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cependant, en disant qu'il n’a rien lu de plus ancien que Byron. En ce qui concerne la littérature française, la lecture de Charles XII et de Gil Blas (14), commencée à West Point, avait pu le mettre en goût et l’engager à lire d’autres ouvrages analogues; la langue du Kvin° siècle, d’ailleurs, par sa clarté, sa facilité, devait l’attirer, et il Jui était certainement plus facile de lire Voltaire que Balzac, dont le vocabulaire si varié et la syntaxe hardie devaient offrir pour lui un assez grand nombre de difficultés. Mais au delà du xvm° siècle les contacts entre Poe et la littérature française sont rares et peu probables; au delà du xvi° siècle, ils deviennent tout à fait problématiques; et ceci limite déjà le champ de nos investigations.
D'autre part, quant au genre d’auteurs que sa connaissance du français permettait à Poe de fréquenter, les mêmes considérations font voir que tous les ouvrages un peu spéciaux devaient lui être à peu près inaccessibles. Il faut faire cependant une exception. Puisque Poe avait appris, ou commencé à apprendre, l’algèbre, la géométrie et la trigonométrie dans des manuels français, il devait avoir une certaine connaissance du vocabulaire technique et scientifique. Par là même, il se trouvait mis en mesure d’aborder les ouvrages de philosophie, tout au moins de philosophie scientifique. Les livres des vulgarisateurs et des pseudo-savants — qui, par ailleurs, offraient pour lui tant d’attraits, toute son œuvre le montre — lui étaient pour la plupart accessibles directement en français. La suite de cet ouvrage montrera qu’il a dû en profiter.
Par contre, il est un domaine qui semble lui avoir été complètement fermé: c’est celui de la poésie, ou tout au moins du vers fran- Ççais. Poe, bien qu’on trouve chez lui, de ci de là, de vagues allusions à Lamartine et à Hugo, ne paraît aucunement avoir goûté ces poètes. Un de ceux qu’il cite le plus souvent est Béranger. Tous ceux qui ont lu la Lettre volée n’ont pu manquer d’être frappés de la prédilection étonnante que Dupin — c’est-à-dire Poe — manifeste pour Crébillon le père. Dans À chapter of suggestions (15), Poe écrit tranquillement:
(14) I1 se souvenait encore de Gil Blas des années après. Dans une conversation avec H. Paul (Citée par Phillips I, 834) il donne Gil Blas et Tom Jones comme « deux des meilleurs romans qu’on ait jamais écrits ».
(5) Cf. ed. Woodberry VII, 344.
Le 40:
Ignorance is bliss — but that the bliss be real, the ignorance must be so profound as not to suspect itself ignorant. With this understanding, Boileau’s line may be read thus.
Le plus fou toujours est le plus satisfait — toujours in place of souvent.
C'est le cas de dire que Poe est « blissfully ignorant » des règles de la versification française. Il est évident, d’ailleurs, qu’il cite de mémoire — et peut-être pas de première main — le dernier vers de la satire IV:
. Mais je trouve en effet Que le plus fou souvent est le plus satisfait.
Là, comme tout à l’heure avec Sue, il reconstruit le texte français plutôt qu'il ne le cite. Mais, là encore, sa reconstruction est instructive : pourvu que le sens y soit, que la phrase ait l’air correcte, il ne va pas chercher plus loin; il n’a pas l’air de soupçonner un instant que son alexandrin n’a que onze pieds. Ceci s’accorde avec les renseignements fournis par les archives de West Point: le français était pour Poe une langue écrite; il lisait le livre français des yeux, mais la musique de la phrase, et à plus forte raison du vers français, lui était étrangère.