X5 CE K VE ATT
- Ouverture du cadavre. '
tes. tégumeas du crâne étant enlevés^ nous remarquâmes - que la protubérance occipitale externe portait une saillie très considérable; nous fumés également frappés de la brièveté du cou ét du volùme des couches musculaires de cette partie.^ té crâne ouvert, les sinus étaient gorgés dé sahgV notamment le torcular Herophili.hes vaisseaux dé Jà pie-mère étaien-t très injectés sur le cerveau et le cervelet; le plexus choroïde renfermait quelques petits kistes aqueux , qu’on désigne sous \è nom à! hydatides. Âpres avoir mis à nu le cervelet, nous aperçûmes la substance corrodée dans la partie antérieure du cervelet; sur les bords de cette déchirure, il y avait quelques grumeaux sanguins qui indiquaient la présence d’un foyer Creusé dans cette partie; en efïét, en portant le doigt dans cette déchirure, nous pénétrâmes dans une caverne étendue à droite , de quatre lignes environ , vers la partie moyenne de riiémisphère du même côté; à gauche, le foyer peu profond s’était étendu plus ayant dans le centre de l’hémisphère; intérieurement, le foyer avait été boi"né par lé lobule tonsiiiaire qui servait de plancher au foyer ; de cette manière, il n’avait pas
pénétré dans rintérieur du quatrième ventricule.
La substance bl£tnche du cervelet était irritée et rouge tout au pourtour du foyer,' il y avait même quelques traînées de capiliaires remplis dejsang, qui lui donnaient un aspect marbré.
Les poumons étaient gorgés de sang, ainsi que les cavités droites du cœurj la veine cave ascenr dante, les veines jugulaires internes et externes, et tous les sinus cérébraux , comme nous l’avons déjà remarqué , étaientipleins de sang.
L’estomac et le commencement des intestins grêles étaient pblogosés; quèlques ganglions mésentériques étaient engorgés çà et là. La Vessie était remplie d’urine.Les organes génitaux tuméliés offraient quelques tacbes livides vers la partie moyenne du scrotum j le tissu lamineux des corps caverneux du canal de rurètre et du gland était gorgé de sang.
Le cervelet avait un volume plus considérable que dans l’état normal^ les artères vertébrales étaient d’un calibre plus grand que dans l’état ordinaire. Cette augmentation de calibre était partagée par toutes les artères cérébelleuses. On peut même présumer que l’accroissement relatif du cervelet provenait de cette dilatation de son système artériel.
DU cerveau.
poplexie ceréheîleuse sans érection du pénis»
Après des observations si précisés, j’étais presque en droit de conclure que le symptôme pathognomonique des apoplexies cérébelleuses était rérection du pénis pendant la durée de la maladie. Je me suis en effet adressé celle question : toute apoplexie cérébêlleuse est-elle accompagnée d’érection insolite? On devait le déduire des faits qui précèdent; l’observation suivante va nous montrer une excéption , dépendante peutêtre du lieu qu’occupait le foyer dans la profondeur du cervelet.
Jean -Charles Montagnon, blanchisseur, âgé de cinquante ans, mélancolique depuis sa première jeunesse , avait été sujet, dés l’âge de quarante ans, à des lournoiemèns de tête très incommodes , pour lesquels on lui appliqua un cautère au bras gauche. Il contracta également l’habitude de se faire pratiquer une saignée chaque deux mois, pour remplacer pn flux hémorroïdaire qu’il avait eu de trente à quarante ans. Ges précautions et un régime assez régulier le firent jouir d’une santé assez bonne jusqu’au 12 août 1821. Ge jour il s’échauffa beaucoup dans une marche forcée et sé coucha au soleil , où il dormit environ deux heures. En s’éveillant, il se
36G ^ SUR -LES foîîctions
seolit engourdi; la jambe droite lui parut si lourde, qu’il lui semblait , dit-il’en rentrant à ses fils, qu’elle était de plomb. Il fut triste toute la soirée , mangea et but très peu , et se mit au lit , assiégé par les idées les plus sinistres.
Pendant la nuit, le malade s’étant levé pour satisfaire quelques besoins, fut pris d’un étourdissement violent, ^uivi de cliule dans laquelle la partie antérieure de la tété heurta l’angle d’une commode qui avoisinait son lit. On le releva sans connaissance. Il était dans une stupeur et une insensibilité profondes. On lui fit avaler de l’eau de mélisse mélée à une infusion de tilleul, qui provoquèrent un vomissement abondant de matières verdâtres.
Après avoir vomi, il se trouva pdus accablé, ditqu’il était perdu, et retomba dans la stupeur <lont le vomissement l’avait retiré momentanément. Le médecin qui fut appelé dans la matinée du t3 , fit pratiquer une saignée du bras qui re produisit aucun changement à son état. On se décida alors à le conduire dans un hôpital. Il entra à la Pitié le i3 , à deux heures del’aprèsmidf. ,
L’élève de garde qui fut demandé le trouva dans l’état suivant : face très rouge, abattue 5 respiration très lente; le malade avait été menacé de suiBPocation dans la voilure qui l’avait
DU CERVEAU. ^ 36j
amenée pouls dur /fort et frequent; intermittence eîiaque trois et quatre pulsations; paralysie dû côté droit; mou\^êmeDt léger dans le bras quand oh l’excitait; immobilité et rigidité de la jambe; langue jaune; œil fixe, pupille resserrée et très sensible à l’action de la lumière. On appliqua des sinapismes aux cuisses, on administra l’eau de veau émé lis ée, qu’on fit avaler difficilement, à cause de la contraction des muscles des mâcboiréa. Potion antispasmodique.
Je vis le malade dans la soirée , il était agonisant, pâle, les lèvres violettes, la face tout-àfait décomposée, la respiration vive, entrecoupée; on n’avait pu lui faire avaler sa potion. Il mourut dans la nuit , après avoir eu quelques mouvemens convulsifs des muscles delà faoe.
Ouverture du cadavre.
Sur le rapport qui m’avait été fait par l’élè%"e"' de gardé qui avait vu le malade, je crus qu’il avait succombé à une apoplexie cérébrale, et que nous allions rencontrer le foyer apoplectique dans l’hémisphère gauche du cerveau, la paralysie ayant été du côté droit. Je portai en conséquence toute mon attention sur cette partie de l’encéphale; mais l’ayant trouvée intacte, je continuai mes recherches avec tout l’intérêt que
368 SUR UES FOÎÎCTIONS
pouvait inspirer une paralysie bien constatée coïncidant avec uiie intégrilé parfaite des liémisplières cérébraux. Je fis enlever avec soin le cervelet /quoique je n’eusse aucun spupçon que cet organe pouvait avoir été le siégé de là maladie; mais en le renversant et lè retirant du crâne, le doigt de l’élève interne qui faisait l’ouverture pénétra dans une caverne située à la base de l’iiémispiière gauche de cet organe. Ce foj^er contenait environ demi-once de sang; les bords en étaient inégaux , mais le cervelet n’avait pas été déchiré en totalité, car il n’y avait pas de sang épanché dans les cavités occipitales du crâne. Il s’étendait Un peu en dehors et en arrière, vers le lobule mince de MaLacarne. Intérieurement ilne s’était pas étendu dans le quatrième ventricule,- quoique son extrémité se dirigeât vers la partie externe du corps rhomboïdal ( corps strié du cervelet ). La matière, qui l’environnait était pblogosée à une ou deux lignes d’étendué seulement. Du reste, la substance cérébelleuse n’était pas enflammée , quoique les vaisseaux de la pie-mère fussent plus distendus que dans l’état ordinaire. ;
Les pçumons et les cavités droites du cœur étaient gorgés de sang noir, épais et coagulé.
Quoique cette observation ne coïncide pas avec les précédentes , elle mérite la plus grande
DU CERVEAlTi. S(jg
attenlion t je fis prendre des renseignemens auprès des pai-èns^ pour savoir si rérêclion s^’è'tâit manifestée lors de i’invasion. La réponse fol négative. On ajputa inéme que le inaladë àvail foui-' jours mené une vie régulière. Pendant soi! séjour à l’hôpital / on n'avait aperçu auéun -isigfié de gonflement ou d-éreciion dnpénis. Il ës'talors
à présumer :qtïé êe ;isymptôine^ë:|’était pas ma* nifesté chez ce malade. .Eestë’à savoir maintenant si l’absence de l’éreclmp jdèlltdnsié^^difierent qu’occupait le foyer dans le cervelet. Je îêi pense, mais ce n’est qu’après de nouvelles oh* servations qu’ôn ,p)ourra lèt conclure àveC\èerti* tude. Pour le moment, nous devons nous borner à appeler sûr ce point l’a ttentioti deS praticiens.
J pop lëxie cérébelleuse ayuni son Mégéiàtms lé " lobule
Parmi le graftd-ncjmbrë dd cerveaux de l’homme que j’ai anatomises pour mon grand ouvrage sur l’ânatoinie .çamperative de l’ëneé* phale , on a rencontré un très grand nombre de lésions organiques anciennes: ou rédentes : l’une d’elles était située dans le lobule tonsillaire du cervelet 5 le cadavre avait été apporté dé l’hospice Saint- Antoine à l’amp hitbéatre des hôpitaux, et était fort vigoureux j je u!âi pu avoir au*
lil. M
3^0. StJE LES FONCTIONS
cun renseignement sur sa maladie j je le regrette d^auîant plus que j’ai constaté que l’iiomme seul possède ce lobule - qué chez les singes , les phoques et les cétacés, dont l’encéphale se rapproche le plus de l’homme, on ne rencontre dans leur cervelet aucune partie qui lui ressemble. Sur ce cadavre. Ce lobule avait été détruit presque en to* talité par le foyer , et le sang s^était épanché dans le quati:ièm0 i i^êntricule- Les- parties génitales étaient très ^éseloippéés, niais sans gonflement paihologique» ::
;T- ■■'èïï.. .
" Apoplexies- eéréhÆeuse chez la femme, -
Il est inutile de’âiré quele symptôme tiré de l’érection du pénis n’est applicable qu’à l’homme. ï^dmîïîneiétaQt exposée comme lui à cette cruelle maladie, jon doit donc chercher à la reconnaître sur- d%utres indices; peut-être en Irouvera-t^on dans le cliroricisiïïë , dans la tendance à:]aiiBymphomaniê. üâè seule de mes observations peuimêltfe^igur voie à-cé sujet.
MaFie-Jëaniîe-rJOséphine Duboürg, âgée dë trente- trois ans y couturière , fut livrée dé bonne heure aux éxcès vénériens. Ellé ne fut réglée
DU CERVEAU. Syî
qu’à vingt ans , quoiqu’elle se fut livrée dans une maison de débauciie à tous les excès du coït^, et péut-être même à cause de ces excès. Jusqu’à tteiite ans , de son propre aveu, elle avait été fatiguée, mais jamais ràssââiée des plaisirs vénériens, et malgré les efforts dé ses' paf ens pour la retirer de la vie scandaleuse qu’elle rnénait , elle y était, disàil-eile, irrésistiblement entraînée. Cet état dura’ jusqu’à l’âge de vingt-iieüf ans * à celle époque, la cohabitation de l’iiommè né pouvant assouvir sés désirs , elle se livra avec fureur aux' excès de la mâsturBatibp ^ 'ét tomba dans un assoupiskëmeUt habituel à là' suite de ces excès , aSséüpisSemént qii’oii' attribua aux boissons spirituëusés ‘ dont' eîlè abusait également. ' ’ ; ■ . ^ ;
Honteuse de cet étàt, elle Se souihit a' un trai? tément assez’ violent f oh’ brûla le clitoris dans rëspérance dé faire cesser ses fureurs ' érotiques', qu’on regarda comme la cause d’une phtisie pulnionaire qui inquiétait la malade; Elle sortit de rilotel-Diea'SanS avoir éprouvé le soulagement qu’elle attendait, et reprit ses anciennes habitudes. .
Elle éprouva en outre des roaux de tête très intenses, et devint tout-a-fait imhécillè à hâgé dé trente-deux ans ; elle mourut à la Pitié, où elle était entrée pour aller à rhospicc de la Sal-
Z’J'l SÜR LES FONCTIONS
pétrière. Elle succomba à une pblisie pulmonaire.,
À l’ouverture du cadavre nous rencontrâmes une induration de Tappeudice vermiculaire supérieur et inférieur J en quelques endroits il existait de petites ulcérations qui auraient renfermé Un pois à cautère ordinaire. Les bords étaient durs, jaunâtres, le fond était tapissé par une membrane épaisse ; il y avait dans la petite cavité une sérosité jaunâtre; en outre, sur le devant de l’appendice vermiculaire supérieur, toute la partie du cervelet était ramollie, et d’un jaune blanc; la substance cérébelleuse était dégénérée au point où elle se trouve chez l’embryon humain du deuxième mois et du commencement du troisième. Tout au pourtour des appendices vermiculaires, le cervelet était phlogoséet plus dur que dans l’état ordinaire. Les artères cérébelleuses étaient plus développées qu’elles ne le sont ordinairement.
J’avais fait injecter le cadavre pour bien examiner ces dernières artères; je portai également mon attention sur celles du bassin, et nous trouvâmes toutes les divisions de l’artère hypogastrique accrues de volume; les utérines , les vaginales , les vésicales , les hémorroïdales , étaient prodigieusement dilatées. Existaitil un rapport entre ces développemens des
DU CERVEAU. SyS
artères du bassin et la nymphomanie? je le penser eJt je fonde cette assertion sur l’inspection anatomique de ces memes artères chez les phtisiques. Chacun sait que les phtisiques sont enclins au coït et à la masturbation d’une manière désordonnée ; sur environ soixante cadavres que j’ai examinés dans cette intention, j’ai constamment trouvé les divisions de l’artère hy-* pogastrique très augmentées dans leur calibre. Que cette dilatation du système artériel soit effet ou cause , l’obsèrvatîon ne m’en paraît pas moins essentielle à constater. J'ai aussi remarqué le cervelet, mais je ri’ai rien trouvé de remarquable ni dans son volume ni dans son poids.
Cérébellite chronique , observée chez un singe.
Je dois à la bienveillance de MM. les professeurs du Jardin du Roi, l’avantage d’avoir pu examiner l’encéphale d’un grand nombre d'espèces de mammifères que je n’aurais pu me procurer par mes correspondances particulières. Sur un singe mort en novembre 1821 , j’ai rencontré la partie médiane du processus vermicu- , laire supérieur, et la partie interne de l’hémisphère droit du meme organe , ramollies ,* jaunes, dans une espèce de bouillie.
Ce singe ( le pa^îion ) était mort d’une phlisie
SUR LES EONCTIONS
pulmonaire. Il n’avait point eu de paralysie, mais depuis plusieurs mois il était triste, laciturné et sans appétit.
Apoplexie cérébelleuse chez la femme; observation communiquée par le D '. Falret.
Marie-Jeanne Renouville, âgée de cinquantetrois ans , d’un tempérament sanguin , d’une petite structure, née d’un père qui a succombé à une attaque d’apoplexie , avait toujours joui d’une bonne santé. Le 2 septembre i8iy, Renouville fut trouvée morte dans son lit. Rien la veille n’avait pu faire pressentir sa fin prochaine. L’ouverture du cadavre fut faite vingt-quatre heures après la mort. On trouva dans le crâne un épanchement énorme de sang, qui paraissait avoir commencé dans le quatrième ventricule, et avait déchiré le cervelet, au point qu’il formait une cavité dont les parois n^avaient que trois lignes d’épaisseur , et qui était remplie par un caillot de sang du volume d’un œuf de poule. Le coeur était très volumineux, le ventricule gauche avait plus d’un pouce d’épaisseur; il y avait quelques ossifications aux valvules arlériques.
Les autres viscères paraissaient dans un état sain. »
DU CERV EAU.
Cabanis a connu trois hommes qui, dans la force de l’âge , étaient devenus tout-à-coup impuissans. Quoiqu'ils se portassent bien d’ailleurs, leur humeur devint sombre et chagrine , et leur esprit parut bientôt s’affaiblir de jour en jour. Il est très probable que l’impuissance des parties de la génération a été précédée par la maladie; du cerveau, particulièrement et primitivement du cervelet.
' Conclusion.
Le grand nombre des faits physiologiques et pathologiqu es puisés dans l’homme et dans les animaux, ne prouvent pas seulement que le cervelet estFo'rgane de l’instinct vénérien, mais ils servent encore -à expliquer les phénomènes suivans :
1». Gomment des irritans appliqués dans la nuque , tels que des vésicatoires, des sétons , des frictions faites avec des substances volatiles et spiritueuses , produisent souvent une violente irritation dans les parties génitales, provoquent l’écoulement menstruel, lorsqu’il a été supprimé, remédient aux accidens causés par leur suppression, et guérissent l’impuissance provenant de causes débilitantes , bien mieux que tous les moyens que l’on a coutume de faire agir sur les parties sexuelles.
SUR UES fonctions
a®. Pourquoi, au contraire^ des ventouses, des sangsues , dés lotions et des embrocations froides, —faites dans la nuque^ guérissent souvent la rnanie érotique , surtout lor^qu’’elle est née brusquement , et deviennent d^exçellens nfoyens contre le priapisme, le satyriasis , la nyrnpbomânie et les pollutions nocturnes , supposé cependant que ces dernières ne soient pas une suite de l’épuisemçnt,
3®. Pourquoi les pendus ont de violentes érections , et d’abondantes émissions de liqueur . séminale (i). S’il est vrai que les memes symptômes se manifestent dans la rage, de fréquentes saignées-, etc., dans la nuque, produiraient, peut-être d’beureux effets dans cette maladie.
4''. Pourquoi, dans quelques cas de lésions du cerveau , les blessés portent les mains, d’abord aux parties éesuelles, et puis à la tête,
6®. Pourquoi dans les cas d’inflammation des parties génitales, il y a toujours grand danger, lorsqu’il s’y joint délire etinflammâtion des paro-
(i) Archenîiolz rapporte, dans ses Britlisclie Annalen ( Annales Britanniques ), qu’en Angleterre des débauchés ont poussé le raffinement jusqu’à imaginer une machine, à l’aide de laquelle leur maîtresse les pend quelques inslans.j^van.t de les recevoir dans ses brasv
' JïU CERVEAU. 377
tidés^ ou lorsque dans le délire les sualades portent souvent les mains sur les parties sexuelles.
6®. Pourquoi la maladie se termine presque L toujours par la mort, lorsque dans ces cas il y a délire, mouveniens désordonnés et convulsifs, et prostration des forces j symptômes que l’on explique par une fièvre ataxique, tandis qu’ils proviennent d’une inflammation cérébrale.
70. Pourquoi chez les hommes morts d’une apoplexie occasionnée par les efforts d’un coït trop voluptueux, on trouvé, presque toujours du sang épanché dans le cervelet. Il y a très peu de temps que j’ai eu encore l’occasion de confirmer cette observation.
' 8®. Pourquoi les désira amoureux excessivement ardens sont souvent les précurseurs de l’apoplexie.
9'’. Pourquoi une cohabitation très ardente , répétée trop souvent , peut produire l’aliénation mentale. Forestus , lib. X, observ. 2.5 , en rapporte un exemple.
ro®. Pourquoi chez les soldats Turcs et Persans qui ont fait un usage excessif de l’opium, les érections continuent encore long-temps après la mort.
Observation philosophique.
Avant de terminer ces considérations, je rendrai le lecteur attentif aux différens degrés de manifestation dont est susceptible l’instinct de la génération. Dans l’enfance, et cbez quelques personnes même qui ont déjà acquis leur croissance, nous le voyons nuîj ces individus sont absolument indifférons pour les. femmes. Il commence à sè manifester sous la forme de l’in térêt, du goût, du pencbant; bientôt il revêt celle des désirs, de la passion, et il peut finir par dégénérer dans la lubricité la plus désordonnée, et en véritable manie érotique. Tous ces différens degrés ne sont donc que des. modifications d’une seule et même qualité fondamentale. Cette observation confirme ce que j’ai dit ailleurs sur les gradations du même penchant,, et elle nous sera encore d’une grande utilité plus tard. '
BU CERVEAU
Quelques repiarques sur le rapport fait a VAcadémie des sciences sur des expéi'iences relatives aux Jonctions du système nerveux , par M. le baron Cuvier, secrétaire perpétuel de V Académie.
M. Floureos vient de faire des expériences mutilatoires sur le système nerveux, particulière-^ ment sur le cerveau ét sur le cervelet.dLl croit avoir prouvé par ce moyen que le cervelet est le régulateur des mouvemens de translation . Gomme on pourrait être tenté d’en conclure que le cervelet n^’est point l’organe de l’instinct de la génération, j’ai jugé nécessaire de faire une analyse critique de ces expériences.
Je n’ai pas vu le mémoire dp M. Flourens; je ne connais que le rapport de M* Cuvier; ainsi c’est ce rapport qui servira de base à mes ré?flexions.
M. le baron Cuvier commence par redresser, d’une manière très sage , le nouveau langage adopté par M. Flourens. J’ai vu avec plaisir qu’il a tâché d^’éviter la confusion des termes d’irritabilité et de sensibilité, dé sensibilité et de conducteur d’irritation, etc;, etc.
« Pour exprimer donc, dit M. Cuvier, dans le langage général, les vraies questions que^s’est
38o STJK L,ES FONCTIONS
proposées M. Flourens, et qui ne sont peut-être pas assez clairement déterminées dans le titre de son mémoire, nous dirons qu’il a cberclié à reconnaître par l’expérience,
» lo. De quels points du système nerveux l’irritation artificielle peut partir pour arriver au musclel ' -
» 2«. Jusqu’à quels points do ce système l’impression doit se propager pour produire sensation.
» 3o.De quels points descend l’irritation volontaire , et quelles parties du système doivent être intactes pour la produire régulièrement.
» Nous ajouterons que, dans celle première partie, il n’a considéré ces questions que relativement aux animaux vertébrés et à leur sysr lème nerveux de la vie animale, c’est-à-dire, au cerveau, à la moelle épinière, et aux nerfs qui en sortent.
» Pour les résoudré, l’auteur commence par les nerfs, et, répétant à leur égard les expériences connues, il établit les deux effets généraux de leur irritation tels que nous venons de les énoncerj il montre d’une manière précise que ponr qu’il ÿ ait contraction il faut une communica^ tion libre et continue du nerf avec lé muscle, et que pour la sensation c’est une communica-^ lion libre et continiie avec l’encépbale qui est
DU cÈiivEAir.- 38i
nécessaire; et il en conclut que ni la contraction ni la sensation n’appartiennent au nerf; que ces deux effets sont distincts, qu’ils peuvent se provoquer indépendamment l’un de l’autre, et que ces propositions sont vraies à quelque endroit, à quelque rameau du nerf que la communication soit interceptée.
» Usant de la même méthode pour la moelle épiniere , il arrive à des résultats semblables. Quand on l’irrite en un point, elle donné. des contractions à tous les muscles qui prennent leurs nerfs au-dessous de ce point, si les cornmunir cations sont demeurées libres; elle; n’en donne plus si la communication est coupée. C’èst exap¥ tement l’inverse pour les sensations; et comme ‘dans les nerfs l’empire de la volonté a besoin de la même liberté de communication que là sensation, les muscles au-dessous de l’endroit intercepté n’obéisseiit plus à l’animal, et if ne les sent plus. Enfin si l’on intercepte la moelle en deux points différons, et que l’on irrite l’intervalle compris entre les deux points, les muscles qui reçoivent leurs nerfs de cet intervalle éprouvent seuls des cQntractions, mais l’animal ne leur commande plus et n’en reçoit aucune sensation.
« Nous ne rapporterons pas toutes les combinaisons d’après lesquelles M. Flourens a varié
les expériences de cét article ; il nous suffit de dire qu’elles conduisent toutes au résultat que nous venons d’exprimer.
)) L^âutéur en conclut que là sensation et la contraction n’appartiennent pas plus a la moelle épinière qu’aux nerfs ; et cette conclusion est certaine pour les animaux entiers. Ce serait une grande question de savoir si elle l’est également pour les animaux qui ont perdu leur encépliale, et qui dans certaines classes paraissent loin dé perdre sur-le-cliamp toutes leurs fonctions animales ÿ mais c’est une question à laquelle nous aurons occasion de revenir dans la suite de ce rapport, même à l’égard des animaux à sang chaud.
)) M. Floùrens conclut encore d’urie partie de , ces expériences, que c’est par la Communication établie entre tous les nerfs au moy en de la moelle épinière , que s’établit ce qu’il appelle la dispersion ôu la généralisation des irritations, ou, eu d’autres termes, les sympathies générales; mais il n’a pas assez développé celte proposition pour que nous puissions apprécier lés' raisonnemens sur lesquels il rappuie. » .
Ges expériences et cés résultats étant connus , je puis me dispenser de faire aucune réflexion: M. le baron Cuvier continue :
« Il arrive enfin à l’encéphale, et c’était dans.
BU CERVEAU. 3S3
celle partie centrale du système que l’on pouvait attendre "des lumières nouvelles d’expériences mieux dirigées que celles des physiologistes antérieurs.
>) En effet, bien que Haller et son école aient fait beaucoup d’essais sur le cerveau pour connaître ses propriété^ vitales , et ce qu’il peut y alvoir de spécial dans les fonctions des diverses parties dont cet organe compliqué se composé, on peut dire que ces essais n’ont point donné de résultats assez rigoureux, parce que, d;’une part on ne connaissait pas suffisamment à cette époque la connexion dés parties de l’encéphale , ni les directions et les communications de leurs fibres médullaires J et que, de l’autre, on ne lés isolait point assez dans les expériences. Lorsque l’on comprimait le cerveau, par exernple, on ne savait pas bien silr quel point de lintérieur la compression avait porté plus fortement j lorsqu’on y faisait pénétrer un instrument, on n’examinait pas assez jusqu’à quelle profondeur , jasquê dans quel organe il s’étàit introduit. M- Flourens fait avec quelque raison ce reproche aux expériences de Haller, de Zinn et de Lorry; et il a cherché a s’en garantir en opérant principalement par la voie de l’ablation, c’est-a-dire , en enlevant, toutes les fois que cela était pos-
sibie, la partie dont il voulait bien connaître la
fonction spéciale. »
Les Faisions que M. le baron Guvier apporte contre les méthodes de Haller, de Zinn et de . Lorry, sont très bonnes. Mais il y a tout à craindre que Fablation ne soit rien moins qu’un bon moyen pour connaître la fonction spéciale d’une, partie du cerveau. M. Cuvier distingue très bien les propriétés vitales du cerveau d’avec les fonc-^ lions spéciales. Nous verrons, . plus tard, si la fonction que M. Flourens croit pouvoir attribuer au cervelet, est plutôt une fonction spéciale qu’une propriété vitale commune aux moelles ^ épinière et allongée. Il faut d’abord connaître les fonctions spéciales, c’est-à-dire, celles qui font partie de la vie animale, avant de pouvoir s’en assurer par l’ablation de son organe. Car dans ce cas l’animal ne peut plus en manifester ni la pré^ sence, ni l’absence. Or jusqu’à présent ces fonctions spéciales n’ont pas été connues. Supposons que M; Flourens veuille vérifier , par l’ablation du cervelet, si cette partie est ou n’est pas l’organe de l’instinct de la génération , comment ferait-il vivre l’animal assez long-temps pour pouvoir dire que l’animal possède ou a perdu cet instinct? Par l’ablation des hémisphères, la vision et l’ouïe se perdent, aurait-on raison d^en in-
BU CERVEAU^ 385
duire , que la vision et l’ouïe sont des fonctions spéciales j ou toutes les fonctions spéciales des liémisplières? Si l’on ne savait pas d’avance que les animaux ont de la mémoire , comment jugeraiton que la même opération l’a détruite? comment mettre un animal tèllenient mutilé ^ à l’épreuve des fonctions spéciales dont on n’a aucuneridée? et comment elïeçtuer J dans le cerveau, l’ablation pure et simple d’un organe? En connaît-on le commencement j la fin , les bornes ?
Enfin comment enlever une partie sans intéresser les parties voisines ? comment enlever le cervelet J surtout dans les mammifères j sanslé^ sér ia moelle allongée et toutes les parties avec lesquelles il est en communication, sa commissure entrelacée > dans le pont dé varole , avec les faisceaux nerveux delà moelle allongée^ lés tu- Jaercules quadrijumeaux, etc. ? Et comme les effets de la lésion se transmettent J à quelle partie alors attribuer les symptômes eux-mêmes?
Encore ne faut-il jamais perdre de vue qu’uue même partie peut avoir sa fonction générale \vitaie, et sa fonction particulière animale. S’il était .vrai que la lésion des tubercules dans les oiseaux^ cause toujours des convulsions, il n’est pas moins vrai que les tubercules sont destines à la vision. De même le cervelet pourrait bien participér à la fonction vitale des raoellea épinière et allongée, IIL 25
et pourtaiit eùcore être afFeclé à une fonction particulière animalei M. Cuvier admet que le cerveau n’es l pas seulement nécessaire pour la vision, pour Touïe, pour convertir les irrilations d autres nerfs en sensation, mais aussi qu’il est lè siège de la mémoire et du jugement: quelles sont iciles fonctions vitales générales, et les fonctions animales , particulières, spéciales?
Ainsi toutes ces expériences par mutilatiou ou par ablation, confirment ce que j’ai dit plus liaUt , p. i 55 et suivantes. Qu’on peut tout au plus obtenir quelques résultats presque toujours très douteux à l’égard des phénomènes de l’irrilabilité, de; la -sensibilité, des fonctions de certains viscèces,;du mouvement delranslalîon. Malis jamais on n^oJbliendra le moindre renseignement surlesfonctionsspéciales du cervelet ou des parties intégrantes du cerveau.
Mais M. le baron Cuvier continue:
K I*oür faire mieux; entendre les faits que M.FlôuTens a obtenus, nous rappellerons en peu de mots l’ensemble et les rapports mutuels dés parties dont il s’agit. ,
« On^sait àüj&urd’liui, et sürlout par les dernières pecfeerelies de MM. Gaîl et Spurzheim, que la moeVLe épiniere ^àx une masse de matière médullaire blâàcbe à l’extérieur, grisé à- i’iiilérieûT, di visée loDgiludiaalëménten déssus^ et en dessous
pu CERVEAU. 387
2>ar des sillons , dont les deux faisceaux communiquent ensemble an moyen de fibres médullaires transversales ; qu’elle est renflée d’espace en espace; qu’elle donne de çbaque renflement une paire de nerfs; que la inûelle allongée est la partie supérieure de la moelle épinière, enfermee dans le crâne, laquelle donne aussi plusieurs paires de nerfs; que les fibres de communication, de ses deux faisceaux sj entrecroisent , de manière que celles du droit montent dans le gauche, et réciproquement; que ces faisceaux, après s’étre renflés une première fois dans les mammifères par un mélange de matière grise, et avoir formé la proéminence connue sous le nom de pont de Varolsy se séparent et prennent lè nom de jam^ bes du cerveau, en continuant de donner des nerfs; qu’ils se renflent une autre fois par un nouveau mélange de matière grise pour former les masses appelées vulgairement couches optiques, et une troisième fois pour former celles que bon nomme corps cannelés ; que de tout le bord externe de ces derniers renflemens naît une lame plus oii moins épaisse, plus ou moins plissée à l’extérieur selon les espèces , toute revêtue de matière grise qui revient en dessus pour les recouvrir , en formant ce que l’on nomme, lés hémisphères, ét qui, après s’étre recourbée dans leur milieu , s’unit a celle du côté opposé par une ou plusieurs ccm-
38S süR ïôiîGïrbNr
missures ou faisceaux de fibres transverses /dont la plus considérable , qui p’exisle que dans les rnamoïiifères , prend le nom de corps calleux. On sait encore que sur les jambes du cerveau, en arrière des couches optiques, sont une ou deux paires de renflemens plus petits, connus, lorsqu’il y en a deux paires, comme dans les mammifères j sous le nom de tubercules quadrijumeaux , et des premiers desquels paraissent naître les nerfs optiques; que le nerf olfactif est le seul qui ne prenne pas sensiblement son orlgine dans la moelle ou dans ses piliers; enfin que le ceri^elet^ masse impaire, blanche au dedans" et cendrée au dehors comme lés hémisphères^ mais souvent beaucoup plus divisée par des plis' extérieurs, est posé en travers derrière les tubercules quadrijumeaux et sur la moelle allongée, à laquelle il s’unit par des faisceaux transversaux qui se nomment les jambes du cervelet et qui s’y insèrent aux côtés du pont de varole. »
Les lecteurs qui voudront comparer le rapport fait sur notre Mémoire présenté à l’Institut en 1808, avec ces passages, s’apercevront facilement des objets de l’anatomie du cerveau , qu’on à mis en doute ou qu’on a niés alors, et qu’on adopte à présent. Un pareil changement justifie nos découvertes anatomiques et fait honneur à M. lé Rapporteur. Je suis dans l’entière conviction
BU CÉR.TEÀU. 389
qu’aussilôt que ce ce'ièbre naturaliste aura étudié mes découvertes physiologiques, ses idées se mettront en harmonie avec les naiennes,.
Quand M. le baron Cuvier parle du cervelet comme d’une masse impaire, il ne peut parler que du cervelet des poissons, des reptiles, des oiseaux. Chez les mammifères la partie qui, chez les oiseaux, constitue tout le cervelet, ne constitue que la partie moyenne ou fondamentale , puisque à chaque côté il existe un lobe plus ou moins composé, mais toujours symétrique avec son congénère? Par conséquent le cervelet des maïnHiifèt:es est.j^^cernme le cerveau ;> do la classe des prganes pairs. , ,
« C’était dans ces masses si diverses et si côm^ pliquées qu’il fallait cher cher le lieu de départ 'de rirritation , et le lieu d’arrivée de la sensationj c’était de leur coopération respective dans les actes de la volonté qu’il fallait s’assurer, et c’est ce que M. Fionrens a surtout cherché à faire.
» Il a examiné d’abord jusqu’où bon peut remonterpour produire des irritations efficaces sur le syslèpie musculaire, et il a trouvé un point où ces irritations restaient impuissantes; prenant alors l’encéphale par sa partie opposée, il l’a irrité de plus en plus profondément, tant qu’il vagissait pas sur les muscles ; et lorsqu’il a corax mencé à agir , if s’est retrouvé arî meme endroit
3gf) SUR tËS FOKCTIÔiîS
OÙ son action s^était arrêtée en remontant. Cet endroit est aussi celui où s’arrête là sensation des excitations portées sur le système nervèux; au^ dessus, les piqûres, lës blessures s’exercent sans douleur.
» iàinsi iVI. 'PloUrens a piqué les hémisphères Sâùs produire ni con traction dans les muscles y ni apparence de douleur dans l’animal. Il les à enlevés par coucbés Succés^ives; il a fait la même opération sur lè Ùeree/eL lia eôlè^é â'-la -fois lës bénaispbèfés et le cervelet j l’anitnaî est resté impassible j les corps cannelés , \ês couches opti^ ÿwes furent attaqués, enlevés sans plus d’eïïèts.
» Il n’en résulta pas même de contraction dé l’iris , et l’iris n’en fut pas non plus paralysé. »
M. le docteur Spurzlieim et moi voyant tant dé contradiction et d’incertitude dans les expériences citées par Duverney, Gautier, Kaw- Bœrbaave, etc., nous nous décidâmes à faire aussi de pareilles expériences, dont j’ai déjà annoncé les résultats T. II, p. 83, et Pbfœnologie dè M. Spuizbeim, p. 8. Si l’on ôteaux poules ou aux pigeons la plus, grande partie des deux liémispbères du cerveau et la grande eommissurè jusqu’aux cavités , ces animaux font encore connaître distinctement qu’ils voient et qu’ils entendent; mais aucun de ces animaux n’a pris sous nos yeux de la nourriture qu’on lui préseirtait^
DU CERTEAÜ. Sgt
cependant si on leur enfonçait dans le gosier du pain ou une nourriture qtaelcGnqne , ils l ava*- -laient, Des lapins iin utiles die, la même .manière , ont couru , vu , entendu, et même pris -s|mntanément de la nourriture. Une ;lésion àssezL côn*' sidérable du cervelet seule ne nuit pas ^lus ânx fonctions des sens et à la vie que la destruction des parties supéi-ieures dmcerveau propre, mais si les lésions pénètrent jusqu aux deux grands appareils de renforcement (les corps stpms. on. les conciles optiques pu encore plus profondément jusqu’à la grande commissure dm cervgveleti(le pontdeivarole), il sui vient des convul^sions et lamort. '■ -
Nous en avons conclu que la totalité du cerveau n’est pas nécessaire pôui les fonctions des àens; mais elles ne servent nullement a décider si une portion. dd cerveau, et quelle partie de cet organe est îndisp en-sable pour q’ue leS forctions des sens puissent avoir lieu a\ec counaissance. . ; ^ ..
Voilà donc des résultats tout differens de ceux obtenus par M. Floureas. Eu efîêt, je ne comprends pas comment on peut enlever tout le cerveau, toutleicervelet , avee les coÿps strj^- et les couches optiques, sans intéresser là môéife allongée, etc. , et provoquer par-ià des convul-
SUR XES FONCTIONS
Sgà
;SÎ0ns et la mort, sans parler des suites d’une forte hémorragie inévitable.
, « Mais lorsqu’il piqua les tubercules quadriju¬
meaux, il y eut uu commencement de tremblement et de convulsions j et ce tremblement, ces convulsions s’accrurent , d’autant plus qu’il pénétra plus avant dans là moelle allongée. La piqûre de ces tubercules, ainsi que celle du nerf optique, prod-üisit dans Firis dés contractions vives et prolongées^ »
lisant ce passage^ je soutenais d’avance ajue la lésion des tubercules ne pro voquerait pas .|il us constamment des convulsions que la lésion des hémisphères. Garces tubercules sont des .ganglions implantés sur rextrémité supérieure de la -moelie allongée , et pas du tout sa continuation. ■MM.Fodéra, Fossati et moi, nous a\^nslésé, soulevéla paire antérieure des tubercules, mais avec Ja précaution de ne pas toucher la moelle allongée sous-jacente jles lapins n’ont pas éprou vé la moindre convulsion. Mais dès qu’on enfonce plus ayant, l’animal est saisi de convulsions très fortes et très précipitées. ;
Ges expériences s’accordent avec celles de I^orry , imprimées dans le troisième volume des ga vans étrangers.
« Ni les irritations du cerveau , dit ce méde-
ciri, ni celles du; corps calleux lui-mémc ne produisent de convulsions: ou peut remporter meme impunément. La seule partie entre celles qui sont contenues dans le cerveau , qui ait paru capable uniformément et universellement d’exciter des convulsions , c’est la moelle allongée. C’est elle jqui les produit à l’exclusion de toutes les autres parties.;
» Elles contredisent celles de Haller etde Zinn, en ce qui concerne le cervelet- mais depuis ce que M. Flourens a vu et nous a fait voir» il paraît que ces pîiysiologistes avaient toucbé à la moelle allongée sans s’en apercevoir.
)» Dans son langage, M- Flourens en conclut que la moelle allongée et les tubercules sont irritables J ce qui, dans lé notre, signifie qu’ils sont des conducteurs d’irritation, comme la moelle de l’épine et comme les nerfs j mais que ni le cerveau ni le cervelet n’ont cette propriété. L’auteur en conclut aussi que ces tubcrbules forment la continuation et la terminaison supérieures des moelles épinière et allongée ; et cette conclusion est bien conforme a ce qu’annonçaient leurs liaisons et leurs connexions anatomiques.
« Les blessures du cerveau et du cervelet ne produisent pas plus de douleurs que de convulsions j et dansdé lang-ige ordinaire on en conclu-
rait que le cerveau et le cervelet sont insensitles. Mais M. Flourens dit au contraire que ce sont les parties sensibles du système nerveux; ce qui signifie simplement que c’est à elles que l’im* pression reçue par les organes Sensibles doit ar^ river pour que l’animal éprouve une sensation.
:» M. Flourens nous a paru bien prouver cette proposition par rapport aux sens de la vue et de l’ouïe; quand on enlève le lobe cérébral d’un côté à un animal, il ne voit plus de l’œil du côté opposé, bien que l’iris de cet œil conserve sa mobilité; quand on enlève les deux lobes il devient aveugle, il u’entend plus. »
M. Fodéra a eu la bonté de répéter ces expériences en présence de MM. Dannecy , Fossati , Londe, Georget et moi. Voici ce que nous avons observé sur des pigeons et sur des lapins:
Les deux premiers lapins à qui l’on a enlevé la partie centrale et supérieure du cervelet, sont morts en trois ou quatre minutes. L’bémorragie était considérable ainsi que les mo uvem eus convulsifs. La section a , été faite du bas en haut. Sur l’un la moelle allongée a été atteinte par l’instrument, et il en est résulté des convulsions tétaniques.
Meme opération sur un troisième lapin. Air étonné; il se cabre, se porte presque continuel- Jement en arrière, relire plusieurs fois la léle en
DTI CEftVEÀU. 395
arrière, il a sauté en l’air en se cabrant; deux fois il a sauté à la hauteur de plus d’un pied et demi. liOrsijujon le pinça, il relira le membre aveu vitesse. On détruisit peu à peu tout le centre et une portion des hémisphères du cervelet; les accidens 'ont augmenté avec la progression de la destruction.
Le premier pigeon à qui on a détruit le cervelet, comme îsür le précédent lapin, porta la tête fortement en arrière , allant tantôt en avant, ■tantôt en arrière.
Le deuxième pigeon , tout jeune , a porté la tête en arrière, et îa marché én àvânt èt en arriéré, après: qu’on eût enlevé les hémisphères cérébraux.
Le troisiè me pigeon , après la même opération, paraissait d’abérd cOinme anéanti et assoupi, avec contraction tétanique et des convulsions très fortes.
Ün quatrième lapin : destruction de la partie supérieure des ventricules, éxcèpté les couches optiques et lés corps striés; anéantissement pendant quelque temps; puis l’animal crie très douloureusement , court avec force en avant. On détruit ensuite le corps calleux : l’animal est tranquille ; il va en avant lorsqu’on l’excite. On détruit les couches optiquos et les corps striés : l’a-
nimal se lient sur ses pattes et il marche ea avant.
; Il y a donc encore ici des résultats très diffé, rens de ceux de M. Flourens, et ils seront toujours très variés , selon l’irritabilité et l’âge de l’individu, et selon que î’instrument\est léieux acéré, ou qu’en coupant il tiraille davantage.
En général il n’est guère possible de faire deux ou trois fois de suite exactement la même opération, et d’obtenir des résultats toujours les mêmes. Plusieurs autres expérimentateurs ont victimé grand nombre de pigeons, dé lapins, de chiens, etc,., et toujours et partout la même incêr;titude, la même inconstance de phénomènes. Rien de plus ordinaire que les convulsions, suites immédiates dès lésions du cervelet, soit dans les oiseaux, soit dans les marnmifères. G’est ici qu’on dirait avec bien plus de raispn, qu^’en parlant des tubercules , que ses baisions et ses coH'nexions anatomiques avec les moelles épinière et allongée, expliquent lés convulsions^ Ainsi les expériences ne contredisent nullement, au moins dans beaucoup de cas, les expériences de Haller , de Zinn , etc.
« Mais nous ne trouvons pas qu’il l’ait aussi bien prouvé pour les autres sens. D’abord il n’a fait ni pu faire aucune expérience touchant l’odorat
BÜ CEKVEAtr. 397
el le goût,* ensuite^ pour le tact meme , ses expé-^ rieuces ne nous paraissent pas concluantes. A la vérité l’animal ainsi mutilé prend l’air assoupi, il n’a plus de volonté par lui-méme , il ne se livre à aucun mouvement spontané; mais quand on le frappe, quand on le pique, ilafFecle encore les allures d’un animal qui se réveille. Dans quelque position qu’on le place il reprend l’équilibre ; si on le coucbe sur le dos il se relève; il marché si on le pousse. Quand c’est une grenouille, elle saute si On la louche; quand c’est un oiseau, il vole si on le jette en l’air; il se débat quand on le gène; si on lui versé de l’eau dans le bec , il l'avale.
)) Sans doute on aura peine à croire que toutes ces actions s’opèrent sans être provoquées paf aucune sensation ; il est bien vrai qu’elles ne sont pas raisonnées. L’animal s’échappe sans but, il n’a plus de mémoire , et va se choquer à plusieurs reprises contre le même obstacle; mais cela prouve tout au plus, et ce sont les expressions mêmes de M. Flourens, qu’un tel animal est dans un état de sommeil, ou agit comme fait un homme qui dort. Mais nous sommes aussi bien éloignés de croire qu’un homme qui dort, qui se remue en, dormant, qui sait prendre dans cet état une position plus commode, soit absolument privé dé sensation; et de ce que la perception n’en a pas
SgS
été distincte, et dfi ce qu’il n'en u pas conservé la mémoire, ce n’est pas une preuve qu’lKne les ait pas eues. Ainsi au lieu de dire , comme l’auteur, que les lobes cérébraux sont l’organe unique des sensations, nous nous restreindrions dans les faits observés , et nous nous bornerions à dire que ces lobes sont le réceptacle unique où les sensations de la vue et de Touïe puissent être çonspmniées et devenir perceptibles pour l’animal. Que si nous voulions encore ajouter à cette attribution, nous dirions qu’ils sont aussi celui où foutes les sensations prennent une forme distincte et laissent des traces et des souvenirs durables| qu’ils servent en un mot de siège à la mémoire, propriété au moyen de laquelle ils fournissent à l’animal les matériaux de ses jugemens. Cette conclusion ainsi réduite à de justes, termes , deviendrait d’autant plus probable, qu’outre la vraisemblance que lui donne la structure de ces lobés, et leurs connexions avec le reste du système, fanatomie comparée en offre une autre confirmation dans la proportion constante du volume de ces lobes avec le degré d’intelligence des animaux. M
Quant à l’opinion de M. le baron Cuvier,, j’invite le lecteur à relire ce que j’ai dit T. p. 85 et suivantes, pù j’ai exposé Ips raiséns qui semblent prouver que d'autres systèmes nerveux,
DU CERVEAU. 3gg
enlierement îndependans du cerveau, peuvent produire aussi des sensations et des mouvemens spontanés.
M. le baron Cuvier semble admettre exclusivement dans le cerveau le siège de la mémoire, et expliquer le jugement par les matériaux qu’elle fournitv A-t-il pensé aux différentes espèces de niémoires ? Expliquera -t-il aussi par la mémoire les instincts, les penchans, les talens si variés, si Pppos.es, si multipliés dans les differentes espèces d’animaux? lia force du jugement est-elle proportionnée à la force de la mémoire? Non, tant que les physiologistes se traîneront sur la routine des anciennes philosophies , toutes leurs recherches relatives aux fonctions des parties cérébrales resteront sans direction et sans résultat pratique, j
« Après lés effets de l’ablation du cerveau proprement dit, M. Flourens examine ceux de l’extirpation des tubercules quadrijumeaux ; l’enveioppe de l’un d’eux après un mouvement convulsif qui cesse bientôt, produit pour résultat durable, la cécité de l’œil opposé et un tournoiement involontaire ; celui des deux tubercules rend la cécité complète et le tournoiement plus violent et plus prolongé. Cependant l’animal conserve toutes ses facultés, et l’iris continue d’étre contractile. L’extirpation profonde du tubercule ou la section du nerf optique paralysent ;
seules l’iris: d’où M. Flourens conclut que l’aMation du tubercule n’agit que comme ferait la section du nerf; que ce tubercule n’est pour la vision qu’un conducteur , et que le lobe cérébral seul est le terme de la sensation et le lieu où elle se consomme en se convertissant en perceptioDi 5) Il fait remarquer au reste qu’en poussant trop profondément cette extirpation des tubercules-, on vient à intéresser la moelle allongée, et qu’il naît alors des convulsions violentes et qui durent long-temps, n
M. Flourens était tout près de reconnaître que les tubercules ne sont pas toujours irritables. Quand M. Flourens dit que Tanimal conserve toutes ses facultés : de quelles facultés entend-il parler?
a Ce que les expériences de M. Flourens nous paraissent avoir de plus curieux et de plus nouveau, c’est ce qui concerne les fonctions du cervelet.
» Durant l’ablation des premières couches il n’a paru qu’un peu de faiblesse et dé manque d’hàrmonie dans les mouvemens, -
«Aux couches moyennes , il s’est manifesté uneagitalion presque générale ; l’animal, tout en çoulinuant de voir et d’entendre, n’exécutait que des mouvemens brusques et déréglés. »
» Sa faculté de voler, de marcher, de se tenir debout, se perdait par degrés. '
Bù cerveau. 401
B Lorsquele cervelet fut retranclié;, cette faculté cVexécutèr des mou vemens réglés avait éntiêré" mentdisparü. ‘ - ^ -, - ,
» Mis sur le dos, il ne se f élèvait plus ; il vojâît: cependant le coup qui. le menaçait , il enténdâit le^çris , il cliéfclïait à éviféfle'dàngér , et jPaisâît mille efforts pour cela sans y"q)afvcmrj en un mot il avait ebnsërvé sa faculté de sentir, celle dé vouloir, mais il avait perdu celle de faire pBeir sés muscles à sa volonté; a peine réussissait-il â' sê tenir debout ëri s’appuyant sur ses ailes et Sur sa queue- ^ \ '
- )) En lé .privant de, son cerveau, ou l’avait nais
dans lîji élàt dé sornmeiî. ^ ^ ^ ^ ^
» Eli le privant de sôn cèf vélét,"on lé melfâït dans un état d’ivresse. ^ i
» G’est 'une chose surprenante, dit M. Flourens, de voir, le pigeon, à mesure qu’il perd son cervelet, perdre graduellement la facilité de voler , puis celle dé marcher ^ puis énfin cellè 'dë se tenir debout ; celle-ci même né se perd que ^ par degrés- L’animal commence par ue plus pouvoir rester d’aplomb sur ses qambés , puis sèS pieds ne suffisent plus à le soutenir. Enfin toute position fixe lui devient impossible ; il fait des efforts incroyables pour arriver à quelque pareille position sans en venir a bout , et cependant lorsque épuisé de fatigue , il semblait vouloir
in. : .
prendre quelque repos, ses sens étaient si ouverts que le moindre geste lui faisait recommencer ses contorsions, .sans que toutefois il s^j mél^t fe moindre mouvement convulsif aussi lodg- %emps que rôn ne toucliak ni la moelle allongée ni ses tubercules. ,
.a jSous ne nous souvenons point qu’aucun physiologiste ait fait connaître rien qui réssemblât à ces singuliers phénomènes. Les éxpéfiences sur le, cervelet des quadrupèdes, çt surtout des adultes, sont fort difficiles, à cause des grandesparties osseuses^ qu’il est nécessaire d^’enlevet et des grands vaisseaux qu’il faut ouvrir. La plupart des expérimentateurs opéraient d’ailleurs diaprés quelque système connu d’avance , et voyaient un peu trop ce qu’ils voulaient voir; et certainement personne ne s’était douté que le cervelet fût en quelque sorte le balancier , le ré* ^tdateur des, mouyémens de transition de ranimai. -Cette découvérÊe, si des expériences répélées ayec toutes les précautions . conveuables en é!ablissent]a généralité, ne peut que faire le plus grand honneur aù jeune observateur dont nous yenons d’analyser le travail. ,
« Au reste, l’Académie a pu juger comme nous qu’indépendammeot des mutations superllues de langage et des, faits connus que l’auteur était obligé de reproduire pour donner de l’ensemble à son travail, ce Mémoire offre sur plusieurs de
ces anciens faits, des détails plus précis que ceux qivon possédait, et qu^il en contient d^autres'aussi nouveaux que précieux pour la science. »
C’est aussi ce que les expériences de M. FIourens me paraissent offrir de plus hasardé et de plus incertain, c’est ce qui concerne les fonctions du cervelet J c’est ppurqiioi je m’y arrêterai plus long-temps que sur les objets précédens. -
Plus haut , l’on disait que M. Flourens enleva le cervelet par couches ; qu’il l’enleva tout entier , et que l’animal resta impassible, ici l’on dit que durant rablalion des premières couches , il R paru un peu de faiblesse et de manque d’harmonie dans les mouvemens,- on dit qu’aux couches moyennes,, il sa inanifes ta une agitation presque générale; l’animal; tout en continuant de voir et d’erilendre , n’exécutait-^ue des mou- .vemeus brusques et déréglés .
Le manque d’harmoniey cette agitalipn presque générale, des mouvemens brusques et déréglés, pourquoi craiot-on de les appeler des moiivemens convulsifs? On le craint Rppqremment, puisqu’alors les résultats de M. Flourens coïncideraient avec les résultats obtemis par tant d’autres expériroentateurs, et qu’ils perdraient le mérite de la nouveauté.
Oui, si les diversespariies cérébrales existaient isolées dans la tête, sans aucune connexion entre
sG..
464 ' SüR LES FONCTIONS
elles, si on pouvait les enlever sans leser leurs enveloppesj, san^ causer une he'morragie, Ton pourrait nourrir quelque espoir d’arriver parleur entière ablation à des résultats sûrs,* mais comment peut-on être assez peu circonspect pour attribuer certains effets à i’ablâtion seule d’une partie qui est si intimement liéei ët par le et par le milieu, et par le baiit, avec les moelles épinière et allongée, avec* la protubérance- annulaire ou le pont de Varole, avec les jambes du cerveau, avec les tubercules qua dripum eaux p d’une parlië dont l’ablation -ou la mutilation est impossiblc j sans intéresser vivement les organes destinés, à l’exécution des m'oûvemens spontanés et des fonctions de plusieurs sens ; d’une partie dont l’ablation est nécessairement accompagnée d’une perte de sang' de plus en plus abondante? Comment des physiologistes pédvent - ils appuyer leurs propositions sur des expériènces aussi embroniUée^V aussi compliquées , aussi variées et dans leur bat'ure meme , et dans leurs effets 5 sur 'des expériences qui sont' ou en contradiction "aVéc celles d’autres expérimentateurs très exerces, ou qui produisent des pliénomènes difféfénatoutés lés fèis qu’elles sont faites, soit sur un autre animal , soit par d’autres pliysiologistes? -' Est-il 'étonnant que ranimai perde successivement la îaèûlté de voler, de se tenir debout,
BU CERVEAU
d’èxécuter des mouveniens réglés 3 de se relever ^ puisque Taniuial cesse, successivement de vivre? Mais, me direz-vous, l’animal voit, en^
tend, sent, il fait mille efforts pour parvenir à éviter un danger j il a encore la facuKe de vouloir ; par conséquent ce n’est pas à la mort imminente qu’on doit attribuer ce lie irrégularité des mouveméns. Allez auprès du lit des malades, et vous en verrez souvent qur n’ont plus la force de remuer un'bras , de fermer les jeux , de sortir la langue, et qui voient, qui entendent, qui sentent, et qui, dâ,ns leur intérieur, font mille vains efforts pour donner des"^ signes de vie, sans qu’il y ait de: raisons d’attribuer ces pbénomènes à la mort partielle du cervelet, ;• ■
Le pigeon à qui nous avions détruit le cervelet, marcliait encore en ayant et en arrière > Pour marclier en avant et pn arriére, ne faut-il pas desr mouvemens réguliers de Iranslalion? Et meme pour se soutenir péniblement sur les ailes et sur la queue, comme cela avait lieu dans les expériences de M. Fiourens, il faut encore des mouvemens réguliers.
, Ainsi tout s’accorde à prouver que l’idée que le cervelet est le balancier, Jé régulateur des mouvemens de translation, est bien plutôt une idée singulière qu’uae véritable découvcrle.
4ô6 SUR UES EOKCTIONS
« L’inlégrité des lobes cérébraux, continue le rapport, est nécessaire à l’exercice de la vision et de l’ouïe; lorsqu’ils sont enlevés, la volonté ne se manifeste plus par des actesspontanés. Cependant quand on ^excite immédiatement l’animal, il exécute des tnbuveniens de translation réguliers, comme s’il cbércbait instantanément à finir la douleur et le malaise; niais ces mouvèmens ne le conduisent point à Ce but, très probablement parce que sa mémoire, qui a disparu avec les lobes qui en étaient le siège, ne fournit plus dé base ni d’élémens à ses jugemens. Ces mouvemens liront point de suite par la même raison, parce que l’impression qui les a causés ne laisse ni soiir venir ni volonté durable. L’intégrité du cervelet est nécessaire à la régularité de ces mouvemens de translation; que le cerveau subsiste, l’animal verra , entendra , aura des volor.tés fort apparentes et très énergiques; mais si on lui enlève son cervelet, il ne trouvera jauiais l’équilibre nécessaire a sa locomotion. Du reste l’irritabilité subsiste long-temps dans les parties, sans que le cerveau ni le uervelet lui soient nécessaires. Toute irritation d’un nerf la met en fep dans les muscles où il se rend; toute irritation dé la moelle la met en jeu dans les membres placés au-dessous de l’endroit irrité. C’est tout-à-fait dans le haut de lamoelle allongée à l’eù*
droit où les tubercules quadrijumeaux lui adhèrent 5 que cesse celte faculté de recevoir et de propager d’une part l’irritation ^ et de Tautrè là douleur. C’est à cet endroit au moins que doivent arriver les sensations pour être perçues; c’est delà au moins que doivent partir les ordres de la volonté; ainsi la continuité de l’organe nejrveux, depuis cet endroit jusqu’aux parties, est nécessaire à l’exécution des mouvemens spontanés, à la perception des impressions , soit’intérieures soit extérieures. ’
« Toutes ces conclusions ne sont pas identiques avec celles de l’auteur , et surtout elles né sont pas rendues dans les mêmes termes; mais ce sont celles qui Ont -paru résulter le plus rigoureusement des faits qu’il a si bien constatés. Elles suffiront sans doute pour vous faire juger de l’importance de ces faits, pour vous engager à témoigner vôtre satisfaction à l’auteur, et pour que vous l’invitiez à continuer de vous communiquer la suite d’un travail aussi plein d’intérêt. »
Dans nos expériences faites sur des lapins, M. Spurzbeim avait enlevé une grande partië des hémisphères, et ces animaux continuèrent a voir et à entendre, et déjà alors nous avions établi comme une vérité de fait, que la totaliLe
4o8 sur les rè'NCTIONS
ou l’intégrité des hémisphères n’est pas nécessaire pour rexercicé des fonctions des sens.
Sans tourmenter les pauvres animaux, nous avions déjà prouvé qu’une maladie de l’un des tubercules antérieurs entraîne ou une maladie ou la cécité deroeil opposé. Voy. mon grand ouvrage, T. Ij pag^- 1 i3et suiv. î72-8o. ,etpag. 8): de l’in-fôl.
Sans ces tourmehs , Sœmmeriûng disait déjà:
« L’on a vu un blessé dont la blessure pénétrait jusqu’au corps calleux , perdre l’usage de l’œil du côté opposé à' la blessure, toutes les fois qu’il s’amassait du pus, et cette cécité disparaître du moment où le pus avait été évacué : donc la sensation de la vue a lieu dans le cerveau.» Passage cité, T. Il, pag. 70.
Enfin les prétendus résultats dçs expériences de M. Flourens, ne s’accordent que très rarement avec les faits pathologiques observés dans les lésions du cervelet. J’ai rappelé, page 804, riiistoire de Réné Bigot, chez qui l’on voyait, par suite d’un coup de sabr^, le lobe droit du cervelet à travers l’ouverture de la dure-mère. Le plus léger attouchement sur cet organe causait des vertiges , des syncopes et des niouver mens convulsifs , sans qu’il donnât le moindre signe de douleur. Le même blessé perdit la vue et l’ouïe du côté droit. Dans l’a u top s je cadavérique on trouva le lobe droit du cervelet affaisse.
Dtî CERVEAU. 409
de couleur jauBatre, les moelles alloBgée et épinière d’un blanc terne/ d’une consistance plus ferme que dans i’çlat naturel, et réduites d’un quart de leur volumej les nerfs qiii en émanent parurent également atrophiés. Cet état analogue des moelles allongée et épinière avec celui du cervelet, prouve que le cervelet tient immédiatement à ces deux parties, et que la lésion de! une influe^sur i’autré. Dès-lors comment isoler le cervelet et lui attribuer ce qui appartient toul autant aux soulFrances de ses connexions?
Là cécité ou les altérations de la vision qui surviennent si sou vent, après les maladies ou les lésions du cervelet, s’expliquent par la connexion et par la proximité du cervelet avec les tubercules; la même connexion explique aussi la ‘vivacité du regard, le feu ou la langueur et Labattement des yeux dans la cencupiscence, ou après la salis^ction des désirs vénériens.
Le blessé Auguste Fi'ançois, pag. 3o3, ressentait des douieurs-vivés à l’occiput, de la pesanteur, de l’engourdissement dans les membres intérieurs, et un affaiblissement tel de la vue et de l’ouïe qu’à peine il pouvait distinguer les gros objets et entendre les sons les plus aigus.
M. le baron Boyer, dans son Traité des Ma-ladies chirurgicàles , T. V. pag- 78, cite une übservalion de Lapey rouie, et un autre fmt l'cip-
4îO SUE. LES EOS'CTIONS
porté par Petit, deNamur, qui semblent prouver que la lésion du cervelet , quelle que soit la cause qui l’ait produite, donne an corps une vivacité de sentiment extraordinaire. Dans l’observation, de Lape^yronie, il s’agit d’un bomme dont l’intelligence n’était nullement troublée, et dont la sensibilité plijsique était très vivo. A rouverture de la tête on remarqua que le cervelet n’était qu’un amas de tubercules remplis de pus. L’observation de Petit est encore plus précise. Un soldat reçut un coup de mousquet; la balle avait traversé la partie gauche du cervelet, et pénétré dans le lobe postérieur de l’hémisphère gauche du cerveau. Pendant les quarante-trois heures que ce soldat vécut, son jugement était quelquefois bon; il répondit pour lors à ce qu'on lui demandait, mais le plus souvent il délirait: il était toujours en agitation, se tournant dans son lit de, côté et d’autre, et remuant sans cesse les bras et fes jambes. Le sentiment était si vif par tout le corps, qu’au moindre attouchement il retirait la partie sur laquelle on avait posé les doigts , comme si on l’eut coupée ou brûlée. Preuve nouvelle combien les lésions du cervelet influent immédiatement sur les moelles allongée et épinière , et sur tous les nerfs qui y prennent leur origine. A l’occasion des phénomènes de celle blessure, Petit
fit des expériences sur des cfiiens vivans,, et quoique dans la plupart de ces animaux la lésion du cervelet ait été accompagnée d’une augmentation de sensibilité dans toutes lespparties du corps^ Petit avoue cependant que ces expériences ne lui ont laissé que des doutes. Encore une preuve combien les lésions faites à dessein, sont variables et incertaines dans leurs effets, et combien ceux-ci doivent s’étendre et se multiplier quand la lésion du cervelet est assez considérable ou a duré assez lori-g-temps pour transmettre son irritation à toutes les parties voisines auxquelles il est lié, aux moelles épinière et allongée, aux tubercules quadrijumeaux , aux nerfs auditifs, an premier grand ganglion de renfort ( pont de Varole ) , aux grands faisceaux nerveux ( jambes du nerveau), aux second et troisième grands ganglions de renforcement (couches optiques et corps striés ), et par-là à toute la masse nerveuse des hémisphères.
De meme les irritations d’une p .rtie quelconque des hémisphères , ou des hémisphères entiers peuvent se transmettre successivement aux parties inférieures avec lesquelles ils sont continus. Il n’j a pas dé médecin ou de physiologiste qui ne puisse citer un grand nombre dé faits à l’appui de celle assertion. Combien de fois des lésions ou des maladies du cerveau et de ses enveloppes, des
contusions , des commotions , des compressions des épancliemens, des excroissances, des cancers, des lijdatides, des inflammations, des foyers de suppuration, dont le siège, selon les apparences, est borné uniquement aux hémisphères, produisent les symptômes les plus généraux et les plus alarmans , la perte des sens, de la sensation et de la faculté du mouvement de translation, des douleurs atroces, des con- %aîlsions partielles et générales, etc., etc.?
Qu’on juge maintenant quel degré de confiance le physiologiste prudent peut accorder aux prétendus résultats obtenus par dès mutilations et des ablations -violentes des parties céré- , braies, surtout lorsqu’il est question de détermb" lier les fonctions spéciales d’un organe tellement irrité et intimement lié à tant d’autres organes.
Excepté rinfluence que les lésions du cervelet exercent sur les moelles allongée et épinière, il n’éxiste ni dans l’état de" santé, ni dans l’état de maladie, aucun rapport ni aucnne proportion entre le cervelet et la régularité des mouve-^ mens de translation. Les animaux privés encore de cervelet, jouissent pourtant de mouvemens réguliers de translation. Le cervelet des poissons, des reptiles et des oiseaux , est moins composé que celui des mammifères. Gcs derniers ont-ils des mouvemens de translation plus régu-
DTJ CERVEAtr.
llers plus prompts que les premiers? Quel rapport y a-t-il entre le développement successif du cervelet depuis le moment de la naissance jusqu’à la vingtième J trentième année , et la régula- J rilé des mouvemens de translation? Les mouvemens.de l’iiomme de vingt à trente ans sont-ils plus réguliers que ceux du garçon et de la fille de cinq à seize aos? A-t-on jamais constaté par l’expérience que les individus à grand, cervelet aient des mouvemens plus réguliers que les in- ^ dividus à petit cervelet? Les femmes qui d’ordinaire ont le cervelet moins volumineux que les hommes, marchent-elles, et dansent -elles. avec moins de régularité, avec moins ddrt, avec moins de grâce' que les hommes ? La castration " et les lésions des testicules , qui influent si puis- ; samment sur l’état du cervelet, produisent-elles un dérangement de la régularité des mouvemens de translation?. Et l’influence des lésions ou des maladies du cervelet sur les parties génitales , quelle connexion nous fait-elle voir avec la régularité des mouvemens? Les tensions douloureu- \ ses et les ardeurs de la nuque , les apoplexies cé- i rébelleuses,. si souvent associées aux fonctions sexuelles , qu’ont-elles de commun avec la régularité des mouvemens de translation? Dans l’hy-*. polhèse de M. Fiourens, aucune de ces questions n’esl résolue. Elles le sont toutes au con-
4ï4 sur. LES FONCTIONS
traire , dés qu’on reconnaît que îe cervelet est
l’organe du penchant à la réunion des sexes.
Pourquoi admettre un autre organe pour la régularité des mouvemens de translation, que pour les mouvemens de translation meme? Ne serait - il pas absurde d’admettre d’autrés organes pour la vue et pour l’ouïe, et d’autres pour la régularité ou pour l’irrégularité de ces deux fonctions? De même il suffit, pour expliquer Firrégularité des mouvemens de translation, que les organes du mouvement volontaire, les moelles allongée et épinière , soient irrités, lésés, troublés, etc.
Pour soupçonner que le cervelet réglé les mouvemens de translation, il faudrait qu’il existât une proportion entre le cervelet et la force, la prestesse et la régularité de Ces mouvemens. Nulle part l’anatomie comparée ne vient à l’appui de cette idée. Mais cette proportion existe partout avec les moelles allongée et épinière, et les nerfs qui y prennent leur origine. La force, l’agilité et la régularité des mouvemens du tygre, du cheval, du caïman, du boa, etc., sont proportionnées à la grosseur de ces organes et nullement à celle de leur cervelet , qui chez eux est beaucoup plus petit que chez l’homme.
Ajoutons encore que les phénomènes provoqués ^ar ces lésions varient d’âge en âge des ani-
Dr CERVEA^Ü. ' 4i5‘
niâux, dlndividu à individu; qu’ils ne supportent jamais aucune application du poisson au reptile^ du repüle à l’oiseau, de l’oiseau au mammifère, et du mammifère à l’homme; que, par coriséquent , ces lésions ne fourniront jamais de données sûres et utiles, soit pour la physiologie, soit pour la pathologie liumainés ; èt que finalenlént toutes ces mutilations cruelles n’ont d’autre, mérite que celui d’une vaine curiosité.
IL ‘ Ambur de Ig, pwgêniture, ( Jungenlieke , Kîfiderliebe. ')
La nature devait assurer, par un autre organe, l’existence et là prospérité des êtres procréés en vertu de l’instinct de la propagation. Dans toute la nature animée, il se manifeste un penchant impérieux à préndre soin des petits; nous l’admirons dans l’insecte , et il commande la vénération jusque dans la tigresse. ^
Comment se fait-il que , jusqu’à ce jour , ni les philosophes, ni les physiologistes n’aient fait aucune recherche sérieuse sur ce penchant? Personne ne s’est efforcé de découvrir l’origine de cet instinct conservateur ; personne n’a examiné pourquoi il se manifeste d’une manière toute
4iG sur UES FONCTIONS
tlifFérénle dans ies différentes espèces,- dans les deux sexes., et dans les différens individus. Résulte-t-il de l’organisme pris collectivement, ou dépend-il. d’une partie isole'e^? ' Voilà des questions quepersonne , avant moi, n’avait examinées. Eaut-ildonc s’élonnersi, lorsque j’enseignai que cet instinct, est inné, tant cliez riiomme que chez les autres animaux j qu’il est une qualité fondamentale et propre, et qu’il. a son siège dans une partie cérébrale particulière , on a trouvé mon idée ridicule, et qued’on ait dit qu’elle choquait le sens commun ?
. Je vais conduire mes lecteurs par la mêriie routé que la nature m’a conduit moi-même ; de cette manière ils trouveront eux-mêmes celte vérité qui, jusqu’à ce mpmeht, peut leur paraître si éloignée de toute vraisemblance.
Historique de. la découverte de V amour de la progéniture comme qualité fondamentale^ et de son organe.
;En comparant avec une infatigable persévérance les formes variées des têtes, j’ai remarqué que dans la plupart des têtes de femmes, la partie supérieure de hoccipilal recule davantage que dans les têtes ou les crânes d’hommes. Que
Ton compare les crânes d’hommes, PI. XXX, et Pl. XXXIX, au crâne dé femme, PI. LVI. Comme cette saillie de la partie supérieure de l’occipital est manifestement produite par le cerveau, il s’ensuit que la partie cérébrale sub~ jacente est, dans la plupart des cas, plus déve- 'loppée chez la femme que chez l’homme. Qu’j avait-il donc de plus naturel què l’idée que cette partie cérébrale fût la cause matérielle d’une faculté ou d’une qualité se manifestant à un plus haut degré chez la femme que chez l’homme?
Mais quelle est cette qualité ou cette faculté?
Il n’existe nulle trace que l’on ait jamais considéré l’amour de la progéniture comme une force primitive , comme un penchant fondamental J encore moins comme étant produit , dans l’organisme , par un organe particulier ; et moins que tout le reste, que l’on ait cru devoir chercher cet organe dans le cerveau. Pendant d’assez longues années j’ai eu sur cette différence de la forme de la tête de l’homme et de la tête de la femme plusieurs opinions que j’ai successivement rejetées. Dans les conférences avec mes auditeurs^ j’ai témoigné souvent combien j’étais embarrassé à ce sujet. Je remarquai enfin que les crânes de singes ont j sous le rapport de cette proéminence, une singulière analogie avec^ les crânes des femmes. J’en conclus que la partie III. 27
4i8 sur les fonctions
cérébrale placée immédiatement sous cette proéminence, était très probablement Forgane d’une qualité ou d’une faculté que les femmes et les singes possèdent également à un liaut degré. Je suivis d’autant plus cette idée, que par les organes que j’avais déjà découverts, je n’ignorais pas que dans cette région il ne faut chercher le siège d’aucune faculté intellectuelle supérieure quelconque. Je fis passer plus d’une fois en revue les qualités et les facultés que je connaissais aux singes j enfin dans un moment de disposition d’esprit favorable, je fus frappé, tout en faisant ma leçon , 'de l’amour extrême que ces animaux ont pour leurs petits. Impatient de comparer à l’instant tous les crânes d’animaux mâles de ma collection, à tous ceux d^animaux femelles, je priai mes auditeurs de s’éloigner, et je trouvai,^ en effet, qu’il existe entre le mâle et la femelle de tous les animaux, la même différence qui existe entre l’homme et la femme. Ce trait de lumière ou celte idée me paraissait d’autant plus plausiblè, que l’organe de cet instinct se trouvait placé tout près de celui de l’instinct de la propagation ; que pouvait-il j avoir de plus conforme à l’ordre de la nature?
Avant d’exposer les preuves en faveur de l’existence de l’organe de l’amour de la progéniture, je donnerai un abrégé de rhistoire de cet
BU CERTEA.U. ^ig
instinct diez les animaux et chez l’hommej cet aperçu suffira pour convaincre mes lecteurs qu’il faut le consffiérer comme un véritable instinct fondamental, comme une qualité propre primitive.
Histoire naturelle de V amour de la progéniture.
Xâ plupart des insectes ^ des poissons et des amphibies tâchant de garantir leurs oeufs des accidens extérieurs , les pondent dans Un endroit; qui facilite la sortie dès petits ^ et où ils trouvent de la nourriture. Leur sollîcitud.e pour leur postérité ne s’étend pas au-delà.
Chez quelques-unes des espèces de ces animaux:^ lés soins qu’ils prennent de leurs petits sont déjà plus variés. Gertainés, espèces d’araignées portent leurs œufs sur le dos, dans une' petite poche qu’elles ne laissent tomber que dans les dangers les plus pressans, et dont elles se hâtent dé se charger de nouveau dès que le péril est passé. Tous ceux qui une fois en leur vie, ont détruit une fourmilière, auront vu avec quelle ardeur les fourmis ramassent leurs .oeufs et leurs larves pour mettre en sûrëté les uns et les autres. Les guêpes et les abeilles j qui dans
4aO SUR I.ES FONCTIONS
tout autre temps se laissent observer sans témoigner de colère ^ deviennent redoutables à tout ce quiles approche à l’époque où elles ont du couvain. Qui ne sait avec quelle infatigable activité elles le nourrissent , avec quel courage elles défendent leurs jeunes abeilles, avec quel empressement elles les lèchent et les caressent dès le moment où elles sortent des cellules ?
Nous retrouvons dans les oiseaux cette tou- ^ chanté affection pour leurs petits. Plus ils ont été avertis par une triste expérience, combien de dangers menacent leiir couvée, plus ils mettent de soins â construire des nids solides, aies cacher et à les garder. Lorsqu’après avoir couvé avec persévérance les œufs et que les petits ont enfin vu le jour, les pères et mères les nourrissent avec une tendresse extrême , leur amour vigilant sait prévoir tous les accidens dont ils pourraient devenir les victimes, les en avertir à rinstant, les engager à rester tranquilles, et a se caéher ou les conduire en diligence dans un lieu sûr. Lorsquede père et la mère s’aperçoivent que leur couvée est menacée, quelle inquiétude, quelles alarmes iis témoignent, quelles ruses ils mettent en œuvre pour tromper l’oiseau de proie , le serpent , la belette ou Pliomme î et lorsqu’on réussit à leur enlever leurs petits, quels eris douloureux, quelle opiniâtre résistance 1
BU CERVEAtr. 421
Quelquefois, ea poussant des accens plaintifs, ils suivent, à des distances considérables, le ravisseur jusqu’au lieu ou il les d,épose, lieu qu’ils ne quittent que lorsque tout espoir est perdu pour eux de les recouvrer; la faim même ne saurait les contraindre à les quitter au moment du danger ; souvent après des temps froids et humides long-temps continués , on trouve les mâles et les femelles morts sur leurs petits , victimes également du froid.
Chez les mammifères aussi, Tàmour de la, ^ progéniture est le plus actif et le plus impérieux de tous les instincts. La mère épie avec sollicitude et avec anxiété tout ce qui pourrait devenir nuisible à ses petits. Dès que le renard , le chat , l’écureuil, etc., ont le moindre indice que leur gîte est découvert, ils l’abandonnent à l’instant , et vont cacher leurs petits dans une autre retraite. Des animaux de proie, quelque farouches qu’ils fussent auparavant, et avec quelque discrète prudence qu’ils ménageassent le voisinage , deviennent téméraires dès qu’ils ont des petits à nourrir; nul danger ne les arrête ; ils pénètrent sans ménagement dans les jardins, dans les basses-cours, dans les poulaillers, dans les colombiers, etc. Lorsque toutes les gueules d’un terrier sont garipes de pièges, les renards, dans le cas où ils n’ont pas de petits, s’y tiennent renfermés
^22 SUR liES FONCTIONS
pendant quinzef jours^ jusqn’à ce qu’il ne leur reste plus que l’alternative de mourir de faim ^ ou de tomber dans le piège. Mais lorsqu’ils ont des petits , le barbare cbasseur sait trop bien que la mère ne résistera pas long-temps à leurs gémissemens , et que le père aussi, après avoir épuisé tous les moyens de salut, ne tardera pas à devenir la victime de son tendre amour pour sa progéniture. Les chattes allaitent des petits dont la mère est malade ou a péri. Avec quelle instance la chienne implore-t*elle la miséricorde de son maître qui lui enlève l’un de ses petits! La biche et la chevrette oublient qu’elles sont sans armes , et se précipitent sur l’ennemi avec témérité, lorsqu’il s’agît de sauver ou de déféndre leurs feons. Avec quelle rage la laie ne défend-elle pas ses marcassins ? Combien ne deviennent pas redoutables les animaux de proie, lorsqu’ils cherchent la pâture qui doit assouvir la faim de leurs petits ?
Enfin , qui de nous méconnaît cet adorable penchant dans l’espèce humaine? Dès l’âge le plus tendre la nature fait préluder la femme au rôle de mère, et la fait passer par difîerens degrés d’instruction, pour la préparer à sa destination future. Voyez-vous cette petite fille si serieus^nent occupée â jouer avec sa poupée ? elle l’habille, la déshabille, la pare, lui donne à
DU CERTEAXJ. 4^3
manger 5 à boire, prépare son linge de nuit, la coucbe , la relève souvent, la caressé, lui fait la leçon, la gronde, la menace, lui raconte des historiettes. C'est ainsi qu’elle passe la journée entière , les semaines et les mois avec sa chère poupée. C’est avec une bienveillance cordiale qu’elle se charge de soigner ses frères et sœurs plus jeunes qu’elle; elle ressent plus vivement qu’eux-mémes leurs plaisirs et leurs chagrins, A peine un penchant nouveau se développe dans son cœur, que rien au monde n’a plus dé prix et d’attrait' à ses yeux que les enfans. Où est le père, où est la mère qui ne sê rappellent avec délices ces temps , où n’étant point encore époux, ils espéraient bientôt l’étre? Et lorsque les premiers indices attestent que l’union n’a pas été stérile , quelle allégresse I quelles félicitations mutuelles! quels projets pour l’avenir ! Certaines jeunes femmes éprouvent surtout une joie inexprimable au moment où elles sentent les prer» miers mouvemens de leur fruit. La jeune épouse devient l’objet des soins en) pressés de toute la famille, tout le monde attend le moment décisif avec une impatience mêlée d’anxiété î Y a-t-il une félicité plus pure que celle qui se peint dans les regards d'une mère épiant avec tendresse les besoins du nourrisson qu’elle presse contre son sein? Quel devoir plus respectable et
plus sacré que les soins que prennent des époux du précieux gage de leur amour î Si j’avais une ville y au milieu de son enceinte s’élèverait l’em- Llême du bonheur domestique : une mère allaitant son enfant. Chaque fois qu’une grand’mère voit naître des petits-enfans , des arrières-petitsenfans , le sentiment de la maternité renaît dans son coeur^ et cet instinct bienfaisant agit encore lorsque tous les autres penchans sont déjà presqu’éteintsidans son âme.
Tout sacrifice, la moindre action tendant à sauver un enfant, ou à assurer son bonheur, nous émeut profondément ; tout ce qui décèle le cœur d’une marâtre, nous remplit d’indignation et d’horreur; tout attentat contre la faible enfance, contre unefemme enceinte, ou contre une mère qui nourrit, nous révolte.
L’intérêt que commande l’enfance va jusqu’à fléchir les juges en faveur des coupables. Galba Sergius qui, accusé de l’assassinat de trente mille Lusitaniens, devaiflêlre banni, fut absous parle peuple attendri, parce qu’en versant des larmes il pressait contre son sein deux enfans en basâge.
En réfléchissant à tout l’ensemble de ce qui caractérise l’amour de la progéniture, il est impossible de nier que ce ne soit là un instinct inné, et intimément inhérent à l’organisation.
Dû CERYEAU.
Pour nous convaincre jusqu’à l’évidence que l’amour de la progéniture est un instinct inné et propre, suivons -le dans ses dijBFérentes manifestations chez les differentes espèces, dans les deux sexes, et dans différons individus.
Dans plusieurs espèces, les males ont peu ou point d^amour pour les petits; tels sont le taureau, le cheval, le cerf, le sanglier, le chien, le coq, etc. Dans ces espèces, l’amour de la progéniture paraît appartenir exclusivement aux femelles. Il est ü’ès rare de voir un chien apporter de la nourriture à une chienne qui a des petits.
Dans d’autres 'espèces , au contraire, le male et la femelle aiment également les petits , et les soignent d’un commun accord. Ceci a lieu surtout chez celles où la nature a établi un mariage aussi durable que la vie; par exemple chez le renard, le loup, la martre, la fouine, chez presque tous lès oiseaux, tels que la cigogne, le cygne, l’hirondelle, le merle, le rossignol, le pinçon, le moineau, le pigeon, etc. Dans ces espèces, lorsque la femelle périt, le mâle continue de couver les oeufs et de nourrir les petits. Lorsque l’un et l’autre restent en vie, ils couvent, d’ordinaire, alternativement, et prennent soin des petits en commun.
Cependant, meme dans ces espèces, l’on rc-
marque que la femelle est dominée plus puissamment par cet instinct que le mâle. Dans les cas de danger imminent ^ le père prend la fuite plutôt que la mère.
Dans bhacune de ces deux classes, il existe encore des différences d’individu à individu. Il y a des vaches, des jumens, des chiennes qui supportent la perte de leurs petits avec assez d’indifférence^ quelques femelles même les abandonnent toutes les fois qu’elles en font. Généralement les pigeons, tant le mâle que la femelle, couvent avec nonchalance. Ils laissent souvent refroidir les œufs j assez souvent ils écrasent les petits; quelquefois ils abandonnent le nid pour le plus légeb^raotif; et lorsqu’on leur enlève leurs petits , ils ne témoignent pas beaucoup de regrets. Le râle des genets, dit roi des cailles, couve avec tant d’assiduité, que souvent la couveuse a la tête emportée parla faucille du faucheur. Lorsque le feu prend à un édifice où il j a un nid dé cicognes, le père et la mère se précipitent dans les flammes plutôt que d’abandonner leurs petits.
La femelle du lapin argenté, et celle du hamster, quittent légèrement leurs petits, et le^ mangent quelquefois , même dans les cas où elles ne manquent pas de nourriture. Rien de plus original que l’idée de M. Virey, quand il soutient
que les femelles tuent leurs petits par amouf maternel , n'ayant pas assez, de lait. Qu’il prenne la peiné de comparer les têtes de pareilles marâtres, de lapines, de coclionnes, de femmes, avec les têtes de bonnes mères de la même espèce , et il trouvera la véritable cause. D’autres femelles sont inconsolables de cette perte, maigrissent de cliagrin, et poussent des cris ' lamentables. J’ai vu des chiennes chercher sans cesse, avec la plus inquiète anxiété, leurs petits pendant des mois entiers; elles se jetaient avec fureur sur toutesles personnes contrelesquelles elles avaient quelques soupçons de les avoir enlevés, et accablaient de caresses plaintives toutes celles dont elles croyaient pouvoir attendre qu'elles les leur rendraient; lorsque là encore elles voyaient leur espoir déçu, elles poussaient deiôngs hurleméns. Quelques jumens ont une telle passion pour les poulains , qu’elles enlèvent ceux des autres jumens, et eh prennent soin avec une tendresse jalouse.
Dans les différentes espèces , l’amour maternel se manifeste encore avec différentes modifications. La femelle du faisan argenté aime singulièrement les petits ; et c’est pour cela qu’on lui confie la couvée et la conduite des petites pintades, de préférence à une pintade;. Certaines femelles n’aiment que leurs propres petits , et n’ont
428 StTR LES FONCTIONS
que de la haine pour ceux des autres femelles de la même espèce. La perdrix femelle aime ses propres petits avec une grande tendresse, mais elle poursuit et elle tue ceux des autres. La faisande ( ordinaire) , au contraire, montre beaucoup moins d’amour pour ses faisandeaux, et abandonne avec assez d’indifférence ceux qui se sont égarés, mais accueille avec joie, et prend sous sa protection de petits faisans qui lui sont etrangers. Quelques animaux vivent long-temps avec leurs petits, et constituent une famille; d’autres les quittent dès que ceux-ci peuvent se passer de leurs secours.
Il y a de nombreuses familles d’insectes, d’amphibies et de poissons dont ni les mâles ni les femelles ne s’inquiètent nullement des petits. Parmi les oiseaux, le coucou est entièrement étranger à famour de la progéniture. Tous ses soins pour sa postérité se bornent à ses œufs qu’il va déposer dans les nids d’autres oiseaux dont il emporte ou mange les œufs. Les maîtres de ces nids toujours plus petits que l’usurpateur, non seulement couvent l’œuf du coucou , mais nourrissent encore avec une infatigable complsî.i-' sance le petit très-vorace qui en éclot> Lorsqu’on enlève du nid le jeune coucou, et qu’on le met dans une volière avec d’autres oiseaux, ou qu’on l’expose dans un jardin, tous les oiseaux qui se
DD CERVEAU
trouvent à portée s’empressent de l’adopter^ J’en ai fait élever plusieurs fois par un roitelet j c’était un spectacle assez plaisant que celui du père nourricier , obligé de monter sur les épaules de son nourrisson pour lui introduire la nourriture dans le bec.
L’bomme fait partie de cette classe dans laquelle le mâle et la femelle aiment les petits , et leur donnent des soins d^un commun accord. Cependant la femme l’emporte de beaucoup sur l’homme à cet égard. Cet instinct se déclare dès l’enfance J la petite fille étend la main après une poupée, comme le petit garçon après un tambour ou un sabre. Lorsqu’il est question de donner des soins à un enfant, c^est une servante qu’on appelle , et non pas un valet. Des personnes du sexe qui ne veulent pas se marier , ou des femmes dont le mariage est stérile, adoptent souvent des enfans étrangers, pour leur rendre les soins que la nature impose à une mère. Toute la constitution physique de la femme concourt avec son caractère moral et intellectuel, pour nous prouver qu’elle est destinée, plus particulièrement que riiomme , à donner des soins aux enfans. V
Ces difîerences frappantes dans la manifestation de l’amour de la progéniture prouvent, jusqu’à l’évidence, que ce n’est point un penchant
43o sur les fonctions
volontaire ou factice, mais un instinct résultant de Torganisàtion , variant comme elle, mais toa-^ jours naturel et inné. Avant d’entrer dans des détails relativement à la partie cérébrale dont dépend , je vais rapporter les opinions de quel-» ques auteurs sur ce sujet.
Opinions des savans sur les causes de V Amour delà progéniture.
La manifestation de l’amour de la progéniture est un phénomène tellement journalier, que par cela même il ne frappe plus personne. Toutes les fois que, dans ma jeunesse, je demandais la jcause de mânifestations semblables, on me prenait pour un homme singulier: cela est naturel, me répOndait-On, et la recherche était terminée:. Mais pourquoi cela est-il naturel? Gomment la nature a-t-elle èmpreint cet instinct aux animaux? N’a-t-elle pas été obligée de disposer dans l’organisme une partie , au moyen de laquelle cet instinct, non-seulement devient naturel aux animaux et à l’homme , mais devient même chez eux un besoin et une passion qui en même temps qu’ils leur procurent les plus vives jouissances, pourvoient à la conservation et à l'éducation de leur faible progéniture ?
D’autres voulaient me renvoyer en me parlant
de Yinstinct. En général, c’est par Yinstinct comme nous avons vu déjà si souvent, que l’on prétendait tout expliquer chez les animaux coçime chez l’homme on voulait rendre raison de tout par la volonté et l’intellect. Mais encore une fois , les instincts aussi doivent avoir leur cause dans l’organisme J ils sont très différons entre eux, quelquefois même opposés fils se développent à dès époques de la vie différentes : tel instinct subsiste sans tel autre, etc. (i). On ne peuf donc ni comprendre collectivement tous les instincts sous la mênie dénomination , ni les faire tous dériver de la même source. Le naturaliste n’est conséquent que lorsqu’il cherche une cause particulière pour un eiBfet particulier.
« Une mère , dit-on, n’aime pas son enfant parce qu’elle a une protubérance j elle l’aime parce que cet enfant est le fruit d’un amour qui fait ou qui a fait son bonheur; elle l’aime parce qu’il est une partie d’elle-même, parce qu’il est une partie de l’homme qui lui est ou quir" lui a été cher; elle l’aime parce qu’il lui ressemble, ou -du moins parce qu’elle le croit; elle l’aime parce qu’il est son ouvrage; elle l’aime par le seul orgueil d’être mère; elle l’aime pour les dangers qu’il lui a fait courir , pour les douleurs qu’il
(1) Voyez ce que je dirai dans un autre volume en traitant de l’instinct ex pre/èi'm.
lui a causées; elle Taime parce qu’il est faible et qu’il a besoin de son secours ; elle l’aime parce quelle l’a senti remuer dans ses entrailles, et parce qu’elle entend sortir de sa bouche le doux nom de mère; elle l’aime enfin par devoir, par vertu, par habitude, si vous voulez, lorsque les autres raisons n’ont pas été assez puissantes (i). » Ce n’est certes à aucune de ces choses que le Créateur a confié la vie et le bien-être des enfans et des petits des animaux. Il a su mieux assurer leur sort. Que l’on descende dans le cœur des tendres. par ens, et qu’on y lise si leur amour pour leurs enfans est déterminé par des motifs aussi artificiels ; s’il est en leur pouvoir de ne pas les aimer? Ne trouvons-nous pas des exemples de cet amour le plus tendre chez les individus les plus grossiers , chez les nations les plus sauvages, en un mot dans des circonstances où la plupart des motifs ci-dessus n’existent pas? Enfin, dans toutes ces assertions , on oublie entièrement les insectes, les amphibies ; les oiseaux, les mammifères, tant terrestres qu’aquatiques, dont l’his^ toire naturelle offre, par milliers, des exemples du plus vif amour de la progéniture. Qu’on lise
(i) Journal de l’Empire. On a reproduit la même objection dans le tome XXI du Dictionnaire des Scient çes médicales, p. 210. '
rhîsloire naturelle du singe , du lion , du morse j que l’on jette les regards sur tel animal domestique ou sauvage que l’on voudra, partout on trouvera les preuves les plus convaincantes que l’amour de la progéniture est cliez les espèces animales un penchant invariable, essentiellement inhérent à leur être.
Il est vrai que l’on pourrait être quelquefois tente de douter si, chez l’espèce humaine, l’amour des enfans est un penchant inné. Avec quelle répugnance certaines femmes ne voientelles pas le premier développement du fruit qu’elles portent dahs leur sein! Avec quelle insouciance ne remettent-elles pas , en des mains mercenaires, leur enfant qui vient de naître!
J^aidéjà dit ailleurs (i) que quelquefois, tant chez les animaux que chez l’espèce humaine, il y a des exemples que, par défaut de développement de son organe , ce penchant ne se manifeste presque pas, et où celt^ espèce d’insensibilité est un état naturel.
Trop souvent, je le sais, il existe des raisons puissantes pour qu’une femme renonce a nourrir elle-mémej et, dans ce cas, je plains sincèrement la mère. Mais bien plus souvent le mari et la femme consentent , par les motifs les plus
(i) T. I, Sect. V, p. 387 et suiv.
légers, à ce que leur enfant soit nourri d^un lait etranger, au risque d’absorber ces miasmes mortels, dont d’innombrables nourrissons deviennent les victimes, dans les campagnes comme dans les villes. Certains attraits se flétrissent, à ce que l’on s’imagine, chez une femme qui rempliües devoirs de mère ^ les soins de l’allaitement sont incompatibles , dit-on, avec les affaires qui replient sur une épouse chargée de la conduite d’une maison^ mais, motif bien plus puissant comme bien plus coupable, les soins de l’allaitement sjont incompatibles avec les plaisirs de la dissipalîon. J’ai peine a concevoir comment les écrits de quelques philanthropes n’ont pas rendu les gouyçrnemens assez attentifs à un aussi grand abus , pour leur faire signaler au mépris public ces mères dénaturées.
Mais s’il est vrai que l’on puisse réprimer l’instinct de la propagation, et l’amour pour les enfans, penchans fes^lus universels et les plus impérieux de tous, c’est une preuve nouvelle contre ceux qui prétendent conclure de l’innéité des penchans et de l’existence de leurs organes matériels, l’irrésistibilité des actions.
L’amour delà progéniture, disent les uns, ne mérite ni récompense ni admiration. Aussitôt après l’accouchement, les mamelles et le pis sont distendus par le lait, au point que la mère
DU CERTEAU. 4^5
en ressent de la douleur j l’allaitement devient un besoin; l’enfant ou les petits, en tétant, procurent du soulagement à la mère; c’en est bien assez pour que la mère les aime- Après robjection que M. Delpit a faite contre l’instinct de la propagation , dans le Dictionnaire des Sciences Médicales , T. XXXVIII, p. 267, il continue : « Il en est de même sans doute de l’amour des mères pour leur progénilure, considéré dans ce qu’il y a d’instinct ou de vraiment animal , et abstraction faite de toutes les idées ou habitudes morales qui viennent s’y rattacher. Il est prouvé par les observations les plus constantes que cette affection immédiate tient essentiellement aux dispositions de la matrice ou de l’intérieur de l’organe sécréteur du fluide nourricier, d’où naît le besoin de l’allaitement èt l’impression agréable qui l’accompagne'. Comment peut-on transporter ailleurs, et dans une division cérébrale particulière, le siège d’une semblable affection ? »
Comment peut-on être aussi ignorant dans l’histoire naturelle , et surtout dans la physiologie comparée, moyen si fécond pour éclairer le médecin philosophe sur les fonctions de notre espèce ? Où sont ces observations les plus constantes qui prouvent que l’amour, de la progéai-
ture tient essentiellement à une disposition de la matrice ou de l'intérieur de l’organe sécréteur du fluide nourricier, etc.? A peine l’enfant ou les petits ont-ils quitté le sein maternel, et longtemps avant que les mamelles ou le pis soient distendue par le lait , que la mère les chauffe , les sèclie , les lèche avec tendresse. Si dans le nombre il s^’en trouve un mort, elle le^retourne. en tous sens avec tristesse , et souvent le conserve plusieurs jours. Quel besoin d’allaiter ressentent les abeilles, les fourmis, les oiseaux, et les mâles de ces espèces de mammifères où les deux sexes partagent le soin des petits , l’homme, le renard, la martre? Voilà des observations les plus constantes!
« L’amour maternel , dit M. Richerand , n’est sûrement pas le résultat de quelque combinaison intellectuelle , de quelque action cérélirale; c’est dans les entrailles qu’il prend sa source^ il vient de là, et les plus grands efforts de l’imagination ne peuvent y conduire celles qui n’ont pas joui du bonheur d’être mères (i). »
Non, il n’est certainement pas le résultat de quelque combinaison intellectuelle. Mais M. Ri-
(t) Nouveaux Elémens de Physiologie, septième édition , T. 11 , p. 201.
clierand veut ignorer que les sentimens aussi sont une opération du cerveau. L’histoire naturelle tout entière de la femme , depuis son enfance jusqu^à sa décrépitude y réfute l’assertion gratuite de ce savant. Combien, je le répète, ne voit-on pas de femmes qui n’ont jamais voulu, ou jamais pu devenir mères, adopter des enfàns, étrangers, et leur prodiguer les plus tendres, soins! ; j
L’amour de la progéniture agit chez lés ani-^ maux , même avant qu’ils n’aient mis leurs petits au monde. Les oiseaux, la souris, l’écureuil, et cent autres , préparent d’avance un nid ou un gîte.
Si l’amour de la progéniture, disent mes adversaires, était l’effet d’un organe, il devrait se manifester dans tous les temps j mais on ne remarque rien de semblable chez les animaux , lorsqu’ils n’ont pas de petits.
Or, j’ai montré en plusieurs endroits de cet ouvrage , en traitant d’autres instincts ou penchans , que la circonstance qu’ils ne se manifestent pas toujours ne prouve absolument rien contre leur innéité. L’instinct de la propagation^ l’instinct de voyager, de faire des provisions , de chanter, sont dans l’inaction à certaines époques de l’année j et c’est précisémentla circonstance que toutes ces qualités peuvent être individuellement
en activité ou en repos , qui prouve qu’elles sont des forces propres , et qu’elles ont chacune un organe particulier.
Comment se fait-il cependant que quelques femmes n’aiment pas tous leurs enfans avec une égale tendresse , qu’il y en a même quelquefois qu’elles haïssent? Comment cela est-il possible, si l’amour de la progéniture résulte de l’activité d’un organe?
Quelque gravé que cette difficulté puisse paraître à certains esprits superficiels, elle est très peu importante en effet. D’abord, j’ai souvent remarqué que les chiennes et les chattes aiment l’un de leurs petits plus que les autres. Or, si de semblables préférences existent chez les femelles des animaux^ elles doivent avoir lieu , à plus forte raison, chez les femmes, sur lesquelles peuvent agir tant de motifs secondaires, tels que la haine ou l’amour qu’elles ont pour le père, la beauté ou la laideur de l’enfant, etc. L’estomac aussi ne digère pas également bien tous les alitnens , et tous les mets ne sont pas également agréables au gourmknd même le plus vorace ; toute musique ne plaît pas également à toute oreille musicale j toute femme n’inspire pas de l’àmoUr et des désirs à tout homme.
« Ces qualités touchantes de la femme, dit Cabanis , dépendent nécessairement du genre
de sensibilité que nous avons dit lui être propre. C’est également à cette cause qu’il faut rapporter, en grande partie, le développement spontané, ou plutôt l’explosion de l’amour maternel, le plus fort de tous les sentimens de la nature, le plus admirable de toutes les inspirations de rinstinct. »
Et ailleurs il dit : « De tous les penchans qu’on ne peut rapporter aux leçons du Jugement et de l’habitude , l’instinct maternel n’est-il pas fie plus fort et le plus dominant? A quelle puis-' sance faut-il attribuer ces mouvemens d’une nature sublime dans son but et dans ses moyens, mouvemens qui ne sont pas moins irrésistibles , et qui le sont peut-être encore plus dans les animaux que dans riiomme ? N’est-ce pas évidemment à l’impression déjà reçue dans la matrice , à l’état des mamelles, à la disposition sympathique où se trouve tout le système nerveux par rapport à ces organes éminemment sensibles? Ne voit-on pas constamment l’amour maternel d’autant plus énergique et plus profond,, que cette sympathie est plus intime et plus vive : pourvu , toutefois , que l’abus ou l’abstinence déplacés des plaisirs amoureux n’aient pas dénaturé son caractère ? Il est sûr qu’en général les femmes froides sont rarement des mères passionnées.... La tendresse des pères , dans toutes les
440 SUR LES EONCTIONS
espèces, paraît fondée d’abord presque uniquement sur l’amour qu’ils ont pour leur compagne
dont ce sentiment, toujours impérieux^ souvent
profond et délicat, leiir fait partager les intérêts elles soins (i), »
D’après cela, l’on serait autorisé à regarder Famour delà progéniture comme un résultat, ou plutôt comme une extension de l’instinct delà propagation. Mais j’ai déqà montré que l’amour de la progéniture est en pleine activité, sans qu’il soit survenu le moindre cbangement dans les parties sexuelles. L’instinct de la propagation est extrêmement ardent dans certains mâles, par exemple dans le coq, le cliien, le sanglier, le cerf, sans que ces males prennent le moindre intérêt aux petits. Chez l’homme , l’instinct de la propagation est d’ordinaire plus actif que chez la femme j et d’ordinaire aussi cependant la femme ressent un amour plus vif pour les enfans. Beaucoup d’animaux, par exemple , certains insectes, certains amphibies, le coucou parmi les oiseaux, ne prennent aucun soin de leurs petits, quoiqu’ils s’accouplent avec une grande ardeur. D’autres, tels que les abçilles et les fourmis ouvrières , n’exercent pas du tout
(i) Rapport du physique et du moral dans l’hoimne , T. I, p. 363 et p. i3o.
l’acte de la propagation^ et malgré cela elles prennent soin très assidûment des œufs et des larves des femelles. Qui ne connaît des exemples de femmes extrêmement volupteuses qui sont de très mauvaises mères?
La même femme dont j’ai parlé plus liant, qui n’a jamais ressenti aucun plaisir dans les bras de son mari, et dont les sens ne sont pas plus émus par un bomme que par une femme, amis au monde douze enfans, qu’elle aime tous tendrement. Ne voit-on pas chaque jour des femmes dédaigner le commerce des hommes, et prodiguer l’amour le plus tendre à des enfans qui leur sont étrangers? .
On est donc forcé d’admettre que l’amour de la progéniture est absolument différent de l’instinct de la propagation.
Si un naturaliste avait fait seulement quelquesunes des observations que j’ai rapportéesà l’occasion de l’amour de la progéniture, il n’aurait pu manquer de soupçonner que cet instinct doit dépendre d’un organe particulier. Mais il est bien rare que l’homme parvienne à la découverte de quelque vérité par la seule réflexion j il faut, pour en découvrir , que la raison soit guidée par des faits. Moi-même je n’ai fait toutes ces observations qu’après que mes recherches sur les animaux m'eurent convaincu de l’existence de l’or-
gane de l’amour de la progéniture , et que j’eu eus découvert le siège, devais compléter maintenant la preuve que l’instinct de l’amour de la progéniture est une qualité fondamentale.
De V amour de la progéniture et des effets de son plus ou moins de développement; continuation.
Chez l'homme.
j’ai dit qu’en comparant les différentes formes de crânes, j’avais trouvé que la partie supérieure de l’occipital recule beaucoup plus dans les têtes de femmes que dans celles d’hommes, et j’ai renvoyé le lecteur aux PI. LVI , PL XXX et PL XXXIX.
J’ai montré, dans la section I de ce volume, ( de l’influence du cerveau sur la forme du crâne ) qu’il n’y a que celles des proéminences de la boîte osseuse formées par l’encéphale, qui aient une signification dans la crâniologie.
Que le lecteur compare donc les cerveaux des deux sexes que j’ai fait graver dans mon grand ouvrage, et il se convaincra que la différence de forme du crâne de l’homme et de la femme, dépend réellement de la différence de forme de leur encéphale. Ces cerveaux n’ont point été
choisis à dessein; tous ont été pris absolument au hasard.
Les EL V, PL VI, El. YIII, El. IX, PL XIT, représentent des cerveaux d’hommes; les PL IV, PL X, PI. XIII, des cerveaux de femmes. On voit distinctement que, dans ces derniers , les parties cérébrales II, épanouissement définitif, ou partie extérieurement apparente de l’organe de l’amour de la progéniture, sont bien plus développées, et débordent bien da%^antage le cervelet que dans les premiers; or, c’est de ce plus grand développement que résulte la proéminence du crâne. Cette différence de forme du crâne dans les deux sexes est sensible dès l’enfance. Le crâne représenté PL XXXVI, est d’un garçon de douze ans; celui représenté PL XXXVIII, d’une fille de six ans.
Quelquefois ces deux parties des lobes postérieurs s’écartent considérablement l’une de l’autre; dans ce cas, elles donnent lieu à une double proéminence de Toccipital , c’est-à-dire , qu’il y a alors une proéminence de^ chaque côté , et qu’entre les deux se trouve un enfoncement en forme de gouttière. Le plus ordinairement ces deux lobes sont rapprochés, et la proéminence du crâne se prononce en une saillie bombée unique.
J’ai déjà réfuté, dans le second volume, i’o-
pinion de ceux qui pensent que les lobes postérieurs'sont les organes des facultés les plus éminentes de riiomme, parla raison que, selon quelques naturalistes , ces lobes manquent dans les brutes. Le fait est que, dans la plupart des animaux, ces lobes ne recouvrent pas le cervelet, ce qui a fait avancer à des observateurs superficiels , qu’ils manquent entièrement. Mais la circonstance que ces lobes recouvrent le cervelet, ou le laissent à découvert derrière eux, dépend uniquement de la position horizontale ou verticale de l’animal, comme je l’ai déjà dit plus haut(i). Cette place que l’on assigne aux facultés les plus éminentes ne s’accorderait du reste en aucune manière avec le perfectionnement graduel du cerveau et de ses fonctions.
Que l’on examine avec attention les têtes de personnes des deux sexes de tout âge, l’on y trouvera presque toujours la même différence 5 le plus souvent , bn trouvera dans les filles eL dans les femmes le diamètre du frontal à l’occipital plus grand que dans les hommes , parce que chez elles l’occiput recule davantage. La partie cérébrale placée dans l’occipital , est plus grande chez les femmes qiie chez les hommes , quoique
(i) Page. 104.
le cerveau entier de la femme soit plus petit que le cerveau entier de^l’homme (ï ) .
Il y a cependant des exceptions à cette règle. Quelquefois la partie cérébrale placée dans l’occiput esi faiblement développée chez une femme, et a acquis un très grand développement chez un homme. Dans ces cas, l’on peut présumer avec beaucoup deprobabilité , que la femme ressemble à son père, etl’homme à sa mère, à moins cependant que cette conformation particulière ne soit héréditaire dans la famille.
Ce sont les hommes ainsi conformés qui ont un amour particulier pour les enfans; et lorsque chez eux l’organe de la propagation est peu développé, ils se consolent de la perte d’une épouse chérie avec une résignation qui paraît très philosophique, tandis que la mort d’un enfant les plonge dans une douleur profonde et durable. La stérilité de leur compagne les met au désespoir, et souvent cette circonstance leur suffit pour traiter avec froideur une femme très estimable sous tous les autres rapports.
Dans le cas au contraire où cet organe est faiblement développé chez une femme, il en ré-
(i) Cette forme de tête particulière à la femme, ne devrait point échapper aux artistes j ils devraient y avoir égard en représentant des femmes.
446 SUR, RES FOMCTIONS
suite qu’elle n’a presque pas le caractère de son sexe. Sa destination principale est manquée. Lorsque, contre son gré, elle devient mère , ses propres enfans lui sont, sinon odieux , du moins indifFérens. J’ai connu à Vienne une dame qui aimait tendrement son époux, qui conduisait son ménage avec une intelligente activité, mais qui éloigna de la maison, immédiatement après leur naissance, tous les neuf enfans dont elle ac~ coucha successivement, et pendant des années elle ne demanda jamais à les voir. Elle-même était confuse de cette indifférence, et ne pouvait pas s’en rendre compte. Pour mettre sa conscience à couvert, elle exigea que son époux vît ces enfans tous les jours, et veillât sur leur éducation.
Le développement peu favorable de l’organe de l’amour pour la progéniture est la cause principale du peu d’affection ou de la négligence même que mettent certaines femmes dans leur conduite vis-à-vis de leurs propres enfans, ou d’enfans étrangers confiés à leurs soins. De-là ces marâtres semblables à Isabelle de Bavière , dont l’histoire rapporte qi£elle avait étouffé tous les sentimens quelle devait à ses enfans. Imaginons une femme dans laquelle l’organe de l’amour de la progéniture est peu développé, manquant d’éducation, et n’ayant aucun deÂ
motifs que donnent la religion et la morale, vivant dans le célibat, en proie à un amour mal»beureux , ayant cédé aux désirs d’un amant qui l’abandonne, craignant le mépris et la misère j si une femme semblable sent dans ses entrailles le fruit de son amour , elle le détruira avant qu’il n’ait vu la lumière , ou elle l’exposera à l’instant où il vient ^u monde j si malheureusement l’organe du meurtre est développé en elle , faudrat-il s’étotiner que de sa main elle lui ravisse le jour qu’il vient d’entrevoir?
Sur vingt-neuf femmes infanticides que nous avons eu l’occasion d’examiner, l’organe de l’amour de la progéniture était très faiblement développé chez vingt-cinq. Je prie le lecteur de revoir ce que j’ai dit sur cette matière affligeante, , dans la section V du premier volume , p. 385 et suiv. Là, j’ai fait observer que ce n’est pas le défaut seul de développement de l’organe en question qui détermine les mères à l’infanticide; mais que des mères défectueusement organisées, cèdent plutôt que d’autres aux circonstances malheureuses qui les poussent au crime, parce qu’elles ne sont pas douées de ce sentiment profond qui, dans le cœur d’une bonne mère, se révolterait victorieusement contre un semblable attentat.
Du moment où la jeune personne chez laquelle
uet organe a acquis un très grand .développement, connaît sa destination, toutes ses idées ont pour base le désir d’être mère. Chaque enfant qu^’elle rencontre donne «ne vivacité nouvelle aux vœux que , sans le savoir peut-être , elle forme au fond de son cœur. Quelque bien assortie .que puisse paraître une union qu’elle a contractée, elle ne saurait y trouver le bonheur si elle n’est pas mère. Un époux estimable est sans doute un bien précieux pour une semblable femme, mais rien n’approclie à ses yeux du bonbeur d’avoir des enfans^ Que la bonne larde quelques instans de rentrer avec le. nourrisson chéri, l’imagination alarmée delà tendre mère lui peint mille dangers qui le menacent; au moment d’un péril imminent, ou est le héros dont le courage égale celui d’une, mère] Combien de femmes qui traînent une vie très malheureuse avec leurs maris, bénissent encore le lien de leur mariage par la seule raison qu’elles ont des enfans î
Nous trouvons l’organe de l’amour de la progéniture généralement plus développé chez certaines nations que chez d’autres. On observe qu’il Fest d’ordinaire beaucoup chez les négresses; aussi l’infanticide est . il- un crime presque inouï chez ce peuple. M. Peale;, ainsi que toutes les autres personnes auprès desquelles je me suis informé à ce sujet, m’ont assuré qu’ils n’ont jamais
Dü CERVEAtT. 449
entendu parler d’un semblable attentat commis par une noire. Cet organe est meme d’ordinaire très développé cliez les nègres mâles; aussi très souvent les nègres consentent-ils à se chargeien Europedu soin des enfans. Les voyageurs rappôrtent (jue les Tünguses et les habitans de l’Amérique septentrionale aiment singulièremen t les enfans. J’ai vu à Gœttingue, chez M. le professeur Blumenbacll, deux crânes de Tungnses et un crâne d’un habitant du Nord dé l’Amérique; dans tous les trois cet organe était très développé. Ainsi non-seulement des individus , mais des nations entières fournissent des preuves que les parties cérébrales placées dans l’occipital , sont l’organe de l’amour de la progéniture. Voyons maintenant ce qui arrive lorsque l’activité de cet organe est surirritée.
Aliénation de V amour de la progéniture.
Nous avons vu que la surirritation de l’organe de l’instinct de la propagation produit une manie partielle, la manie érotique; c’est d’une manière semblable que naissent toutes les monomanies, maladies dont l’explication devient impossible si l’on n’admet pas les organes particuliers.
4S'0 SUR JL ES FONCTieiîS
Dans^ grand hôpital de Vieunêj 'se trouvait une femme grosse attaquée d’une maladie grave. On me dit qmelle avait un genre de délire lojjt particulier , c’est-à-dire ^ qu’elle soutenait être enceinte de^ix enfans. En conséquence de mes principes , j’attribuai ce phénomène en partie à un développement plus qu’ordinaire , en partie à une surirritation de l’organe de l’amout de la progéniture , ét je priai les médecins de m’en‘vojer la tête de Cette femme , au cas qu’elle mourût. Elle mourut. Quelle fut ma joie en voyant un développement extraordinaire de cet organe! Eês 1nhes postérieurs, non-seulement dépas^ saient le cervelet beaucoup plus qu’ils ne font d’ordinaire dans les têtes de femmes, mais encore ils étaient arrondis et très volumineux. La PL LX représente cè crâne .
M. Rudolphi voudrait expliquer le prolongement en arrière de cette tête par une pression qu’il aurait soufferte de haut en bas. Mais comment prouvera-hil qu’une semblable pression a eu lieu en effet? Pourquoi les os n’ont-ils pas cédé également dans le sens de la largeur? Du reste , lorsqu’un crâne est déformé par une pression, les parties cérébrales peuvent bien être changées un peu de place , mais nullement acquérir par-là un développement plus qu’ordinairè. De semblables objections seraient admissibles , tout
au plus, dans lé cas où un ptysiologiste entreprendrait de déterminer le siège d’un organe, d’après un seul fait , et sans avoir aucune autre preuve à l’appui de ses assertions.-Mais lorsque tout dans la nature concourt à établir la meme assertion, un fait unique que le Hasard offre à son appui , devient une preuve nouvelle.
A Paris, je donnais des soins à une demoiselle remplie de pudeur, attaquée d’une maladie mentale. Elle vivait dans une société extrêmement Honnête, et alla se rendre à Vienne accompagnée de quelques personnes rCGommandaHles. A peine arrivée, elle courut cHez toutes ses con^ naissances , et y annonça avec la joie la plus vive et devant tout le monde qu’elle était enceinte. Les circonstances de cette ouverture , et le caractère connu de la demoiselle, furent seuls capà- Hles de faire deviner à quelques-uns de ses amis que sa raison était égarée. Bientôt .sa joie fit place à des angoisses et à une invincible et morne tàciturnité. Peu de temps après elle fut attaquée d’une consomption à laquelle elle ne tarda pas‘ de succomber. Ici encore l’organe de l’amour de la progéniture était extrêmement développé, et pendant sa vie , cette demoiselle avait singulière-^ ment aimé les enfans. =
Nous vîmes encore dans l’Hospice pour lés aHçnés d’Anisterdam, une demoiselle qui ne
452 SUR UES FONCTIOHS
parlait qüè de sa prétendue grossesse. Sa tête était petite, le seul organe de l’amour de la progéniture était très développé chez elle.
Nous avons même vu dans un autre hospice pour les aliénés , un homme qui soutenait qu’il se trouvait dans un état de grossesse, et qu’il portail deux enfans. Nous annonçâmes qu^’il devait avoir liorgane eh question très développé, et l’èxâraencde sa tête prouva que nous ne nous étions pas trompés. Ainsi donc, l’état de maladie prouve encore que rinslinctde l’amour de la progéniture doit être considéré comme une qualité fondamentale, indépendante de toutes les autres , et fondée sur un organe particulier.
, L’exemple suivant rapporté par M. Pinel, prouve avec quelle énergie cet instinct continue d’agir dans là manie.
« Il est si ordinaire aux mères tendres, dit çét auteur, dè conserver encore ces senlimens profonds de la nature, dans toutes les périodes de leur égarement , qu’on doit leur épargner, avec le plus grand soin , le spectacle des enfaiis qui leur sont étrangers, ét qu’on a quelquefois l’imprudence d’amener avec soi, en rendant visite à quelque convalescente : c’est ce qui a excité quelquefois les scènes les plus orageuses. Une aliénée très agitée ayant vu un enfant qu’une étrangère tenait par la main , et qu’elle crut être
le sien propre, se précipite aussitôt pour le lui arracher, failles efforts les plus violens, pousse (les cris , et la véritable mère , effrayée , tombe dans un évanouissement qui fut de plus d’une heure de durée. Une autre délirante, qui était au déchu de sa maladie, et qui avait la liberté de saüter, de gambader, de babiller , dé faire mille innocentés espiègleries , et d’errer librement dans les cours , s’échappe un jour par la porte d’entrée, trouve par hasard un enfant de la portière, dont elle s’empare, en sorte qu’il fallut faire de violens efforts pour le lui arracher. Elle entra dès-lors en fureur , blessa plusieurs filles de service, et ce ’ne fut qu’avec la plus grande peine qu’on parvint à l’enfermer dans sa loge. Le délire furieux qui en est résulté, a été ensuite de plusieurs mois de durée (i)..
« Une mère connue par , son alÉ^cliement extrême pour sa famille, et que des chagrins domestiques avaient jetée dans une mélancolie profonde , regardait les alimens qu’on lui offrait comrne une portion destinée à ses enfans, les repoussait avec indignation , et il feHut recourir plusieurs fois à la douche, pour l’empêcher dp périr de consomption (2). »
(1) De l’Aliénation mentale, 2^. édition , pag. 378 et 279, §.235.
454 liES FONCTIONS ■
Hildenbrapd , dans son ouvrage surle typbus contagieux , rapporte le cas d’ane jeune juive de Galicien qui.désirait avec beaucoup d’impatience, pendant qu’éilé était dans le délire du typhus, d^avoir auprès d^elïê son fils qui était éloigné de dix milles; Ellede fit venir , le reçoit avec les termes de l’amitié , et le bénit avetî attendrissement^ elle ne prit rien,- par la suite, que de ses mains j et lorsque te délire fût passé,: elle s’étonna de sa présence , lui' demanda les raisons qui l’avaient amené j ët elle 'Senlit alors , ’ pour la première fois, avec une véritable connaissânçe, la joie réelle d’unè mère agréablément léurprise, ’ :
Du siège et dèVâppaféneé eùètériëme de pane deVamôur de la prégéiiÿturej chez les animaux-. ; i ;
J’ai examiné / autant qu’il m’a été possible i lès crânes des- éiseàux, depuis’ le plus petit jusqtt’au plus grand , -et-'clès mammifères depuis la musaraigne jusqu^l’éiéphant, et j’ai trouvé paré tout que , dans les femélles, da partie cérébrale quicorrespond à l’ôrgâne dé'l’am'oür dè la progéniture chez l’espèce humaine^ est plus développée que chez les mâles. Quç, l’an me présente , dans
DTJ CERrVËA.T?. . 45^'
cte Feau (i) les encépliales frais de deux animaux adultes quelconques, l’un mâle, l’autre femelle, et je distinguerai les deux sexes sans me tromper jamais. Dans le mâle , le cervelet est plus grand , elles lobes postérieurs sont plus petits; dans la femelle, au contraire, le cervelet est plus petit, et les lobes postérieurs ou la circonvolution affectée à cette fonction , sont plus gros, etsurtout plus longs. Lorsque ces deux organes se prononcent distinctement sur le crâne, je suis; en état aussi de discerner les deux sexes par la simple inspection de la boîte osseuse. Dans celles- des espèces où la différence de Faraour de la progéniture est très grande d’an sexe à Fautre, les crânes diffèrent quelquefois tellement par leur forme , qu’on en trouve dans certainescoilections qui figurent comme des espèces différentes, ou du moins comme des variétés de la même espèce, quoiqu’ils proviennent d’individus de là même variété, mais de sexe différent.
Comme toute cette matière demande > des ob~. servalions exactes et même minutieuses, je dois faire ici, à Fusage de ceux de mes lecteurs qui attachent plus d’importance aux vérités de fait
(i) îl est nécessaire demeltre les cerveaux dans l’eau, parce que , sans celle précaution , ils se déformeraient par leur propre poids.
456 SrR, I.ES FONCTIOîîS
qu’à des raisonnemens subtils , quelques remarques sur les différences qui ont lieu chez les différentes espèces , tant pour la situation du cerveau que pour la forme du crâne. Mais je le répète encore , on ne doit jamais perdre de vue qu’il n’y a que les proéminences du crâne occasionnées par les parties cérébrales , qui aient un sens dans l’organologie.
Chez la plupart des oiseaux, le cervelet se trouve placé derrière les hémisphères du cerveau , et il en est entièrement séparé , PI. I, fig. Il, 5, 7, Dans les femelles, les hémisphères du cerveau sont plus développés , plus larges , plus longs et plus hauts que dans les mâles, et c’est pour cela que le crâné des femelles est plus large, plus long et plus bombé dans la région correspondante.
Mais cette différence n’est bien frappante que dans celles des espèces chez lesquelles le mâle s’occupe peu du soin des petits. PI. LVII , les régions marquées 11 sont, sans exception, plus bombées dans le crâne de la femelle que dans celui du mâle. Le crâne de la femelle offre, dans sa partie supérieure à côté dé la ligne médiane , deux élévations oblongues qui s’étendent jusqu’à la partie qui renfermeles organes de l’ouïe. Comparez le crâne de la poule, fig. 2., et celui de la dinde, fig. 4 avec celui du coq, fig. i , et celui
du coq;~d’Inde , fig. 5. Il est très facile , dans ces espèces , de distinguer les sexes, soit à l’œil, soit par le louclier.
Il faut un œil bien plus exercé pour distinguer les sexes par la forme du crâne, dans les espèces chez lesquelles le mâle et la femelle prennent également soin des petits. Mais meme dans celles-là, la partie postérieure delà tête est plus convexe chez les femelles que chez les mâles, parce queces^premières ont toujours plus d’attachement pour leurs petits que les derniers.
La différence est surtout bien marquée chez celles des femelles qui aiment singulièrement leurs petits , soit en raison de leur espèce, comme la femelle du faisan argenté , ou bien en vertu d’une organisation particulière. Il n’y a pas de paysanne qui ne sache qu’il existe de ces différences individuelles, et qui ne distingue fort bien dans sa basse-cour celles des femelles poules, dindes , cannes, oies, qui couvent et conduisent leurs petits avec assiduité et sollicitude, d’avec celles qui gâtent les couvées et qui négligent ou abandonnent leurs petits ; que l’on compare les têtes de ces qualités opposées, et l’on sera frappé de la grande différence.
L’amateur qui voudra former une collection sous ce point de vue , devra donc connaître son- seulement l’histoire naturelle de chaque
458 SUR LES EOKCTIOSS
espèce, mais il devra s’instruire encore des particularités de chaque individu.
En général, le naturaliste qui veut se livrer à des reclierches organologiques , ne doit pas seulement être instruit des mœurs de chaque espèce d’animaux, mais il doit connaître encore la conformation particulière de leur cerveau, et la forme particulière de leur crâne. Il est impossible que je donne à cette matière tous les déveîoppemens dont elle est susceptible;: je ferais un voluine sur chaque organe et sur chaque qualité ou faculté fondamentale; et cependant les descriptions les plus détaillées ne pourraient jamais être aussi instructives que l’est une collection formée par un observateur attentif. , J’ajouteiai encore ici un mot sur les mammifères.
, Il est à propos de commencer également les observations sur les mammifères , par les plus grandes espèces , et notamment par celles où le mâle ne prend aucun soin des petits’
Que l’on compare le crâne de l’étalon avec celui de la jument: tant que les chevaux sorit jeunes J la partie supérieure-postérieure de la tête de la jument est considérablement plus bombée et plus large que celle de l’étalon. Cbe:5 elle les deux pariétaux se prolongent davantage en arrière, parce que les parties cérébrales placées sous ces os sont plus bombées , plus larges
et plus longues qu’elles ne le sont dans le mâle. Lorsque le cheval avance en âge, il sé forme sûr roccipital une crête osseuse transversale qui fait saillie entre les deux oreilles. Cette crête n’est pas creusé à la vérité, mais comme la partie cérébrale sous-jacente qui la touche à l’intérieur , est plus développée dans la jument que dans l’étalon, et s’élève ou recule davantage,
( selon que la tête a une position verticale ou horizontale y, cette crête est plus élevée dans la jument, de façon que l’on peut distinguer les deux sexes par la seule inspection du crâne.
La même chose a lieu dans le taureau et dans la vache. Voyez PL LIX, ii , ri, fig. 2 , le veau mâle jdig. i , lé veau femelle. Chez le taureau , la partie supérieure de la tête forme, à-peu-près, un arc de cerclé conjointement avec les cornes ; ehéz là vache, au contraire, le sommet de la tête s’élève bien davantage èntre les cornes.
Chez le cerf et la biche , le chevreuil , fig. r, et sa femelle , 2 ,, PL LX V , ii , ii , le bouc et la
chèvre, le chamois et sa femelle, le bélier et la hrehis , le bouquetin ét sa, femelle , et chez toutesr les variétés de . ce ttè famille, la mêmé différence existe dans la conforniation de la tête, chez les deux sexes, tant dans la jeunésse que dans un âge. plus avancé.
Chez tous les; autres animaux, que le mâle
4^0 SUR UES EONCTIONS
s’occupe ou non de soigner les petits , la région du crâne ii , ii , recule toujours davantage chez la femelle , et est moins saillante et plus obtuse chez le mâle^ par exemple y dans les espèces entières des chats et des chiens. PI. LVIII , fig. 3 , est la chalte ; ûg. 4, léchât j fig. 7 , la chienne j fig. 6 , le chien. Dans le blaireau , la martre, le castor, la marmotte, et chez tous les rongeurs ; chez les rats,Pl.LYIII, fig. i, rat femelle; fig. a, rat mâle , la difîerence est souvent plus marquée qu’entre le taureau et la vache. La même chose a lieu chez la taupe, la musaraigne et la chauve-souris, La dilFérence est encore très frappante chez le singe. PL LXV, fig. 4, est le crâne du singe femelle; fig. 3, celui du mâle.
Quand on a une collection de cerveaux moulés en cire d’après nature , ou même en plâtre , on peut non-seulement préciser avec la plus scrupuleuse exactitude la circonvolution qui constitue l’organe de la maternité, mais encore apprécier au juste les modifications de sa marque extérieure sur le crâne. Les différentes manières de placement du cerveau dans le crâne apportent des modifications qui pourraient quelquefois faire hésiter l’observateur pas encore suffi;sarament exercé. Les exemples suivans feront comprendre mon idée : dans le singe , espèce de guenons, les lobes postérieurs des hémisphères
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dépassent le cervelet comme dans l’homme et dans la femme j de manière que le cervelet se Içouve couvert et refoule' sous les lobes postérieurs dont les circonvolutions les plus postérieures , très larges et très bombées , sont l’organe de la maternité; de-là vient que les têtes des guenons femelles sont dans cette région beaucoup plus arrondies et plus bombées en arrière que les têtes des guenons mâles, PL LX V, fig. 3 et 4* Dans le chien , les lobes postérieurs des hémisphères ne couvrent que la moitié du cervelet. La tête de la chienne est , par celte raison, moins bombée en arrière que celle de la femelle guenon , mais toujours plus bombée et plus large vers la région du cervelet, que la tête du chien mâle de la même variété. Dans le chat les lobes postérieurs des hémisphères ne couvrent qu’une très petite partie latérale du cervelet. C’est pourquoi l’organe de la maternité paraît avoir son siège beaucoup plus en avant, surtout sur le crâne. Cet organe est la seconde circonvolution, à commencer par la ligne médiane. Cette circonvolution est toujours plus large et plus bombée dans la chatte que dans le chat, ce que je puis démontrer dans plus de cent têtes de chat de ma collection. Les circonvolutions forment une élévation oblongue sur chaque côté tout du long des pariétaux jus-
46a SUR LES FO N GT ION s
qu’au cervelet. Ces deux élévations sont très visibles et très palpables sur la surface supérieurepostérieure du crâne dé la cbatte. Quoique ces crânes soient encore moins bombés en arrière que ceux des cliiennes, ils sont pourtant plus larges et -plus bombés vers le cervelet que Ceux des chats mâles. PL LXXVI représente, pour ce bütj lecerveau d’une guenon, %. i j le cerveau dhm chat, hg. a ; le crâne d’une chatte avec la marque ii de l’organe de la maternité, fig. 3, et le crâne-d’une panthère également avec i’orgaae de là maternité , désigné N®, ii.
Quiconque voudra se donner la peine de faire une collection d’animaux, tant mâles que femelles , trouvera confirmées j dans toutes les espèces , les remarques que je viens de faire sur la différence des organes de la propagation et de l’amour de la progéniture dans les deux sexes. Je désirerais que tous les jeunes naturalistes commençassent leurs recherches par ces deux organes. L’un et l’autre sont faciles à re-r connaître , ét il est très rare de trouver que, par exception à la règle, un animal mâle prenne, sous le rapport de ces deux organes, le caractère de sa femelle. Il est bon de choisir pour sa collection des mâles et des femelles delà mêine variété , et à-peu-près également âgés , car une grande disproportion ‘ d’âge est une circons-
îaiïce qui pourrait faire naître des difficultés capables d’embarrasser le commençant.
Plus la collection sera nombreuse , plus le jeune naturaliste aura répété chaque observation^ plus il pourra attendre avec assurance toutes les objections; il n’en est aucune qui puisse le déconcerter : chaque pas qu’il fera en avant l’encouragera à poursuivre sa carrière^ et en peu d’années il sera convaincu que l’organologie repose sur des bases inébranlables. " .
ir^uence de la castration sur l’organe de l’amour de la progéniture.
Cabanis rapporte la méthode connue de tout le monde , de disposer les chapons à couver et à conduire les poussins ( i ). « On prend un. chapon, on lui plume l’abdomen, pn le frotte avec des orties et du vinaigre, et dans l’état d’irritation locale où cette opération l’a mis, on le place sur des œufs. Il y reste d’abord machinalement pour soulager la douleur qu’il éprouve t bientôt il s^établit dans ses entrailles une suite
(i ) Rapports du physique et du moral dans l’homme,' a®, édition , 1. 1 , p. i3i.
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d’impressions iuaccoutiimëes , mais agréables^ qui l’attachent à ces œufs pendant tout le tenis nécessaire à l’incubation, et dont l’effet est de produire en lui une espèce d’amour maternel factice, qui dure, comme celui de la poule, aussi long-temps que les petits poulets ont besoin d’une vigilance et de soins étrangers. Les coqs ne se prêtent pas à ce manège : ils ont un
instinct qui les porte ailleurs . »
Gomme la même méthode ne réussit point avec les coqs , il faut que l’opération de plumer le ventre et de le frotter avec des orties et du vinaigre, ne soit pas la seule cause qui provoque dans le chapon l’amour dé la progéniture. Je conçois bien que de semblables procédés peuvent suffire pour réveiller l’activité de certains organes trop paresseux j mais que peuvent opérer toutes ces irritations , là où les organes n’existent pas ? Si dans la poule , comme on veut nous le faire croire pour les mammifères , ce sont les ovaires, etc., qui constituent les viscères dont dépend l’instinct de prendre soin de la progéniture, il doit être impossible de faire naître cet instinct , chez le chapon , par quelque procédé que ce soit. Si, ce que personne ne voudra soutenir , d’autres viscères sont le siège de cet instinct, pourquoi ces viscères sont-ils constamment incapables, dans le coq, de le faire naître?
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JO instinct qui porte le coq ailleurs , ne petit pas non plus rempêcher d’être susceptible de l’amour de^ la progéniture, puisqu’il y a beaucoup de mâles d’autres oiseaux qui couvent les œufs et qui soignent les petits j et les femelles n’ont-elles pas aussi ce meme instinct qui, les porte ailleurs ?
Cette observation doit faire naître chez les naturalistes le soupçon que l’amour de la progéniture dépend d’une partie dont le chapon n’est pas dépourvu. Il est de fait que l’organe de cet amour existe chez les animaux mâles des espèces où le mâle ne prend aucun soin des petits j seulement il est peu développé chez eux. On connaît cependant des exemples de chiens et d’étalons qui ont recherché avec sollicitude les petits qu’ils avaient engendrés, et qui les ont conduits avec tendresse et défendus avec courage. Or, il me paraît que dans ces animaux l’organe de .1 amour de la progéniture acquiert plus de développement par ràblation des parties génitales, et parla diminution du cervelet, qui en est une suite. Que l’on compare le coq et le chapon, le taureau et le bœuf, l’étalon et le cheval hongre,' etc. Depuis que j’ai dit ceci dans mon grand ouvrage, î’ai fait une nombreuse collection de mâles châtrés de plusieurs espèces d’animaux. Chez tous ceux qui ont été châtrés dans la première jeunesse, l’organe de l’amour maternel se trouve