L’HUMANITÉ DES PEUPLES
Messieurs ,
Il y a trois ans qu’à pareil jour, en ce lieu même, un écrivain célèbre (i), déployant par degrés sa pensée, avec des précautions oratoires pleines d’art et de bonheur, fit entendre ces paroles : « Je ne crains pas de le dire, un peuple qui ne serait que savant pourrait demeurer barbare; un peup e de lettrés est nécessairement un peuple sociable e
"t me propose aujourd’hui d’examiner queUe
est l’influence exercée par les sciences, sur lhuinanité des nations et sur leur sa & ess
Rappelons -nous d’abord ces législateurs qu.
(i) M. de Fontanes.
puisèrent dans 1 Orient les principes des sciences physiques et morales, arrachant les peuples européens a la barbarie des premiers âges, et n’imposant des devoirs que pour consacrer des droits ou sanctifier des vertus. Par ces bienfaits, le nom de sage, qui d abord ne voulait dire que savant,rendu si vénérable qu on ne l’accorde plus simplement au savoir, mais au savoir dirigé par la vertu même ; enfin les successeurs de ces grands hommes, quoique heritiers de leur génie et de leurs vertus > refusant un titre trop beau, et n’osant plus aspirer qu’au nom modeste d’amis de la science et de l’humanité.
Comparons maintenant dans leur grandeur et dans leur décadence, les deux peuples les plus fameux de toute l’antiquité, les Grecs et les Romains. L’un et l’autre nous ont laissé, dans tous les genres d écrire , d inimitables modèles : mais
(i) Ici l’auteur examine l’influence exercée par les écoles de Pythagore, qui faisait un précepte du silence et du mystère; de Socrate, qui n’employait que le langage le plus vulgaire pour propager les vérités les plus sublimes; et de Platon, q l,i prodiguait les richesses de l’imagination et toutes les ressources du style, pour embellir par des fictions le tableau de la nature et les préceptes de la philosophie.
sur l’humanité DES peuples. 7
^un a cultivé les sciences, l’autre les a dédaignées . v ous allez voir quel est celui qui fut heureux, humain et digne de notre envie.
Les Grecs, amis de toutes les gloires, de toutes les connaissances, de tous les nobles spectacles, excellèrent à faire naître et à goûter tous les plaisirs de l’esprit, toutes,les jouissances du cœur. Ils accordaient des palmes et des couronnes à la force qui savait vaincre , à la grâce qui savait
plaire, au génie qui savait instruire.
Dans les beaux sites de Némée , de Delphes et d’Olympie, s’élevaient des amphithéâtres assez vastes pour recevoir les citoyens de toutes les nations amplïictyoniques. Ces arènes n étaient pas seulement destinées aux combats du disque, du pugilat et de la course : c’est là qu’on préparait un trône à Pindare lorsqu’il s’avançait pour célébrer
les héros et les cités. C’est là qu’Hérodote, inspiré par l’histoire, lisait ses neuf livres honores du nom des neuf muses, par l'admiration de tou un peuple. C’est là que Méton, éclairé, par lastrono,me, expliquait sa période, aussitôt nommee le Cycle-d’or. Enfin, c’est là que Platon retrouvait sa gloire, en ramenant la philosophie, des prisons de Syracuse à l’assemblée des peuples libres. 'Tous «es hommes illustres étaient salués avec le men .
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enthousiasme, leurs fronts couronnés avec la même pompe, et leurs gloires, si diverses, proclamées avec le même éclat, par douze nations que là fortune avait confédérées, moins encore par M liens du sang et de 1 intérêt, que par un même amour du vrai, du grand et du beau.
Supérieurs aux peuples contemporains pàr leurs institutions, leurs lumières et leurs talents ^ lé& Grecs semblent destinés à marquer la hauteur où peut s élever l’espèce humaine. L’ancien monde est civilisé par leurs bienfaits. Ils subjuguent Car' thage , et pour prix de la liberté qu’ils lui rérident, ils éxigent qu’elle cesse d’être barbare, et d’irnmoler des victimes humaines. Dans leurs beaux jours, pour guider les essaims d’une population que la prospérité fait croître avec une étonnante rapidité, ils envoient en colonie les sciences ét lés arts, sur tous les rivages des mers où peuvent àbordèr leurs vaisseaux.
Le midi de l’Italie, régénéré par eux, devient l’école de Pythagore et le berceau de la vértii. EU poliçant cette contrée, ils en font urie autre Grèce, que les nations appellent Grande, nôn pour son étendue, mais pour la sdgesse et l’humanité dès lois qu’ils y proclament.
Leurs pavillons sont arborés sur les rivés du Nil-
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Aussitôt 7 à l’appel de leur voix, l’expérience des siècles passés, soulevant son bandeau sacerdotal, °uvre les portes de ses temples, sort du séjour des tombeaux, et vient s’offrir aux vivants; aux peuples comme aux rois; aux sages comme au v ulgaire. Pour elle, il n’est plus de profanes : ses Mystères vont révéler leurs vérités profondes ; lés Grecs initient l’univers. Ainsi, dans la seule Alexandrie, au sein d’un temple des muses, ils offrent a Ux nations les trésors du savoir dé toute l’antiquité.
Ges illustres exemples n éclairèrent pas les Romains. Conquérants de la Grèce, non - seulement ils en méprisent lés plus fécondes, lëS plus pures lumières sur la réalité des choses; mais, dépouiltant toute pudeur, ils vont en foule auprès des sophistes, mendier des moyens de captiver, de séduire et d’entraîner par des paroles. Tout les Pousse à ce but. Les Romains, maîtres du monde « libres encore, l’éloquence est là reine de l’umv ers ; e t bientôt elle abuse son empire. Pour un orateur immortel, dont, par caprice, elle aune a couronner la vertu, elle se prostitue à nulle amb.beux qui captent ses faveurs en employant tous •es arts et tous les artifices. Voyezdes demandant, av oc la même avidité, des armes au dialecticien,