‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 2 sur 44 · HU SN · texte numérisé non relu

HU SN

tenir à la simple vérité. On relève à chaque instant, dans les récits des anciens camarades de Poe, la contradiction, l’erreur et l’invraisemblance. Timothy Pickering Jones, dans le Times Despaich du 29 Mai 1904, raconte avec force détails comment Edgar lui fit des adieux touchants et d’interminables confidences au moment de quitter West Point. Or, ce même Jones fut exclu de West Point en décembre 1830, avant Edgar Poe. Jones nous assure encore que Poe était faible en mathématiques « low in mathematics », dans une interview parue dans le New York Sun du 10 mai 1908. Assertion qui contredit celle de Magruder, mais qui est elle-même contredite par les archives de West Point, lesquelles attestent que Poe se classa dix-septième en mathématiques sur les quatre-vingtsept cadets de sa promotion.

Ces témoignages sont donc incertains parce qu’ils ont pu être, parce que dans certains cas ils ont été, à coup sûr, déformés par le temps, les circonstances, la passion pour ou contre Poe. Ils le sont encore, en ce qui concerne plus précisément notre sujet, parce que la plupart de nos témoins étaient sans doute assez mauvais juges en matière de langue française. Lorsque G. Howard Paul (cité par Phillips, t. [, p. 833) déclare: « He was a voracious reader and possessed an exhaustive knowledge of French, Italian and Spanish literature », on est en droit de se demander où Howard Paul lui-même avait acquis le savoir nécessaire pour en juger. Sans doute, Poe avait fréquenté la section des langues modernes à l’Université de Virginie; mais était-il nécessaire de savoir le français à fond pour briller dans une année de « freshmen », en 1826, dans une université de fondation récente? Le professeur de Poe, dans cette occasior. était un Allemand, George Blaetterman, et ïl était « professor of modern languages » ‘et non pas seulement de français. Rien n’indique qu'il fût spécialisé dans cette dernière langue.

Poe, qui avait appris de bonne heure les rudiments du français, qui, peut-être, avait pu voir en Angleterre des personnes de cette nationalité (4), disposait d’un avantage certain, non seulement sur

(4) D’après les papiers d'affaires retrouvés par Killis Campbell, Poe aurait fréquenté pendant quelques mois, en 1816, une école tenue par les misses Dubourg, 146 Sloane Street, London. On suppose que les sœurs Dubourg étaient françaises. Le nom de Pauline Dubourg, dans Murders in the rue Morgue, serait le nom d’une de ces sœurs, utilisé sans changement par Poe. 2

Page 1