MESURE DE L’INDICE DE DIFFUSION
Il résulte de ce que nous avons dit plus haut que
l’on peut déterminer un « indice de diffusion ». En
effet la densité de couleur est évidemment la même quelle que soit la position de la cuve; seule la gran: deur de l’angle sous lequel le flux diffusé arrive à la cellule change et par conséquent seule change aussi
l’intensité de la lumière diffusée.
Nous pourrons done, après avoir mesuré l’absorption globale d’un système coloré diffusant en position (1) compenser l’absorption de couleur en ramenant l'aiguille du microamperémètre au zéro et en réglant de nouveau la sensibilité comme il a été dit précédemment; la valeur que nous trouverons en position (2) mesure exclusivement la turbidité.
Cette valeur que nous appelons « indice de diffusion », rapportée à la courbe d’étalonnage du colorant examiné, met en évidence l’erreur commise, le nombre de milligrammes de bilirubine en excès, par exemple, trouvés du fait du passage de la position (1) à la position (2).
Cet indice permet aussi de comparer la turbidité de milieux diversement colorés comme des suspensions de bactéries, sans que la couleur apporte un obstacle quelconque.
Le tableau suivant montre l’ordre de grandeur des différences de densité optique obtenues dans les deux positions de la cuve précédemment définies, et aussi
l’incohérence des résultats obtenus s’ils ne sont pas
Re . Ven
discutés et corrigés en tenant compte de l’indice de diffusion.
Tableau I
Absorptions procentuelles de sérums et plasmas sanguins Filtre laissant passer le vert et le bleu. Cuve de 1 em.
Absorption Absorption en position en position Indice de rapprochée (1) éloignée (2) diffusion
Hat ou cie RAA 0 1,5 1,5 Sérum n° 1 jaune lim-
ÉDITER Re same 42,5 46,5 6 Sérum n° 2 normal
Himbpide Ain TPE Fe 43 51 13 Sérum n° 3 jaune à
peine louche ...... 47 58,5 : 24,5 Sérum n° 4 pâle à K
peine louche ...... 34,5 48,5 20
On s’étonne de trouver pour le sérum n° 2 un chiffre supérieur à celui du sérum n° 1 qui est plus jaune, la cause en est sa plus grande turbidité d’ailleurs invisible à l’œil.
On voit que les erreurs déjà grandes en position
(1) le sont encore beaucoup plus en position (2).
Il est donc bien établi : 1°) que la densité optique d’un milieu est la somme de la densité de couleur et de la densité par effet de diffusion et 2°) que dans le cas des sérums et des plasmas sanguins la variabilité du degré de turbidité est extrême. En effet, nous venons de voir qu'il en est de limpides à l’examen visuel et qui le sont effectivement, c’est-à-dire que l’absorptio-
mètre n’y décèle pas de diffusion appréciable; il en
est d’autres au contraire que l’examen absorptiométrique révèle être diffusants; d’autres sont troubles sans que l’œil puisse apprécier le degré de cette turbidité; d’autres enfin présentent un trouble partiellement cen-
trifugeable.
Cela montre les grandes difficultés de la colorimétrie du sérum et du plasma sanguin. Nous avons vu en effet que les bases de la colorimétrie reposent sur la comparaison des couleurs par l’examen visuel ou des absorptions de couleur en absorptiométrie, de deux solutions identiques à tous points de vue sauf en ce qui concerne leur concentration en colorant; c’està-dire que le solvant doit être le même. Or ce qui précède met en évidence que deux sérums ou deux plasmas différent optiquement par bien d’autres choses que la concentration du colorant; ils n’ont jamais la même composition chimique et les variations de la lipémie en particulier entraînent des variations du degré de turbidité. De plus le sérum et le plasma contiennent d’autres colorants que ceux dont
on cherche à évaluer la concentration.
Il en résulte qu’il faudra d’une part prendre des précautions pour éliminer autant que possible les causes d’erreur et d’autre part discuter les résultats obte-
nus.
Dosage de la bilirubine. — Pour doser correcte-
ment la bilirubine dans le sérum sanguin, il faudrait
RP, 1 Re
que l’indice de diffusion du sérum envisagé fût le même que celui du sérum qui a servi à l’étalonnage de l’appareil, mais ceci ne se réalisant que rarement, le mieux sera de faire l’étalonnage avec un sérum peu diffusant et de tenir compte ensuite de l’absorption de
diffusion du sérum envisagé.
Dosage du Rose Bengale. —— Examinons maintenant la technique de l’épreuve du Rose Bengale et voyons si l’on peut espérer obtenir des résultats cor-
rects par absorptiométrie :
On prélève 10 ce. de sang que l’on recueille sur 2 cc. d’oxalate de potassium à 2 %, on injecte immédiatement 1,5 mg. par kilogramme de poids, soit pour 60 kg. : 4 ce. 5 d’une solution à 20 mg. par cc. de Rose Bengale, enfin, 45 minutes après cette injection, on
prélève à nouveau 10 ce. de sang sur 2 cc. d’oxalate.
On centrifuge les deux tubes de sang et l’on compare colorimétriquement les plasmas. Dans ce cas, on croyait pouvoir-espérer être dans de bonnes conditions puisque dans les deux tubes le sérum est celui du même malade et on pensait : 1°) Que la couleur rose du 2° tube était celle du Rose Bengale non encore éliminé au bout de 45 minutes et 2°) que de l'intensité de cette couleur rose on pouvait déduire le taux de Rose Bengale. En absorptiométrie, on devait trouver une densité optique plus grande dans le 2° cas que
dans le 1°”, le supplément mesurant la densité de cou-
De 1 QUES
leur du Rose Bengale; or, il n’en est rien, comme l’a bien montré pour la première fois le Professeur Noël FigssiNcEr. Nous avons observé bien des cas de cette espèce dans lesquels le 2° plasma était soit plus trouble soit moins trouble que le premier ainsi qu’on s’en assure par la mesure de l’indice de diffusion. On peut penser que ce trouble est attribuable à la lipémie qui peut varier de façon notable sous des influences mini-
mes, comme la première prise de sang par exemple.
Lorsque l’on recherche de faibles quantités de Rose Bengale, les variations de turbidité entraînent des variations de densité optique souvent supérieures à selle
de la couleur que l’on cherche.
Les mêmes remarques sont évidemment valables en ce qui concerne tous les dosages colorimétriques sur le plasma et par exemple, ceux qui utilisent le Rouge Congo ou d’autres colorants analogues pour la mesure
de la masse totale du sang.