‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 2 sur 17 · III. I · texte numérisé non relu

III. I

2 SUR UES FONCTIOHS

toutes les parties qui constituent rorganisme animal, le cerveau est la seule que Ton doive regarder, exclusivement, comme rinstrumeut de l’exercice des qualités morales et des facultés intellectuelles.

J’ai prouvé, enfin, que le cerveau est composé de plusieurs organes, d’autant d’instrumens matériels particuliers, qu’il existe de qualités morales et de facultés intellectuelles essentiellement distinctes. ,

Maintenant , il est question de savoir si , dans la doctrine des fonctions cérébrales, nous devons nous en tenir à des principes généraux, ou s^il existe un moyen de déterminer les fonctibns de chaque partie du cerveau , et de fixer le siège de chacun des organes des qualités morales et des facultés intellectuelles fondamentales.

Tous mes devanders, meme ceux qui admettent la pluralité des organes de l^âme, ont échoué dans leurs tentatives pour déterminer le siège de chacun d’eux j et c^’est en examinant la forme des crânes et des têtes , et en la comparant aux qualités morales et aux facultés intellectuelles dont les sujets étaient doués, que j’y ai réussi.

Comment cela est-il possible? Existe-t-il donc un rapport ou une correspondance déterminée entre le cerveau, le crâne et la tête? La possibilité de résoudre cette question , suppose que

£>U CERVÊÀÎT, 3

les organes de l’ame sont situés à la surface du cerveau; qu’ils sont plus ou moins déprimés, plus ou moins applatis, plus ou moins élevés, plus gros ou plus petits , selon que l’exercice de leurs fonctions est susceptible de plus ou moins d’énergie ; que ces, variétés de forme des parties cérébrales individuelles se prononcent sur la surface du crârie et de la tête : assertions qui demandent à être rigoureusement prouvées.

J’ai démontré, dans le deuxième volume (i), qu’il J a disposition à un exercice d’autant plus énergique des fonctions, que l’organe sain, choses égales d’ailleurs , a reçu un développement plus considérable; et je suis entré à cet égard dans tous les détails nécessaires.

Les observations suivantes serviront de réponse à la question : Jusqu’à quel point est-il vrai de dire que les organes de Tâme sont situés à la surface du cerveau ?

Il faut se rappeler que chaque nerf, après avoir été suffisamment renforcé, se ramifie et s’épanouit dans la partie où il doit exercer son -action. Les nerfs de la sensibilité et des mouvemens s’épanouissent dans la peau et dans les muscles; les nerfs des sens, chacun dans l’ins-

(i) Page 322 et suivantes.

4 SUR ÎES FONCTIONS

trument extérieur auquel il appartient j par exemple^ le nerf olÊictif dans la inembrane pituitaire des cornets du nez ; le nerf du goût dans la langue J l’épanouissement du nerf optique forme la rétine.

Cette partie, dans laquelle le nerf supanouit, n’est pas, à la vérité, tout l’organe j mais de l’étendue de l’épanouissement on peut inférer la grosseur du nerf lui-méme. L’épanouissement du nerf olfactif, cliez le cliien et chez le cheval, est plus considérable que dans l’homme. Aussi ce nerf est-il plus gros , depuis son origine jusqu’à son épanouissement , chez ces animaux que dans notre espèce.

La nature suit précisément la meme loi dans le cerveau. Les différentes parties cérébrales naissent et se renforcent en différons endroits : elles forment des faisceaux fibreux plus ou moins considérables , qui finissent par s’épanouir. Tous ces épanouissemens des différens faisceaux, réunis, forment les hémisphères du cerveau.

Ces hémisphères ne sont donc autre chose qu’une membrane nerveuse , épaisse d’une à deux lignes , recouverte à toute sa surface externe d’une matière à l’apparence pulpeuse ou gélatineuse grisâtre.

Que rpn imagine cette grande membrane nerveuse, telle qu’on la voit dans des hjdrocé-

DU CERYEAU.

pliales considérables J plissée comme un falbala, de manière que chaque pli ait à-peu-près douze à seize lignes (plus ou moins) de profondeur, il naîtra les circonvolutions , dont les intervalles ont reçu des anatomistes le nom d’anfractuosités, et nous aurons les deux hémisphères tels que la nature les a placés dans lé crâne, dans leur état de plissement. L’épanouissement du nerf olfactif forme des plis analogues dans les cornets du nez.

Un petit faisceau nerveux ne peut former qu’un épanouissement peu considérable , et par conséquent que de petits plis , qu’une petite ou plusieurs petites circonvolutions. Un faisceau nerveux considérable, au contraire, forme un épanouissement très ample et très épais , et par conséquent des plis et des circonvolutions bien plus volumineux.

Ainsi donc , quoique toutes les parties intégrantes d’un organe cérébral quelconque ne soient pas situées à la surface du cerveau , depuis leur origine jusqu’à leur épanouissement, on peut cependant ther de la grandeur du pli, ou de la circonvolution , des inductions certaines gur le volume de tout Torgane. Plus les circonvolutions sont longues, profondes et larges, plus elles occupent d’espace, et plus elles s’élèvent au-dessus de celles qui sont moins longues ,.

5 sua LES FOSCTIOHS

moins larges et moins profondes^ de manièr© qu’un cerveau dont les parties intégrantes ont acquis un développement inégal , offre à sa sur»face des enfoncemens, des parties planes et des protubérances.

Tel épanouissement d’un faisceau nerveux ou d’un organe n’est plié qu’en une circonvolui tion J d^autres en forment plusieurs.

Les plis QU les circonvolutions n’affectent pas tous la même direction. Les uns ont une di-ï rection droite d’avant en arrière, d’autres se di-* rigent transversalement d’en haut vers le côté , d’autres encore ont une direction oblique j pres^ que toutes vont un peu en serpentant ; quelques** unes forment des pyramides , d’autres se con-s tournent en spirale , etc. Les formes fondamen^ taies de ces circonvolutions sont les mêmes dans tous les cerveaux humains , et elles sont con** gruentes dans les deux hémisphères du même encéphale J en un mot, elles sont symétriques. Bans les petits cerveaux, comme ceux du chien , du cheval, du bœuf, du mouton, etc., cette symétrie est parhiite j chez l’homme, de petites divisions varient dans leurs formes. (Planches III et XIV. )

Toutes les formes des divisions principales, lorsque ces dernières ont acquis un grand dé-= veloppement, se prononcent sur le crâne squs k

meme type. De-là les différentes formes et les differentes directions des organes que j’ai dessinés sur la surface des crânes et des bustes.

Ceci explique le rapport ou la correspondance qui existe entre la crâniologie et l’organologie , ou la doctrine des fonctions des diverses parties du cerveau ( physiologie cérébrale ), but unique de mes recherches.

Comment peut-on prouver que , tant la surfa'ce externe que la surface interne du crâne offrent l’empreinte fidèle de la surface extérieure du cerveau, et deviennent par conséquent le moyen principal, "non-seulement pour découvrir les forces primitives de l’âme , mais encore pour déterminer le siège de leurs organes?

Depuis plus de vingt ans que j’enseigne pu- Hiquement cette vérité, si j’excepte quelquesuns de mes auditeurs, qui ont fait imprimer mes leçons, peu d’auteurs y ont fait attention. Galien dit déjà que le crâne semoule sur le cerveau, et nullement le cerveau sur le crâne (i). Du Laurens (2) et Dienierbrock (3) enseignaient la meme chose dans le courant du d.ix-seplièm& siècle. Fischer a écrit , en 1748 , un traité parti-

(î) De usu partium, lib, VIIÏ.

(a) Historia a’^atomiæ , p. log,.

(S) Anat, corp. humani, p..5a4'-

culier sur cette matière (i)- Lavater (2) et M. Blm menbach , à qui j’emprunte ces observations , en sont egalement persuadés. M. Spurzheim l’a prouvé très au long dans son ouvrage (3) ^ et nous avons fait insérer, dans le dictionnaire des sciences médicales (4) , un court article sur ce sujet, •

Comme cet objet est non-seulement d’une im-^ portance majeure pour l’organologie , mais que c’est même un point absolument essentiel pour cette doctrine, j’en traiterai avec plus d’étendue qu’on ne l’a fait jusqu’ici, et je le considérerai sous tous les points de vue offerts tant par l’état de santé que par l’état de maladie.

(i ) Dissert, de «lodo quo ossa se vicinis accommodant partibus. Lugduni Batav. , 1743.

(2) Physiogn. Fragmente, T. Il, p. i65.

(3) The physionomical System , p. 217 et suiy,

(4) Tome VII , p. 260 et suiv,

pu CERVEAU.

aperçu de Vostéologie du crâne , en tant quelle est nécessaire pour que Von puisse comprendre Virifluence que le cerveau exerce sur çette partie osseuse,

L’organologiste, en examinant les formes du crâne, n’a pas d’autre but que de déterminer le degré de développement des parties cérébrales. Par conséquent , il n’y a que les parties du crâne dont la forme dépend du cerveau , qui aient une signification pour lui. La macboire, tant supérieure qu’inférieure, les procès mastoïdiens et autres proéminences osseuses quelconques, n’ont rien de commun avec le cerveau , et n’entrent, par conséquent, pour rien dans l’explication de la forme du crâne. Nous n’avons donc à nous occuper que de la boite osseuse du cer^ veau.

Cette boîte osseuse de l’encépbale est composée de huit os , savoir :

10. Du basiliaire; 2,°. dufrontalqui, au moment de la naissance, est encore divisé en deux parties , lesquelles la plupart du temps se soudent par la suite, et ne font plus qu’un chez l’adulte j 3^. des deux temporaux; de l’occipital ; S®, des deux pariétaux, et enfin 6®. de l’os criblé. Ces os sont engrénés les uns dans les autres ,

de manière à former cette grande cavité qui renferme tout ie cerveau, et quelques autres nerfs., et que Ton appelle, à cause de cela, cavité cérébrale, ou boite osseuse du cerveau.

La planche VIII représente le cerveau, vu de profil, dans sa situation naturelle dans le crâne. La planche IX le représente vu par en haut. La planche XI offre une coupe verticale par laquelle tout l’encéphale se trouve partagé en ses deux moitiés congénères. Les planches X et XII représentent également le cerveau, vu de profil, et offrent une partie de sa structure intérieure. La planche IV offre tout ie cerveau, vu par sa base. La planche XIII représente également l’encéphale vu par sa base, situé dans le crâne ; quelques-unes de ses parties sont préparées. Dans tous ces cerveaux, les circonvolutions sont à nu, c’est-à-dire qu’on en a enlevé la membrane vasculaire qui les suit dans leurs anfractuosités , et qui fournit de vaisseaux sanguins toutes les fibrilles nerveuses.

L’on voit par ces gravures qui, sans exception, représentent le cerveau dans ses dimensions naturelles, que toute la cavité du crâne est remplie par le cerveau , et que l’encéphale touche partout la surface interne du crâne (i). Je

(î) Je n’ai pas besoin de faire observer aux anatOi»

DU CERYEAU.

donnerai, plus bas , la description plus circonstanciée des os dù crâne , en tant que leur forme varie, et que cette variété de forme intéresse l’organologie.

Maintenant, nous pouvons passer à l’examen de la question de savoir si la surface, tant inter-! ne qu’externe du crâne, offre Tempreinte delà surface du cerveau. Je commence par l’état de santé, et je finirai par l’état de maladie,.

Ih^uence du cerveau sur le crâne avant la naissance.

Dans les premières semaines après la conception, le cerveau n’est encore environné d’aucune substance osseuse j il est recouvert de quatre membranes, de la pie-mère ou membrane vasculaire, de l’arachnoïde, de la dure-mère, composée de deux couches , et d’une membrane cartilagineuse transparente. Toutes ces membranes enveloppent exactement la surface de l’encéphale î elles doivent donc présenter exacte^ ment ses contours à l’extérieur.

inistes, que les régions de la surface interne du crâne, çftrresppndantes au sinus longitudinal et aux sinus latéraux , font exception.

12 SUR LES. FUNCTIOÎÏS

Dans la septième ou huitième semaine, à-peuprès J il se forme dans la membrane cartilagineuse autant de points d’ossification qu’il existe d’os ducrânej à ces points se juxtaposent de nouvelles molécules osseuses, et il se forme des rayons divergens dont le point d’ossification est le centre , Pb XXXVI , fig. i. Les intervalles de ces rayons sont remplis peu à peu par la matière osseuse ^ de cette manière naissent des tables osseuses qui se touchent bientôt par leurs bords. Quelquefois on distingue encore, plusieurs années après la naissance , les traces de cette cristallisation en rayons; l’endroit où chacun des os du crâne de l’enfant est le plus dur, était dans le fœtus le point d’ossification ; il se trouve à-peu-près au milieu de chaque os. ’

Or, comme la déposition de la substance osseuse suit la direction de la membrane cartilagineuse, et que celle-ci est moulée sur le cerveau, il faut nécessairement aussi que le jcràne soit moulé sur le cerveau.

Personne ne m’a contredit dans ce que j’ai avancé jusqu’ici ; mais jamais enfant n’apporta au monde une tête configurée comme le sera celle de l’adulte; entre les têtes des enfans nouveaunés, on ne remarque pas, à beaucoup près, autant de différences qu’entre les têtes des adultes. Cela ne ferait-il pas présumer que la forme de

DU CERVEAU. l3

la tête est déterminée par des circonstances extérieures et accidentelles ?

ha forme des cerveaux et des crânes varie originairement.

L’hérédité des traits du visage et des formes d’autres parties, prouve jusqu’à l’évidence que les formes futures sont déterminées dans le moment de la conception. Je dis les formes futures, c’est-à-dire la tendance aux formes que les parties adopteront par la suite. Jamais enfant ne naît avec un nez aquiiin j mais le nez de tel enfant nouveau-né, ainsi que toutes ses autres parties , ont une tendance à adopter certaines formes. Voilà pourquoi les formes des différentes parties varient originairement d’un enfant à l’autre, au point qu’un observateur attentif, qui consacrerait à cette élude le temps nécessaire , serait capable de déterminer, d’après les formes du fœtus, quelles seront les formes de l’adulte.

M. Sœmmerring, plusieurs accoucheurs, et moi-même avons constamment trouvé des variétés de formes de la tête d’un enfant nouveau-né à un autre; l’on peut donc admettre que la forme future de la tête lui est originairement empreinte. Je fais, comme de raison, abstraction

î4 SUR liES FONCTiÇNS

du cas où le nisus formativus serait contrarié par

une violence extérieure.

La forme de la tête peut-elle être modifiée^ soit pendant le passage de Vetifant, soit arbitrairement par des compressions ou des .. malaxations ? ^

Quelques physiologistes prétendent tout de ton, comme M. Fodéré (i), et d’autres sou^ tiennent, par ironie, qu’en conséquence de la crâniologie , tous nos penchans et tous nos talens dépendent de la forme du bassin^ de l’action du forceps, ou de l’habileté de la sage-femme.

Même dans les accouchemens ordinaires, les enfans apportent au monde une tête très déformée j mais cette déformation ne concerne ni le cerveau , ni la boîte osseuse qui le renferme | elle n’alieuque dans les parties molles^ la compression que la tête subit dans son passage par le bassin , fait éprouver aux fluides une stagnation dont il résulte une tumeur entre le sommet et l’occiput. Par-là, la tête acquiert une formé très allongée; mais bientôt la circulation se rétablit, et la tête

(i) Traité Am Délire yT!. n, p. 128,

DtJ CERVEAU. îS

tle l’eufant reprend la forme qu'elle avait dans le sein de la mère (i).

(i) Dans les ouvrages sur la physiologie et sur l’accouchement , je lis : « La tête ( du foetus ) se séparera facilement du corps, surtout si la mâchoire inférieure se trouve accrochée à la jonction des os pubis , parce que la base du crâne et cette mâchoire font résistapce dans toute leur étendue, et présentent ensemble une très grande surface incapable de prêter , comme fait le sommet de la tête dans l’accouchement ordinaire , où les os glissant, en partie, les uns sur les autres, forment une figure conique qui en facilite la sortie. » {AccoUchemens laborieux de Levret^ 2®. édition. lySo, p. 2 et 3. )

« Quand la tête s’allonge dans l’accouchement, c’est toujours selon son diamètre oblique; de sorte que la pointe du cône qu’elle représente alors, est au-dessus de l’angle postérieur des pariétaux ; mais elle ne peut éprouver ce changement sans diminuer d’épaisseur, d’un côté à l’autre , et souvent du sommet à la base. » (De l’art des Af couchemens, par Baudeloque. Paris, 1796, voh I, p. 209.)

« Comme dans le foetus les pièces osseuses du crâne sont en grand nombre, minces, flexibles, unies seulement par des membranes extensibles, la tête, soit par les efforts de l’expulsion , soit par la pression, peut s’allonger de l’occiput au menton , en même temps qu’elle s’aplatit d’un pariétal à l’autre ; et l’on a vu le diamètre pariétal réduit à soixante-dix millimètres deux pouces sept lignes. » ( Table synoptique des mesures rela^

j6 sur lés fonctions

S’il est des sages-femmes assez inconsidérées pour entreprendre de donner à la tête de l’enfant -

tîi^ss à Vétuds et h Ici pfatiijue des jiccoucheniens ^ pat le professeurChaussieti) ï8iô. )

« üt idem capüt nixibus , ac pelvis reriisü, ôssiumqiie bregmatis praecipüé molUtie, mobilitate , eorumqué recipl-oca süsceptioné iri acumen desinat, âtqüd, ni m omni pelvis regionè oppôrtet fiéri , àb ilna ad àliam plagam in formam cogàtur minorem , aliaque extenuetur in majus. » ÇDoctoris Luéœ Joharatis ÉoëirLnataralis medicinæ obstetriciæ Lihri septèm. Viennce, p. 44-**)

«. La nature a facilité raccouchement en formant le crâne du foetus de pièces flexibles , séparées par des intervalles non ossifiés et membraneux, qui permettent aux os d’anticiper les uns sur tes autres, et à la tête entière de se réduire et de se glisser, en quelque sorte, à travers les dé troits du bassin de lafemipe- » {Nouveaux élémens de Physiologie^ par A. Richerand, 7®. édition ,

ï. Il, p. 4740

Pour fixer mesûdées sur les cfiangemens que la tête de l’enfant est • susceptible d’éprouver, par la compression opéré^ soit par le bassin , soit par le forceps , j’ai, selon mon habitude, ferrné tous les livres pour consulter la nature. En présence de M. Dannecy , etc., nous avons fait des expériences sur des têtes d’enfans nouveau-nés bien conformés. Après les avoir dépouillées du cuir chevelu , nous les avons pétries dans tous les sens, en employant une force très considérable j nous avons fini par serrer tellement le crâne , à l’aide

DU CEEVEAtr. 17

unô forme de fantaisie, en la pressant et en la pétrissant, du moins elles ne réussissent pas

<lu forceps , que le sang transsudait à travers les pores des os.

Sur huit têtes soumises à l’ekpérience , sept n’ont montré aucune trace de chevauchement; une seule nous a offert lès phénomènes suivans: '

Lorsque l’on appliquait le forceps dans le plus long diamètre, c’est-à-dire sur le frontal et sur l’occipital , et que î’on faisait un grand effort , là partie supérieure de l’occipital glissait sous les bords postérieurs des pariétaux, à-peu-près de deux lignes. Ce n’est certes pas là le chevauchement dont parlent les accoucheurs.

Le plus grand diamètre de presque toutes les têtes d’enfans nouveau-nés, est, non pas dans les bosses ou les points d’ossification des pariétaux qui ne cèdent à aucune force , mais au-dessous et un peu en avant de ces bosses, à-peu-près dans la partie inférieure dés pariétaux. Or, lorsque nous faisions agir une force sur cette partie , elle se déprimait; la même chose arrivait lorsque nous faisions agir la force sur la partie supérieure des frontaux, ou sur la partie antérieure supérieure des pariétaux. Une dépressiôx de la partie inférieure moyenne des pariétaux entraînait gonflement des parties supérieures de la tête, et. vice vers4^ mais dans aucun cas la tête n’adopta une forme pointue. Si la pression , dans quelque région qu’on l’applique, est trop forte, on écrase le cerveau, et l’on produit des extravasations de sang, surtout de celui des grands sinus.

Il y a loin du faible chevauchement que je viens de

ni.

l8 SUR RES FONCÎIOHS

dans leur entreprise. La forme de la tête^ tout entière, résulte de la | forme de diacun des os du crâne j or, la forme de ces os ne peut être altérée par ces pressions ou par ces malaxa* tions. Si cependant la violence que l’on exerce était trop grande, les lames osseuses pourraient être fléchies et déprimées j et dans ce cas l’enfant

constater, à une anticipation des os les tins sur les autres telle , que la tête en prenne une forme ■pointue ( in acutnen desinat) et se file en quelque sorte à travers les détroits du bassin; ce qui supposerait qu’elle se réduit très considérablement.

Dans toute la longueur de la suture des pariétaux, les bords de ces deux os ne se trouvent pas dans 1er même plan , mais l’un déborde l’autre en hauteur : en touchant la tête , on peut prendre cette arrête pour iln , chèvaùcheménl ; voilà je crois, en partie, la source de l’erreur des accoucheurs.

Dans les cas où les instrumens , ou une étroitesse extrême du bassin, exercent uns pression très violente, certaines régions de la têie peuvent être déprimées considérablement; mais alors il en résulte plus ou moins de préjudice pour l’enfant. - ^

Je fais observer encore que des têtes très petites , mais dont les os sont extrêniement flexibles, souffrent quelquefois le plus, et au point que la mort de l’enfant s’ensuit. Gette circonstance est importante pour la médecine légale, et ceux qui ont à prononcer sur un infanticide présumé , ne sauraient y faire trop d’attention.

DU CERVEAU. I9

périrait ou resterait imbécile pour toute sa vie. Mais tous les os du crâne sont encore très élastiques dans l’enfant nouveau-né; du moment où la pression cesse, ils reprennent leur première forme. Dans le càs même où ils auraient été enfoncés , de manière que leur propre élasticité ne suffit plus pour leur fiiire reprendre leur première forme, le cerveau réagit sur eux; et lorsque l’encéphale n’a pas été essentiellement lésé , leur forme primitive se rétablit au bout d’un certain temps , quelquefois seulement après plusieurs années.

La même chose a lieu lorsque les os du crâne se trouvent déprimés par l’étroitesse du bassin , ou par l’application des instrumens.

Influence du cei'veau sur le crâne depuis la naissance jusqu à V âge adulte.

Peu après la naissance , les os du crâne se durcissent; ils perdent leur flexibilité, ils se î oignent par leurs bords; les intervalles membraneux, les fontanelles s’ossifient. Est-il encore possible, dans ces circonstances, qué l’encéphale imprime sa forme aux os qui ont déjà pris de la dureté? Voyons d’abord ce qui arrive à la masse cérébrale tout entière et à la cavité

SUR LES FONGTIOîîS

ao

du crâne. Après cet exarneri nous passerons à ià considération d’un développement considérable départies cérébrales particulières, et des changemens que ce dévelo^ppement fait subir au crâne.

Le uerveau d’un enfant de deux ans est manifestement plus volumineux que celui d’un enfant qui vient de naître, ou d’un enfant d’un an: comparez la tête d’un enfant. nouveau-né, PL XII, avec les têtes XXXVII d^un garçon de deux ans , et XXXyiJI d’une fille de six ans, et ces deux derniers avec les têtes XXXIX, XI , de personnes adultes. La tête de l’enfant nouveau-né a i3à i4pouces de circonférence j celles des personnes adultes ont de 20 à 21 pouces et demi. Le cerveau, soit d’un garçon, soit d’une fille, est plus volumineux , à dix ans , qu’il ne l’était à deux ans, à six ans, etc. La cavité cérébrale , et par conséquent tout le contour de la tête , s’élargissent dans la même proportion que le cerveau augmente de volume^ et cet agrandissement simultané continue jusqu’à la fin de la croissance de la tête. Ce fait prouve bien que le crâne cède constamment au cerveau, qui augmente de volume; or, comme jusqu’à la puberté les os du crâne sont très minces, à peine d’une demi-ligne d’épaisseur, il faut bien que les contours extérieurs de la boite osseuse suivent ceux du cerveau.

BU CERVEAU

L’épaisseur du crâne représenté Pi. IX et PI. XII, est l’épaisseur ordinaire dans l’âge adulte , c’est-à-dire d’une à deux lignes. L’on voit encoi’e, par ces memes planclies, et par les PL VIII, Pi. X et PL XI, que le cerveau est dans tout son contour exactement appliqué contre la surface interne du crâne; car, dans l’état de sànté, les membranes interposées n’entrent point en considération. En examinantia surface interne du crâne d’un sujet qui n’est point mort d’une maladie cérébrale cbronique , l’on verra, que les grands vaisseaux sanguifères delà duremère y sont exa.ctemerit empreints ; l’on y remarquera également l’empreinte des soi-disant glandes de Pacboni et des sinus déférens. Les circonvolutions memes se trouvent très distinctement empreintes, à cet âge, dans la tablé supérieure du p-ancber orbitaire, dans la partie inférieure-antérieure du frontal, et dans les temporaux; lorsque, par une cause quelconque , les méninges se sont amincies , on distingue meme l’empreinte des circonvolutions sur toute la surface interne du crâne. G’est encore à raison de la minceur des. méninges , que bon distingue j cbez presque tous les mammifères, l’empreinte bien manifeste des circonvolutions sur toute la surfece interne du crâne; par exemple, cbez le eocbon , la chèvre , le cbevreuiî , le cerf, la

22 SV K LES EONCTIONS

brebis, le bœuf, le chat, le chien , la martre, le putois , le petit phoque le singe, etc.

Quelques physiologistes ont pensé que l’agrandissement de la boîte osseuse provenait de la pression que le cerveau exerfce sur la surface interne des os du crâne j mais il n’existe pas, dans l’organisme vivant, d’action aussi rnécanique. 11 y a là Continuellement usure, sécrétion , nutrition, décomposition et composition. Les molécules osseuses sont absorbées, et d’autres sécrétées à leur place ; et tant que le cerveau et lé crâne n’ont point acquis leur maximum de croissance , la sécrétion est plus considérable que l’absorption. Les nouvelles juxtapositions ont lieu d’après lés mêmes lois qu’a suivies la première formation des lames osseuses dans le fœtus , c’est-à-dire qu’elles suivent constamment les contours du cerveau.

MM. Hufeland et Fodéré partent de ce même point de vue mécanique lorsqu’ils disent que, dans les contrées où les habitans portent des fardeaux considérables sur la tête, le crâne doit être pressé en dedans , et par conséquent les organes situés à la partie supérieure de la tête déprimés.

Mais supposé même que le cerveau exerçât une pression mécanique contre la surface interne du crâne, comme cela peut avoir lieu réellement

Page 1