PLANTES MONOCARPIQUES DEVENANT POLYCARPIQUES
Assez fréquemment, dans un certain nombre de semis serrés, que J'ai éclaircis après la montée à fleurs commencée, j'ai observé des pieds à développement condensé qui, après avoir fleuri, remontaient, c’est-à-dire que, après s'être desséchés à partir du sommet sur une portion variable de leur tige, ils donnaient de nouvelles pousses portant, de suite ou dans le cours de l’année suivante, de nouvelles fleurs et de nouveaux fruits.
Ce phénomène très curieux de la transformation d’une plante monocarpique en plante polycarpique est tout aussi intéressant pour le physiologiste que pour le praticien. Ce caractère spécihque est fréquemment utilisé dans la classification et les plantes, dites remontantes, sont très recherchées en floriculture.
On rencontre accidentellement dans la nature des plantes habituellement monocarpiques qui deviennent ainsi polycarpiques et j'en ai déjà cité des exemples. Mais on ne connaît pas les causes auxquelles est due cette transformation. À coup sûr, on-peut dire que la culture en semis serrés, si elle n’est pas l’une de ces causes, favorise du moins le phénomène. J'ai en effet, toujours obtenu, par un éclaircissement tardif convenable, un pourcentage de pieds remontants plus élevé dans les semis serrés qu’en pratiquant cet éclaircissement de bonne heure.
J'ai opéré sur un grand nombre de plantes à durées de développement différentes; c’étaient, tantôt des plantes annuelles comme les Radis, divers Æelychrysum, Andryala sinuata, Arctotis grandis, Nicofiana tabacum, Phacelia bipinnatifida, Scorpiurus, Collomia, divers Malva, etc. ; tantôt des plantes Eisannuelles comme les Crefis, Salsihs, Barkhausia, Scabiosa atropurpurea, Cerinthe, Choux et Navets, etc.; tantôt enfin des plantes souvent plurannuelles comme les Œxrofhera et les Verbascum.
L’étude anatomique de leurs racines ou de leurs tiges permet de les classer en deux sections
1° Celles dans lesquelles on trouve un bois de remonte distinct des bois de première fructification ;
2° Celles dans lesquelles le bois de remonte n’est pas séparé du bois de fructification précédent ou même semble ne pas exister.
a). Plantes remontantes à bois de remonte distinct du bois de première fructification
Dans cette section, deux cas peuvent se présenter
1° Le bois de remonte, en anneau continu ou en arc, est de même nature que le bois de fructification qui l’a précédé, et il s’en distingue à la façon des couches ligneuses concentriques ;
2° Le bois de remonte, en général mou et fractionné à des degrés divers, est différent du bois de fructification précédent.
1° CAS. — Les bois de remonte et de fructification se ressemblent
Dans ce premier cas rentrent de nombreux végétaux annuels, bisannuels et plurannuels remontants, dont je décrirai les plus caractéristiques.
Le Radis est une plante annuelle cultivée dont les races sont nombreuses: celle sur laquelle j'ai surtout expérimenté, c’est la Rave noire, à gros tubercule noir et allongé. En semis serrés, quelques pieds montent rapidement à graines et si l’on éclaircit à temps, il arrive que certains d’entre eux deviennent remontants.
Pour ces derniers, le développement, d’abord condensé, a été ensuite allongé; la Rave, normalement monocarpique, est devenue polycarpique. Le tubercule a gardé sa forme, mais 1l est resté beaucoup plus mince et moins riche en réserves. Il a donc perdu toute valeur alimentaire, comme le font les autres plantes comestibles dans des conditions de vie analogues.
En coupe transversale (fig. 3, pl. XLII), ce tubercule présente au centre un bois de rosette formé de vaisseaux assez régulièrement disposés dans un parenchyme non lignifié Au voisinage de quelques faisceaux ligneux, on trouve des fibres ligneuses assez dures. Au centre, près du bois primaire, la lignification est plus prononcée qu’à la périphérie.
Vient ensuite le bois de fructification formé de compartiments ligneux séparés par de larges rayons médullaires. Ce bois est formé de couches concentriques peu distinctes et va en augmentant de dureté du centre vers l’extérieur.
Le bois de remonte formait un anneau continu qui entourait le bois de fructification de la première floraison; il avait la même disposition, mais il était beaucoup moins lignifié
L’écorce s’exfoliait de bonne heure et, à l’intérieur, la racine présentait un liège irrégulhèrement disposé. Le liber n’offrait rien de particulier; les rayons médullaires étaient riches en parenchymes de dilatation.
Anatomiquement, ce qui distingue surtout ce type de planté accidentellement polycarpique, c’est que, aü cours de quelques mois de végétation, il donne trois catégories de bois
bien distinctes : du bois de rosette, du bois de fructification et du bois de remonte.
À l'examen d’une semblable coupe, on donnerait à la
Fig. 10%, — Pied de Nicoliana tabacum, remontant après une première floraison,
La seconde est commencée et sera suivie de nombreuses autres floraisons plus ou moins espacées,
Les coupes en À B et en C D enregistrent les floraisons successives par des couches concentriques surnuméraires.
Ces dernières sont naturellement plus nom— breuses en À B queen C D.
En effet, en C D, les rameaux remontants réparateurs sont peu nombreux et de vigueur relativement très faible.
Les plus développés se trouvent dans la région moyenne de la tige.
Sur le pied représenté dans la figure, les pousses moyennes de remonte sont encore très peu développées ; mais elles poussent rapidement au fur et à mesure que les rameaux fleuris plus anciens se dessèchent après avoir mûri complètement leurs graines.
Cette floraison successive achrone a pour résultat obligatoire des arrêts de végétation (vie ralentie) et des reprises de croissance (vie active) qu’enregistrent les bois de la racine sous forme de couches concentriques plus ou moins nettement séparées, Ces couches se voient sur la figure 2, planche XXXV, qui représente la coupe d’une racine de Micotiana tabacum ayant fleuri plusieurs fois au cours de la végétation. du printemps à l’automne.
Des couches concentriques analogues s'observent dans la coupe de la tige faite à peu de distance du collet.
Ün résultat semblable se rencontre encore chez les greffons de cette même espèce de Tabac, quel que soit le sujet sur lequel on l'a placé, Ce n’est pas en effet un phénomène consécutif au greffage, mais bien la conséquence habituelle de la floraison achrone particulière à l'espèce.
Ceci montre combien il est nécessaire de bien connaître la vie d’une plante pour en interpréter sûrement la structure,
plante trois ans d'âge, si l’on ne savait, par la date du semis, au’elle n’a en réalité que quelques mois.
Les pieds non remontants du Collomia grandiflora ont une racine qui, en coupe transversale, possède un bois de rosette à larges vaisseaux, entouré d’un bois de fructification rayonnant assez distinct du précédent.
Dans les piedsreñontants, en semis serrés et éclaircis tardivement, la racine (fig. 4, pl XXXIV) présentait, en plus des deux bois précédents, un anneau très nettement distinct du bois de remonte, semblable au bois de fructification mais plus dur.
Même si l’on confondait le bois de rosette et de fructification, l’observateur non prévenu donnerait deux ans à la plante par l’examen de la structure de son bois secondaire. Pourtant elle avait six mois seulement quand elle fut cuerllie.
Chez le Nicoliana tabacum (fig. 104), les tiges remontent à plusieurs reprises au cours de la même année dans certains exemplaires provenant de semis serrés et éclaircis tardivement. La floraison, au lieu d’être euchrone, devient plutôt achrone.
La coupe transversale de leur racine, au voisinage du collet, montre un nombre variable de couches concentriques dont la netteté varie avec la vigueur des pousses remontantes et l’époque à laquelle elles se sont formées (fig. 2, pl XXXV).
C’est à un phénomène de même ordre qu’il faut attribuer la présence de plusieurs cercles concentriques dans les bois secondaires des pieds d’Ayc/ofis grandis remontant à la suite des mêmes traitements (fig. 3, pl. XLIII).
Dans toutes les plantes que je viens d’étudier, le bois de remonte formait un ou plusieurs anneaux complets. D'autres avaient du bois de remonte en arc plus ou moins épais, quand les rameaux réparateurs étaient d’un seul côté (Æelychrysum, Etes)
Expérimentalement j'ai pu, en couchant ou redressant la tige, procédé qui sera étudié plus loin, obtenir du bois de remonte en arc ou en anneau chez des pieds de Sexecio elegans.
Les branches maintenues verticales ont toutes porté du bois de remonte en anneau complet, lorsque la vigueur de la deuxième végétation a été suffisante. Celles que j'ai couchées ont eu du bois en arc à la face supérieure seulement.
Cette expérience montre bien que si le bois en arc peut être
produit par la disposition unilatérale des rameaux réparateurs chez les pieds remontants, l'influence de la direction géotropique de la tige est également considérable. Le bois en couche concentrique complète est donc dû, soit à la présence de rameaux réparateurs multiples, soit à l’état erec/us de la tige ; le bois en arc est produit, soit par l'insertion unilatérale des rameaux réparateurs, soit par l’état procumbens de ceux-ci.
J'étudierai 1e1 les parties aériennes annuelles de certaines plantes vivaces qui, normalement ne donnent qu’une seule floraison, Mais qui peuvent remonter au cours d’une même année de végétation. Ces végétaux sont évidemment toujours polycarpiques et, à ce point de vue, 1ls sont bien différents des plantes monocarpiques. Cependant, la façon de remonter des parties annuelles est identique comme résultats anatomiques à sie des plantes annuelles, bisannuelles ou plurannuelles. C’est à ce titre que Je les décris en même temps.
Les A/onzoa, par exemple, donnent du bois de remonte en arc où en anneau suivant que la coupe de la tige passe au-dessous d’un seul rameau réparateur de vigueur moyenne ou bien au-dessous de plusieurs rameaux réparateurs.
Chez le Centranthus ruber, une tige aérienne remonte en cénéral en fournissant deux rameaux réparateurs opposés.
La coupe de la tige à quelques centimètres du sympode faussement dichotomique ainsi formé donne un bois de remonte composé de deux arcs opposés, correspondant chacun au rameau réparateur du même côté.
Si les deux rameaux réparatcurs sont de vigueur égale, les arcs de remonte sont aussi égaux; si l’un des rameaux l’emporte sur l’autre, l’arc de bois le plus épais est situé du côté du plus fort. Si l’un des bourgeons n’a pas fourni de rameau
1éparateur, le bois de remonte n’existe pas de ce côté.
2° CAS. — Les bois de remonte et de fructification sont de nature différente
Toutes les plantes qui viennent d’être examinées dans le 1% cas remontent en donnant directement des tiges plus ou moins ramifñées qui fleurissent dans l’année même où elles
remontent. Les tiges de seconde floraison sont semblables à celles de la première comme disposition. Il est donc tout naturel que les deux bois de fructification et de remonte aient ure struc- ÉURE ÈS VOISINES
Mais 1l y a Ÿ'autres plantes dans lesquelles les parties remontantes diffèrent beaucoup des tiges florales de première végétation. C’est le cas de certaines plantes à rosette qui donnent en deuxième végétation des rosettes nouvelles situées à des hauteurs variables sur la tige primitive et qui fleurisseat dans l’année de leur formation ou l’année suivante.
J'ai obtenu, dans mes semis serrés, éclaircis tardivement, des pieds remontant avec rosette chez divers Malva, chez les Phacelia, Œnothera, Cerinthe, etc.
Les Malva remontant avec formation d’une rosette de courte durée sont rares dans les semis et leur structure varie suivant la rapidité de la première floraison, l’époque à laquelle ce fait la deuxième végétation et le nombre ou la nature des rameaux réparateurs.
Tantôt il y a des couches concentriques nombreuses dans lesquelles le bois de remonte ne se distingue guère que par sa dorsiventralité très accusée (Malva maurifiana, par exemple). Tantôt le bois de rosette, à la première végétation, était très réduit et à peine visible (Walwa crispa) et le bois de première fructification était au contraire assez développé et fort dur. Le bois de remonte qui l’entourait était tendre et disposé comme le bois de rosette ordinaire (fig. 1, pl. XLIII). En outre il était excentrique.
Dans certains exemplaires, la dorsiventralité des couches successives était de même sens. J’ai trouvé des pieds chez lesquels la dorsiventralité des couches était irrégulièrement alternante.
Il est facile de se rendre compte de ces différences de structure. Les pieds à bois central de rosette bien visible avaient d’abord donné des feuilles sans monter brusquement à fleurs. De là, les trois phases de développement du bois observées dans la coupe de leur racine.
Les pieds à bois central dur et à bois tendre à la périphérie
étaient montés à fleurs dès le début, à un moment où la tige ait presque fhlhiforme. Ectaircis après floraison, des tiges de remplacement assez vigoureuses avaient poussé vers la base et n'avaient pas encore fleuri au moment où les échantillons avaient été récoltés, c’est-à-dire vers la fin de l’automne. A cela était due l’inversion des bois de rosette et de fructification chez ces plantes.
Le Cerinthe major et le Phacelia bipinnatifida remontants donnent des rosettes moins touffues et moins caractérisées que celles de première végétation.
En coupe transversale, la racine du Cerinthe major montre, au centre, un bois de rosette qui devient assez dur à la fin; vient ensuite le bois de fructification plus dur encore, surtout vers la périphérie. Le bois de remonte, en forme d’anneau, est uniforme, moins dur que le bois de ramification auquel 1l succède, et il a une tendance prononcée à se fractionner en îlots.
Céttéhacme est tellément riche en tanin quelés, Coupes noircissent presque instantanément au contact de l’acer du rasoir. Le tanin se trouve dans tous les tissus, mais 1l est surtout abondant dans les bois.
Le Phacelia bifinnatifida, à Va suite d’éclaircissement tardif de ses semis, a donné quelques pieds remontants. Les pousses de remplacement, en forme de rosettes mal développées, étaient faibles en général et avaient donné des fleurs au cours de l’année du semis.
J'ai fait passer dans la tige une coupe au-dessous d’un sympode portant un seul rameau réparateur vigoureux et une autre coupe au voisinage du collet.
La première comprenait une couche épaisse de bois de fructification dur et uniforme entourant une moelle assez étendue. Autour de ce bois était disposé le bois de remonte, dorsiventral, formé par des bandes de vaisseaux séparées par de larges travées de parenchyme (fig. 4, pl XLIV).
La seconde ne différait de la première que par sa moelle plus petite, son bois de première végétation plus épais et par la dorsiventralité moins accusée de son bois de remonte.
Ainsi, dans cette plante plus encore que dans les précé-
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dentes, le tissu ligneux avait très nettement enregistré les variations écologiques qu'avait subies le milieu extérieur au cours du développement, c’est-à-dire aux moments des passages successifs à l’état de vie active et de vie ralentie dans des conditions de végétation” différentes comme mode de croissance.
Le cas le plus typique que j'ai observé sous ce rapport à la suite de semis serrés et d’éclaircissement tardif, c’est celui de l'Œnothera biennis. Un des pieds qui avait fourni une rosette insignifiante, était monté rapidement à fleurs comme s’il avait été annuel. La tige aérienne s’était desséchée sur la plus grande partie de sa longueur puis, vers sa base, avait fourni une rosette de remplacement.
C'était un développement presque inverse du mode normal chez cette plante qui, la première année, donne une rosette
Fig, 105. — Pied normal d'Œnothera biennis, à la phase de la rosette.
Ce pied est âgé d’un an et est venu dans les conditions normales au jardin des plantes de Rennes, où il a été cueilli en octobre.
La rosette est bien formée et possède des feuilles, les unes dressées, les autres horizontales.
La racine, grosse et courte, s’est ramifiée de bonne heure parce que la plante a poussé dans une allée où le sol était particulièrement dur et difficile à pénétrer. C’est à la nature du sol qu'est ainsi souvent due la ramification de la racine chez les plantes à racine pivotante.
La même disposition est aussi provoquée par les insectes quand ils viennent à couper la racine principale, transformant ainsi la racine pivotante en racine fasciculée.
A B, niveau de la coupe de la racine.
(fig. 105) et, la 2° année, sa tige fructifère (fig. 106); après quoi, la plante tout entière meurt desséchée.
Au développement inverse de ce pied (fig. 107) correspon-
dait dans la racine une structure également imverse (fig. 2, pl. XLJIITI). Au centre se trouvait un bois de fructifñication dur et serré, en couches concentriques de netteté variable comme cela se rencontre dans la coupe de la racine chez les Œnofhera de deux ans en fruits (fig. 1, pl. XXXVIT). Autour de ce bois dur était disposé, en anneau complet ct épais, un bois de rosette à vaisseaux en V irréguliers, disséminés dans du parenchyme.
Ainsi, suivant les conditions de vie réalisées, la plante peut modifier son développement et fournir des structures inverses, c'est-à-dire débuter par la phase ligneuse et finir par la phase de rosette, quand, dans les conditions de milieu normal, elle suit un rhythme de développement inverse.
Je montrerai plus loin que, à l’aide de mutilations appropriées, on peut encore réaliser cette inversion. L’explication des structures anormales que j'ai donnée dans la première partie de cet ouvrage est donc vérifiée par l’expérience.
b). Plantes remontantes chez lesquelles le bois de remonte ne se distingue pas du bois de première végétation.
Chez ces végétaux, on peut aussi envisager deux cas
1° Les bois de remonte déterminent une dorsiventralité prononcée, ce qui permet jusqu’à un certain point de les reconnaître, bien qu’il n’y ait pas de séparation nette entre eux et le bois de précédente formation.
2° Il n’y a, dans les bois secondaires, aucune distinction possible entre les deux phases successives de la fructification.
1°7 CAS. — Les bois de remonte forment un dos visible
Parmi les plantes qui sont dans ce cas et qui remontent à la suite de semis serrés ct d’éclaircissements convenablement pratiqués, j'ai étudié les Cregis, Barkhausia, Salsifs, Andryala, Scorprurus, Scabiosa atropurpurea, etc.
Les Crepis, Barkhausia et Salsifñs sont des Composées assez voisines quant au mode de végétation et qui donnent assez souvent des pieds remontants à l’automne.
La coupe d’une tige remontante présente une disposition
curieuse suivant qu’il y a un seul rameau réparateur où plu-
sieurs, ou bien suivant la vigueur relative de ceux-ci.
Fig. 106. — Pied normal d'Æno- 1hera biennis à sa deuxième année de développement.
La rosette existe encore et la tige florale commence à fleurir. Bientôt les feuilles de la rosette vont se flétrir.
A B, niveau de la coupe effectuée dans la racine,
Avec un seul rameau, les
Fig. 107. — Un pied à développement anormal de l'Œnotbera biennis, dans lequel la volante a fleuri la première année, par semis serré, puis a remonté en donnant une rosette. 11 y a eu, chez cet exemplaire, inversion du mode habituel du développement,
À B, niveau de la coupe de ja racine,
bois de remonte n'existent que
dans les faisceaux qui alimentent cette pousse. La dorsiventralité est alors fort nette.
S'il y a plusieurs rameaux faibles, on voit des faisceaux plus développés alternant avec des faisceaux faibles, qui sont morts à la fin de la première végétation. Et si les rameaux sont suffisamment vigoureux, tous les faisceaux libéroligneux ont l’aspect de la coupe d’une tige ordinaire, mais vigoureuse. Dans ce dernier cas, l'observateur non prévenu ne s’apercevrait pas qu'il s’agit d’une plante remontante.
Chez l’Andryala sinuata, le bois de fructification forme un anneau complet entourant le bois de rosette, et son épaisseur est sensiblement égale sur tout son pourtour. Dans la coupe des pieds remontants, le bois de remonte est très excentrique, mais il se continue très intimement avec le bois de fructification précédent dont il ne se distingue pas autrement (fig. 4, pl. XLIT).
Le Scabiosa atropurpurea donne quelquefois des pieds remontants, à la façon du Centranthus ruber, dont 1l possède la disposition phyllotaxique. Les bois de remonte forment aussi chez cette plante deux arcs opposés, mais ceux-ci continuent simplement le bois précédent ct ne se distinguent que par leur dorsiventralité d’autant plus prononcée que les deux rameaux réparateurs sont plus vigoureux
On ferait aussi des observations analogues à celles qui ont été indiquées pour le Cenfranthus quand les rameaux réparateurs sont inégaux ou quand l’un vient à manquer.
Le Scorpiurus est une Légumineuse dont les semis serrés et éclaircis tardivement fournissent quelques pieds remontants.
Dans celui que j’ai étudié plus spécialement, la tige présentait, à la fin de la deuxième végétation, une partie plus vieille couchée sur le sol, et une partie remontante dressée verticalement. La structure de ces deux parties était assez différente.
La partie ancienne couchée sur le sol présentait une dorsiventralité très marquée (fig. 4, pl. LIV). Cela n’a rien de surprenant car deux facteurs différents, la station horizontale et la disposition unilatérale du rameau réparateur, agissent dans Île même sens.
Les faisceaux libéroligneux étaient très différents dans la
= 240 — partie dorsale et dans la partie ventrale. Tandis qu’ils avaient cessé de croître dans celle-ci (fig. 108), ils avaient pris un
accroissement considérable dans celle-là (fig. 109).
Fe 109
Fig. 108. — Un faisceau de la tige de Scorpiurus correspondant à la région n'ayant pas remonté.
: SCC CNC Fig. 109. — Un fais- FER ed ceau de la tige de Scor- | CCC
ee
piurus pris dans la partie ayant remonté. La portion convexe située au-dessus du faisceau de première végétation correspond à la végétation remontante très active en ce point.
Ces faisceaux étaient restés séparés les uns des autres, et le parenchyme médullaire avait commencé à se résorber pour former une lacune centrale. Au voisinage des faisceaux le parenchyme périmédullaire se cloisonnait activement pour empêcher la nécrose du tissu conducteur ligneux et lui permettre de conserver ainsi ses fonctions vis-à-vis du rameau réparateur non raciné directement.
La coupe de ce rameau avait une structure bien différente de celle de la partie couchée ‘fig. 3, pl. LIV); le bois formait un anneau complet, assez épais et sensiblement régulier,
Je n'ai pas trouvé dans cette plante les fibres caractéristiques de certaines Légumineuses précédemment examinées; on ne saurait considérer comme telles les fibres de sclérenchyme disposées au-dessus du liber, dans chaque faisceau.
2° GAS. — Les bois de remonte ne se distinguent pas du tout du bois de fructification
Ce cas est relativement assez fréquent chez des plantes à tiges bien développées comme chez des plantes à rosette où la tige est très réduite, même au moment de la fructifhication.
Un exemple est donné, pour les plantes à tiges florales bien développées, par certains Choux et Navets. La tige, à la fin de la deuxième végétation, présente en coupe transversale du bois rayonnant dur et fibreux, où l’on ne voit pas de ligne de démarcation entre le bois de fructification et le bois de remonte.
Il en est ainsi également dans la racine où le bois de rosette finit lui-même par devenir de moins en moins distinct.
Parmi les plantes acaules, on peut citer le Salsifis qui, en semis serrés puis éclaircis, donne quelquefois mais rarement, des pieds remontants. La structure de ces pieds ne diffère pas, à proprement parler, des pieds ordinaires, le bois de fructification et celui de rosette se ressemblant beaucoup.
Dans les plantes herbacées vivaces, déjà polycarpiques, on peut observer des résultats comparables et des pieds remontants L'exemple le plus intéressant est celui du Scorzonère, fréquemment cultivé dans nos Jardins.
La première année, il fournit une rosette de feuilles et une racine succulente, abondamment gonflée de réserves d’inuline La deuxième année, les réserves sont employées entièrement au développement de la tige aérienne, des fleurs et des fruits (fig. 110). Si l’on fait passer une coupe à ce moment, en A B, on constate que le parenchyme de réserve est vide d’inuline, que ses cellules sont flasques et que les membranes de celles-ci sont disposées à la façon d’un parenchyme de compression (fig. 4, DL EM
Mais si l’on déterre un pied ayant ainsi fructifé, on constate qu’à côté de la tige desséchée et au voisinage de l’ancienne
rosette s’est développé un bourgeon réparateur qui va donner he une nouvelle rosette de feuilles. Une fois celle-ci formée (fig.
Fig. 110. — Pied fleuri de Scorzo-
nère cultivé.
A B, niveau de la coupe de la racine,
Fig. 111. — Pied de Scorzonère dont la tige fleurie est morte et desséchée. — 7, Chicot laissé par la chute de la tige; r », rameau réparateur ; À B, niveau de la coupe de la racine.
111), si l’on coupe la racine en À B, on voit que les parenchy-
mes de réserve sont redevenus turgescents et contiennent à nouveau de l’inuline en abondance. La racine qui avait momentanément perdu toute valeur alimentaire est redevenue comestible. C’est un fait bien connu des praticiens.
Or il arrive chez le Scorzonère comme chez le Salsifis que des pieds, au lieu de faire en deux ans leur développement complet, fleurissent et fructiñient la première année et donnent ensuite une rosette de feuilles destinée à la conservation de l'individu jusqu’à l’année suivante.
Ces pieds à développement condensé ne différaient pas comme structure des pieds normaux de deuxième année.
Plus rarement des pieds âgés de plusieurs années donnent des pieds vraiment remontants, c’est-à-dire fleurissant deux fois dans la même année. Dans ce cas, le bois de remonte n’est pas distinct du bois normal.
J'ai fait des observations analogues sur des pieds accidentellement remontants de Chicoracées telles que les Pissenlits, Mulgedium alpinum, H ypochœris radicata, etc.
La propriété de remonter, c’est-à-dire de donner deux ou plusieurs floraisons dans la même année, ne doit pas toujours être confondue avec la possibilité pour une plante de donner plusieurs fructifications.
La plante monocarpique devient accidentellement polycarpique par le fait qu’elle remonte; la plante polycarpique reste polycarpique quand elle remonte, mais dans les deux cas le rhythme de végétation est changé.