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Force est bien, dans ces circonstances, de chercher dans les conditions de la localité la raison de ces exceptions. Voici les principales raisons invoquées :
Et d’abord, le sol. Il est évident que la nature géologique du sol influence en bien ou en mal le milieu d’une localité; l'influence nuisible des terrains ferrugineux a été bien établie par Ranald Martin, qui a analysé le sol des régions malsaines de la côte ouest d'Afrique, de Hong-Kong. En Hollande, à Rome, en Bresse, en Sologne, le terrain argileux et non calcaire est fébrigène.
M. Boudin a remarqué une étroite connexion entre la nature géologique du sol et certaines conditions pathologiques de l’homme. Ainsi, de ce que le goître et le crétinisme existent dans les Alpes et les Pyrénées, on a pu affirmer et prévoir l’existence des mêmes formes morbides dans l'Himalaya et les Cordillères ; et ici l’expérience a vérifié l'induction. Les modifications des maladies dépendent aussi de la nature du sol.
Une constitution géologique différente fait que les formes des maladies ne sont pas à l'embouchure du Pô ce qu’elles sont à l'embouchure de l’Arno ; et nous pouvons prévoir une semblable différence entre les côtes orientales et les côtes occidentales de l'Amérique, et affirmer, sans crainte de nous tromper, la rareté des fièvres miasmatiques aux embouchures granitiques de la Colombia, de l’Orégon et du San-Francisco. (Martin.)
Et à propos du paludisme, faut-il admettre qu’il y a un ou plusieurs miasmes paludéens, et cette dernière opinion est-elle nécessaire pour expliquer les diverses formes de fièvres palustres, ou bien peut-on se contenter de l'influence seule du sol ? Question non tranchée encore. Ce qu’il y a de certain, c’est que ces diverses formes sont nombreuses.
En Afrique, les fébricitants ont tous des fièvres à caractères spéciaux suivant la provenance.
Gestin a démontré que les fièvres du Grand-Bassam diffèrent de celles du Sénégal : les premières sont à splénomégalie, les secondes sont à hépatomégalie.
Je citerai ici l’opinion de Fonssagrives, qui admet que les miasmes sont à proportions élémentaires différentes, suivant les diverses formes de paludisme.
Depuis peu une nouvelle doctrine est née, annoncée déjà dans les premières épidémies de choléra par Boubée, mais qui a reçu les plus grands développements de Petenkoffer. Elle attribue non plus à la nature géologique du sol, mais bien à sa constitution physique, c’est-àdire à sa perméabilité et à son imperméabilité, l’action prépondérante dans la genèse des maladies endémiques et épidémiques. Cette doctrine, que je dévelcpperai, surtout en ce qui concerne le choléra et ia fièvre typhoïde, fait donc du sol un simple substratum, agent passif qui agirait très indirectement comme réceptacle de miasmes, que les fluctuations du niveau de l’eau souterraine mettent à nu ou recouvrent. C’est encore à elle qu’il faut rapporter l'explication que l’on donne, depuis Valéry Meunier, de la production des fièvres de montagnes, et aussi l’hypothèse qui fait du goître le produit d’émanations miasmatiques dont le sol serait le substratum.