‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 12 sur 17 · III. Æo · texte numérisé non relu

III. Æo

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quelque médicament, il tombait dans des syncopes effrayantesé .

M. Larrey fit appliquer un large vésicatoire à la tête; il prescrivit les boissons rafraîcbissantes, et tout ce qui était indiqué ; mais le mal empira de plus en plus, elle blessé mourut dans un état tétanique , le 7 février i8og , trente-buit jours après l’accident arrivé le 29 décembre 1808.

L’autopsie cadavérique fit reconnaître les symptômes suivans : il y avai^u une grande déperdition de substance à l’o*ipital; l’ouverture dont nous avons parlé à la partie de la duremère, correspondante au lobe droit du cervelet qui était affaissé, était de couleur jaunâtre, sans suppuration ni épanchement ; les moelles allongée et épinière étaient d’un blanc terne, d^’une consistance plus ferme que dans l’état naturel, et réduites d’un quart de leur volume; les nerfs qui en émanent parurent également atrophiés.

Batiste Vallet, âgé de quarante ans, d’une constitution athlétique, soldat au 5®. régiment d’infanterie de la garde, entra à l’hôpital du Gros- Caillou le 28 août 1821, atteint d’hémiplégie complète de tout le côté droit du corps ; le membre supérieur ne conservait aucun mouvement et était privé de sa sensibilité. L’inférieur pouvait encore un peu servir à la marché, quoique d’une manière pénible. Cette hémiplégie recon-

btr cERt^EAtr. 3017

baissait pour cause une chute faite de cinq pieds de haut , il y avait environ un mois , sur la partie latérale gauche et antérieure de la tête. La céphalalgie, premier résultat de cette chute, avait pris en quelques jours une telle intensité que Vallet avait été contraint d’entrer à cette époque à l’hôpital, et avait été placé dans les salles des fiévrpux. Des bains de jambes sinapisés, une saignée, six sangsues aux tempes, un vésicatoire au bras droit, avaient été les moyens mis en usage. La céphalalgie avait en effet cédé ' à llnfluence de ces moyens j f hémiplégie, qui ne commençait que de se développer, ne fut point combattue. D’ailleurs Le malade était sorti quinze jours après son entrée, dans l’espérance que la marche, l’exercice, un air plus pur, pouvaient lui être favorables. Cet espoir ayant été déçu, car à l’hémiplégie qui s’était prononcée d.e plus en plus, il s’était joint un trouble et une faiblesse notables dans la vue de l’œil droit, un commencement de. paralysie dans la langue, et une difficulté assez grande dans la prononciation j Vallet rentra alors, comme nous l’avons indiqué, le 28 août, et fut placé dans les salles des blessés.

M. le baron Larrey, après un examen attentif de ce sujet, reconnut une exubérance contre nature dans la région latérale gauche et snpé-

3o3 sür îles fonctions

rieure du crâne. Quelques questions faites au malade, relatives aux causes de ces phénomènes , amenèrent Yallet à parler de sa chute. Dès-lors M. Larrey reconnut facilement que tous les accidens que le malade avait présentés et présentait encore, étaient dus à la commotion du cerveau et à l’altération des os du crâne, des méninges, et sans doute de la masse encéphalique. Il se détermina en conséquence à attaquer le mal à sa source même. Après avoir fait désemplir les vaisseaux cérébraux au moyen d’une saignée à la veine jugulaire, il fît raser entièrement la têle "" et appliquer un large vésicatoire sur tout le côté gauche de cette partie. Quatre jours après, Vallet allait déjà mieux j les doigts avaient repris quelques-uns de leurs mouvemens, l’avant-hras commençait à se fléchir sur le bras. tJn second et un troisième vésicatoires appliqués à quelque distance d’intervalle, une huitaine de jours, entretinrent ce mieux sensible;, quelques pilloles de calomel, une potion de valériane pour la nuit x des frictions d’huile de camomille camphrée sur les metnhres paralysés , étaient les autres moyens qu’on employait. Le 17 septembre, un premier moxa fut appliqué sur les parties latérales et supérieures du cou, et quelques jours plus tard on établit deux exutoires au moyen de là potasse, un de chaque côté de la base du

i>u CERVEAtr.

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crâne , entre les apophises mastoïdes et les bosses occipitales supérieures. Les mouvemens des extrémités furent alors à moitié rétablis, le malade pouvait se lever, marcher librement et prendre tout l’exercice nécessaire au maintien de cette amélioration. La parole restait encore un pea embarrassée; les mots où se rencontraient des r, étaient ceux qu’il prononçait le plus parfaitement et qu’il choisissait pour ainsi dire instinctivement. Déjà chez plusieurs autres malades atteints d’affections cérébrales de cette nature, nous avions remarqué ce choix de mots et cette plus grande facilité à les prononcer. Plusieurs autres moxas, au nombre de dix ou douze, ont été appliqués successivement et à des distances convenables sur le trajet des branches du nerf facial et des paires cervicales qui vont former le plexiis brachial droit, pour achever la guérison. Elle eut lieu en effet vers le commencement de novembre, mais elle n’était point encore assez con-solidée pour qu’on ne craignît pas le retour de l’hémiplégie. Néanmoins Vallet qui était d’un caractère obstiné, et chez qui d’ailleurs l’intellect était peu développé, content de sa situation pré-«. sente , ne voulut pas continuer à supporter l’application de nouveaux moxas , et se livra à l’intempérance; quelques jours après, il fut puni de §on entêtement et de son inexactitude à

3lÔ SUE LE^ FONCTIONS

suivre le régime prescrit j la paralysie revint accompagnée d’un embarras gastrique. On fit de nouveau raser la tête et appliquer un large vésicatoire ; une potion avec l’huile de ricin fut administrée, un^crupulu d’acétate d’ammoniaque fut ajouté dans une potion anti-spasmodique, de nouveaux moxas furent appliqués à la base du crâne du côté opposé à la paralysie et sur les paires cervicales du même côté. Cette rechute fut encore combattue avec succès par ces moyens, et la force étant tout-â-fait revenue dans les extrémités droites, le malade sortit enfin le 19 octobre , parfaitement guéri.

Quatre mois après , nous apprîmes que Vallet , rentré depuis quelque temps à l’hôpital dans la division des fiévreux, pour une affection catharrale avec céphalalgie et adynamie générale , y était mort le 7 février. Le lendemain on fit l’ouverture de son corps.

Le crâne scié circulairement et enlevé avec précaution , nous observâmes que le côté gîpiehe de cette voûte était moins profond que le droit. La surface de la dure-mère légèrement injectée et d’une teinte jaunâtre offrait les traces d’une inflammation chronique.L’arachnoide étaitsaine; soulevée à l’aide d’un chalumeau, on distinguait très bien que cette membrane^ hétait nullement enflammeej ce qu’on aurait pu croire sans celte

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précaution, car à la première vue on voyait une injection très belle, une inflammation très prononcée, mais qui appartenaient Tune etFautre à la pie-mère et non à l’arachnoïde, dont la présence semblait disparaître sous une teinte aussi rouge. Tous les principaux vaisseaux étaient très- distendus et gorgés de sang noirâtre. En soulevant le cerveau de la base du crâne, on aperçut le nerf optique droit plus gros, plus dense que le gauche j il était aussi d’une couleur rougeâtre J un tubercule stéatomateux en suppuration entourait l’artère basilaire ayant sa bifurcation, et rendait son diamètre plus petit. Ce; tubercule avait même contracté un point d’adhé-; rence sur le pont de varole. Toute la substance médullaire du cerveau, principalement del’hémisphère gauche, était engorgée, d’une consistance plus ferme et d’un aspect plus gris que l’état naturel. L’hémisphère droit se rapprochait davantage de cet état par sa mollesse et sablant cheur. Dans la protubérance annulaire même,, le côté gauche était également plus dense que le droit, il ne cédait que très difficilement à de forts degrés de pression. Les circonvolutions du cerveau étaient aussi, plus profond es, et plus, minces à gauche.

Quand on eût achevé l’examen du cerveau et quon porla. ses . regards sur la base du. crâne,.

BlZ SV& Ï.ES rONCTIGHS ;

on fut frappé de Teiitréme différence que préw sentaient les fosses moyennes j la droite était presque de moitié plus large que la gawche j les fosses antérieures avaient une difFérence bien moins prononcée. Quant au:^ fosses postérieures^ ceUes qui logent le cervelet, leur petitesse et leur peu de profondeur excitèrent l’étonnement^ elles engagèrent à remarquer le cervelet et les organes génitaux pour voir quels rapports exis-* taient entre eux. tes deux lobes du cervelet, d’une égale forme , étaient en effet de la moitié moins volumineux qu’on ne l’observe ordinal-^ yement chez un sujet de la même grandeur, et les testicules réduits au volume d’une fève de haricot, n’offraient presque aucune consis-. tance. liC pénis ii’ avait que six lignes de longueur. (La tête de Yallet qu’on prépare en ce moment, sera remise à M. le docteur Gall. )

La cavité thorachique nous, a aussi présente des pliénomènes inléressans et analogues à ceux des os du crâne, La cavité droite était beaucoup plus petite que la gauche; le poumon de ce côté était très petit, adhérent aux deux côtes et dans un état d’inflammation récente; le foie, très volusnineux, montait dans cette cavité et avait du contribuer encore à rapetisser le poumon de ce côté. Le droit au contraire était très ample, ainsi que la cavité qui le contient, L.e cœur avait

DU CERVEÀ.U, 3l3

volume ordinaire, les oreillettes étaient gorge'es de sang. L’abdomen n’offrait aucun état d’aK tération.

M. le baron Larrej attribue la réduction os seuse qu’on a remarquée à l’influence, à l’action énergique dés topiques révulsifs appliqués, et sur l’emploi desquels on a insisté le plus longtemps possible, puisqu’à l’entrée de Vallet à l’hôpital, celte partie gauche du crâne offrait au contraire une exubérance manifeste. Celte assertion a été d’ailleurs discutée et prouvée par cet habile praticien dans de semblables circonstances et dans d’autrés affections cérébrales, l’épilepsie par exemple, '

Le docteur Thouvenelle m’a communiqué un cas de blessure tout semblable, et qui eut les mémessuites.

Je fais observer encore ici que chez Bigot , c’est surtout le testicule gauche qui s’atrophia , au point de se réduire aux dimensions d’une fève de marais , tandis que. c’est l’hémisphère droit du cervelet qui avait été lésé- M. Larrey me fit voir des blessés semblables , dans l’hôpital de la garde, et me donna deux crânes dans lesquels la marque des coups de sabre sur les fosses occi-* pitales atteste la lésion du cerveletj chez tous ces isujels , il y avait eu atrophie et ramollissement des testicules.

Je vais rapporter encore un exemple fort remarquable, quoique je n’ose pas décider ce qui, dansjce cas , a souffert le premier, des testicules ou du cervelet. Un garçon de treize ans se livrait depuis quelque temps à l’onanisme avec tant de fureur, que tous les moyens que l’on employa pour le corriger de ce vice, furent infructueux j enfin il fut attaqué d’une incontinence d’urine et de vomissemens très opiniâtres. Dès le commencement de sa maladie, il ne se*traînait qu^^ peine , et au bout de quelques mois il fut paralysé des extrémités inférieures, sa pupille perdit la faculté de se contracter j pendant long-temps, il y voyait encore un peu vers l’angle interne des yeux, mais il finit par perdre complètement la vuej des convulsions ne tardèrent pas à se manifester autour des yeux et de la bouche. La paralysie devint complète, les poumons mêmes perdirent leur action, et il mourut suffoqué. A l’autopsie je trouvai plus d’une livre d’eau limpide dans les cavités cérébrales. L’un et l’autre lobe du cervelet étaient remplis de pus à l’intérieur ; cependant la suppuration avait fait bien plus de ravages dans le lobe gauche que dans le droit. La commissure des deux lobes du cervelet (le pont), était singulièrement diminuée par ratrophie, et d’une couleur jaunâtre. L^un et l’autre testicule étaient très petits j celui du coté droit avait près-

DU CERVEA.tr. 3l5»

que entièrement disparu, et était d’une consistance très molle : donc ici encore coïncidence entre la lésion des deux côtés opposés.

Il existait, dans la famille de ce jeune homme, une disposition héréditaire à l’hydropisie cérébrale. Je suis persuadé que l’eau trouvée dans les cavités encéphaliques n’était en liaison avec l’onanisme, qu^autant que sa présence avait augmenté Tirritahilité et la sensibilité de totit le système nerveux.

La suppuration du cervelet devait aussi être établie depuis long-temps, car le pus avait plutôtl’apparenced’un putrilage purulent, que d’un pus de bonne qualité. C’est donc une question de savoir si ce n’est pas l’état maladif du cervelet qui a entraîné à l’onanisme ce jeune homme, d’ailleurs fort raisonnable et très bien élevé. Faut- il admettre au contraire que c’est l’onanisme qui a causé la maladie du cervelet ? Quoi qu’il en soit, ce cas prouve l’influence que les parties génitales et le cervelet exercent réciproquement l’un sur l’autre.

De tout ce que je viens de dire, il résulte que les maladies et les lésions du cervelet ont, sur les parties génitales , une influence aussi bien prouvée que l’est l’influence des maladies et des lésions de ces dernières sur le premier : il parai-

3l6 SUR UES FONCTiaNS

trait même que la vie du cervelet est plus indépendante que c^le des parties génitales.

JhJîuenee des maladies du cervelet sur les par-*

lies génitales^ et principalement sur V instinct

de la propagation. Manie érotique.

Je traiterai cette matière sous un double point de vue; mon intention est, i®. de donner des preuves nouvelles en faveur de la connexion immédiate qui existe entre le cervelet et les parties sexuelles, ainsi qued’instinct de la propagation; et 2P. de mettre au jour la vraie cause et la véritable origine de la manie érotique.

Il est certaines maladies des parties génitales , qui bien qu^elles occasionnent une violente irritation dans ces organes, n’ont aucune influence sur l’instinct de la propagation. Les inflammations les plus violentes de ces parties provenant de causes extérieures, ne sont jamais accompagnées ni de manie, ni de désirs amoureux. Lorsqu’une acrimonie dartreuse se porte sur ces organes, soit chez des hommes, soit chez des femmes, elle y produit bien une chaleur brûlante et douloureuse, et une démangeaison insupportable; mais elle n’excite point de désirs. J’ai vu^.

DÎJ CERVEAU. 3l^

dans les maladies du bâs-ventre, par exemple du foie, des reins, les malades avoir, pendant des semaines entières , de violentes érections qui faisaient leur tourment, loin de provoquer le moindre désir amoureux.

M. Fodéré rapporte qu’a la suite d’une piqûre d’insecte, un homme eut de violentes érections , sans la moindre sensation voluptueuse (i)?

, Aucune de ces observations ne peut être nouvelle pour les médecins expérimentés. Gomment ^e fait-il donc qu’ils soutiennent presque tous , avec Cabanis , que les parties sexuelles sont souvent le siège de l’aliénation mentale (a) ?

Jjn jeune homme, robuste et plétorique, était arrivé depuis quelque temps à Vienne. Faute de liaisons , il vivait dans une plus grande continence que de coutume, et il tomba brusquement dans une manie érotique ; il avait des érections long- temps, continuées ; ses testicules étaient ènflés et douloureux. Qu’y avail-il de plus naturel, suivanlles idées reçues en médecine, que de chercher la cause de sa maladie dans l’inflammation des parties génitales? Aussi em-

(1) Sur le Délire, 1. 1 , p. 3i6.

(2) Sur le rapport du physique et du moral, etc. T. I., p. 107.

3i8 StJR LÊS FOÎÎCTIONS

ploya-t-on tous les moyens pour combattre l’in* flammation locale, et pour faire cesser la surirritation des organes générateurs : mais le malade n’en resta pas moins dans lé meme état pendant trois semaines. Lorsque je fus appelé, je rendiff, mes collègues attentifs à l’inflammation du cerveau, et surtout du cervelet. Nous concertâmes notre plan curatif ; en conséquence . de cette idée, et en peu de jours , l’inflammation et l’enflure des parties sexuelles, ainsi que la manie, avaient disparu.

L’on peut admettre , sans balancer , que lorsqu’un état maladif des parties génitales est accompagné de manie, ces parties ne sont malades que secondairement ou par sympathie , et que le siégé du mal est dans le cerveau, ou, si la manie est eu particulier du genre érotique, dans le cervelet. Avant de prouver cette assertion par un tableau fidèle de la manie érotique, je ferai quelques observations sur l’origine de cette maladie. .

Un jeune homme très bien élevé et rempli de talens , qui depuis son enfance s’était senti violemment entraîné aux idées érotiques, les maîtrisait jusqu’à un certain point, à l’aide de son penchant egalement décidé à la dévotion. Lorsque ses relations sociales lui eurent permis de s,e livrer sans contrainte aux plaisirs de l’amour , fl

ne tarda pas de s'apercevoir, avec une espèce d’effroi, que souvent il lui devenait très difficile de détourner son attention des images voluptueuses qui le poursuivaient , pour la porter sur les affaires importantes et souvent pressées de son état. Tout son être était absorbé par la sensuali té. Pour ne pas succomber tout-à-fait, il se trouvait forcé de s'’occuper assidûment d’objets scientifiques, ou de se créer quelque nouvelle occupation favorite,* son cervelet est d’une grandeur peu ordinaire.

■ Une dame très spirituelle était tourmentée , également, depuis son enfance, par les désirs les plus désordonnés; l’éducation très soignée qu’elle avait reçue , fut seule capable delà sauver des démarches les plus inconsidérées auxquelles la portait la violence de son tempérament. Lorsque dans un âge plus mûr , elle se trouva abandonnée à elle-même, elle essaya tout pour satisfaire ses désirs brûlans , mais la jouissance ne paraissait que les irriter. Souvent elle se vit sur le point de tomber dans la manie. Réduite au désespoir, elle abandonna sa maison, quitta la ville , et se réfugia chez sa mère , dans une campagne isolée, où le défaut d’objets , la plus grande sévérité de mœurs, et les soins du jardinage, prévinrent l’éclat du mal. Après avoir habité de nouveau y pendant quelque temps , une grande

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tille , elle se trouva menacée d’une rechute , et elle se réfugia une seconde fois auprès de sa mère. A son retour elle vint me trouver à Paris ^ et se plaignit à moi comme une femme au désespoir. Partout, me dit-elle, je ne vois que les images les plus lubriques j le démon de la luxure me poursuit sans relâche en tous lieux , à table , dans mon sommeil même , je sois un objet de dégoût pour moi-méme; oui, je le sens, je ne puis plus échapper à la manie ou à la mort.

Je lui fis, en abrégé, Thistoire naturelle de l’instinct de la propagation ; je la rendis attentive à la forme de sa nuque. Quoique sa tête soit très grande , le diamètre de sa nuque surpasse la distance d’une oreille à l’autre. Elle conçut la cause de son étatj je lui conseillai de continuer son voyage pour aller rejoindre sa mère, de varier ses occupations pour diminuer l’activité de son cervelet^ de se faire souvent appliquer des sangsues à la nuque, pour modérer l’état d’^irritation de cet organe , d’éviter tous les mets échauffans et toutes les boissons irritantes , etc.

Un homme avait vécu plusieurs années dans un mariage très bien assorti , dont il était né plusieurs enfans, et il a vait acquis, parsoa activité, une fortune honaêîe. Lorsqu’il se fut retiré des affaires, et qu’il mena une vie oisive, son penchant inné dominant gagna peu à peu le dessus.

DTJ CEUVEAtr.

Il s’abandonna tellement à ses désirs , que jouissant encore de sa raison , il regardait toute femme comme une victime destinée à satisfaire sa sensualité. Du moment où il apercevait de la fenêtre une personne quelconque du sexe , il annoii- ;çait en toute bâte, et avec raccént^dê la joié, à sa. femme; et à ses filles , le bonheur qui l’atten^ dait. A la fin , cette nianie partiel lé dégénéra èii manie générale, - et peu après il mourut dans l’hospice pour lés aliénés dé Vienne. Son crâné prouve que son cervelet avait acquis un déveîoppenierit très eonsidérablé, PL-XIL. i. lù 1. 1. • ;M. Pinel rapporte un exemple tout semblable : « Un homme, dit-il, avait rempli, avec éloge , jusqulà sa cinquantième- année^ des fonctions ; publiques. Il s’excite - 'alors une ardeur immodérée pour les plaisirs vénériens pson regard. est! vif et animé; il -fréquenté des lieux de débauche, Jse livre à tous lés excès, et revient toiirrà-toür ; dans la sOciété 'du ses :âmis,- leur .peindre lés charmes d’un amour pur èt sans lâches. Son égarement; augmente par degrés , et on est obligé de le tenir enfermé. La solitude exalte son imagination fougueuse; il peint en draits de feu les .plaisirs qu’il a goûtés avec ce qu’il appelle des-heautés- celestes ; il s’extasie - en parlant de leurs grâces, et; de leursn vertus; il yeut faire construire un temple a l’Amour, et se

croit loi-même élevé au rang des dieux : ce furent-là les préludes d'une fureur violente avec délire (i). » ' \

On voit J par ces exemples , que les persounes dont le ^rvelet a acquis un développement plus qu’ordinaire, ont une disposition naturelle à la m^nie érotique j mais ces exemples montrent aussi que l’extrême activité de cet organe ne la produit réellement que dans le cas où les personnes c^ez qui cette disposition a lieu^ se livrent exclusivement aux jouissances de l’amour plijsiquejj tant il est sur que les fréquentes joniss^ces ne sont point un remède contre cette espèce de manie.

Dans les hospices, nous avons trouvé constamment le cervelet très développé chez tous les sujets attaqués de manie érotique , et chez tqus ceux qui étant atteints d’une manie totale, se livraient irrésistiblement à l’onanisme.

M. Esquirol nous fit voir le plâtre d’une femme qui avait étq attaquée de manie érotique. Des bosses occipitales très saillantes annoncent un cervelet extraordinairement développé.

Il en est cependant de cet organe comme de toutes les autres parties : non-seulement une ac-

(i) De t’aliénalion mentale, deuxième édition, pag® j5 et ifi, §. iS.

livité excessive dont il est doué primitivement, peut dégénérer en manie, c’est-à-dire en une activité tellement forte , qù’éile n’est plus soumisse à l’empire de la volonté j mais d’autres causes -encore peuvent exaller l’action du cervelet, au poin t qu’il en résulte une manie érotique, meme cliez des personnes qui , suivant la marclie ■ordinaire de la nature , n’y étaient pas disposéesi - - ■■ ■ ;■■■-;

Né voit-en pas , dans des maladies àigués , des sujets qui n’a vàient auparavant aucune disposition à etrë métromanes ou querèlleurs, "faire dès vèrs et eherclier dispute à tôut le monde ? Gés Cas j il est vrai , sont fort ratés ^ et tbüjoiirs l’iiîs^ toire de là vie •antérieuTè- du malàdéy jôitïté a là conformàtibn 'dé - sbn cervélet ^ ^ pddrfà ’ donner l’e xplicat ion dd pliéri o menèy et âécM èr le m éd è-^ cin à avoir égard dans le elioiX d^ métliodè eürative , plus particulièrement düx causes acei^ dentelles, ^ ou à là disposition nalurèilé j à dés déra ngemens généraux j où à - un . dérangement partiel. '/ ' ' . ^ "

Je place ici le tableau què feit M. Pitaël dé là manié érotique, taét parce qu’il confirme ce qüè ■j’ai dit jusqu’iéi de eette maladiè , que parcé que M. Piriel lui-méme , qui cépéndant no paraît attribuer cé genre de manié qu’à' iinè éspêcè d’efTervescence qui aurait liéu dans lés parties

sexuelles, est obligé d’en revenir à une disposition particuliiire, ; .

;« C’est dans l’un et l’autre sexe une . effervescence physique des organes géne'rateurs, avec les gestes les plus lascifs, et les propos les plus obscè- ^nes ; elle tient d’autant plus à la disposition intérieure qu’elle ne dure qu’autant que la maladie; et j’ai vu les, personnes les plus recommanr dables par la pureté de leurs mœurs, éprouver, pendant un temps déterminé de leur état maniaque, ce rapproebement malheureux avec des femmeaide débâujc^e; puis revenir ,; lors dé, leur convalescence , à leur caractère primitif de résetye Æt d’une extrême décence. J’ai vu cette affection se déyelppper dans des cas extrêmes de la manière suivante d’abord gaitéândgnifiante, regard - animé j' reGberehe voluptueuse, dans la toilette, Guripsité iuquièle, tremblement dps mains, douleurs sourdes à la :matrice,. chaleur brûlante dans Jl’inlérieur ; des seins , rnobililé extrême des. yeux, impatience : Faecès est alors à son plus haut degré; babil rempli de mots sa^ les gt de propos obscènes, yoeiférations, gestes provocateurs , , et mpuvejpiens du corps les plus lascifs, tous les empprtemens effrénés , pt les iliùsions d’un délire érotique. Cette fougue impeV tueuse cède à une répression rendue nécessaire, :et il succède un morne repos, ou plutôt un état

de lassitude; la maigreur est alors extrême, et celte fureur interne amène l’épuisement, la stupeur et la démence ; l’embonpoint se rétablit par degrés. La maladie devient quelquefois périodique, et la vie se passe dans une alternative d’un égarement érotique, et de l’apathie la plus stupide (i), » ' ^

Le tableau qu’on vient dé lire, nous éonduit naturellement à cet état d’irritation du cervelet, qui entraîne les maladies connues sous le nom de satyriasis, de priapisme et de nympliomanie.Queb que divers que puissent être les idées déréglées et les sentimens extra vagans qui accompagnent ces maladies, ils ont toujours poiïr pivotl’instinct delapropagation ; et ce genre d’aliénation doitêtre rangé, par conséquent, dans la classe de la manie érotique. Comme l’on cherchait uniquement la source de ce mal dans les parties sexuelles , l’on n’a indiqué, d’ordinaire , d’autre remède que la castration. Par cette mutilation , l’aptiyité du cervelet se trouve affaiblie ; et c’est pour cela que le mal diminue quelquefois après l’opération. Mais ce moyen n’a certainement pas toujours un effet utile; car dans les grandes maisons publiques de fous , comme l’a déjà remar-

(i) De l’aliénation mentale , deuxième édition , p. 67,

3a6 SUR UES FONCTIONS

que Cabanis , on voit assez souvent ees malheureux s’arraclier l=^s testicules , sans qu’il résulte Je-là ]fe moindré ebangement dans l’éta-t du cérveau. Je veux bien qu^à défaut de meilleure méthode curative l’on continue , dans ces cas , de couper les étalons ; mais lorsque dans notre espèce il y a encore possibilité de guérison , on robtiendra certainement avec moins d’inconvéniens par une méthode curative dans laquelleon aurait uniquement égard à l’état du cerveau, et surtout du cervelet,*

Hi’on parle beaucoup d’une manie, produite ou par une trop grande continence , ou par des émissions excessives de la liqueur séminale.

üne^ trop grande continence, supposé qu’elle ' ait lieu réellement , peut , sans contredit , occasionner des maladies inflammatoires , et surtout une inflammation et une surirritation du ceryelet^-ét^la cerveau entier , et produire , par conséquent, la manie érotique aiguë, ou une manie’ générale^

Cabanis impute les accidens qui résultent d’une continence trop sévère , -tantôt à l’état des organes de la génération, tantôt à un état maladif du cerveau. S’il avait connu l’influence réciproque du cervelet sur les parties sexuelles , et de^ celles-ci sur le cervelet et sur le cerveau , il n'’aurait certainement pas hésité entre ces deux, opi-.

Bü CERVEAU.

uions. Les dispositions extraordinaires de Fesprit , les aflfections et les penchans singuliers, et les bizarreries qui surviennent chez les jeunes filles et les jeunes garçons mobiles et délicats ^ quand; les appétits; nouveaux sont trop longtemps contrariés , auraient dû le mettre sur Ik voie, Et lorsqu’il ditque rien n’est moins rarequé de voir des femmes acquérir , dans leurs accès dé vapeurs , une pénétration , une élévation d’idées^ une éloquence qu’eMes n’avaient pas naturellement, ne devait-il pas , en bon logicien, se décider pour le cerveau ?

Il cite meme, d’ajwès Buffun, l’bistoire célèbre d’un curé qui , par Feffet d’Une cbasteté rigoureuse , était tombé dans un délire vaporeux voisin de la manie. Pendant tout lé temps que dura ce délire, je malade déploya divers talens qui n’avaient pas été cultivés en lui. Il faisait des vers et de la musiquè j et , ce qui est encore bien plus remarquable, sans avoir jamais touclié de crayon , il dessinait avec beaucoup de correction et de vérité les objets qui se présentaient à ses yeux. La nature le guérit par des moyens très simples. Mais quoiqu’il restât toujours homme d’esprit , il avait vu s’évanouir , avec sa maladie, une grande partie des facultés merveilleuses qu^elle avait fait éclore.Qui oserait faire dériver

d’un état des parties delà génération la poésie, la musique et lart du dessin ?

La maniaque dont parle M. Pinel , paraît avoir été dans le même cas.

« C’est quelquefois , dit-il , un excès opposé, c’est-à-dire , des penchans "vivement irrités , et non satisfaits , qui peuvent aussi jeter dans un égarement complet de la raison. Une mélancolie tendre , et des inquiétudes vagues , dont l’objet n’était ni méconnu , ni dissimulé , distinguèrent à vingt ans une personne douée d’une constitution forte et d’une vive sensibilité j tout concourait à enflammer son imagination : lecture assidue des romans les plus galans , sorte de passion pour toutes les productions des arts dans le genre érotique , fréquentation habituelle de jeunes gens d,es deux sexes, dont les uns la charment par des agrémens personnels et toute la séduction de la galanterie , les autres par des exemples dangereux et des confidences indiscrètes. La coquetterie la plus raffinée est érigée alors en principe, et dévient une occupation sérieuse j son orgueil, flatté des moindres prévenances , les lui fait regarder comme un triomphe assuré , dont elle ne cessait de s’entretenir ou de faire l’objet de ses rêveries , jusqu’à ce qu’une nouvelle aventure fît oublier la première. Une faute paraissait inévi-^

BU CERVEAU

table , ou du moins très à craindre, et les parens se hâtent de conclure un mariage fondé sur certaines convenances. L’époux choisi était d’un âge mûr, et malgré les avantages de sa stature et d’une complexion forte , peut être moins propre à satisfaire qu’à irriter ses désirs. La mélancolie de la jeune dame dégénère en une sombre jalousie, et elle attribue à des infidélités ce qui n’était que Teffet de la débilité des organes. Une sorte de dépérissement succède , les traits s’altèrent, et il se déclare un babil intarissable , avec le plus graüd désordre dans les idées, prélude mi plutôtsigne manifeste d’unemanie déclarée(i). » Mais il est bien rare , je crois , que la continence soit poussée au point de produire de pareils effets. La nature a tant de moyens de diminuer la trop grande abondance de la liqueur séminale, même sans le concours de l’individu, que ce genre d’aliénation ne doit être à craindre que très rarement. Groyez-en celui qui sonde les cœurs et les reins j il liest pas bon que Vhomme soit seul. Souvent on articule comme cause d’une maladie, une continence excessive, lorsqu’on ne devrait en chercher la cause que dans une débauche secrète. Un évêque qui édifiait son dio-

(i) Sur l’Aliénalion mentale , deuxième édition , p. 47 et 48 , S â8.

33o SUR UES FONCTIONS

eèse par une vie exemplaire , tomba , vers sa soixantième année , dans une mélancolie accompagnée d’une faiblesse d’esprit manifeste. Tout le monde déplorait le malbeur si peu mérité du saint homme; il mit sa confiance en moi ; je sortais souvent avec lui , tant à pied qu’en voiture; toutes les fois que nous rencontrions une jeune fille , il soupirait profondément ; aussi souvent qu’il voyait un couple heureux , il me serrait la main avec chaleur , en s’écriant : « Quelle est leur félieilé î » J’allai au-devant des aveux qu’il pouvait avoir à me faire ; je l’entretins su^le ton de l’amitié, du bonheur que goûtent des époux dans un mariage bien assorti, de l’intention du Créateur empreinte dans toutes les œuvres de la création. Le voile tomba , et me laissa voir l’homme : le pieux évêque m’avoua qu’il était du nombre de ceux qui pèchent sept fois par jour.

Familiarisé avec les faiblesses humaines , je suis disposé bien plutôt à attribuer la manie érotique à des excès , qu’à une trop grande continence. Ces excès produisent une irritabilité et une excitabilité du cervelet tellé , qu’il n’est pluà au pouvoir de l’homme d’arrêter le torrent des idées lubriques et des images voluptueuses qui vient fondre sur lui. Mais comme la cause prer mière agit avec d’autant plus de violence que les autres facultés de l’âme sont plus affaiblies , ce

DU CERVEAU. 33l

geare de manie dégénère bientôt en démence, et en faiblesse générale de tout le corps. Ici en- Gore , ie cite à l’appui de mon assertion un exemple rapporté par M. Pinel.

« Un jeune homme, d’âne fofte constitution, et né d’un père riche , avait atteint son accroissement complet vers la dix-huitième année de 1-âge , et ce fut à cette époque de rextrême effervescence de ses sens, qu’il commença à se livrer à sespenchans avec toute l’impétuosité d’un caractère ardent , et les facilités que lui donnait un rassemblemmït journalier de jeunes ouvrières dans une grande manufacture. Il prend alors l’habitude de s’adonner au plaisir sans frein et sans mesure , le plus souvent à diverses heures du jour et de la nuit; il fait succéder, à l’âge de vingt ans , d’autres excès non moins destructeurs ; ceux de l’intempérance et de la fréqueUr tation répétée des lieux de débauche. Des maux vénériens , tour-à-tour guéris et dé nouveau cour* tractés , viennent se joindre à l’épuisement, etse compliquer avec d’autres affections cutanées. Desr objets de commerce rendent alors necessaires des voyages fréquens en chaise de poste, le jour,^ la nuit, et dans toutes les saisons de Fannée.Les traitemens au mercure sont tour-à-tour comment cés, suspendus , renouvelés, sans ordre^tsaps règle. Dès-lors les symptômes les, plus marqués.

d’une hypochondrie la pllus profonde; digestions laborieuses et très imparfaites ; flatuosités incommodes , rapports acides , alternatives de resser-^ rement ou de relâchement des intestins , douleurs vives de colique devenues périodiques ; frayeurs sans cause , pusillanimité extrême^ dégoût de la vie > et plusieurs tentatives de commettre un suicide. Une crédulité aveugle et puérile dans la vertu des médicamens , et une ponfiance entière accordée à toute espèce d’empiriques , se joignent déjà , à vingt-cinq ans , à la nullité entière pour un plaisir dont il a abusé à l’excès, et à une décadence de la raison qui ne fait que s’accroître (i). »

Tous les exemples cités jusqu’ici, prouvent qu’aucune espèce de manie érotique ne peut avoir son siège dans les parties génitales elles-mêmes; qu’il faut de toute nécessité chercher la cause de ce dérangement là , où est celle de tous les dérangemens des facultés intellectuelles.

Or , comme le cervelet est l’organe de l’instinct de la propagation , c’est de lui que doivent dépendre les surirritations et les dérangemens de cet instinct.

J’expliquerai plus bas , en traitant des autres facultés fondamentales, comment il se fait que

(i) Sur l’Aliénation mentale, p. 46 et 47 » §• ^7-

la EÉianie érotique est accompagnée tantôt de dévotion, tantôt d’orgueil , tantôt d’un autre sen. liment exalte. Ici ^ je continue de fournir les preuves de mon assertion : que le cervelet est 1 organe de l’instinct de la propagation , et j’en trouve de nouvelles dans les différentes manières dont cet instinct se manifeste dans l’idiotisme.

Observations sur V activité ou V inaction de l- ins~ tinct de la prop,agation dans V idiotisme.

On a le préjugé que les idiots^ les imbéciles et les crétins sont très lascifs, et en proie à tous les effets d’un tempérament lubrique. Supposé qu’il en soit réellement ainsi, je deinande si les parties génitales de ces pauvres d^esprit, ont une conformation particulière? si elles sont parvenues à un développement plus exubérant, si elles sécrètent une liqueur séminale plus irritante *? si elles sont capables de bercer l’imagination d’images lubriques plus vives? L’on ne saurait soutenir aucune de ces assertions.

Du reste, il s’en faut de beaucoup que l’instinct de la propagation se manifeste d’une manière très active chez tous les idiots et chez tous

(i.) Pinel , sur l’Aliénation mentale , p. i6g.

les crétins, j’ai soigneusement examiné un grand nombre de ces individus , et voici le résultat de mes rèchercbes.

Que les parties génitales^soient grandes ou petites , elles n’ont jamais une influence déterminée sur l’instinct de la jouissance vénérienne.

Cet instinct est sans activité, toutes l es fois que le cervelet n’a acquis qu’ un faible degré de développement. Le sauvage de l’Aveyron, qui se t,rouve aux Sourds-Muets, à Paris, n’àvait pas témoigné encore, à ï’âge de seize ans, le moindre penchant pour les femmes j aussi son cervelet élait-il très faiblement développé. A Salzbourg, le professeur Hartenkeil me fit voir un crétin âgé de vingt et quelques années, cliez lequel l’instinct de là propagation ne s’était jamais manifesté en aucune manière, quoiqu’il fut assez bien fait, et qu’il jouît d’une bonne santé J son cervelet était également très peu développé. Dans une autre salle, au contraire, le même savant me montra une femme tellement contrefaite, qu’au lieu de marcher elle se traînait par terre : cette malheureuse se trouvait dans une espèce de ravissement toutes les fois qu’elle apercevait un homme. A peine me fus-je approché d’elle, qu’elle grimpa sur son lit, et m’invita, par les gestes les plus lascifs, à l’y suivre; elle jeta même tous ses vetemens pour me donner hhospitahté

(l'une manière plus cordiale. Ses facultés intel- = leclueUes sont debeaucoup inférieures à celles des brutes, mais son cervelet est très développé ,• aussi tous ses mouveraens ne tendent-ils qu’à satisfaire salubricitédans la solitudeméme.Jepoorrais rapporter un très grand nombre de cas semblables, qui tous confirment mon opinion ; mais je me contenterai d^en rapporter encore quelques - uns, moins pour appujérma doctrine, que pour offrir au lecteur une observation morale.

Nous vîmes , à Munich , un garçon de quinze ans qui, dès sa septième année, avait voulu abuser de sa sœur , et avait manqué de l’étrangleir parce qu’elle opposait de la résistance à ses désirs. Son idiotismen’était pas des plus complets^ il parlait un peu , reconnaissait les personnes , et trouvait, comme un chien , du plaisir à regarder les passans par une fenêtre. Sou cervelet était extrêmement développé, aussi fallait- il soigneusement tenir éloignées de lui les femmes et les filles. A Paris, M. Savary , alors ministre de la police, et M. de Bourienne, m'amenèrent un garçon âgé d’à-peu-près seize ans, qui ne voulait -absolument rien apprendre, et dont la société devenait très pernicieuse à ses condisciples , nonseulement à raison de son défaut de susceptibilité pour l’instruction , mais encore à raison de ses goûts antiphysiques. Je rendis ces messieurs

SUR UES FONCTîOîîS

attentifs au développement très peu considérable de son front, qui expliquait Tinvincible indifférence qu’il témoignait pour toute instruction ; je leur fis remarquer en même temps ses bosses occipitales très proéminentes ^ sa nuque large et robuste qui rendaient raison de ses désirs effrénés. L’idiotisme de ce sujet était moins com- ,plet encore que celui du jeune homme dé Munich, dont j’ai parlé tout-à-rheure ; ceci me conduit à faire encore une autre observation.

Dans plusieurs hospices pour les aliénés j et dans quelques maisons de correction^ nous avons rencontré dès su'jets que l’bn prétendait être devenus aliénés par suite d’émissions excessivement fréquentes de la liqueur séminale, ou que l’on vouloit punir de s’être livrés à l’onanisme.

Je suis bien loin de niér l’influence pernicieuse que l’onanisme exerce sur la manifestation des facultés intellectuelles , et plusieurs passages de mes écrits le prouvent suffisamment. Mais dans ces cas il faut d’ordinaire accuser une autre cause. La nature avait traité en naarâtre, sous le rapport des facultés supérieürés'j tous les sujets semblables que j’ai eu occasion d’observer. Chez eux, la partie antérieure du crâne était étroite et peu élevée, ou bien ils étaient plus ou moins hydrocéphales. Les parties postérieures du crâne au contraire, leur nuque, leur cervelet, avaient

acquis ua degré de développement qui n’était dans aucune proportion avec celui des parties cérébrales affectées aux facultés intellectuelles supérieures. L’homme ainsi organisé se trouvé dans le cas de tout animal lascif^ c^est un singe en chaleur. L’organe dè l’instinct de la projpagation lé domine impérieusement, parce qu’aucun autre organe ne peut balancer l’activilé du premier. Rien de ce que nous appelons décence , mœurs, religion^ ne peut agir sur un tel indi-^ vidu ; les punitions ne; sauraient l’effrayer^ rien ne saurait engager à se contraindre un être ravalé au-dessoüs de la brute , et qui n’a pas dé volonté. L’observateur philosophé reconnaît ici que la faiblesse de l’entendement est la cause de rabandon à Une sensualité brutale, tandis que, dans son erreur, le vulgaire regarde la faiblesse de l’entendement, comme une suite derabaiidon à la sensualité. i

L’instinct de la propagation survit à la desiruc-^ tion des parties génitales^ et subsiste dans ï absence de. ces parties.

Une femme mariéé-qüi mourut d’un cancer à la matrice, s’était prostituée pendant la durée de sa longue maladie. Peu avant sa mort , elle exi-

Ilï.

gea les approches de son mari. Une dame fut eii proie pendant plus de deux ans à une maladie extrêmement douloureuse; ce n’e'tait de'jà plus qu’un squelette; des écouleraens ahondans et infects, une cruelle dysurie, etc. , annonçaient sa mort prochaine. Malgré tout cela , quoique son état rendait ■ absolument impossible toute approche maritale, elle désirait avec une ardeur voluptueuse les emhrassemens d’un époux qu’elle chérissait. Après sa mort, arrivée peu de jours plus lard , je trouvai le vagin, la matrice et la vessie; en partie dissous en un liquide ichoreux et infect, en partie tellement rongés , que les membranes ;et les fibres se déchiraient au moindre attouchement.

A Tienne, je donnai des soins à l’époilse d’un fabricant> laquelle , tant au physique qu’au moral, vivait avèc son mari dans l’ûnion là plus heureuse, quoiqu’elle n’eût jamais été réglée. Comme elle ne devenait jamais enceinte, et, qu’elle désirait avoir des enfans, on examina sa conformàtion avec soin et à plusieurs reprises. Les sages-femmes, ni l’accoucheur, ne purent jamais découvrir d’utérus.

M. Richerand cite aussi quelques exemples de femmes ayant le même vice de conformation, et qui malgré cela avaient du penchant pour les plaisirs de Vamoui’.

pu cervea:u. : 33g

« L’uléruSj dit- il, imprime-t-il au sexe tou tes sus toiodificatioDs distinctives , et doîNon dira avec vanHelmont : proptersoeum üterummülierest <2üOD ^STyC'ést par la matrice seule que la femme est, ce qu! elle est ? Quoi^^ue ce viscère re'agisse; sur tout le système féminin d’une manière* bien évidente , et semBle soumettre à son empire la sotome pres<Jue entière, des actions et des affections de la femme, nous pensons qu’il n’est pas -à beaucoup près Ja : cause unique des caractères qui la spécifient , puisque ces caractères sont déjà, reconnaissables dès les premiers temps de la vie, lorsque le systè,|aç: utérin est loin d’être en activité. Üne observation (i) très curieuse , consignée par lè professeur Caillot > dans le second volume des îdémoires de la société de Paris, prouve mieux que tous les raisonnemens qu’on pourrait accumuler j jusqu’à quel point les caractères dii sexe sont indépendans de l’influence de l’utérus, üneiemme naît, croît et s’élève avec toutes les apparences Extérieures de son sexe; arrjLvée à l’age de vingt à vingt un ans^ elle veut obéir au penchant qui l’entraîne ; vains désirs ! efforts superflus ! elle n’avait rien au-delà

(i) On trouve dans les Œuvres de la Métrie, Système d’Épicûre une observation semblable et

non moins intéressante.

34o ‘sur les fonctions de la vulve -d’ailleurs bien conformée. Un petit canal dont l’orifice n’offrait que deux lignes ou deux lignes et demie de diamètre, tenait la place du vagin, et se terminait en cul-dé-sae à un pouce de profondeur. Les perquisitions les plus exactes faites en introduisant une algalie dans la vessie urinaire, et le doigt indicateur dans le rectum , ne purent faire ren conter l’utérus. Le doigt introduit dans l’intestin sentait distinctement la convexité de là sonde placée dans la vessie, dé fflanièreaju’ilfétait; évident qu’aucun organe analogue à Futérùs: ne séparait lé bas-fond de ce viscère de kjlyanoi antérieure du réctum :1a jeune personne n’avait jamais-été sujette à Févacuation périodique î aucune liémorrlïâgie ne suppléait à cette êxcrétionj elle n’éprouvait aucune dés indispositions qu’occasionné la non apparition des règles J elle jouissait âu contraire d’une santé florissante 5 rien ’ ne lui manquait de tous les caractères, dé son sexe, seulement son sein était peu développé. Parvenue a Fagè de vingt-six à yingt-septans , eile est devenue sujelteà des pissemensdesàngassezfréquens(ii).»-

J’ai déjà parlé de l’instinct de là propagation subsistant encoré lorsque les„te^içules ont été

( Vl Nouveaux Éléxnens de Ehysiologie , septième

édition, t. lî, p. 392, § CXCV. ,•

DU CERVEA-U. 34l

enlevés, et lorsque les fonctions de la matrice avaient complètement cessé.

Maladies parlicu^res du cervelet.

J’ai eu occasion d’observer une maladie toute particulière du cervelet.

A Vienne, le comte Philippe H....... âgé de

quarante et quelques années, se plaignait, depuis quelques mois, de douleurs hémorrhoïdales; outre cela il éprouvait des nausées continuelles, une pression très désagréable dans la nuque, et une tendance à tomber en avant comme s’il voyait un précipice à ses pieds. Plusieurs médecins attribuèrent tous ces symptômes aux hémorrhoïdes ; pour moi, j’èn conclus qu’il existait un vice organique dans le cerveau. Quelques mois après, le malade mourut, et nous trouvâmes sur la tente (^tentoi'ium^ une masse charnue de deux pouces de diamètre qui avait comprimé le cervelet. Plus tard, je lus, dans les ouvrages de Hahnemann, la description des mêmes symptômes; à l’autopsie cadavérique on avait trouvé le cervelet en pleine suppuration. A cette époque, je n’avais point encore fait attention à l’influence du cervelet sur l’instinct de la propagation, et sur les parties sexuelles.

Pour compléter les preuves de l’influenee du cervelet sur les parties sexuelles, je vais copier les reclierclies sur les maladiès organiques du cervelet, imprimées ^ns le Journal de P1ijsto~ logie expérimentale et pathologique, par F. Magendie, membre derinstitut,*i822, 2 et3 j par M. B, A. Serres, cbevalier de la Légiond’Honneur, l’un des médecins de l’hôpital de la Pitié, chef des travaux anatomiques des hôpitaux^ etc.

Dans ce mémoire, M. Serres se propose de

fixer l’attention des observateurs, sur les apoplexies cérébelleuses. Gomme toutes ses. observations sont des preuves pathologiques du rapport qui existe entre le cervelet et l’instinct de la propagation, elles doivent faire partie de mon traité sur la fonction animalo du cervelet.

Ohservatioji première.

Un homme âgé de trente-deux ans, fut apporté la nuit à l’Hôtel -Dieu, par la garde nationale de Paris, au mois d^àvril 1814. Ceux qui conduisaient le malade nous apprirent qu’il avait été trouvé sur le quai avec des filles publiques, dont une, présente à sa réception, déclara que c’était dans l’acte du coït, et après avoir considérablement bu, que le malade était tombé dans l’état où nous le voyions,.

BU CERVEAU

La face était extrêmement rouge ^ la clialeur de la tête et du cou très élevée, le pouls était très fort et fréquent, quatre-vingt-dix pulsations par minute. La respiration était entrecoupée et lente, neuf, dix et onze inspirations par minute} la somnolence était profonde, il ne donnait aucun signe de connaissance, et de temps en temps il était pris de mouvemens convulsifs et d’une roideur tétannique qui durait trois ou quatre minutes. En mettant le malade dans son lit, on s^'aperçut qu’il était dans tin état d’érection } les parties génitales étaient dans , un état de chaleur qui contrastait avec le froid des extrémités. On appliqua trente sangsues aux jugulaires, et on fit une large saignée du pied> qui ne produisirent aucun effet : le malade mourût la dixième heure de son entrée à rhôpîtal. La rigidité de la verge avait cessé quatre heures avant la mort.

La première idée qui s’était présentée à nous } à l’aspect de l’érection insolite dont le malade avait été atteint, fut de présumer qu’il avait fait usage de quelque prépai’ation de cantharides, qui, comme chacun sait, produisent ordinairement une irritation considérable sur les parties génitales. Cette opinion nous préoccupait en faisant l’ouverture du cadavre, et elle nous paraissait d’autant plus probable que les partiels

génitales étaient encore extrêmement gonflées, rouges, et que le gland présentait des taclies violettes comme gangréneuses. On fit , dans cette idée, quelques essais sur les liquides contenus dans l’estomac et les intestins, qui ne donnèrent aucun résultat satisfaisant. Nous procédâmes ensuite à l’ouverture du crâne, et l’encépliale étant mis à découvert, tous les élèves présens furent frappés, ainsi que moi, de l’irritation vive dont le cervelet avait spécialement été le siège. Les hémisphères du cerveau ne présentèrent aucune ^ice d’altération organique, les tubercules quadrijumeaux antérieurs étaient très légèrement plilogosés les postérieurs l’étaient à un degré beaucoup plus considérable , la masse médullaire désignée sous le nom de processus cerehelli ad testes était d’un rouge vineux, les feuillets du cervelet qui la recouvrent , et qui parleur jonction forment le processus vermiculaire supérieur, avaient le même aspect, et présentaient trois ou quatre petits foyers semblables à ceux qui sont représentés figure trois, no®. 2, 3, 4? dans- lé noyau des processus cerehelli ad testes se trouvait un foyer plus considérable dont l’étendue aurait pu contenir une balle de fusil d’un calibre ordinaire; lea hémisphères du cervelet étaient très injectés, mais à un degré moindre que le processus vermiculaire supérieur; le noyau des

nu CERVEAU. S45

hémisphères du cervelet elles faisceaux désignés sous le nom de cuisses du même organe conservaient les traces d’une assez grande irritation.

On se doute bien que cette altération organique ne nous frappa pas seulement à cause de son siège; l’opinion de Gall sur les rapports qui lient les organes génitaux au cervelet était trop répandue pour qu’elle ne vînt pas se présenter naturellement à l’esprit, et il nous parut que, dans ce^as, la rigidité delà verge et l’inflammation dont les parties génitales avaient été affectées pendant la courte durée de la maladie, était liée avec l’irritation dont le cervelet avait été le siège. Toutefois un rapport pathologique si extraordinaire ne pouvait être établi d’aprèa un seul fait; avant d’admettre cette opinion il était nécessaire de voir si elle se vérifierait dans des cas analogues. Je consultai dans, ce dessein les observations nombreuses que j’avais recueillies sur les apoplexies, et qui m’ont servi à composer le mémoire que j’ai cité plus haut. Dans le nombre il s’en trouva deux d’individus qui avaient présenté des inflammations cérébelleuses, et qui, pendant la durée de l’apoplexie, avaienteu des érections assez prononcées et des éjaculations abondantes. L’une d’elles m’avait été communiquée par mon confrère le docteur Lafore, alors interne de l’Hôtel-Dieu. Je ne possédais que ces trois cas lorsque je publiai mon

premier travail sur les maladies organi(|ues de rencéphale, et leur singularité même fat la cause principale de la réserve que je mis alors à les faire connaître. De nouveaux feits sont venus confirmer les premières: données , et nonseulement nous pouvons regarder comme positive Texistence des apoplexies cérébelleuses, mais encore noustpouvons espérer pouvoir les distinguer, dans la plupart des cas, de celles qui affectent les autres parties de l’encéphale.

Deuxième observation.

Thomas Marie-Anne, journalier, âgé de 55 ans, d’un tempérament sanguin, fort, très adonné aux plaisirs vénériens, passa au cabaret une partie delà journée d.u ig avril 1818. Dans la nuit, somnolence, pesanteur, agitations momentanées, perte de connaissance, le malade ne répondait pas aux questions qui lui étaient faites, érection une partie de la nuit.

Il entra à l’hôpital le 20 avril au matin, et offrit les symptômes suivans ; Face rouge et tuméfiéey stupeur légère dont il était retiréquand on l’excitait, respiration courte, suspîrieuse par intervalles, treize, quatorze inspirations par minute ; pouls plein, fort, fréquent, quatre-vingts pulsations par minute j hémiplégie du côté gauche du corps, principalement à la jambe; agitation

DIT CEEVEAU. 34’7

Spasmodique du côté droit (saignée de la veine jugulaire droite;, lavement purgatif, orge, arnica, pour boisson,* potion antispasmodique).

Retour à la connaissance après la saignée, le malade paraît surpris de se trouver à Fhôpital. Le soir, paroxisme très for^ face très injectée,, gonflée, chaleur considérable au cou, respiration lenté, onze, douze inspirations par minutej pouls dur, plus fréquent que le matin, quatre-vingtcinq, quatre-vingt-onze, quatre-vingt-quatorze pulsations par minute: somnolence profonde, insensibilité à tous les genres d’excitation , satyriasis très violent, tuméfaction et rougeur des bourses, immobilité du côté gauche, mouvement convulsif à droite; éjaculation abondante à la fin du paroxisme. Saignée, sinapisme aux jambes; meme état après la saignée, râle pendant la nuit : le malin du 21, face violette^ gonflée, lèvres et nez froids, respiration très rare, très courte , pouls petit, irrégulier, très fréquent, distorsion de la bouche, tuméfaction et rougeur vive des parties génitales, éjaculation abondante, mort à neuf heures.

Ouverture du cadavre. ^

En enlevant la voûte du crâne, il s’écoula une certaine quantité d’un sang noir. Tous les sinus

de la dure-mère, ainsi que le confluent du sinus,

. étaient remplis de caillots noirs ; les vaisseaux, de la pie-mère étaient gonflés dans toute son étendue; la substance du cerveau ne présentait rien de particulier, mais le cervelet était plus rouge que dans l’état naturel. Lorsqu’on eut incisé une partie de l’appendice vermiculaire supérieur, l’action de l’air lui donna promptement line couleur rouge vif, touto la substance blanche de cette partie avait changé de couleur, on eût dit qu’elle avait macéré dans le sang. Plongée dans l’eau, elle se décolora, mais ne revint jamais à sa coloration naturelle. Quelques parties du noyau des processus paraissaient corrodées, mais il n’y avait pas dé foyer distinct. Le processus était divisé d’avant en arrière; nous aperçûmes un sang noir, épais , renfermé dans le quatrième ventricule : ce liquide avait pénétré en avant dans la scissure de Sylvius; en arrière, dans le calamus scriptorius.

En plongeant le cervelet dans l’eau, nous observâmes que ce ^ang provenait d’un foyer situé dans la partie centrale de l’hémisphère droit du cervelet; sa largeur était transversalement de deux centimètres et un millimètre ; et d’avant en arrière, d’un centimètre trois millimètres; de haut en bas , il pouvait avoir un centimètre trois ou quatre millimètres; ses bords étaient frangés

DU CERVEAU. 34g

inégaux , surtout au côté externe j ü occupait le centre de la masse grise qui se rencontre au milieu de l’hémisphère du cervelet j toute la substance blanche était injectée d’autant qu’on se rapprochait davantage des parois du foyer j la coloration formait des espèces de zones concentriques au foyer ; la protubérance annulaire vers la naissance de la cinquième paire était phlogosée , ainsi que l’éminence olivaire et le commencement de la moelle épinière; les poumons étaient gorgés de saiig, ainsi que les cavités droites du cœur et les veines caves ascendante et descendante; ces organes ne présentaient d’ailleurs aucune altération organique; le canal intestinal n offrit rien de particulier.

Observation troisième , rédigée par M. Mance , ex-élève interne de deuxième classe à la Pitié, et prosecteur à V amphithéâtre des hôpitaux, :

( Nicolas ), âgé de 46 ans, fut apporté à l’hôpital le 17 mai 1818. On ne put avoir aucun renseignement sur son état antécédent; à la vérité il nous présenta tous les symptômes des apoplexies cérébrales violentes. La respiration surtout était profondément altérée, et offrait en outre de particulier des moUve-

mens spasmodiques généraux j presque consul*» sifs, et par intervalles. Un symptôme sur lequel M. Serres fixa notre attention , c’est que la somnolence persistait pendant la durée decesmouvemens. (Saignée au bras , vingt sangsues aux 3 uguîaires ^ à midi , lavement purgatif ^ limonade végétale, potion antispasmodique.) Rémission <;onsidérable des symptômes après les sangsues.

Le soir à sept heures , paroxisme très violent,- respiration très courte, inégale, rare 5 pouls fort, dur, très fréquent j érection , tension et gonflement des parties génitales, éjaculation de sperme abondante pendant la nuit, et, à ce qu’il parait, à la chute du paroxisme.

Le lendemain 18 , les symptômes apoplectiques étaient plus intenses que la veille. Nous limes part à M. Serres du satyriasis que nous avions observé, et, sur ce symptôme, ce praticien nous dit qu’il était probable que le cervelet était le foyer principal de la maladie^ les mouvemens spasmodiques avaient cessé, il ne restait qu’un trismus léger des mâchoires; la respiration était toujours courte, inégalé; le pouls vif, fréquent, intermittent, chaque sept ou huit pulsations. La somnolence était profonde, la pupille resserrée et peu mobile par le passage alternatif de l’obscurité à la lumière ; les membres étaient tendus, roides; on éprouvait à les fléchir une grande ré-

sistance : l’insensibilité devint générale. Le satyriasis n’existait plus, quoique les parties génitales, le pénis et les bourses fassent très rouges, gonflés et d’une température fort élevée. ( Sinapismes aux pieds, vingt sangsues aux jugulaires, potion antispasmodique. ) Le soir, les mouvemens convulsifs reparurent , le satyriasis fut très violent, le râle survint à six heures , et le malade succomba à onze.

Ouverture. — - L’ouverture du cadavre fut faite a la leçon d’anatomie. La tête était violette, principalement les oreilles j la chaleur était conservée vingt-sept heures après la mort ; les membres étaient rigides et dans l’extension^ les parties génitales gonflées , quelques taches brunes se remarquaient sur les bourses. M. Serres rappela à cette occasion un cas semblable qui s’était présenté à l’amphithéâtre quelque temps auparavant. Un cadavre apporté de l’hospice de Bicêtre nous avait frappés àla distribution des sujets, à cause du gonflement énorme du pénis. M. Serres l’ayant fait apporter à son cours, nous dit que d’après le rapport qu’il avait observé entre l’irrita lion des parties génitales et celle du cervelet, il était vraisemblable qu’on en rencontrerait des tracés sur ce dernier organe. L’examen de l’encéphale avait confirmé ce pronostic, et avait été l’occasion d’une longue discussion entre

352 SUR £es fonctions

M. Serres etM. Lallement, actuellement professeur à la Faculté de médecine de Montpellier. En rappelant celte circonstance , M. Serres nous fit observer que le cas présent offrait une occasion ti4s importaiite dé vérifier ce fait^ d’autant plus que la connâissaince de l’bistoiré de la maladie ne permettait pas de mettre en doute 1^ coïncidence d’une affection aiguë de l’encéphale et d’une vive irritation des parties génitales. Le crâne ouvert , l’attention se porta aussitôt sur le cervelet, dont le volume était plus considérable ^u’il ne l’est, ord-inairement. La pie-mère et l’araclinoïde enlevées, cet organe nous parut d’une rougeur très, vive; quelques gouttes de sang étaient épanchées entre les sillons de sa face supérieure. Incisé à. quatre lignes environ de sa profondeur, toute la substance médullaire était d’un rouge vif. On mit à découvert trois petits foyers creusés dans l’épaisseur meme de l’organe. Le premier, situé en arriére, à quelques lignes du processus vermiculâire supérieur, était inégal, avait son plus grand diamètre transversal, et renfermait dé petits grumeaux de sang. Le second, plus antérieur, se rapprochait davantage de la ligne médiane, et avait une étendue double du précédent ; il était aussi inégal , plus étendu d’avant en arrière que transversalement, et était rempli par un caillot de sang. Le troi-

DU CERVEAtr.

sième était situé à la partie antérieure et supérieure du cervelet. En outre ^ toute la substance du processus vermiculaire supérieur offrait, par intervalles, de petites déchirures, qu’on pouvait regarder comme le rudiment de plusieurs petits foyers; les tubercules quadrijumeaux, surtout les postérieurs, étaient plilogosés , ainsi que le gros faisceau désigné sous le nom de processus çerebelU ad testes.

Les poumons, ainsi que les cavités droites du cœur, étaient gorgés d’un sang noir et coagulé. M. le docteur Edwards et M. le docteur Lisfranc, furent présens à cette ouverture.

Observation recueillie par M-, Dubois, élève in‘ terne de première classe a Vhôpital de là Pitié.

Le nomme Gambar, âgé de 5ü ans , profession d’écrivain public , fut apporté à l’hôpital de la Pitié le 5 mars 1819. Il y arriva avec une perte complète de connaissance et insensibilité de la peau. La face était très rouge et injectée. La mort ne se fit pas attendre.

La peau était froide aux extrémités, et couverte d’une sueur visqueusè ; la déglutition était difficile, bruyante et laborieuse; le pouls fort, développé, plein; les yeux étaient rouges, injec- III. 23

354 roîîpTiONS

lés comme le reste de la face. Il y avait une résolution complète des membres soulevés , ils retombaient de leur propre poids ; on pinçait la peau sans exciter do douleur : il y eut quelques déjections involontaires. Les membres du côté gaùcbe opposés à la paralysie étaient Contractés j l’avant-bras, fortement fléchi, ne s’étendait qu’avec peine; le côté gauche de la face était pris de contractions spasmodiques , semblables à celles que rélectricité détermine dans les membres d’un animal récemment mort. Le pénis était dans un état constant de turgescence, et, dans certains momens, dans une érection complète. On remarquait sur la surface du gland quelques taches violettes qui semblaient faire craindre la gangrène. Les infirmiers nous dirent que le ma-^ lade était toujours resté couché sur le dos , la tête fortement renversée en arrière.

L’ouverture fut faite par M. Serres luimême, à son cours d’anatomie. Il avait annoncé une lésion du cervelet, à cause de l’affection des parties génitales. On a trouvé dans le cerveau un épanchement dans répaisseur du corps strié du côté gauche, ou hémisphère, gauche. L’épanchement avait au moins trôis pouces de longueur et un pouce de large. Le sang était nouvellement épanché et en caillot rougeâtre un peu foncé; un sang plus liquide était à la sur-

Dtr CERVEAU.

face; la portion du cerveau qui formait les parois de la poche où le sang était contenu, était diffluente à cause de sa macération dans le sang : la portion au-dessous était injectée de sang. On vit au dessus et sur les côtés plusieurs taches jaunâtres, dures j véritables cicatrices du cerveau. Celui-ci du reste était très injecté. Le cervelet , et surtout le processus 'uermicularis supérieur^ offraient de petits épanchemens nombreux de la grosseur d’un grain de chenevis; mais en arrière de l’hémisphère droit du cnrvelet, on vit un caillot de sang de la grosseur d’une balle de fusil. Tout le reste présentait à-peü-près la même organisation que l’on rencontre dans les épanchemens du cerveau. ^

M. Serres déduisit cette conséquence : que le priapisme avait été produit par la lésion du cervelet, qui a un rapport connu avec les organes génitaux, comme l’établit en effet M. Gall; et il pense que si ces lésions n’ont pas encore été observées, c’est faute d’attention de la part des médecins.

Suite des recherches sur les maladies organi-^ cfues du cervelet , par M . f médecin de

l’hôpital delà Pitié , etc.

Le préGedent article nous a fait connaître le rapport pathologique qui existe entré le cervelet et les organes génitaux chez l’homme. La connaissance de ce rapport nous a été fournie par l’examen des malades pendant la vie, et des altérations organiques après' la mort. Remonter des symptômes au siège des maladies, établir leurs rapports avec les altérations organiques que nous présente le cadavre , telle est la marche que .me p araissent devoir suivre les véritables observateurs en médecine, pour élever cette science au degré de certitude qu’elle peut atteindre.

Chacun sait que les maladies de l’encéphale sont celles qui offrent le moins de probabilité pour la certitude du diagnostique; on a vu néanmoiijs que non-seulement nous avons précisé pendant la vie le siégé des apoplexies cérébelleuses, mais que Fouverture des cadavres a répondu à notre attente, en justifiant notre prévision.’ Ne v^oulant exercer aucune influence sur l’esprit des praticiens, j’ai laissé parler les élèves qui avaient recueilli les observations à ma clinique; je n’ai rien ajouté à leurs réflexions, je n’en

ai rien retranché j je vais en agir de meme à Tégard d’une observation nouvelle; qui m’est communiquée par SI. le docteur Falret, ^éjà connu dans la science par ses intéressantes recherches sur la mélancolie suicide.

Observation recueitlie par le docteur Falret,

a Je viens de lire avec le plus grand intérêt votre premier mémoire sur les apoplexies céréi^ belleusés j inséré dans le; journal de M. Mageiî"” die. J’ai beaucoup regretté de ne pas y . trouver robservation d’un apoplectique que j’aâéu occasion d’observer dans votre division, *, à rbôpilal delà Pitié. ' r

» En 1830, dans, un article sur l’Annuaire médico-chirurgical des bôpilaux , qui, par des circonstances indépendantes de ma • valonté , n’a pas été imprimé, je rendais hommage à la précision de votre- diagnostique dans les maladies organiques de l’enOéphale. Je rapportais à celte occasion l’entretien que nous eûmes dans une des salles de votre division, au sujet, d’un apo= plectique âgé d’énviron cinquaoler. ans,; entré dé la veille dans rhôpital. - i

» Pourriez-vous déterminer j me dîtes-vous-, le siège positif que doit occuper l’épancbement chez ce malade? Non, répondisqe; et il aurait.

358 SUR LES FO NC T tO NS

ce me semble, delà témérité à pronôncei^ d’une manière affirmative. Eh bien ! reprîtes-vous ^ je suis ce médecin téméraire^ Je pensé que l’épanchement est dans le cervelet, j’en ai pour garant l’érecüon du pénis, symptôme qui en effet avait beaucoup fixé votre attention et la mienne. Cette preuve ne me parut pas d’abord sans réplique j mais comme vous annonçâtes en même temps què le malade n’avait pas plus de trente^six beures à vivre, malgré tous les secours de la médecine, j’attendis l’examen du cadavre avec impatiencë, et, à; mon 'grand étonnement, je vis votrediagnostique parfaitement justifié.

» Je ne rapporterai pas ici tous les symptômes apoplectiques que présentait ce malade j ils étaient les mêmes que ceux des apoplexies cérébrales, mais de plus le pénis était gonflé, tendu , rouge , en un mot dans l’état d’érection. Voici en abrégé ce que nous trouvâmes â l’ouverture du cadavre : - ,

» Développement considérable dés parties génitales, taciies brunes sur le gland et sur les bourses, membres rigides et dans l’extension. Les tégumens du crâne n’offrirent rien de remarquable. Les sinus étaient gorgés de sang; trois onces environ de ce liquide s’écoulèrent à l’ouverture dé la tête. Les vaisseaux de la picmère étaient gonflés J la substance grise du cer-

veau était rougeâtre , injectée; mais on ne reconnut dans cet organe aucune trace d’épanchement ancien ou récent. Il n’en fut pas de mérne pour le cervelet; indépçndaminent. de rinjection de cet organe, nous: remarquâmes dans la partie centrale du processus yermioulaire supérieur un large foyer s’étendant à droite et à gauche vers les hémisphères du cervelet ; un caillot sanguin le remplissait. Les processus cerebelli f^d testes étaient très rougès; le quatrième ventricule contenait du sang; Les poumons étaient gorges de sang; les organes de l’abdonién u’offrirent riêii de remarquable» » ^ „

Quoique cés observations soient en Quelque sorte la répétition les unes des autres , qu’elles contiennent toute là confirmation du meme rapport entre l’irritation aiguë du cervelet et celle des parties génitales, j’en rapportèrai encoré quelques autres que \j’ai recueillies moi-metne , persuadé qu’on ne saurait trop accumuler les faits particuliers , quand il s’agit de constater l’existence d’unè maladie inaperçue ét aussi grave. ' ‘ ■ . - „ \

SUR LES FONCTIOl^S

Apoplexie cérébélletise.

Jean -Baptistè -François Girardin, âgé de quarante-deux ans, poïier dé tèrrè*, d’uné constitution très robustèj ayant le cou très court, très large , la face très développée, grand mangeur et grand buveur, tt'ès adonné aux femmes , était habituellement sujet à mï flux hémorroïdal qui s’était supprimé depuis quelques mois. Le mois de janvier i8 1 9 , ce malade avait contracté une blennorrhagie pendant le cours de laquelle il avait eu des érections vives qui avaient nécessité remploi des sangsues au périnée, et l’usage des bains de siège. Il était à peine guéri, qu’il revint à ses anciennes habitudes. Il avait passé la nuit du 18 au 19 janvier dans un mauvais lieu; et s’étant mis dans un accès de colère violent sur les représentations qui lui avaient été faites sur sa conduite, il avait disparu dé chez lui dans la matinée du 19. On l’apporta le soir sans con-^ naissance , la face tuméfiée et rouge , ses habits couverts d’alimens et de vin qu’il avait régurgité?. On essaya de faire vomir le malade par l’emploi de ripécacuanha, mais on n’y réussit point. On apporta le malade dans ma division, le 20 mars au matin. Après m’avoir fait le récit que je viens d’exposer, sa femme me prit en particulier , ^

DÜ CERVEAU. 36l

me confia que pendant toute la nuit il avait été en érection, et qu’elle présumait qu’il avait contracte une' nouvelle maladie vénérienne.

J’examinai aussitôt les parties graitales , et je Irôuvar en efFet que le pénis était encore tuméfié, rouge. En examinant la chemise qu'oii venait de lui Oter , nous remarquâmes qu’il y avait eu dans la nuit une éjaculation abondante. Le malade était en outré dans la stupeur j la face était vineuse et gonfléë ; le cou était tuméfié^ la main, appliquée sur la région occipitale , donnait la sensation d’une chaleur brûlante j la respiration était courte , lente f chaque deux ou trois minutes il y avait une inspiration, très longue^ le pouls était fort, plein, dur et fréquent^ l’^iil était injecté, la pupille contractée, les membres supérieurs et inférieurs excités^ le malade les retirait et paraissait avoir le sentiment de la douleur.

Je fis pratiquer une saignée copieuse à la veine jugulaire, j’employai les révulsifs sür les membres inférieurs , et je fis appliquer des compresses trempées dans de l’eau à la glace surles parties génitales; je fis prendre intérieurement la limonade citronnée en grande quantité, et a près la saignée, je fis appliquer vingt sangsues aux vaisseaux bémorroïdaux.

La respiration devint plus libre après la saignée et l’application des sangsues; le pouls se rà-

362 SUR UES rONCTIONS

lenlit j il j avait neuf, dix et douze pulsations de moins par minute. Les parties génitales étaient néanmoins toujours gonflées, rouges, mais Térection du pénis ne reparaissait pas. La stupeur était diminuée , le malade parut même avoir repris sa connaissance.

Le soir , un paroxisme violent s^’étant manifesté, on fit demander le chirurgien de ^arde , qui observa l’érection. du pénis, et crut remarquer que le malade j portait la main. Il appliqua sur le membre viriLdé la glace pilée j l’érection parut calmée pour quelque temps j mais dans la nuit elle survint avec une nouvelle intensité. La respiration devint très difficile j le bruit que son ronflement occasionnait fatigua beaucoup les malades' qui l’avoisinaient j il passa la nuit dans cet état. t

Le 21 au matin l’érection avait cessé , la res 7 piration était courte, le poumon semblait ne se dilater que partiellement^ le pouls était vif, précipité ; la face était livide et froide; les extrémités étaient au-dessous de leur température ordinaire; rœil était terne, la pupille dilatée et immobile quand on frictionnait le globe de l’œil et qu’on ouvrait et fermait alternativement les paupières. Le- malade paraissait paralysé, du côté droit, tout annonçait une mort prochaine ; le malade succomba en effet cinq heures après la visite.

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