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Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar Poe

Edgar Poe avait commencé à apprendre le français très jeune à Stoke Nevington, à l’école du docteur Bransby. Il continua à l’étudier à Richmond, à l’école de J. H. Clarke, puis à l’Université de Virginie, et enfin à l’école militaire de West Point.

Il est donc hors de doute que Poe avait appris le français. Mais jusqu’à quel point exactement possédait-il cette langue? La question n’est pas aussi oiseuse qu’on pourrait le croire. L’érudition de Poe a été souvent mise en doute (1), et il faut avouer que ceux qui lui adressaient sur ce point des critiques avaient de bonnes raisons de le faire. Il est certain, par exemple, qu'il ne faut pas se laisser éblouir par le luxe de citations françaises dont ses œuvres sont

(1) Par exemple par Arvède Barine, dans ses Névrosés, p. 229: « Il faisait dire à Voltaire: « Les Grecs font paraître ses acteurs le visage convert d’un masque...» et à Boileau: « Le plus fou souvent est le plus satisfait. » Il copia effrontément les notes des savants européens, transcrivant ingénument les fautes d’impressoin et prenant le Pirée pour un homme. Il attribua OEdipe à Colone à Eschyle, et mit Vert-Vert et le Belphégor de Machiavel parmi les livres ténébreux qui contribuaient à troubler la raison de Roderick Usher... On s’avertissait entre éditeurs de se défier de la science de M Poe: «Il fait des citations en allemand mais il n’en sait pas un mot. Quant à son grec vous sauriez à quoi vous en tenir pour peu que vous y mettiez le nez. » £

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émaillées, ni par les prétentions audacieuses qu'il affiche en plusieurs endroits. Le professeur américain Palmer Cobb, dans son livre The Influence of E. T. A. Hoffmann on the Tales of Edgar Allan Poe, fait entrer en ligne de compte, pour prouver que Poe savait l’allemand, la formule du défi que notre auteur lançait aux amateurs de cryptogrammes dans le Graham’s Magazine :

Yet any who will take the trouble may address us a note, in the same manner as here proposed, and the key phrase may be either in French, Italian, Spanish, German, Latin or Greek (or in any of the dialects of these languages), and we pledge ourselves for the solution of'the riddle.

(Poe, Works, ed. Harrisson, XIV, 124).

Si l'affirmation était probante pour l'allemand, elle le serait aussi pour le français. Malheureusement, il faudrait encore admettre qu’elle l’est pour l'italien, l’espagnol, le grec et leurs dialectes; et cela fait beaucoup de choses pour un seul homme. La connaissance parfaite des dialectes grecs, entre autres choses, a toujours été l’apanage exclusif de quelques spécialistes, et de pareilles connaissances ne devaient pas être très répandues parmi les journalistes des environs de 1840. C’est d’ailleurs précisément pour cela que Poe se vantait de les posséder, et on aurait tort de lui en vouloir: il faisait son métier de journaliste en conscience, en essayant d’impressionner son public. Mais nous ne sommes plus obligés d’être aussi crédules que les abonnés du Graham’s Magazine. |

En fait, même dans le cas du français, qu'il avait incontestablement étudié, Poe semble avoir souvent essayé de donner une idée exagérée de ses connaissances. Tous ses éditeurs ont constaté qu'ils avaient été obligés de corriger ses fautes. Stedman et Woodberry concluent leur examen critique des Contes en disant: « Toutes les expressions en langue étrangère, lorsqu'elles ne font pas partie d’une citation, ont été librement revisées, lorsque besoin était, avec le souci de respecter l’exactitude linguistique (2). » Encore subsistet-il, malgré le secours fourni à Poe par ses éditeurs, des incorrections choquantes dans toutes les éditions. Au début de Bon-Bon, l’on nous vante les pâtés à la fois de ce restaurateur ; il s’agit, bien

(2) «AI expressions in foreign languages, when not quoted, have been freely revised, as occasion arose, with a view fo linguistic accuracy. » Poe, Works, ed. Stedman-Woodberry, vol. IV, p. 294.

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entendu, de pâtés de foie, mais les pâtés à la fois se retrouvent à la page 22 de ce même volume où Stedman et Woodberry proclament (p. 294) leur souci de l'exactitude linguistique.

Toutes ces précisions, si mesquines qu’elles puissent paraître, ne sont pas inutiles pour notre propos. Sans prendre à tâche de faire un relevé complet des fautes de français qu'a pu commettre l’auteur du Scarabée d'Or, il n’est pas mauvais, pour essayer de mesurer la portée des influences françaises qu'il a pu subir, de savoir jusqu’à quel point il était capable de saisir et de goûter les finesses de la langue de Voltaire.

Ce point est, d’ailleurs, difficile à déterminer. Les témoignages dont nous disposons semblent établir que, dans toutes les maisons d'éducation où il passa, Poe fut un brillant élève en général et particulièrement en français. Le colonel J. T. Preston (cité par miss Phillips, t. 1, p. 195), camarade de Poe à l’école du docteur Clarke, à Richmond, vers 182r, déclare: « Î remember also that Poe was a very fine French scholar. » À l’Université de Virginie, où Poe prit ses inscriptions en février 1826, et où il suivit les cours de langues anciennes et modernes jusqu’en décembre de la même année, on sait qu'aux examens de fin de session, il se distingua en latin et en français. Le colonel Magruder, qui fut le camarade de Poe à West Point, est très affirmatif: « Il avait une connaissance parfaite de la langue française et une merveilleuse aptitude pour les mathématiques (3). »

Ceci ne semble guère s’accorder avec les faiblesses que nous relevions tout à l’heure. Mais il faut faire la critique de ces témoignages.

D'abord, comme il arrive presque toujours quand il s’agit de Poe, il semble que ceux qui parlent de lui soient incapables de s’en

(3) He was an accomplished French scholar, and had a wonderful aptitude for mathematics, so that he had no difficulty in preparing his recitations in his class and in obtaining the highest marks in these departments. He was a devourer of books.» (Lettre citée par Woodberry, Life of Poe, tome LE, p. 70. Woodberry ajoute: « This account is supported by the official records, which show that at the examination at the end of the half year, Poe stood third in French and seventeenth in mathematics, in a class of eighty seven members. » A cet endroit aussi bien que dans son édition de Poe (t. I, p. 15) Woodberry donne au colonel (depuis général) Magruder, le nom d’Allan B. Magruder. Il y a cependant toute apparence que c'est le même militaire que l’on trouve désigné dans plusieurs endroits sous

Je nom de John Bankhead Magruder.

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