CHAPITRE PREMIER
Historique.
Depuis Hippocrate (1) qui avait signalé la suppression des lochies comme une cause de cophose, beaucoup de médecins ont remarqué que la grossesse s’accompagnait souvent de troubles de l’ouïe.
Goubelly (2), Scanzoni (3), Tiedmann (4), Lever (5), Cazeaux (6) en rapportent des observations.
Dans son Traité de l’apoplexie paru en 1812 (7), Portal, voulant montrer la nécessité de pratiquer la saignée pendant la gestation, rapporte le fait suivant. C’est une femme qui, à une première grossesse, était devenue sourde d’une oreille ; elle devient enceinte une seconde fois, sur-
dité des deux oreilles. A sa troisième grossesse elle perd
(1) Hippocrate, Œuvres complètes. Traduction de Littré. Des maladies des
femmes. Livre I, tome VIIT, p. 101.
(2) Gousezzy, 1185. Connaissances nécessaires sur la grossesse et les mala-
dies laileuses, etc.
(3) Scanzonr, Fragments de gynécologie. Journal médical de Wurzbourg, 1860, chap. I.
(4) Trenmann, Zeitschrift f. die physiologie, vol. I, p. 272.
(5) Lever, Recherches sur les troubles nerveux liés à la grosssesse et à l'accouchement, Guy's hospital reports, 1847, 2m série, t. V, p. 18.
(6) Cazeaux, Trailé théorique el pratique de l’art des accouchements, 1858,
(1) Porta, Traité de l’apoplexie, 1812, p. 242,
SCO ES
la vue. Mais devenue enceinte pour la quatrième fois elle est saignée et il ne survient aucun incident (1).
La plupart de ces accoucheurs donnent le nom de surdité nerveuse à la diminution de l’ouïe survenant pendant la grossesse. Rappelons qu'il n’y a pas longtemps qu'on appelait encore nerveuses, les maladies qu'on ne connaissait pas et on sait aujourd’hui que la plupart des prétendues surdités nerveuses sont des affections de l'oreille moyenne.
Presque tous les médecins qui se sont occupés des maladies des oreilles, sont d’accord pour trouver à la grossesse une mauvaise influence sur l'audition.
Saissy (2), Schmalz (3), Itard (4), Triquet (5), Trœltsch (6), Toynbee (7) font rentrer la grossesse dans l'étiologie des affections des oreilles.
À une époque plus rapprochée de nous, Urbantschitsch dit : « Il n’est pas rare de voir une surdité s’accroissant d’une façon définitive avec chaque période puerpérale » (8).
MM. Guerder (9), Ladreit de Lacharrière (10), Polit-
(1) On peut rapprocher cette observation de notre XXXIVe observation : dans laquelle la surdité et les bourdonnements ont été moins forts qu'aux
autres gestations, à une dernière grossesse au cours de laquelle la femme a eu plusieurs hémorragies.
(2) Saissy, Essai sur les maladies des oreilles, p. 39 et p. 53, Essai sur les maladies de l’oreille interne, p. 22.
(3) ScnmaLz, Trailé de la conservation de l’ouïie, Paris, 1839, p. 19.
(4) IrarD, Dictionnaire des Sciences médicales, (Article Surdité). (5) Triquer, Traité pralique des maladies de l'oreille, Paris, 1851, p. 236. (6) Trogcrscn, Traité théorique el pratique des maladies de l'oreille, Paris, 1870, p. 323.
(1) Tovnsee, Trailé des maladies de l’oreille, 1814, p. 380.
(8) Urganrscarrscu, Traité des maladies de l'oreille, traduit par Calmettes, p. 3%.
(9) Guerner, Manuel pratique des maladies de l’oreille, 1883, p. 53.
(10) Lapreir pe Lacnarriëre, Diclionnaire encyclopédique des sciences médicales (Article Surdité), 1884, p. 548.
ER Cet zer (1), Hartmann (2), Baratoux (3), Miot (4), Garnault (5),
Gellé (6), admettent qu'un grand nombre de femmes font remonter les débuts de leur surdité à l'époque d’une grossesse et que c'est presque toujours une sclérose que l’on a noté dans ces cas.
Dans sa thèse, notre ami, le D' Léopold Chauveau, faisant le tableau de la marche de l’otite moyenne sèche, re DC 1:
montre l'influence des grossesses sur la rapidité de la marche de la maladie (7).
L'influence de la grossesse sur le sclérose de l'oreille moyenne est on le voit un fait admis généralement aujour-
, ù . & ; d'hui et nous sommes loin du temps où Kramer pouvait écrire (8) à propos de l'hypoacousie de la gestation : « Ces « assertions fondées sur quelques coïncidences éven- « tuelles n’ont aucune réalité. Les observations de ce genre « ont été recueillies légèrement, sans critique suffisante, « on n’a pas examiné les oreilles avec le soin nécessaire, » aussi ne puis-je leur accorder une confiance entière ».
(1) Porirzer, Maladies de l'oreille, Traduction de Joly, 1884, p. 634.
(2) Hartmann, Les maladies de l'oreille el leur trailement, traduit par le Dr Potiquet, 1890, p. 75.
(3) Bararoux, Des affections auriculaires et de leurs rapports avec celles de l'utérus, Trib. méd., 1819-1880.
(4) Mior et Bararoux, Trailé théorique et pralique des maladies de l'oreille et du nez, 1884, p. 667.
« Certains états spéciaux, comme la grossesse, ont une action évidente sur la marche de l’otite sèche. Ainsi presque toutes les femmes atteintes de surdité se plaignent après l'accouchement d'une aggravation de leur infirmité avec augmentation de leurs bourdonnemenss, et plusieurs en attribuent le commencement à une grossesse ».
(5) Ganwaurr, Précis des maladies de l'oreille, 1895, p. 210.
(6) GezLé, Précis des maladies de l'oreille, 1885, p. 595 ; — Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (Article Surdité), p. 265.
(1) Cuauvrau, Etude critique des opérations praliquées dans la caisse pour remédier à la surdité chez les sujets atteints d’otile chronique non suppurée:
Thèse de Paris, 1899.
(8) Kramer, Maladies de l'oreille, 1848,
él