‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 3 sur 17 · CE R YE ATT · texte numérisé non relu

CE R YE ATT

dans les cas d’hydrocéphales <jui croissent très promptement, il ne faut pas oublier que le cerveau agit sur la concavité de la voûte, et le poids * comprimant sur sa convexité : or , tout Itomme qui a quelque idée de la théorie de la voûte, ou meme toute personne qui a essayé seulement d’écraser, dans le creux de ses mains jointes, un^ œuf placé dans le sens de son plus grand dia-^ mètre, concevra facilement quelle résistance est capable d’opposer la voûte du crâne j je passe sous silence les objections que d’autres ont déjà faites contre l’idée de MM. Hufeland et Fédéré.

Du reste , nous avons trouvé dans la forme de la tête des babitans de ces contrées autant de diversité que dans celle des autres hommes. Nous avons trouvé chez eux les organes de la fermeté, de la hauteur, etc., placés vers le sommet de la tête, tout aussi développés que chez d’autres.

Ou assure que certaines hordes sauvages de l’Amérique appliquent sur le front de leurs enfans de petites planches, à l’aide desquelles ils leur aplatissent la partie supérieure du frontal ( i ).. Gomme M. Spurzheim a eu Foceasion de faire

(i) Voy. Dictionnaire des Sciences médicales, tome XXI, p. 268 etsuiv. Des variétés acquises , et des allé— rations fortuites du tyge humain.

SUR LES FONCTIOîîS

sur ce sujet plus d’observations que moi, je ne ferai que transcrire ce qu’il dit sur cette matière.

« J’ai vu sept crânes de Caraïbes; ils ont peu dé hauteur, et ils sont surtout renflés dans la région temporale; mais je trouvai de l’un, de ces crânes à l’autre, autant de diflTérence que l’on en remarque en comparant un nombre égal de crânes d’Européens. J’ai vu des crânes d’Européens beaucoup moins élevés , par conséquent le défaut de hauteur en question ne peut pas tenir uniquement à une dépression mécanique. La surface de ces crânes de Caraïbes était même plus ou moins bombée, et ne portait par conséqnént nullement rempreinte d’une planche.il jàe semble que tout ce que l’on rapporte de la méthode d’aplatir les têtes se réfute de lui-même : il faudrait une forcedrès considérable pour comprimer le crâne et le ceryeau; mais cette force ne saurait agir de haut en bas, à moins qu’on ne lui oppose une résistance égale de bas en haut, ou dans une autre direction; or , si la pression de haut en bas produisait un effet quelconque, la résistance de bas en, haut, ou dans toute autre direction , doit produire un effet égal.... .

)> Depuis la publication de la première édition de mon ouvrage, je me suis entretenu sur ce sujet avec plusieurs personnes qui avaient été:

à File St.- Vincent î mais leurs rapports sont contradictoires ^ et ne lèvent nullement mes, doutes.

» Les uns me disent qu’on laisse cette planche sur la tête de l’enfant pendant six semaines ^ d’autres prétendent qu’on l’j laisse six mois J d’autres ençpre parlent de d.eux ans , etc. (i) H

Dans le crâne \ie Caraïbes que nous vîmes chez M. Blumenbaclî , et dont la partie anté-, rieure du front est fortement déprimée, les orbites ont la même forme déprimée qu’elles, acquièrent dans les hj^drocéphales par la pres^ sion de l’eau (a).

Le cerveau des Caraïbes se déyeloppe-t-il naturebement davantage dans la région temporale, et vers la base du crâne, ou cette forme estelle artificielle? Cest ce que selon les observations de M. Spurzheim on ne peut guère admettre : il y aurait donc eu , dans cè cas , action permanente d’un corps dur et inflexible , action qui ne peut êtrfe comparée à aucune autre influence du dehors. Après tout, nous sommes très

(i) Tlie phy&ionomical System , p. 220 et suivantes, i, Tab. X.

20 SUR liES FONCTIONS

éloignes d’appliquer la craniologie à des déformations violentes.

Jusque-là j’ai dû laisser la question indécise. Mais depuis j’ai trouvé dans Lafiteau , un passage qui me paraît concluant j le voici: « Quelques nations vers la Louisiane , à qui les Français ont donné le nom de Tétes-plates^ parce qu’elles font consister leur beauté à avoir le front aplati j et le sommet de la tête terminé en pointe en façon de mitre 3 ont des berceaux à-peu-près semblables à ceux que je viens de décrire , mais qui ont, outre cela, quelque chose de particulier pour contribuer à leur faire prendre cette forme , dans laquelle elles trouvent un si grand agrément. C’est un trou pratiqué dans le berceau, ou la mère fait entrer la tête de l’enfant, lui appliquant sur le front et au-dessus de la tête une masse d’argile, qu’elle serre et lie de toutes ses forces. Elle couche ainsi l’enfant toutes les nuits, jusqu’à ce que les ossemens du crâne aient acquis assez de consistance. Les enfans souffrent extrêmement dans les premiers essais de cette violente opération, laquelle les fait devenir noirs et leur fait jeter par le nez , par les yeux et par les oreilles, une liqueur blanchâtre et visqueuse. Ils doivent encore beaucoup souffrir dans la suite de la situation genante où ils sont forcés de pas-»^

DU CERVEAU. Sy

ser toutes les nuits les premiers mois de leur enfance; mais il doit en coûter à ceux qui veulent être beaux par artifice 5 et qui souhaitent avoir des agrémens que la nature leur a refuses.

}) Les Caraïbes et la plupart des sauvages méridionaux ont aussi le front aplati et la tête pointue; leurs mères ont soin dele leur enfoncer avec de petites planches et de petits coussinets de coton liés fortement derrière la tête. Mais les en&ns n’ont point d’autre berceau que des hamacs proportionnés a leur petite taille, que les mères peuvent suspendre et transporter fort commodément, et où les enfans sont couchés tout nus sans aucune gène. Les Sauvages qu’on nomme en Canada les gens des terres, ou Par^ hagonronnon , ont un goût tout différent des têtes-plates; car ils font consister leur beauté à l’avoir fort ronde : o^est pour cela qü’on les nomme aussi les têtes de houle. » {Mœurs des sauvages américains , etc., par le P. Lafiteau, Tome. I, p. 59.^.)

Influence du développement de parties cérébrales individuelles sur la forme de la tête.

J’ai prouvé ailleurs que le développement des différentes parties cérébrales n’est point simuî-

tané. Or^ s’il est vrai que le crâne se moule sur le cerveau, je dois être en état de suivre le développement successif des parties cérébrales a l’aide des cbangemens qui surviennent aù crâne. Voyons s| encore içi rexperience confirmera ma doctrine. ,

L’enfant nouveau-nê reste, pendant quelque temps, étranger au monde extérieur. Sa vie n’est guère que végétative j il, la passe â dormir et à té-' ter. La partie du cerveau, placée dans les régions antérieures - supérieures du front, n’offre à l’oeil qu’une pulpe rougeâtre (i)j mais au bout de quelques semaines , les fibres nerveuses se prononcent de plus en plusj l’enfant commence à devenir un citoyen du monde j ambout d’à-peuprès trois mois , les parties moyennes et antérieures-supérieures du front, jusqu’ici perpendb culaires, ou aplaties en arrière , commencent à se bomber. PL XLI, fig, i et 2.

Lès cette époque , l’enfant regarde long-temps et avec attentÎQn tous les objets j il les compare entre eux ; en peu d’années il acquiert une somme énorme de connaissances du monde exté-

(l) de ne parle ici que du cerveau qui n’a subi aucuné préparation. Je n’ignore pas que lorsqu’on l’a fait xnaçérer dans l’esprit de vin , etc., il offre déjà une structure fibreuse.

DU CERVEAU. ÜQ

rieur, et nous étonne par ses questions et par ses observations. Mais plus tard, ces parties frontales se mettent chez la plupart des individus en équilibre avec les autres parties du cerveau , et le petit prodige rentre dans la foule des gens médiocres.

Que l’on compare le front d’un enfant nouveau-né avec celui d’un enfant d’un à dix ans : à moins que le sujet que l’ôn observe ne soit condatàSîé par la nature à la plus triste médiocrité , bon trouvera que, dans les premiers mois, le front est petit, étroit, court, et tout au plus perpendiculaire J mais qu’à partir .de cette époque il se dilate dans toutes les directions , et surtout en avant ; que plus tard il perd de sa convexité, au point même de reculer dans beaucoup de sujets. Donc, la forme du crâne subit les mêmes cbangemens que les parties cérébrales situées contre le front.

Là partie inférieure de l’occipital subit aussi les cbangemens les plus marqués. Le cervelet est placé dans les deux fosses occipitales. Chez l’enfant nouveau^né , jl est très peu développé, en comparaison du reste du cerveau j chez lui , le crâne se rétrécit dans cette région, en un cône tronqué J les proéminences extérieures correspondantes aux fosses occipitales , sont petites, plates et presque imperceptibles j les

3o SUR LES lONÇTIONS

deux procès mastoïdiens sont encore très rapproches, etc. PL XLI, fig.III.

Mais quelle différence dans le garçon de douze ans 1 Les fosses occipitales se prononcent déjà au dehors, par des proéminences bombées j les procès mastoïdiens sont bien plus écartés; la base postérieure est bien plus large , etc. , et tout cela, parce que le cervelet se développe maintenant bien davantage, comparativement aux autres parties cérébrales , PL XLII. ^

Enfin , dans un âge plus mûr , où le cervelet a acquis tout son développement , les proéminences correspondantes aux fosses occipitales , sont bien plus bombées et bien plus larges encore , de manière ^que dans cet état de choses, la base du crâne égale presque son diamètre pris d’un temporal à l’autre , PL XLIII.

Or , ce qui a liéu relativement aux parties cérébrales et afix régions correspondantes du crâne dont nous venons de parler, a lieu, de meme, lors du développement marqué des autres parties encéphaliques, et comme, dans l’âge en question, le crâne est encore assez mince, à peine d’une ligne d’épaisseur , et dans plusieurs endroits de beaucoup moins, bn peut reconnaître , avec certitude, la forme du cerveau par la forme extérieure du crâne (i).

(i) lout ce que je viens de dire du développement

Sr

Coïncidence de la surface du cerveau avec la surface externe du crâne, dans V âge stationnaire, sous le rapport de V organologie.

Il n’est guère possible de déterminer exactement ni l’époque de là maturité , ni la durée de l’état stationnaire du cerveau. Il est des individus qui arrivent plus tôt à cette maturité que d’autres. Le cerveau de la plupart des Hommes n’a guère acquis son développement définitif qu’à trente ans, souvent même seulement à quarante.

Après le développement définitif du cerveau , le crâne s’épaissit peu à peu, et voici comment :

Les os du crâne sont composés de deux lames osseuses solides. L’une de ces lames revêt toute sa surface externe , l’autre forme toute sa surface interne 5 l’intervalle entre les deux lames est rempli par une substance celluleuse ( le diploë ); cette substance ii’est pas également épaisse partout, de façon que les deux tables se trouvent moins rapprochées dans certains endroits que dans d’autres , PL VIII , PI. IX, PL X, PL XI, P1.XII,PLXIII.

Ainsi donc, quoique la surface interne du

du cerveau et du crâne , dans notre espèce, a lieu également chez les mammifères et chez les oiseaux.

32 sijTL LES rONCTIOÎÏS

crâne soit exactement moule'e sur la surface du cerveau, du moment où le crâne a acquis une certaine épaisseur, on ne peut plus soutenir , à la rigueur, que sa surface externe représente exactement les contours de Tencéphale. Car si l’on inouïe et la surface interne du crâne , et sa surface externe , Ton verra que la première ne correspond pas exactement à la seconde j donc, l’induction que l’on tire de la surface externe du crâne j pour déterminer la forme du cerveau, doit être fausse, et par conséquent la cranioscopie serait, au moins dans l’âge statiénnaire, un moyen très précaire pour déterminer avec exactitude le degré de développement des organes cérébraux. PL Vlil, PL X, PL XI, PL XII.

M. Hufeland, Walter de Berlin (i ), M.Rudolphi, et la foule d’écrivains qui ont copié ces savans, saisissent ce fait pour prouver l’incompétence de la cranioscopie. Walter se flatte même d’avoir anéanti, par cel argument, la doctrine des fonctions des diverses parties cérébrales.

Pour montrer à mes lecteurs combien cette objection est peu solide , je vais la rapporter ici telle que la présentent MM. Bérard et de Mon-

(i) Etwas über die Sclieedelleîire (c’est-à-dire, un

mot sur la

tègre; ils disent : « Le crâne est-il l’imagé exacte et fidèle de la configuration extérieure du cerveau, et peut-ôn toujours conclure d’une manière rigoureuse et absolue de la forme de Fun à celle de l’autre ? Si Ton examine le crâne comparativement au cerveau, cliez tous les animaux vertébrés, et surtout chez Fhomme, dans les différences nationales ^ dans celles non méins certaines, quoique plus délicates d’âge, de sexe et d’individu; l’on se convaincra aisément queiè crâne représente en général l’encéphale. Cette opinion, incontestable sous ce point de vue, si elle est prise dans ses détails et dans soù application minutieuse , doit être restreinte par les Considérations suivantes , dont la plupart sont admises par les cranioscopes. »

« i®. Les sinus du front, dans certains animaux, comme jdans les carnassiers, les cochons, quelques rumiqans, et surtout dans Féléphant, la chouette , etc. , renflent tellement les parois antérieures du crâne, qu’on ne peut pas, ici, juger du cerveau par le crâne. Déplus, dans les individus de la même espèce, ces sinus peuvent être plus ou moins considérables. 2®. Les orbites qui répondent en partie ^u cerveau, peuvent être plus ou moins profondes, plus ou moins ouvertes dans les mêmes individus. 3°. La base du crâne peut être plus ou moins bombée, plus

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