‹ Influence Du Milieu Aquatique Sur Les StomatesChapitre 2 sur 4 · X) SÉANCE DU 24 JUILLET · texte numérisé non relu

X) SÉANCE DU 24 JUILLET

conduisent à penser que le nombre des stomates augmente au soleil ; la

troisième {Charmé) (1) n’a pas donné de résultat.

Je ferai d’abord remarquer combien il est aventureux de eonelure sur une question plus délicate encore que celle de l’influence de l’eau ou de l’air, où tant d’actions contraires peuvent entrer en jeu, en s’appuyant sur un si petit nombre de faits ; celte recherche demande beaucoup de soin et devra faire l’objet d’études spéciales et approfondies. Al. Lewakoffski (2), qui a fait des recherches beaucoup plus complètes sur la question actuelle, n’est arrivé qu’à des résultats peu décisifs.

Ce qui pourrait faire penser que AI. Aler s’est peut-être trop hâté de eonelure de ce qu’il avait observé sur les deux plantes précédentes, c’est que la structure générale des feuilles aériennes semble contredire ce résultat. On sait que, les feuilles aériennes ont en général peu ou pas de stomates sur la face supérieure, qui est l’épiderme éclairé, et beaucoup sur la face inférieure, qui est l’épiderme peu éclairé. Ce résultat est d’autant plus singulier, que dans l’expérience sur le Syringa , la lumière a bien agi sur la face supérieure pour y augmenter le nombre des stomates; on sait d’ailleurs, en outre, par les recherches de Stahl, Johow,etc., que le même agent lumineux a une grande influence sur les tissus internes de la feuille, en particulier sur le tissu en palissade.

2° Influence de la nutrition. — AI. Aler a eu vraisemblablement le sentiment de cette difficulté, quoiqu’il n’ait pas cité cette contradiction, car il a essayé d’expliquer à l’aide d’une autre cause la structure des feuilles aériennes. Selon l’auteur, c’est la nutrition qui rend compte de tout. Malheureusement le mot nutrition est très vague, et ce qui le prouve, c’est que l’auteur l’emploie dans deux sens très différents. Tantôt il entend par matières nutritives celles qui sont extraites du sol, tantôt celles qui proviennent de l’action chlorophyllienne (3).

Afin de prouver qu’une variation de nutrition par le changement de sol a une influence sur la répartition des stomates, AI. Aler cite un seul fait dont il croit pouvoir tirer une conclusion. Il a observé deux Littorellessur le bord du lac de Longemer, à un endroit où la berge est souvent découverte, l’une poussant dans le limon, l’autre dans le sable ; cette dernière possède des stomates, tandis que la première n’en offre pas (4). Est-ce bien au changement de sol qu’il faut attribuer cette différence dans l’épiderme? C’est là une affirmation qui semble bien hasardée, quand on a l’idée de la difficulté de ce genre de recherches. Il est à remarquer, en outre, que dans le cas actuel de la Liltorelle, le sable est un sol stérile où la nutri-

(1) Huit. Soc. bot. 1883, p. 126.

(2) Mém. de l'Acad. de l\a<an, 1876.

(3) Bulletin Soc. bot. 1880, p. 104.

(4) Jbid. 1880, p. 10 H et 1883, p. 121.

tion est ralentie, et c’est ce ralentissement qui provoque la formation des stomates : cette cause agit sur les rameaux (1) poussant à l’air on dans l’eau.

Il n’en est pas toujours ainsi, d’après le même auteur; très souvent, au contraire, c’est lorsqu’il y a accumulation de matières nutritives que ces appareils se forment. C’est ainsi que l’auteur explique la formation de ces organites sur la face inférieure des feuilles aériennes : « parce » qu’elle renferme des matières nutritives en excès qui, s’accumulant » sur divers points, y provoquent la multiplication des cellules; de là des » stomates » (2). On pourrait croire alors que l’épiderme supérieur, qui est « mieux nourri par suite de son voisinage avec le parenchyme palissadiforme » (3), va produire des stomates ; il n’en est rien : « les » matières nutritives qui lui arrivent sont toutes employées; aussi n’en » reste-t-il point à l’état de dépôt » (i). Les hypothèses de l'auteur, n’ayant plus ici le caractère des suppositions scientifiques, ne peuvent pas être discutées.

En somme, la question de l’influence de l’intensité lumineuse exige des recherches complémentaires, afin de lever les contradictions qui existent entre les deux expériences citées et la structure des feuilles aériennes; quant au problème très complexe et très difficile de la nutrition, il demandera, pour être résolu, de très patientes études. C’est à M. Mer que reviendra l’honneur d’avoir fait les premiers pas dans ces deux voies.

M. Mer a fait plus encore, il a enregistré des faits qui plaident en faveur de l’influence du milieu, mais sans en faire ressortir nettement l’importance ; c’est ce que l’on constate quand on examine attentivement l'ensemble de ses nombreux mémoires, surtout les plus anciens, qui contiennent plus de faits et moins de théories. Si la Littorelle pousse à de grandes profondeurs, elle n’a pas de stomates ; si elle pousse à l’air, elle en a beaucoup; enfin, quand elle végète dans des régions découvertes une partie de l’année, elle offre un petit nombre de stomates. Toujours l’auteur constate, chez les Callitriche, Myriophyllum, etc., qu’à l’air la plante prend ce qu’il appelle des « caractères aériens », c’est-à-dire que les stomates apparaissent ou deviennent plus nombreux. Par contre, chez « les individus voisins du rivage, l’organisation oscille autour d’un type intermédiaire. Les caractères aériens tendent à disparaître à mesure qu’augmente l’éloignement de la rive. »

Malgré cela, M. Mer n’a pas donné de preuves nettes de l’influence immédiate du milieu , c’est ce que je vais faire maintenant.

fl) Bull. Soc. bot. 1880, p. 194, et 1883, p. 121.

(2) Ibid. t. XXX (1883), p. 121.

(3) Ibid. 1883, p. 1 U.

(4) Ibid. 1883, p. 122.

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