JANVIER
PÉVRÎÉII.
Mais admettons pour quelques instants que la quantité d'eau tombée sur les 779 hectares soit partout la même, nous verrons plus tard que si nous nous éloignons de la réalité au point de vue de Teau tombée, par contre, la quantité d'eau emmagasinée par la forêt, pendant de gros orages, sera bien plus considérable que celle que nous avons déjà indiquée dans une première note.
En 4864, il eât tombé dans le pluvbmètre de Lampy-^Neuf 4 met. 0549 d'eau, soit pour les 779 hect 8,494,000 mètres cubes.
Voilà la quantité d'eau tombée ; examinons maintenant celle qui s'est rendue et qui a été forcément obligée de traverser dans le même espace de temps le réservoir de Lampy,
Ce réservoir a une surface de Î4 hectares et contient, quand il est plein, c'est-à-dire à la côte de 15 mètres 67 cent., 1,672,823 mètres cubes; sa plus grande hauteur d'eau, contre la digue qui ferme entièrement la partie inférieure de la vallée, est alors de 15 m. 65.
Nous avons répété exprès que la digue ferme entièrement la vallée, afin qu'il soit bien constaté que, quand les vannes inférieures sont fermées, Teau ne peut sortir et n'a d'autres issues que par les vannes supérieures qui sont sous la surveillance directe du garde-canal.
Nous devons même ajouter, pour répondre aune objection de M. Vallès, qu'il n'existe pas (de rigole à flanc de coteau au-dessus du réservoir de Lampy- Neuf.)
Le seul grand épanchoir, pour se prémunir contre les grands amoncellements de liquide, est plus élevé de 60 à 80 centimètres que les vannes de décharge situées dans la partie supérieure de la digue, et cet épanchoir ne fonctionne que quand le vent du S.-E. est extrêmement violent. C'est seulement dans ce cas que l'épanchoir laisse passer de l'eau au-dessus de lui.
Quand aux eaux du Lampy, elles se rendent naturellement et directement dans le réservoir par le lit naturel du ruisseau, et il faudrait une inondation bien forte, et comme on n'en a jamais vu, pour que la vanne supérieure de décharge fut insuffisante pour laisser passer l'eau et pour que l'épanchoir, qui est plus élevé de plusieurs centimètres, fut obligé de servir.
C'est ce qui n'a pas encore eu lieu.
DaDS tout le courant de rannée 4864, il est sorti du réservoir 3,647,645 m. c. d'eau; mais, comme au premier janvier 4864, le réservoir n avait qu'une hauteur d'eau de 43 m. 72, soit 4,250,400 mètres cubes, et qu'à la fin de décembre 4864, il était plein (à la côte de 45 m. 65) et contenait 4 ,672,823 m. cub.; il faut ajouter aux 3,647,645 m. cubes les 422,423 m. cubes qui ont servi à remplir, à la fin de Tannée 4864, le vide qui existait au commencement de cette même année.
On a donc au total de 4,070,038 m. cubes qui représente toute l'eau fournie par le ruisseau de Lampy en 4864.
Et en admettant qu'il soit tombé, ainsi que nous l'avons déjà dit, 4 m. 0549 sur les 779 hect., on voit que le ruisseau a débité, en 4864, environ la moitié de Teau pluviale tombée.
Examinons maintenant de quelle manière agit une forte pluie sur la surface boisée de Lampy.
Si nous disons boisée, malgré que tous les versants ne le soient pas entièrement, c'est que, à part une très-petite partie de terre labourable, le terrain est recouvert d'ajoncs ou de prairies qui empêchent le sol de s'échauffer et entretiennent ainsi une humidité constante.
Du 28 au 29 juillet 4863, il est tombé, en deux orages, un prisme d'eau de m. 083, ce qui donne pour les 779 hectares 646,570 mètres cubes.
Le niveau de l'eau, avant la pluie, était à la côte de 45 m. 65, par conséquent le réservoir était plein, et le garde-canal a constaté que par la vanne supérieure de décharge, la seule ouverte, et (afin de ne pas donner lieu à la moindre équivoque] la seule
par où Teau pouvait s'échapper, il sortait 3,936 m. cubes d'eau par jour, soit 45 litres par seconde.
D'après ce que nous venons de dire, ces 45 litres représentent le débit naturel du ruisseau avant la pluie, puisque le réservoir est plein et que son niveau reste constant et sert seulement de passage i l'entrée et à la sortie des 45 litres.
Après la pluie, le débit augmente le niveau d'eau du bassin, se relève de %0 centimètres et il sort toujours par la vanne supérieure, la seule qui donne passage à l'eau.
Mâtin .
Soir. . .
Matik .
Soir. . .
Matin .
Soir...
Matin .
Soia.
Le 29 juillet 1863... 30,504 m. c.
Le 30
id 29^4 m. c.
Le 3^ id 7yS72 ». c.
Le 1er août 7,872 m. c.
Le 2 id 4,920 m. c.
Total dans 5 jours 80,032 m. c.
Intttilô de dtire qu'à la fis du 5^« jour le bassin, qui est resté coAstainme»! plein « a repris s^ côte de 15 m. 65.
Le 3 août^ le débit redevint tel qu'il était avant les deux orages, c'est-àrdire à 3)98^ m. cui)es, et
il se maiatint à ce dernier chiffre penclant les mois d'août, septembre et octobre 4863.
Si de 80,032 m. cubes, débit des cinq jours, on déduit la quantité d'eau qui se serait écoulée naturellement, si la pluie n'était pas tombée, soit à raison de 3,936 m. cubes par jour, un total de 49680, m. cubes, il reste 60,352 m. cubes qui sont incontestablement Teau fournie par les deux orages.
Ces 60,000 m. cub. représentent seulement la 40"« partie de Teau tombée.
Les 9/40«»«» qui restent ont été absorbés par le sol.
(D'après la théorie, et en réalité, il est tombé beaucoup plus d'eau sur les versants supérieurs du bassin.)
Enfin, le 23 septembre de l'année 4866, le réservoir de Lampy-Neuf était à la c6te de 45 m. 65 et il sortait par jour 4,000 m. cubes.
Le 24 et le 25 septembre, il est tombé près de m. 40 c. d'eau de hauteur, ce qui représente, pour les 779 hect., environ 779,000 m. cubes, et il ne sort pendant les 24, 25 et 26 septembre que 4 43,000 m. cub., soit seulement le 4/5 de l'eau tombée.
En étudiant le bassin déboisé de Salagou, nous reconnaîtrons qu'après un orage aussi violent que celui du 29 juillet 4863, c'est l'opposé qui a lieu, c'est-à-dire que la plus grande partie de l'eau se rend à la rivière dans l'espace de quelques heures et, par suite, le sol en conserve très-peu pour alimenter les sources.
Troisième observation faite à Lampy en 4866.
Eau tombée dans 47 jours... 4,490,000 Eau sortie id 380,000
On nous fera peut-être remarquer que, jusqu'ici, nous n'avons pas indiqué la hauteur exacte des montagnes qui dominent et entourent le bassin de Lampy.
Cette hauteur est d'environ 1000 mètres, et celle du réservoir d'environ 614 mètres.
D'après la théorie, il est incontestable que plus les versants d'un bassin sont élevés, et plus la quantité d'eau que reçoivent ces versants est considérable. Il en résulte que la quantité d'eau qui tombe dans l'ensemble du bassin est plus grande que celle qui est constatée au pluviomètre de Lampy- Neuf, puisque celui-ci est à la partie inférieure.
Dès lors, nous pouvons tirer cette conclusion : que l'eau emmagasinée par le sol de la forêt est encore plus considérable que celle que nous venons d'indiquer.
Sasiilit de ilalasou»
Nous avons pris pour second type le bassin de Salagou, parce qu'il repose presque en entier sur une roche imperméable, seulement cette roche, au lieu d'être le granit, comme celle qui domine à Lampy, estlePermien ou Pierre-Morte des Allemands.
Dans le pays, cette roche s'appelle Ruffes, probablement à cause de sa couleur rouge caractéristique.
Le bassin, dans la partie que nous étudions, c'està-dire en amont de la route impériale de Clermont à Lodève, est formé d'une vallée assez longue et
de plusieurs gorges secondaires, dominées par des montagnes de 4 à 600 mètres d'élévation.
Les cultures sont réparties de la manière suivante :
Bois 678 hect.
Garrigues 2424 id.
Champs 1454 id.
Vignes 400 id.
Prairies 30 id.
Total: 6786 hect.
Toutes les pentes et presque toutes les montagnes ont été déboisées et mises en culture; mais dans Tespace de quelques années les eaux ont entraîné une partie de la terre végétale, et aujourd'hui celle qui reste n*a pas une épaisseur suffisante pour donner de belles récoltes.
Pour mieux faire connaître la composition de ce pays, nous dirons que quelques pics et plateaux basaltiques d'une hauteur d'environ 300 mètres apparaissent sur ce terrain.
La formation jurassique, <jui est supérieure au permien, n'existe, sur une bande très-étroite, que dans la partie S.-E. et vers la limite extérieure du bassin.
Nous voilà donc en présence de deux bassins reposant tous les deux sur des roches imperméables ; seulement le premier (celui de Lampy) a des sources nombreuses qui sortent de chaque thalweg au pli du sol ; l'autre (celui de Salagou) n'en a pas une seule importante dans toute la surface qui repose sur le permien. Les seules qui existent prennent
rraissancc dans Télroite bande jurassique dont nous venons de parler.
Pourquoi cette différence entre les deux bassins ?
Elle est facile à expliquer.
Le premier est boisé; par suite, toutes les pentes sont recouvertes d'une couche de terre végétale assez épaisse pour permettre aux eaux pluviales d'être facilement emmagasinées au moment où elles tombent, et de couler lentement dans les thalwegs qui alimentent les sources.
L'autre bassin, au contraire, est déboisé, la roche est à nu, et, là où existe de la terre végétale, cette terre n'a plus une épaisseur suffisante pour absorber toutes les eaux fournies par chaque forte pluie. D'ailleurs cette terre, par cela même qu'elle renferme moins de feuilles et surtout moins d'humus, est loin de pouvoir absorber dans un court espace de temps, et de retenir à volume égal, une aussi grande quantité d'eau que la terre de Lampy.
Le fait que nous avançons est prouvé par l'expérience.
Aussi ce dernier bassin est exposé à la fois à de grandes sécheresses et à de grandes inondations.
Nous avons vu qu'après un orage assez violent, le sol de Lampy retient environ les 8/9 de l'eau; à Salagou, au contraire, la plus grande partie de l'eau d'une forte pluie se rend presque immédiatement à la rivière.
Le sol de ce bassin absorbant et retenant peu d'eau, toute celle qui est en excès forme de petits torrents qui, n'étant plus retardés dans leur marche par des racines ou par des arbres, ravinent et entraînent constamment les terres en pente; cette cause
de détérioration va sans cesse en augmentant, et il n'est que trop vrai de dire que l'ensemble de ce terrain craignait beaucoup moins la sécheresse et donnait de plus belles récoltes il y a 30 ou 40 ans qu'aujourd'hui.
Et ce qui n'est que trop réel aussi, c'est que cette surface de 6,400 hectares ne donne en été que le faible débit de 20 à 25 litres par seconde.
Il n'existe pas un seul pluviomètre dans la vallée de Salagou^ il n'est donc pas possible de connaître exactement la quantité de pluie qui y tombe; mais nous savons, par les calculs faits par M« Trassy, agent-voyer à Lodève, que le débit s'est élevé à plus de 600 mètres cubes à la seconde pendant l'orage du 29 octobre 4860.
Le tableau ci-dessous prouve que cette inondation n'est pas malheureusement la seule qu'on puisse citer dans les bassins déboisés.
Inondatloiis
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