‹ Influence du mode de vie sur la structure secondaire des dicotylédonesChapitre 68 sur 141 · II. — Elagage · texte numérisé non relu

II. — Elagage

L’élagage est un mode de mutilation bien différent physiologiquement de la décapitation, quoique, dans les deux cas, des rameaux cu des branches soient coupées complètement et détachées du tronc.

En effet, la décapitation arrête la croissance terminale de l’axe: la croissance définie avec formation d’un sympode et de bourgeons réparateurs prend momentanément la place de la croissance indéfinie primitive; 1l y a dérivation latérale au profit des rameaux réparateurs, comme dans tout sympode tigellaire.

L’éiagage, au contraire, favorise la croissance indéfinie du bourgeon terminal au détriment des parties latérales. Et cette suppressica des dérivations latérales naturelles active d’autant plus la croissance de l’axe que les rameaux réparateurs qui pourraient remplacer les parties enlevées sont faibles ou ne se forment pas à cause de la situation défavorable où 1ls se trouvent par suite de la prédominance du courant vertical naturellement misux placé.

L’élagage, dans ces conditions, doit avoir des effets tout différents de ceux de la décapitation quant aux formations ligneuses chez les parties restées en place. Ces effets se traduisent, ainsi que Je m'en suis assuré, par une augmentation pure ct simple du volume des tissus. Il n’y a pas de couches concentriques supplémentaires.

Cependant des conséquences particulières à cette opération peuvent apparaître chez la plante suivant que l’élagage a été pratiqué d’une façon modérée ou exagéré.

L’élagage modéré, pratiqué sur un jeune arbre à des époques convenables et d’une façon raisonnée, se traduit par une formation meilleure de la charpente de l'arbre et une plus

grande régularité de la croissance en épaisseur, avec un tronc en forme de queue de billard, comme disent les horticulteurs.

L’élagage exagéré, pratiqué sur une grande longueur sur un arbre Jeune, provoque des troubles dans la répartition des produits plastiques fabriqués par les parties supérieures feuillées. Les produits ont alors un chemin trop long à parcourir pour se répartir dans la totalité des appareils aérien et souterrain ; 1ls sont aussi, à ce moment, en quantité insuffisante par le fait de la suppression exagérée des branches.

Il résulte de là que le tronc grossit plus au voisinage des branches qu’à la partie inférieure. À la disposition en tronc de cône droit fait suite la disposition inverse en tronc de cône renversé. Finalement le jeune arbre possède une tige en forme de sablier très effilé. Les arboriculteurs disent que la tige est en queue de billard renversée, et ils savent qu’un tel arbre se développera beaucoup moins bien par la suite.

Ce phénomène se voit assez souvent dans les pépinières de Pommier mal conduites, comme on en trouve dans nos campa-

gnes bretonnes.

Un résultat assez analogue s’observe chez des plantes herbacées cultivées, comme chez le Chrysanthème cultivé à la grande fleur. On enlève en grand les bourgeons latéraux de la tige et les bourgeons fournissant les capitules, en laissant seuch l’un d’eux. La tige s’accroit alors plus au sommet qu’à la base et prend une forme en massue,

Le même résultat s’obtient quand on enlève au printemps les bourgeons latéraux et terminal d’un rameau d’arbre fruitier, avant la pousse printannière. L’organe vit alors exclusivement à l’aide de la chlorophylle contenue dans ses tissus. Comme cette substance est plus abondante et plus active dans les parties Jeunes, c’est au sommet que se forme le maximum de substances plastiques et la plus forte croissance en épaisseur. Le rameau ainsi traité prend aussi la forme en massue (56).

Des coupes pratiquées au sommet et à la base d’un tel rameau montrent bien cette inégalité de croissance.

A la fn de l’année, au sommet du rameau, on trouve deux couches concentriques, dont la dernière est peu épaisse et en

forme d’arc en général. À la base, il n’y a qu’une seule couche; le bois formé pendant la belle saison ne se distingue pas du bois d'automne précédent.

En un mot, le sommet en massue du rameau était à l’état de vie active très réduite, et la base à l’état de vie ralentie, par le fait de la suppression des bourgeons qui n'est autre chose qu’un élagage précoce.

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