LEONE
Mais si, il existe des différences très nelles entre le sang de rate et le charbon symptomatique, il n’en est pas de même d'une affection qui atteint l'homme et qui était autrefois très meurtrière. Depuis l'emploi de l’antisepsie dans les hôpitaux, la septicémie :gangréneuse a presque disparu, mais son étude n'en est pas moins intéressante. MM. Chauveau et Arloing ont montré que cette maladie est déterminée par le vibrion que Pasteur a décrit sous le nom de vibrion septique.
Les symptômes locaux chez l'homme ressemblent un peu à la tumeur charbonneuse du bœuf. « Un gonfilement dur, œdémateux et envahissant, occupe une région dont la peau tendue, luisante et blanchätre se teinte de nuances variées ». Velpeau a donné à la septicémie gangréneuse le nom d'érysipèle bronzé. Cette peau livide crépile sous le doigt: elle est soulevée par des gaz qui s’infiltrent dans le tissu cellulaire lâche, et s'accumulent en poches énormes à la racine des membres. L'évolution de la maladie est très rapide, la terminaison fatale arrive. en moyenne, de la vingt-cinquième à la trentième heure, On cite des cas ou quelques heures ont suffi.
Au point de vue expérimental, on ne saurait établir une différenciation nette entre les lésions de la septicémie et celles du charbon symptomatique, lorsqu'on opère avec des virus qui n’ont pas subi de modifications expérimentales (atténustion ou exaltation). Il ÿ a, cependant, des différences à noter dans les formes microbiennes trouvées au sein des lésions septicémiques et charbonneuses chez le cobaye — « le vibrion septique donne, dans la sérosité de l’œdème spécifique et dans la péritoine du cobaye, des formes longues qui font régulièrement défaut
dans le charbon symptomatique ».
RE Tps
Le bactérium Chauvæi et le vibrion septique de Pasteur sont des microbes contre lesquels il n’est pas difficile de vacciner les différentes espèces animales.
Depuis que Behring a constaté les surprenantes qualités antitoxiques et préventives dont jouit le sérum des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie, on a examiné les propriétés du sérum immunisant contre d'autres malades qui se prêtent à une étude expérimentale.
MM. Arloing, Cornevin et Thomas avant 1887 étaient parvenus à vacciner le bœuf contre le charbon symplomatique. Leclainche et Vallée réussirent ensuite, par un procédé analogue, à vacciner des cobayes contre la septicémie gangréneuse.
En 1888, Roux et Chamberland montrèrent qu'il est facile de conférer l’immunité contre ces deux maladies au moyen de substances solubles élaborées par les microbes qui les causent. En même temps, Roux put constater que les cobayes vaccinés contre le charbon symptomatique, élaient immunisés aussi contre le vibrion septique. Kitasato ne put vérifier ce point.
Les premières tentatives de sérothérapie furent réalisées par Kitt dès 1893. Il inocula à des moutons du jus de muscles virulents et constata que les moutons qui en avaient reçu trois inoculations de 2 ce 1/2 chaque, donnaient un sérum, qui, injecté à un autre mouton, sous la peau, à la dose de 4o cc., le protège contre une inoculation virulente massive.
Knorr avait aussi tenté des expériences sur la chèvre quand la mort vint le surprendre. Voges et Casper après divers essais obtinrent de bons résultats (communication orale).
En 1894, Duenschmann montra que le sérum des lapins qui ont été inoculés à diverses reprises avec le Bactérium Chauvœi possède des propriétés préventives. Ce sérum permet aux cobayes traités de résister à une dose de virus sûrement mortelle pour un témoin ; mélangé avec une forte dose de virus, il empêche l'action de celui-ci. Ce sérum actif contre le Charbon symptomatique, l’est aussi contre la septicémie gangréneuse.
En 1898, Leclainche obtintun sérum immunisant contre le vibrion septique, sérum qui a des propriétés préventives très nettes.
Kitt, étudiant toujours! la sérothérapie du charbon symptomatique, réussit à obtenir en 1899, un sérum plus actif que le premier. Le cheval, le mouton, la chèvre et le bœuf, traités par des inoculations virulentes intraveineuses et sous-cutanées, donnent un sérum immunisant à l'égard du mouton. Ce sérum à la dose de 5 à ro cc. préserve le mouton contre une inoculation virulente pratiquée 3 à 8 jours plus tard. Et même dans un cas, Kitt obtint une guérison. Chez une chèvre présentant des symptômes très graves à la suite de la pénétration du virus dans le tissu conjonctif sous-cutané, pendant une inoculation intraveineuse, l'injection de 15 ce. de sérum permit d’enrayer l'infection en quelques heures et assura la guérison. Certes l'injection du sérum avait été utile pour la guérison, mais celle-ci n’était pas dûe au sérum seul, l'injection avait été faite chez un animal en cours d’immunisation active.
En 1890, M. Arloing fit connaître à l'Académie des Sciences qu'il possédait un sérum de génisse doué de propriétés préventives vis-à-vis du charbon symptoma-