette tuberculose guérit par l'air marin. Elle y guérit spontanément, car Calot qui succède à Cazin reconnaît que la chirurgie a fait fausse route dans le domaine de la

tuberculose, érige en dogme cette affirmation «ne

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