‹ Influence de la composition chimique et moléculaire du milieu de culture et du sérum dans les phénomènes d'agglutinationChapitre 6 sur 12 · MÉCANISME DE L'AGGLUTINATION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE L'AGGLUTINATION

Divers auteurs ont cherché à voir, à comprendre ce qui se passait pendant la réaction, et déjà, en 1898, Bordet, reprenant les travaux de Duclaux, prétendait que les particules très fines, visibles ou invisibles, resteraient en suspension dans un liquide tant que l’état d'équilibre entre la pesanteur et les forces moléculaires resterait intact ; mais si cet état d'équilibre est troublé, soit que l'adhésion entre le liquide et le solide ait diminué, soit que la force d'attraction entre les particules du solide ait augmenté, celui-ci se remet en agrégats de plus en plus volumineux, qui redeviennent visibles à l'œil nu et se précipitent.

S. Arloing, le premier, complète ces données en montrant que, l’adjonction d'une très petite quantité de sel marin où même d'autres substances organiques, ajoutées aux émulsions de microbe dans l'eau (chlorure de potassium, bicarbonate de soude, peptone pur, etc.) rendait subitement possible l'action agglutinante d'un sérum sur une émulsion de bacille, faite dans l'eau distillée.

Bordet, dans les Annales de l'Institut Pasteur, en 1897, dit : « L’agglutinine qui se fixe sur le microbe agit en

modiñant les rapports d'attractions moléculaires qui unissent les particules microbiennes, d'une part avec leurs voisines, d'autre part avec le milieu ambiant.

Le phénomène d’agglutination se trouve donc, pour Bordet, divisé en deux phases :

1° phase : Les microbes sont touchés par l'agglutinine qu'ils fixent. [ls subissent alors des modifications dans leur propriété d'adhésion moléculaire;

2° phase : Ces modifications provoquent l'agglutination proprement dite.

Dans des comptes rendus à l'Académie des Sciences (mai 1898), S. 4rloing expose ses expériences « in vivo » portant sur l’agglutination des bacilles de Koch. Il montre que le sang de chèvre peut acquérir les propriétés d’agglutiner complètement le bacille de Koch suspendu dans des émulsions homogènes, non seulement par des injections sous-cutanées de Tuberculines ou de bacilles plus ou moins virulents, #nais encore par des injections répétées d’eucalyptol, de gaïacol, de créosote de liqueur de Mialhe (sublimé corrosif). La rapidité de l’agglutination varie suivant la substance chimique employée, dit-il. On voit donc, dès 1898, après les magistrales expériences de $. Arloing, intervenir la notion de modifications apportées par les agents chimiques.

Dans leurs travaux sur les variations de l'agglutination des bacilles de la Tuberculose, S. Arloing et P. Courmont arrivent aux conclusions suivantes :

1° Il y a des cultures homogènes agglutinables et d'autres complètement dépourvues d'agglutinabilité ;

> L'origine des cultures ne semble pas avoir d'in-

fluence sur ces propriétés ;

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3 Toutes les cultures employées ont été agglutinogènes ;

4 11 semble donc que le pouvoir agglutinogène soit plus constant.

En pratique, disent ces auteurs, il faudra se servir d'un bacille bien agglutinable, quel que soit son origine, et cultivé dans les conditions requises.

Déjà, en 1898,S. Arloing exprimait cefait important que, suivant le milieu de culture, l’âge, etc., les réactions étaient plus ou moins nettes.

En outre, S. Arloing et P. Courmont se sont demandé si:

Les sérums agglutinant les b. d'Eberth n'auraient pas la même action sur le b. de Koch. Ils avaient observé que le sérum d'un très grand nombre de personnes infectées par la fièvre typhoïde agglutinait les cultures homogènes de b. de Koch.

Plusieurs théories tendent à expliquer ce fait.

Présence chez un même sujet de la fièvre typhoïde et de la bacillose, disent les uns.

Théorie infirmée par Fautopsie et la clinique sauf de rares exceptions.

Microbisme tuberculeux latent chez un Eberthien, disent les autres.

Parallélisme de l'action de l'agglutinine typhique sur le bacille de Koch prétendent certains. Pour ce dernier bacille, le sérum d'un sujet donné devenant agglutinant par le fait même qu'il agglutine le b. d'Eberth.

Cependant, S. Arloing et P. Courmont, après de nombreuses expériences « in vivo » sur cobayes, chiens et lapins, concluent qu'il n'y à pas de corrélation, pour un sérum éberth, entre son pouvoir agglutinant sur le

b. d'Eberth, et son pouvoir agglutinant sur le b. de Koch. Il semble que ce ne soit pas la même substance qui, dans le sérum des typhiques, agglutine le b. d'Ebert et le b. de Koch.

Cependant, à la suite d'expériences récentes, on a remarqué ce qu'on appelle « les phénomènes d'agglutination de groupe », c'est-à-dire la propriété que possèdent certains sérums immunisés pour un microbe bien défini d'agglutiner les espèces voisines et même, quelquefois, les espèces éloignées.

Ceci est compatible avec notre hypothèse. Une culture de coli bacille, de Para A., de Para B., de bacille de Koch, pourra être agglutinée par un sérum immunisé pour le bacille d'Eberth, par exemple, à condition, toutefois, que le sérum et le milieu de culture présentent les conditions chimiques nécessaires et suffisantes.

Notons les conclusions de S. Arloing dans son étude sur « Le mécanisme de l'agglutination des microbes par les sérums normaux ou immunisés » (Mai 1898) : « Des théories émises jusqu’à ce jour, pour expliquer l’agglutination des microbes, celle qui se rattache à la modification des attractions moléculaires, sous l'influence des sérum, a, pour elle, le plus grand nombhre de probabilités. Le fait d'influence qui appartient à la modification des microbes et à la modification du milieu ambiant a besoin d’être revisé et précisé. »

Tout récemment, dans le journal de Médecine de Lyon (Mai 1920), dans l’article intitulé « Revue critique sur le mécanisme de la Réaction de fixation du complément appliqué à la Syphilis, » M. le Professeur F. Arloing et son élève Langeron font voir l'importance des facteurs

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ph ysico-chimiques (chaleur, acidité, alcalinite, etc). On revient donc à la conception physico-chimique de la réaction de fixation et toutes les réactions de diagnostic issues de la Réaction de Wasserman, et par extension les phénomènes d'agglutination, peuvent être groupés. comme l'a fait recemment Vollman, en précipito-Réaction et Réaction de coagulation.

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