‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 16 sur 17 · jgt · texte numérisé non relu

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(2) Ibidem , p. ï85, 180.

De la sociabilité , tant de Vhomme que des animaux.

La sociabilité est encore un penchant dont , malgré toutes mes recherches, il m’a été impossible, jusqu’à ce moment, de découvrir la condition matérielle. Comme ce penchant est commun à l’homme et aux animaux , il faut que son organe soit encore au nombre des parties cérébrales dont les animaux sont doués aussi bien que notre espèce^ il doit être placé également dans le voisinage de ceux dont nous avons traité jusqu’ici^ ou bien la sociabilité rentre dans leur sphère d’action.

J’ai déjà montré ailleurs ( i ), que les causes que l’on assigne à la sociabilité ne sont point admissibles. La société n’est fondée ni sur le besoin, ni en général sur un calcul d’intérêt. Des animaux forts et puissans vivent en troupeaux, tout aussi bien que des animaux faibles. L’ours noir d’Amérique (frugivore) vit en troupeaux, au Kamchatka, tandis que le grand ours brun vit toujours isolé. Quelques espèces se tiennent en troupes toute l’année, d’autres ne se rassemblent que dans certaines saisons. Il y en a qui

(i) Tome I , sect. II , p. 170 et suiv.

ne vivent en société avec leur propre famille, que pendant l’été et l’hiver, et qui se dispersent au printems, saison des amours. Il yen a beaucoup qui vivent en troupeaux formés de couples; dans d’autres espèces encore un mâle vit entoure de plusieurs femelles. Toutes ces sociétés différemment modifiées sont autant d’institutions de la nature.

Selon toute vraisemblance , la sociabilité Tentre dans la sphère d’action de l’organe de l’attachement, et les divei’ses modifications de la société tiennent à autant de modifications de cet organe. Mais il m’a toujours paru très difficile de déduire de la même source le mariage et la sociabilité. Si , par exemple , l’amour de la progéniture était la cause de la sociabilité, pourquoi la cicogne, le chevreuil , le renard , ne vivent-ils pas en société comme la brebis et f homme? Beaucoup d’animaux vivent en société sans Se réunir en couples pour la vie, tels sont le taureau, le chien, le cerf, le coq; d’autres vivent à-la-fois en couples et en troupeaux comme la corneille et le moineau ; d’autres sont unis en couples pour la vie sans vivre en société, comme la pie , le renard , la martre , le rossignol. Le coq de bruyère et le merle d’eau vivent isolés sans femelle. La perdrix rouge mâle s'e sépare de sa femelle après l’accouplement, quoique

SUR UES E O îf C TI O K S

cette variété vive en troupeaux. L’alouétte împée vit solitaire , ralnuetle commune en trou^ peaux , au moins pendant Vautomne et pendant l'hiver. Le roitelet ( troglodyte d’Europé ) , la mésange; des marais , la penduline , le rémis , vivent isolés. La mésange charbonnière ( grosse mésange) , la mésange bleue , la mésange àtlongue queue, la mésange barbue , le jaseur , le roitelet ( motacilla regulm ) , vivent en troupeaux, Leblaireau vit isolé, même de sa femelle. Feut-on encore ici avoir recours à une simple modification de i’organe de rattachement? Il en coûte sans contredit de convenir tant de fois ,do son ignorance,* mais il est prudent d’attendre que le temps nous éclaire.

J’ai comparé les crânes delà plupart des animaux cités ci-dessus , ainsi que ceux de plusieurs; autres, dont les mœurâ sont très différentes sous le rapport de la sociabilité ou dé la vie solitaire. J’ai comparé, par exemple, le grand corbeau noir (solitaire) avec les corneilles et le petit corbeau ^ le cboucas vivant en troupeaux , avec la pie , qui ne vit en société qu’avec sa famille. Jè ne puis pas affirmer que cet examen m’ait mis hr même de distinguer , par l’inspection du crâne , ^les animaux vivant en société, d’avec ceux qui vivent solitaires : malgré cela , il me paraît très probable que le penchant à vivre en société ren-

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Ire dans la sphère d’activité de l’organe de l’attacherhent.

Certaines personnes sentent un besoin particulier de vivre tensppiélé. Tout ce qui les Jenvironne acquiert successivemènî plus de prix à leurs yeux, Elles s’attaehent à leur demeure , à leurs vêtèmens- C’estrun tourment pour elles de quitter les: individus..qu’ elles, a vaîen t l’habitude de yoircQoi.ne eonnaît la. niÉdadie dm pays, si pénible.,c|;, même si Hieurtrière? Cpnceyrait-on , sans le- penchant de Ta;ttaGhem ent , que des hoinmes transplantés;; des climàts les plus sauvages , sous le plus beau ciel, >et au milieu de toutes les jpuissanGes se sentent consumés du désir dé revoir leurs montagnes de glace, et de s’abreuver encore d’iiuile jde .poissén? D’autres s’isolentv§u milieu deda foulé et des objets les plus divers î rien üe les attache ils changent avec indifféreaee de -société, de demeure, de sréjaur. D’après cela Tprgâne de rattaehemeat n’aurait que de . miaimum de' développement , chez ces misanthrppe£t,-qui , comme Timon et Apomante , preaaent ien haine tout commerce avec les homjnes, - ;j

JDu siège et de V apparence extérieure Vorr^ gahe de V attachement.

Ce sont les circonvolùtidns âü ' cerveau marquées, iii, PL VIII , PL IX j PL X , '^ui constituent cet organe j elles sont placées, d’ordinaire, entre l’organe de l’amour delà progéniture,' et celui de la défense de soi-même et de sa prô^ priété; ou bien , à droite et à gaucîie, et en dehors de l’organe de Fàmour de la progénitüre. Lorsque l’organe de l’instinct de la propagation est fortement développé dans sa partie supérieure, l’organe de l’attacbement sè trouve placé un peu plus haut que celui de l’amour de la progéniture. - - ' :i; .

Dans le crâne , il est placé au milieu^ du- bord postérieur dii pariétal , et forme , lorsqu’il -est avantageusement développé , deux proémi -: nences annulaires distinctes , ou du moins le crâne est large et bombé dans cetté région. Lorsqu’au contraire l’organe de ràttacbéitnènf est très peu développé, le crâne est, dans la même région, étroit et enfoncé.

Voyez Pi, LXII, le crâne d’un bommé connu par la tendresse qu’il avait pour ses amis , et qui même en mourant leur laissa encore des preuves de son attachement.

Les femmes sont d’ordinaire plus dévouées à

DU CERVEAU. 4g5

leurs amis que les hommes , et déploient une activité infatigable pour leur rendre service. Quiconque a gagné l’amitié d’une femthê, est sur de la réussite de l’affaire dans laquelle elle le sert J les hommes se rebutent bien plus facilement en pareil cas. Cent fois en ma vie j’ai eu l’occasion d’admirer dans des femmes la plus généreuse activité en faveur de leurs amis. Qui n’est étonné du courage que montre une femme lorsqu’elle voit menacé de - dangers imrainens un mari dont la légèreté l’a peut-être trahie mille fois ? Qui ne connaît à ce sujet des exemr pies du. plus héroïque dévouement? Rien ne coûte à une femme pour servir son ami. Lorsqu’il est question de sauver son frère , son époux, son père, elle pénètre dans les prisons, elle se jette aux pieds du souverain. Telles sont les femmes de nos jours , et telles Fhistoire nous .peint cellés dè l’antiquité. Heureux, je le répète, celui qui a unerfemme pour ami !

L’organisation de la tête de la femme répond parfaitement à ces sublimes qualités. La plupart des crânes de femmes sont, dans la région indiquée, plus larges que les crânes d’hommes.

Cette région est également plus large et plus bombée chez les animaux susceptibles d’un grand attachement, que chez' les autres. Le crâne du

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chien- est particulièrement remarquabîe à cet égard; On peut s’en convaincre eniformant une collection de crânes de chiens, ;dont les uns étaient très- attachés à leur maître , et dont les autres étaient vagabonds par inclination. Get organe est singulièrement développé chez le phoque, quinon-seulement est très isusGeptiMe d-attaehement , mais qui vit aussi.én société, te crâne déjà ■brehis,, si : sociale , se; dîslingùe; sous ce rapport d’nne manièreirappante de celui du chevreuil , qui vit à la vérîté avec sa famille , mais qui ne se réunit point en troupeaux. ■ : •

, Le crâne du moineau , du pigeon , de l’étour^ neau,i de la corneille.,; du choucas. (: corvus m&tibdula Linn.'), est-dgalement .plus large dans la région indiquée que'^cèlui du bruant, du merle/ déjà pie, du faucon , de l’aigle. Le perroquet a eetîu fégion [très large et très bombëet ; - . - Quoiqu’il soit extrêmement-’ difficilè de ' rer cueillir sur cetteiimatière, - cbes? riiomiiie, un êertain nombre; id’observations qui ne laissent rien à désirer , il n’en est pas moins vrai que rhistoire naturelle dé l’homme et des animaux eoncourt uvec la forme des têtes , tarit des liom-' mes que des brutès,..pour prouver que l’atlachementbu ramitié'doit être considéré comme une. qualité fondamentale, et que l’organe de

cette qualité a son siège dans la région indiquée du cerveau et du crâne.

M. Demangeon , qui a fait une analyse très exacte de mon grand ouvrage (i), ajoute ses propres reflexions critiques sur divers objets. Je ne. négligerai aucune de ses remarques dans la suite de cette édition. Quant à l’organe de l’attacbement, voici ce qu’il en dit : « Nous voyons que l’attachement réciproque des animaux entre eux est basé sur rinstinctgénératif , et sur la ressemblance et l’accord" de leurs autres goûts et intérêts, c’est-à-dire sur une analogie de senlimens qu’on appelle sympathie. L’organe de l’attachement ou de l’amitié de nos auteurs, n’est peut-être que la sympathie renforcée par l’intérêt, l’espérance, la reconnaissance, etc. Dans cette supposition y aurait- il un organe spécial de la sympathie , ou celle-ci serait-elle le résultat de plusieurs facultés semblables , ou au moins propres à faire apprécier dans les autres des qualités qui flattent nos goûts, nos penchans et nos habitudes? Ce qui le ferait croire, c’est que pour être bien avec lés autres, il ne faut pas

( I ) Tableau analytique et critique de V ouvrage du docteur G ail , sur les nerf s, le cerveau, et leurs fonctions automatiques et intellectuelles', par J. B. Demangeon. A Baris 5 chez l’auteur, rue , dé Cléry, n°. 29.

contrarier leurs fantaisies ni leur amour-propre^ et voilà pourquoi la flatterie a tant de succès ^ surtout lorsqu’elle est fondée sur une identité de goûts et d’opinions, ou qu’elle simulé adroitement cette identité. Il est certain aussi que le cliien , qui a un grand nombre des goûts de rbomme, s’attacbe d’autant plus fortement à celui-ci, qu’il est plus entendu 5 et il est d’observation que la bonhomie et la bienveillance, chez les hommes, ne sont pas l’apanage des esprits les plus bornés. D’après cés considérations, il ne serait pas déraisonnable de faire découler d’une même source la sympathie, l’attachement pour les petits, l’amitié et la bienveillance. Cela expliquerait assez bien pourquoi une même religion , un même langage, un même gouverner meut, les mêmes mœurs, un même pays, une même profession , les mêmes opinions, un même danger , donnent de l’énergie à la bienveillance, à la sympathie et au patriotisme, que diminuent ou détruisent les faveurs, les privilèges, les différences des conditions , et tout ce qui tend à empêcher le rapprochement des hommes entre eux. Jamais un équipage composé de maîtres et d’esclaves , ne donna l’exemple d’un patriotisme exalté et unanime tel que celui du vaisseau le Vengeur. \ja. sociabilité , qui se renforce par la sympathie aussi bien que par le besoin de la pro"

pre conservation, semble avoir une origine mixte , et s’étendre ou se restreindre selon que le principe de la conservation individuelle, dont la propriété est un moyen, coïncide plus ou moins avec la sympathie , d’où découlent la vanité et toutes les frivolités que l’on nomme jouissances sociales. Voilà pourquoi l’homme , dont les besoins sont bornés et peu variés , de même que celui dont la société contrarie les gonts , se concentrent volontiers dans leur famille , ou se restreignent à n’avoir qu’une compagne pour société. ]*) - i : <

La tendance d’abstraire et de généraliser est si naturelle à l’homme , que je conçois très bien la difficulté que je rencontre partout de faire aéopter lés particularités les plus disparates. Cette difficulté pèsera toujours sur ceux qui, finnt leur attention à l’homme seul, méprisent rfcoiipmie des animaux. L’attachement réci-, poque des animaux n’est certainement pas basér ar rinstinct généra tifj car il s’en faut de beau-- (oup que tous les animaux qui ont l’instmcV génératif, aient aussi celui de rattachement, soit pour les femelles de leur espèce , soit poçri les petits engendrés. Sans répéter les exemples que j’ai déjà cités dans les Traités précédens , n’y a-t-il pas même des hommes qui , se livrant avec passion à l’instinct généra tif, ne; , spnt

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SVR Ï-ES EONCflONS

susceptibles d’aucun attachement ni pour une femme , ni pour les enfans ? Et l’instinct génératif quel rapport a-t-il entré un chien et un maître , entre deux bœufs, entre deux jumens, entre un lion et un chien, enfin entre deux hommes et.deux femmes, entre frères et sœurs , etc.? J’accorde que rintërêt, la reconnaissance, l’analogie des goûts et' des sensations, la sympathie, renforcent l’attachement. Mais si. ce sentiment n’existait pas préalablement , comment ces circonstances le créeraient- elles ? L’instinct génératif est certainement provoqué et renforcé par les charmes de l’autre sexe ; mais tous les^ charmes imaginables duraient-ils le créer là où il n’existe pas ? Ne relevons pas la singulière prétention de M. Demangeon , que le chien s’attacle d’autant plus facilement à l’homme qu’il et plus entendu, et que la bonhomie et la biaveillance ne sont pas l’apanage des esprits Is ' plus bornés. Pourquoi confondre la bonhomit, la bienveillance avec l’attachement? Si nous voulons du bien à ceux auxquels nous soiomei attachés, nous ne sommes pas attachés ni à tous les hommes , ni à tous les animaux pour lesquels nous avons de la bienveillance. Et comment ces idées dé sympathie, d’égalité des goûts et des sentimens , d’intérêt et de reconnaissance, trouveraient- elles leur application à

DU CERVEAU. ' Soi

Vattacîiemeut pour notre pays natal? Il serait donc déraisonnable de faire découler d’une même source l’instinct génératif , la sympathie , l’attachemént , l’amour pour la progéniture , et la bienveillance ou la bônhomie.

Si M. Demangeon avait eu devantles yeux la vie sociale des moutons, des chevaux, des vaches, des poissons , des insectes , des moineaux , des chamois, des étourneaux, etc. , il aurait raisonné tout autrement sur l’instinct de la sociabilité j ainsi, si l’homme seul vous paraît souvent problématique, cherchez la solution de vos difficultés dans le reste du règne animal.

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