‹ Influence des forêts sur le climat et sur le régime des sourcesChapitre 5 sur 5 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Les forêts augmentent le volume des sources, attirent plus souvent les nuages qu'un pays découvert, donnent lieu à des pluies plus fréquentes, et cela par des motifs énumérés ci-après :

4^ La terre qui est sous les arbres est riche en humus, et Texpérience démontre que cette terre a la propriété d'absorber beaucoup plus d'eau qu'une terre moins riche.

2^ Cette eau, une fois absorbée, est plus difficilement enlevée par l'évaporation que celle qui est contenue dans une terre plus pauvre. D'ailleurs, en exposant deux terres de même nature à la même source de chaleur, celle qui sera plus humide s'é-

chauffera plus difficilement que celle qui est plus sèche, par conséquent, à chaleur égale, cette dernière perdra plus facilement le peu d'humidité qu'elle renferme.

3<» Sous une forêt, le vent se fait peu sentir ; de là une autre cause de diminution très-notable dans révaporation.

Dans le Midi, les cours d'eau diminuent, nonseulement quand la chaleur augmente, mais surtout quand le vent du N. ou du N.-O. souffle.

Le 15 décembre 4865, par un froid de 4 à 5 degrés, nous avons exposé de la terre mouillée au vent du N. et à l'ombre; la perte a été de 49 pour 100 dans l'espace de huit heures.

4^ Mais le fait sur lequel nous devons le plus insister est celui-ci : c'est que les forêts reçoivent les plus fortes pluies en automne, en hiver et au printemps, c'est-à-dire à des époques où les arbres ne demandent presque pas d'eau pour vivre.

Ainsi, tandis que nous voyons les plus fortes inondations avoir lieu en automne dans les montagnes sèches du Midi, les montagnes boisées, au contraire, donnent généralement moins d'eau au commencement de l'automne qu'en été, parce qu'à cette époque, les feuilles sèches, non seulement recouvrent le sol et absorbent environ 60 0/0 d'eau , mais elles occupent surtout les parties basses et les ruisseaux, et en retardant la marche des eaux les forcent à s'infiltrer dans le sol.

Il en résulte que de plus fortes quantités d'eau sont forcément absorbées à cette époque par les parties boisées ; et lorsque de nouvelles pluies tombent, la première eau, qui était déjà dans le sol,

s'infiltre de plus en plus pour venir alimenter les sources, et, de proche en proche, le même phénomène a lieu jusqu'au printemps.

De plus, il est incontestable que toute Feau qui est évaporée par les arbres au printemps et Tété ne saurait égaler celle qui est enlevée directement par Févaporation, lorsque le sol est entièrement aride ou recouvert d'une végétation plus ou moins active.

Notre appréciation est entièrement confirmée par le fait suivant, cité par M. Belgrand : « Les pluies qui tombent dans le bassin de la Seine, du mois de juin au mois de novembre, n'augmentent pas le régime des cours d'eau. »

Une pluie qui tombe vers la fin du printemps ou en été, c'est-à-dire, dans un terrain déjà sec est absorbée seulement par la couche de terre de la surface, et est bientôt évaporée avant d'avoir le temps de pénétrer dans les couches inférieures du sol, et par suite elle ne peut pas contribuer à l'alimentation des sources.

L'eau, comme tout corps qui tombe, a une tendance à descendre dans l'intérieur de la terre ; mais en même temps cette eau est soumise ou est sollicitée par Févaporation, et nous avons dit que Févaporation est presque nulle à la surface d'une forêt, tandis qu'elle est très-grande dans un champ.

Il n'est donc pas étonnant que la pluie tombant en été sur un sol découvert soit en grande partie perdue pour les sources.

Dans cette étude, nous ne nous sommes nullement

occupés des phénomènes qui ont eu lieu dans le Nord.

Mais sur les bords de la Méditerranée où les pluies

sont a la fois rares et violentes, il est incontestable que le déboisement a fait le plus grand mal en modifiant d'une manière f&cheusele climat; ainsi, dans le département de l'Hérault, la culture du millet, celle des racines et même celle du blé ne sont plus possibles, et si on ne reboise pas les montagnes sur le littoral, et si on ne se décide pas à entrer plus largement dans la Toie des irrigations, les inondations deviendront de plus en plus désastreuses et la sécheresse ne cessera d*aller en augmentant.

Nous ne demandons pas le reboisement général des montagnes; cette opération serait trop coûteuse et de plus elle priverait brusquement les propriétaires de dépaissances pour les bestiaux; mais il conviendrait de reboiser les pentes les plus rapides et les plus élevées, et surtout d'utiliser beaucoup mieux les eaux courantes pour les irrigations.

On a, en effet, remarqué que la pluie allait en augmentant dans les pays qui étaient nouvellement soumis à de grands arrosages, parce que ces pays sont plus frais et plus humides que ceux qui ne sont pas arrosés.

En terminant cette note, qu'il nous soit permis de dire» pour répondre à une objection de Monsieur Vallès, que notre manière de voir n'est pas fondée seulement sur la théorie. Des ouvrages anciens prouvent que notre région avait des cours d'eau plus considérables que ce qu'ils sont actuellement; ainsi Pline dit que les eaux de la rivière de Peyne étaient excellentes pour le lavage des laines et qu'il existait des lavoirs sur cette rivière.

De nos jours, ces lavages ne peuvent plus exister puisque cette rivière est presque à sec en été.

Enfin, dans un ouvrage, qui concerne les consuls de la ville de Clermont-rHérault, ouvrage imprimé en 4 347, il est dit qu'il existait des forêts sur toutes les montagnes qui entourent la vallée de la Dourbie^ et dans ce même ouvrage on parle de moulins qui avaient plusieurs meules.

Actuellement, les moulins qui existent n'ont qu'une seule meule à cause du peu d'eau dont on peut disposer.

D'ailleurs, ces moulins, dont on retrouve les vestiges sur huit ou dix points différents, et qui étaient bâtis presque dans le lit de la rivière, ainsi qu'on pourrait le pratiquer encore dans la vallée boisée du Lampy, prouvent, d'une manière évidente, que les inondations étaient autrefois bien moins fortes que celles de nos jours.

Lodéye, Typographie Grilliéres.

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