AUTRE
« Curation. — Ou la dent est gâtée, ou elle est saine. Si elle est cariée, il faut la faire arracher, pourvu cependant que la femme soit forte et vigoureuse ; mais, si la femme est délicate, faible, peureuse, qu’elle ait un genre nerveux d’une extrême délicatesse, il vaut mieux qu’elle garde sa dent, et lui faire dégorger la gencive, en cas qu’elle ‘soit gonflée ; sans cela, la malade tomberait en syncope, ou bien il lui surviendrait des convulsions qui conduiraient à lavortement. On a nombre d'hommes qui sont entrés en convulsions en leur arrachant une dent : qu’une femme de cette complexion patiente jusqu’à ce qu’elle soit accouchée ; en attendant, on donne des remèdes pour apaiser la douleur et engourdir le nerf. »
Antoine PETIT signale donc déjà les odontalgies essentielles de la grossesse.
GARDIEN, en 1816, écrit :
« Les douleurs de dents sont chez quelques femmes le premier indice qui leur fait reconnaître qu’elles sont grosses. Il en est qui les éprouvent dès les premiers jours de l’imprégnation. Quelquefois, la douleur est sourde et incommode peu les femmes : d’autres fois, au contraire, elle est insupportable et enlève le sommeil à celles qui en sont affectées, produit la fièvre et menace d’avortement.
« On a vu cette maladie, par sa violence et sa continuité altérer la constitution des femmes grosses les plus robustes. »
Vinay, en 1894, dit que « l’odontalgie peut être indépendante de la carie dentaire et se produire au
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même titre, sinon par la même pathogénie que les névralgies lombo-abdominales ou sciatiques ».
Depuis, DipsBurY, Kirk, MARSHALL, TERRIER, HoupErT, TELLIER, ELY, ont signalé ou étudié particulièrement l’odontalgie de la grossesse.
La place qui lui a été réservée par ces auteurs et l’intérêt qu’ils lui portent sont justifiés par sa fréquence et sa gravité.
Nous n’ajouterons rien à ce que GUILLEMEAU et Antoine Perir disaient déjà à son sujet en reprenani la description de l’odontalgie gravidique.
Nous tenterons plutôt de préciser ses modalités particulières et de montrer leur origine commune, à notre sens.
L’odontalgie pourra être :
essentielle, due à une ou des caries, périodontique.
Elle est relativement rare, mais ses manifestations sont extrêmement typiques.
Ce sont des névralgies du trijumeau intenses, intéressant un groupe de dents, ne cédant pas aux médications habituelles de la douleur, interdisant le moindre repos et l’alimentation normale.
Elle se manifeste subitement et disparaît de même, la durée des crises est extrêmement variable et peut atteindre plusieurs jours.
Les douleurs ont, dès le début, leur intensité maxima et cessent brusquement sans atténuation préalable.
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Le diagnostic d’odontalgie essentielle est le premier posé, et ne peut l’être qu'après élimination de toute lésion génératrice de douleur.
Il repose cependant sur une réalité pathologique et n’est pas la conséquence d’un examen insuffisant, nous avons personnellement vu plusieurs cas où la radiographie a complété l’examen clinique, et un cas où l’examen en lumière de Wood a montré l'intégrité absolue des tissus dentaires.
TELLIER a très bien étudié cette question et en dit : « Il s’agit très probablement de pulpite descendante, caractérisée au point de vue anatomique, par la congestion de l’organe avec dilatation des vaisseaux et stase consécutive ; d’où la compression des filets nerveux sensitifs contre les parois d’une cavité close et inextensible, la chambre pulpaire elle-même. » |
Cette explication est très logique et cadre parfaitement avec les faits cliniques.
La congestion du tissu pulpaire s'accompagne de stase par un phénomène analogue à celui qui préside à l’étranglement herniaire : la veine pulpaire efférente est d’autant plus comprimée au détroit apexien et d'autant plus incapable d’assurer son rôle que lartère afférente est plus dilatée par le sang qui la gorge. Le filet nerveux pulpaire et ses ramifications sont comme tous les nerfs sensitifs vivement excités par la compression et engendre une douleur très vive qui ne céssera qu'avec l’évacuation de la chambre pulpaire par le sang qui la gorge.
Cette évacuation se fera à la faveur de n’importe quel incident ou médication provoquant une vasoconstriction périphérique.
Ii existe de ce fait une preuve classique dont la signification semble ne pas avoir été mise en valeur: très fréquemment, un malade souffrant depuis des heures d’une « rage de dent » se décide à demander le secours du praticien quand il ne peut plus résister à ses douleurs et de deux maux choisit celui que l'intensité de sa souffrance rend le moindre, mais il ne le faït pas sans une appréhension plus ou moins légitime.
Sés craintes passent par un maximum incontestable quand il sonne à la porte du dentiste et entrainent une telle vaso-constriction que, pour peu que la porte ait été un peu longue à s'ouvrir, il n’y a plus ‘personne.
Le malade est parti guéri, et, fait remarquable, cette guérison persiste généralement pendant de longs mois, jusqu’à ce que se reproduise à nouveau ce que nous pourrions appeler l’étranglement pulpaire.
J1 s’agit là de faits courants en pratique dentaire qui sont d'autant plus faciles à observer que les malades les racontent volontiers ; d’ailleurs, ce maximum de l’appréhension, cette crainte exquise, pourrait-on dire, ne se manifeste pas toujours en dehors du cabinet d'intervention et c’est quelquefois sous nos yeux que le malade voit subitement disparaître une douleur qui le tenaillait depuis des
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heures malgré l'emploi des anti-névralgiques les plus variés.
Il est une preuve pratique aussi du rôle de la vaso-dilatation dans les pulpites douloureuses, c’est que l’injection locale d’une solution anesthésique à l’adrénaline calme presque instantanément la douleur, sans que ce soit par anesthésie proprement dite. En effet, bien souvent, nous avons vu des dents garder toute leur sensibilité après une très légère instillation d’anesthésique alors que la douleur avait complètement disparu.
Cette pulpite par étranglement apexien est extrément fréquente et n’est pas l’apanage de la grossesse, mais, en général, elle reconnait une cause locale et accompagne une lésion de la dent.
La grossesse n’est pas le seul épisode de la vie génitale féminine qui entraîne une vaso-dilatation périphérique, bien des femmes se plaignent de névralgies dentaires cataméniales et beaucoup présentent pendant leurs règles une hémogénie passagère.
La gestation réalise pendant plus longtemps les modifications au niveau des petits vaisseaux de la dent, elle pourra donc plus facilement engendrer les troubles douloureux de la congestion pulpaire.
Par ailleurs, l’odontalgie n’est pas la seule manifestation de cette vaso-dilatation périphérique dans la bouche et la gingivite gravidique, malgré son aspect de gingivite toxique ne doit pas faire oublier qu'il existe très fréquemment des poussées de gingivite cataméniale.