‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 15 sur 17 · III. Attachement, amitiés Historique de la decouverte · texte numérisé non relu

III. Attachement, amitiés Historique de la decouverte

On m’engagea à mouler, pour ma collection, la tête d’une dame qui était, me dit-on, le modèle de l’amitié. Je la moulai , plus par complaisance que dans l’espoir de fàire quelque découverte , et je m’appliquai à en rendre tous les détails. En examinant cette tête, je trouvai deux grandes proéminences en segment de splière", à côté de l’organe de l’amour de la progéniture. Goipme jusque-là je n’avais jamais vu ces proéminences, qui cependant étaitmanifestement formées par le~ cerveau, et très symétriques j je dus les regarder comme un organe

cérébral t mais quelles sont les fonctions de cet

organe?

Pour me mettre à même de saisir quelque aperçu à cet égard , je pris, chez tous les amis delà dame, des informations sur ses qualités et ses facultés. Je tâchai d’apprendre d^elle-même quels penchans et quelles facultés elle pensait ayoir. Tout s’accordait à me confirmer qu’elle avait un attachement inviolable pour ses amis. Quoique sa fortune eût éprouvé de grands chaiigeniens, à différentes époques, et qu’à plusieurs reprises elle eût passé de la pauvreté aux honneurs, ses sentimens pour ses anciens amis ne s’étaient jamais démentis. Ce trait caractéristique m’avait frappé. L’idée me vint que la disposition à rattachement pouvait bien aussi être fondée sur un organe cérébral particulier. Cette idée acquit d’autant plus de probabilité pour moi , qne les proéminences que j’avais remarquées dans la tête de la dame, étaient placées immédiatement au-dessus de l’organe de l’amour physique , "et à côté de celui de l’amour de la progéniture, et que ces trois sentimens ont quelque analogie entre eux. Quelle que soit la difficulté de faire des observations exactes dans l’homme , surrorganeen question, et sur ses fonctions, l’idée que rattachement et l’amitié dépendent d'un organe cérébral particulier, acquiert un

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degré de vraisemblance tel , qu’il équivaut presque à la certitude.

Histoire naturelle de V attachement et de V amitié chez l’homme et,phez les animaux.

L’on m’accuserait avec raison de calomnier la nature buniaine, si je mettais en doute que le penchaiit à ramitié est une qualité essentielle à l’homme. Il n’est personne qui, fort du témoignage de son cœur, ne rejette'avec dédain Tidée abjecte que c’est le seul besoin de secours mutuels qui attache les hommes les uns aux autres; que l’état de société n’est du qu’à l’intérêt et à l’instinct de la propagation. L’histoire ne nous offre -t-elle pas des exemples du plus noble -dévouement, d’amis se livrant en otage pour leurs amis? La fidélité inviolable dans l’amitié commande quelquefois notre admiration pour les criminels, même les plus dépravés. On en a vu supporter les tortures, et braver la mort plutôt que de trahir la foi qu’ils avaient jurée a leurs complices.

Celui qui cannait l’amitié , s’épanouit dans le monde extérieur. Il ne se sent heureux que dans un cercle d’aniis ; son ami est pour lui le bien suprême; il est prêt, à chaque instant, à tout faire, à tout sacrifier pour lui, mais il en attend les mêmes sacrifices. Le bonheur de son

47^ SUR LE'Ï; rONCTlOKS

ami est^e sien propre j et ses chagrins dévien-^ lient ceux de son ami ; son cœur est inaccessible ~ à l’envie, à la malignité.

Où peut-on couler des jours plus heureux, qu’au sein d’un peuple chez lequel l’amitie est une vertu journalière ? Dans un banquet , dans un eerde, partout on trouve des amis , partout le cœur s’épanche, et partout on est payé de retour. De maître, le subordonné , les domestiques ne forment qu’une seule famille j la félieitéde l’un est l’affaire la plus importante- de l’autre ,* répandre le bonheur sur ses semblables est une jouissance aussi vive que recevoir un bienfait des mains de l’amitié.

Mais encore ici tout le monde connaît la grande différence qui existe d’un individu à l’autre, et même d’ün pays à l’autre. Il est des hommes qui n’ont jamais éprouvé le sentiment de rattachement, et qui trouvent mil lé'prétextes pour excuseu leur froide indifférence. Je connais un homme qui m’a souvent assuré qu’il était une énigme à luimême. Il a un caractère des plus doux, étant pénétré de bienveillance pour toutes ses connaissances, et aimant les enfans jusqu’à la folie. Pour soigner un malade il passe jour et nuit. Rien ne le rebute j mais jamais il n’a pu se&ire tine idée de ce qu’on appelle amitié, attachement. Quoique toujours élevé an.sein de. sa nombreuse

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fanaïile J jamais une séparation, soit par un y soit par la mort , ne lui cause la moindre sensation pénible. J’en connais d’autres que la nouvelle inattendue , ou d’un malheur, ou du décès de leurs plus intimes liaisons n’a jamais > pu émouvoir. Et qui ne connaît pas ces égoïstes pour qui leur wot est tout l’univers, qui appréhendent meme Ettuion conjugale pour ne pas s’imposer quelque obligation assujettissante et préjudiciable à leur intérêt exclusif ? Qui ne connaît pas la différence qui existe entre une ville, où les liaison^ amicales font les délices de la société , et une ville où l’égoïsme remplace les rapports réciproques d’amitié ; où le tour^ billon des affaires , l’empressement de faire fortune , les dissipations de tout genre, étouffent les moindres symptômes d’attachement ; où des formules de politesse, un langage exagéré et vide de sens, sont substitués aux véritables sentimens j où de vaines protestations tiennent lieu de bienveillance; où tout individu n’est pour un autre qu’un instrument de plaisir, qu’un jeton nécessaire au calcul de l’intérêt; où tous les bons services qu’on vous rend , sont des services de spéculation, et où pour i le plus frivole avantage on rompt avec indifférence une liaison de plusieurs années; où le père, la mère , l’époux, le frère , la sœur , etc. , que la mort vient d’en-

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lever, sont oubliés dès l’instant que la terre les couvre j où rappeler leur souvenir, c’est blesser les convenances , c’est commettre un grand acte d’imprudence, parce que ce souvenir réveillerait peut-être quelque sensation désagréable?

La plupart des animaux sont susceptibles d’attachement, sinon pour l’homme , du moins pour d’autres animaux. L’on a observé souvent que des chevaux ou des bœufs maigrissent, lorsqu’on dépareille le couple accoutumé. Souvent on voit dans lestroupeauxcertains individus se tenir constamment ensemble. On nous a fait remarquer, en Danemarck, dans un haras , que ce sont toujours des chevaux du même poil qui s’associent spontanément. L’attachement des singes, tant pour des animaux de leur espèce que pour l’homme, surpasse toute idée. Tout le monde connaîtcette petite espèce de perroquets, que l’on appelle les inséparables , parce qu’ils meurent souvent lorsqu’on les désunit. Tout le monde a pu admirer l’amitié qui règne quelquefois entre un tigre et un chien , un lion et üU . chien ^ un cheval et un chien, ou entre deux chiens. Un phoque que j’àVais depuis peu de jours , m’était déjà tellement attaché , que lorsque je sortais il faisait tous ses efforts pour sauter de son baquet afin de me suivre. Le chien defend jusqu’au dernier soupir son maître, qui

souvent a 1 ingratitude de le maltraiter. il meurt de douleur et de faim sur le tombeau de son maître cberi j et après des années encore il se jette avec fureur sur ses assassins (i). Il y a des exemples, et ces exemples ne sont pas très rares, de chiens morts de la joie que leur causait le retour de leur maître , et d’autres qui , ayant trouvé inopinément leur maître mort j ont succombé à l’instant au saisissement et à la douleur. Dans un chien mort de cette manière , on trouva le cœur crevé. On â vu des loups privés ressentir un tel chagrin de l’absence de leur maître, qu’ils refusèrent obstinément toute nourriture , et moururent de faim.

Il existe de grandes diversités relativement à ce penchant, chez les animaux comme chez l’homme. ïl est des chiens à qui l’on ne peut faire oublier leur premier maître; on a beau les envoyer dahs Une autre ville à une distance très considérable , ils reviennent , et leur attachement est plus vif que jamais. D’autres, au contraire, courent de maison en maison , d’une personne

(i) Le chien d’un soldat qui avait été tué en duel, passait les jours et les nqits sur le tombeau de son maître; toutes les tentatives pour l’en éloigner furent, infructueuses, et l’on finit par construire sur le tombeau une niche pour cet animal fidèle.

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de leur connaissance à l’autre , sans être jamais fidèles, à aucune : il en est de même de tous les animaux. J’ai toujours eu un grand nombre d’oiseaux J d’êciireuils , etc. : les uns n’avaient presque pour moi que de l’indifFérence , et les autres me témoignaient le plus vif attachement. / Toutes ces observations concourent à prouver que l’amitié n’est point du tout, comme quelques personnes le prétendent , un sentiment fondé sur les calculs de l’intérêt, ou sur une sympathie prenant sa source dans un rapport de la manière de penser et de sentir; les faits nous forcent d’admettre que ce sentiment est dû à une qualité fondamentale. *

Sur le mariage , chez Vhomme et chez les animaux.

Il est extrêmement difficile de découvrir la sphère d’activité tout entière d’un organe ou d’une qualité ou faculté fondamentale. J’ai longtemps comparé les crânes de tous les animaux que j’avais à ma disposition , et de, toutes les personnes que j’étais à même d’observer , pour apprendre en vertu de quel organe l’animal et l’homme contractent un mariage pour la vie. Le mariage à été institué par l’auteur de tout ce qui existe , mais il n’est guère possiblu’que ce ne soit

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pâs au moyen d’une organisation particulière. Cépendant je suis toujours én doute' si inès idées à cet égard sont éntièrement'^conformes à la nature. Ici je suis obligé de me "Udntéiiter dé vrâisémbianées , et toutes les lois quë ' ^e nev puis m’appuyer dé faits à cita qàd pas , jè tf avancé ^ti^vec la plus^ànde timîditë.t ^

; La plupartcdë mës lééteurs tfont^pas l’ideé que le mariage eMstèditez lés ' ariîmàül^^ ^et Fon pële^egardey cbek notre espèce 4 ^ue comme un produit desr iriàtitutions socialès ; L’ bomme né veut toujours pas sé ‘pér.suadêr ènCOre que j ;dè queîqué mâniérè^qn’il agisse , c’est îe doigt dë Bien qui lui iniprime le premier induvémenf. ;

' - Gëftains ariiûiâüxy tels quèlfrfauréau ^ l’étalon] le chien, hè^approebent dé la- feméilé de îèifr espèce - ^ué lorsqu’ils' ressentênt le Bésoin dé s^âccoupléry ne sàtisfènt pas leürs'désirs èxéîasivëméQt'^ècniie sèûlé ^'dt ces désirs satisfaits 3 il tfy a plus^' aüëun attacbëÈnentdntre- le mâle et la fômelle-, chacun d’êta-#: vivrd de séht ëoté.

- B’autres airimâuA;,' au cbhtraîro, dès qubls sentent naître les désirs amèui^eux y font eboix-, entre plusieurs-femelles d’-une. . seule vers da-; quelle- ils paraissent attirés par une espèce de sympalbiey et jusqu’à ce qu’ils en, aient acquis la paisiblepossession, ils combatlent.avec ardeur les autres mâles qui prétendent leur disputer la

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conquête de ceUe qu ils ont choisie. Dès ce moment, Tunion est conclue pour la vie. Conjointement avec leur compagne , iis soignent les petits nés de cette union, jusqu’à ce que ceux-ci soient en état de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance. Lorsque le temps de la propagation est passé, le couple reste dansrunion la plus tendre j il faitensemble ses voyages j lorsque ce-sont des animaux qui vivent en troupeaux, ils se tiennent toujours l’un près de l’autre. Au printemps , ils se livrent de nouveau à l’amour, et ils continuent de même tant que l’un et l’autre existent. Ce n’est que lorsque l’un des époux a péri, que l’autre fait un nouveau choix. G’ést dans une union semblable que vivent le renard, la martre, le chat sauvage, la taupe, l’aigle, l’éperviel* , le pigeon , la cigogne , le cygne ( x ) , le rossignol, le moineau, rhirondelle, etc. Le mariage, pour la vie, est donc, commandé par la nature à tous ces animaux; il le serais, aussi à l’hommé, si notre espèce , en raison de la muïjtiplicité de ses penchans, n’élait pas sujette à tant de modifications.

(0 Gn dit même que chez le cygne sauvage l’attachement réciproque des deux époux est tel, que lorsque l’arî d’eux périt, le survivant se condamne à un célibat volontaire pour le reste de sa vie.

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Après cet exposé , le lecteur ne s’étonnera pins si je m’applique à recliercliér la cause orga-nique delà dififérence qui existe à cet égard dans le genre de vie tant des animaux que de l’homme. Le mariage résulte-t-il dé l’action d’un organe unique? Résulté- tdl de l’action simuitanéé de plusieurs organes? Quel est l’organe, ou' quels sont les orgànes'dont Faction le détérminu?

M. -le docteur Spurzheim croit pouvoir prononcer sur ces: questions j il pense que c’est rattachement et l’amitié; que le male et lalfemélle ont Fun pOur l’autre y qui lés déterminent a né point se quitter après que l’instinct dè là propagation est satisfait, ^ et à: rester unis même hors du temps Ses: amours: ^f):.

Je serais bien :±enté dé professer lâ'mémé opinion, mais j’avoueqtie- les faits meparaissènt de nature ;à inspirer guelquei mefiancei Le chien j modèle de rattachement parmi des animaux , e t très ardent dans/ses amouiis^ ne vit pas dans Fêtât' de .mariage.,' Il est vrai que quelquefois une chienne' n’accorde ses faveurs qu’exclusive— ment à un seul chien, mais ces; cas sont très ra- , résj et quant aux chiens mâles, ije doute qu’on ait jamais sujet de, ieUer: leur fidélité en amour^

(i) The physibTrôrttîcat System, of Dçctor Gall and Spurzheim, 2?. édition, pi 3oo. '

SUR LES FONCTIOKS

J’ai dit plus haut que des bœufs, des clievaus sont susceptibles de beaucoup d’attachement,

tant pour d’autres animaux que pour rhonïme, et cependant il ne paraît pas que chez ces animaux: j meme dans Fetat de nature, un mâle' et une femelle s’attachent partieuiierement l’un à l’autre.;: , V -, . r ' VÆ-.i

M. le docteur Spurzheim répond é cela que ces modiÊcaticrns; dans les mteurs proviennent d’une-simple modification du Forgane de'Faitachemenfc^ le aeUs de l’odàrÊdi;et du gput sont aussi , dit-il j, modifiés ' diffécemmenl chez les frugivores eh chez -les carnassiers. iS:;:- ; i Il est certain qu’il existe dans les difïerontes espèces d’animaux des ifiDdificationsrideirorgane de l’attachement., Gertaihs: Unimaüx' ont de la préférence y Fattaehement pour des individus de .leur espèeo.j d’autres Jse prennent d’amMé plutôt pour ;des. animaux d’unoautre espèce j ou pour rhomme fie cluen v par exemple, 'meis’attâ^ che qu’à son maître: et aux personnesque celùi-ei a Fhahilude de Lvoir;: mais je- n-osérais affirméf que l'èiEïariage: puisse être expliqüd üniquèmeut par des.modificationsr.de-eette espèce. Ihésf de fkitcque Forgàne de Fattachémenh est plaCé près de ceux de l’instinct de la propagation et de mour de la progéniture^ et s’il e^ste un organe du mariage, il doit être placé près de ces trois«

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L’instiüct de la propagation et l’amour de la progéniture, nous sont communs avec les animaux y les organes de ces penclians doivent donc être au nombre des parties cérébrales dont les animaux sont doués aussi bien que nous.

B est certain encore que là où le mariage existe , il y a aussi attaçbement et amitié; mais il n’est nullement vrai de dire que le mariage ait lieu chez tous, les animaux susceptibles d’attachement et d’amitié. Les faits prouvent meme le contraire. ■

Si je pouvais avoir pleine confiance dans mes connaissances en histoire naturelle, j’émettrais de mon côté unenpinion.

II me paraît que dans toutes les espèces où le mâle et la femelle concourent, l’un et l’autre, à soigner les petits , il y a mariage pour la vie ; que dans les espèces, an ebntraire, où le mâle se contente de procréer les petits, sans concourir en rien à leur éducation, la preimère femelle venue lui sert à satisfaire ses désirs, et que le but essentiel de la naturn se trouve rempli sans le lien du mariage.

Les mâles de certaines espèces qui vivent dans l’état de mariage, ne sont pas capables d’aider à nourrir les petits; le chevreuil et le lapin de garenne en sont un exemple; mais ils défendent la femelle et les petits contre leurs.

ennemis , lèchent et caressent les petits comme

la mère.

Les perdrix vivent en famille jusqu’au moment où les petits sont capables de se propager; le mâle en est le*conducteur ; lorsqu’il est tué, la famille privée de son chef devient en entier la proie du chasseur.. Lorsqu’il échappe au danger, le chasseur ne réussit pas à faire lever la famille une seconde fois, parce que le conducteur lui fait passer sur-le-champ la frontière. Le mâle prend soin des petits comme la femelle; comme elle il les garantit de la pluie avec ses ailes.

Pendant que je passe en revue les mœurs des animaux, sous ce point de vue, le coucou me fait naîtrè quelques doutes.

La plupart des naturalistes paraissent admettre que le coucou vit dans l’etat de mariage; je n’ai pas pu m’en assurer jusqu’ici. Comme il ne couve ni ne nourrit ses petits , et qu’il abandonne entièrement sa postérité aux soins des autres oiseaux , il semblerait que la nature eût agi sans but, en instituant chez lui le mariage. On prétend avoir vu en Angleterre le, coücou femelle couver lui-même ses œufs , et noürrir ses petits ; mais jamais on n’a vu, de mâle se joindre à la femelle pour partager avec elle le soin des petits. J’ai très squvenj observé cet oiseau dans le temps de ses amours : il est extrêmement ardent j

DU CÊRVËAtT. 487

il J en a le plus souvent plusieurs (jui se poursuivent réciproquement^ ;cependant jamais je n ai pu m assurer si le mâle satisfait ses^ désirs avec une seule femelle ou avec plusieurs.1.

Il existe des hommes et des femmes qui, sans cause . extérieure accidentelle, ont de l’aversion pour le mariage. Si Fon pouvait lire au fond de leur cœur, on j trouverait peut-être le mot de l’énigme. De telles, personnes sont-elles incapables d’attachement et d-amitié? Craignent-elles les charges quimpose une famille? Sônt-ce des égoïstes.auxquels on peut appliquer leimpiusut cuculus P ater general atque relinquit ? (li)

Nous pourrons prononcer plus hardiment sur ce point , ainsi que sur plusieurs autres, lorsque nous aurons des connaissances plus étendues sur les mœurs des animaux. IJ y en a beaucoup dont nous ignorons encore , à l’heure qu’il est , s’ils vivent du non dans l’état de niariage; il y en a d’autres que nous voyons. errer célibataires, uniqüèment peut-être parce qu’on ne les aban-

( i) llest des personnes qui nerefusent de se marier que parce qu’elles n’ont pas pu obtenir la main de l’objet de leur amour. Ce cas n’est peut-être pas très fréquent, mais il existe. Ces personnes-là ne paraissent incapables d!un attachement durable que parce qu’elles sont dçjà irrévocablement attachées pour la vie.

donne pas à la nature, et que l’on tue plus de mâles de leur espèce que de femelles. Il y a tek, animaux , cdinme le chien et le chat, qui peutêtre vivraient dans une union durable avec une: femelle, V si leurs, petits ne trouvaient pas une nourriture abondante dans nos maisons. Le chat sauvage, autant que je sais, vit avec une seule femelle ; du moins le loup vit-il dans certains cas dans l’état de mariage j je possède les crânes d’un loup et d’une louve que Ton avait vus ensemble plusieurs années de suite. Ce que je viens de dire sur le mariage, suffira pour faire com-, prendre au lecteur pourquoi je ne parle de cette matière qu’avec beaucoup de réserve.

Aliénation de V attachement.

Un développement excessif de l’organé de rattachement peut prédisposer à la manie : une paysanne devint trois fois aliénée; la première fois à la mort de. son frère, la seconde à la mort de son père, et la troisième après lâ mort de sa mère. Après qu’elle fut rétablie pour la troisième fois , elle: vint me consulter ; comme elle était très religieuse, elle se plaignit à moi de sa mailieureuse disposition à s’affliger de la perte des personnes qui lui sont chères, plus que ne le

permet la religion , preuve évidente qu’elle avait succombé a sadouleur, quoiqu’elle l’eût combattue, par les motifs qui étaient à sa portée. M. le professeur Pinel rapporte quelques exemples semblables : « Un jeune homme, dit-il, à la suite d’autres événemens malheureux, perd son père, et quelques mois après une mère tendrement chérie : dès-lors une tristesse profonde et concentrée,, plus de sommeil , plus d’appétit, et peu à peu explosion d’un état maniaque des plus violehs (i). »

a Deux jeunes réquisitionnaires partent pour l’armée , et dans une action sanglante l’un d’entre eux est tué d’un coup de feu à côte de son frère , l’autre reste immobile , et comme une statue à ce spectacle. Quelques jours après on le fait ramener dans cet état à la maison paternelle ; son arrivée fait la même impression sûr un troisième fils de la même famille; ]a nouvelle de la mort d’un de ses frères , et l’aliénation de l’autre, le jettent dans une telle cdnsternalion et une telle stupeur, que rien ne réalisait mieux cette immobilité glacée d’eiffroi qu’ont peinte tant de poètes anciens et modernes ( 2 )• »

(1) Pinel, de l’aliénation mentale^ 2®. édit. , p. 212,

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