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Influences maternelles pendant la gestation sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfants

Lorsqu'une idée se présente avec un caractère d'utilité réelle ; que son développement laisse entrevoir les plus heureuses conséquences sur l'avenir de l'humanité ; que la parfaite connaissance de cette idée ne peut

conduire à aucune fâcheuse déception, mais

doit au contraire nous apprendre à éviter une partie des misères qui frappent souvent les familles les plus opulentes , comme les plus pauvres, ne serait-ce point manquer à la fois de générosité et de courage que de l'abandonner, parce qu'elle a été l'objet de quelques attaques irréfléchies , de railleries insipides, et jugée, en un mot, avec une le'gèreté qui fait peu d'honneur à certains critiques tout imbus de vieux préjugés?

Oui, ce serait une lâcheté de se retirer devant ces opinions toujours hésitantes pour le bien, et cependant toujours prêtes à nier ce qu'elles ne connaissent pas ; devant ces critiques ayant constamment à la bouche ou sous leur plume les mots pompeux de progrès, de civilisation, de perfectibilité de l'intelligence humaine, et repoussant systématiquement tout moyen de parvenir à leur réalisation, dès qu'il s'écarte du cercle étroit au delà duquel il n'est pour eux ni avenir possible, ni horizon nouveau.

Comme il n'est pas de rôle plus facile à remplir et qui satisfasse mieux la vanité naturelle de l'homme que celui d'incrédule, on ne saurait être surpris du grand nombre de gens qui se parent de ce masque, afin de s'arroger, sans frais d'imagination et sans posséder aucune des connaissances nécessaires, le droit de juger, trancher sur tout ; en religion comme en philosophie ; dans les sciences, les arts et même la politique ; enfin, jusque dans les relations les plus intimes, imposer audacieusement des opinions parfois fort ridicules. Armé de son scepticisme commode et quelquefois même de commande, l'incrédule se plaît à fermer les yeux à l'évidence , se donne des airs savants qui en imposent à la foule, et se prélasse orgueilleusement au milieu de ses négations ! Ce serait donc peine perdue d'essayer de convaincre ces ennemis jurés de toute lumière à laquelle leurs yeux ne sont pas accoutumés, et je n'en poursuivrai pas moins résolument la tâche que je me

suis imposée, n'éprou\ant qu'un regret, celui d'avoir résisté pendant de longues années au sentiment qui nous fait un devoir de communiquer toute idée pouvant contribuer au bonheur de nos semblables.

Sous l'impression de cette pensée, que c'était pour moi un devoir impérieux de communiquer à l'un des grands organes de la presse parisienne mes observations sur la puissante influence d'une éducation antérieure ou préparatoire, je résolus de soumettre cette théorie à l'un des rédacteurs du feuilleton scientifique du journal le plus répandu * . M. Victor Meunier voulut bien consacrer plusieurs colonnes de la Presse à l'exa-

' A celle époque, 1854.

men de ce nouveau système d'éducation.

L'idée parut originale, et quoique présentée avec autant de mesure que de bienveillance par le jeune savant, auquel elle paraissait offrir une large voie au progrès de l'humanité, elle n'en fut pas moins traite'e avec une grande légèreté par les autres journaux de Paris.

Cependant, devait-on classer cette théorie au nombre de celles qui peuvent être utiles à l'humanité; ou bien fallait- il la reléguer parmi les folles conceptions dont le seul mérite est de distraire les lecteurs pendant quelques instants?

La justice, la plus simple équité exigeaient sans doute qu'on prît la peine de l'examiner, afin de pouvoir la recommander en toute connaissance de cause, si elle méritait cette faveur ; et, dans le cas où elle eût semblé inutile ou dangereuse, la rejeter impitoyablement.

Mais il n'en a pas été ainsi.

Au reste, on peut dire que dans de semblables occasions la presse se montre, en général, d'une faiblesse regrettable, et qu'elle paraît même impuissante à remplir convenablement la haute mission dont elle a pris toute la responsabilité aux yeux du monde. Peut-être attache-t-elle trop peu d'importance à la valeur de ses jugements pour se croire obligée à de sérieuses appréciations.

Chargée d'éclairer et d'instruire le public, il est rare que la presse s'acquitte de ce devoir avec cette dignité, cet esprit de justice et de bienveillance que nous aimons à retrouver dans ceux que nous prenons pour guides. Dans de semblables occasions, le public attend avec impatience l'opinion des journalistes dans lesquels il a placé sa confiance, espérant qu'ils rempliront en conscience Içs devoirs qui incombent au critique impartial , au juge suprême des œuvres de l'esprit humain. Mais c'est ordinairement à la partie légère du journalisme, à celle qui

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se consacre au divertissement des lecteurs , que les écrivains sérieux cèdent la plume lorsqu'il s'agit déjuger du mérite de certains ouvrages qui s'écartent des voies habituelles.

Or, la théorie de l'éducation antérieure offrait un sujet entièrement nouveau, dont certains journalistes se hâtèrent de tirer les plus bouffonnes conclusions.

Que leur importait de compromettre par leurs plaisanteries le succès d'une idée utile? Toute leur ambition ne se borne-t-elle pas à amener un sourire sur les lèvres du lecteur?

Cependant il n'en pouvait être de même de tous les écrivains dont la mission spéciale est de rendre compte des livres nouveaux. 11 en est parmi eux qui comprennent l'importance des fonctions qu'ils remplissent aux yeux du public. En effet, tout passe sous leur férule, les œuvres du génie comme les productions les plus insignifiantes.

Aussi quelle immense responsabilité n'assument-ils pas envers la postérité, lorsque,

par faiblesse, par esprit de parti, de camaraderie, ils vantent de mauvais livres, ou lorsqu'ils préviennent leurs lecteurs contre les ouvrages dont l'auteur n'est pas de leurs amis, ou n'appartient pas à l'opinion, à la coterie dont ils font partie?

On cite, il est vjai, plusieurs écrivains qui sont parvenus plus tard, malgré eux pour ainsi dire et à travers mille difficultés, à de hautes positions scientifiques ou littéraires; mais combien aussi ont succombé par suite de cette malveillance qui s'attache aux œuvres nouvelles, aux auteurs inconnus dont les opinions politiques ou religieuses n'ont pas frayé d'avance le chemin du succès !

Ne comptant pas d'amis dans la presse, n'appartenant à aucune coterie, à aucun parti politique ou religieux , comment aurais-je pu me flatter d'obtenir ces vifs témoignages de sympathie qui prêtent aux éloges une si haute valeur?

Cependant, je l'avoue, je croyais à un exa-

lïien sérieux, équitable; ne s'agissait-il pas d'une idée nouvelle qui se recommandait par sa haute portée, par sa moralité et par l'influence qu'elle devait exercer sur l'avenir de la civilisation? Tels étaient les auspices sous lesquels elle se présentait dans le monde, et, jusqu'à preuve du contraire, elle méritait donc d'être prise en considération.

Mes espérances ne se sont point réalisées.

Plusieurs de mes critiques sur lesquels je pensais devoir compter se sont abstenus, de peur, sans doute, de se compromettre aux yeux de l'Académie s'ils approuvaient la théorie de l'éducation antérieure, ou de mentir à leur conscience s'ils se prononçaient contre. Les autres ont trouvé le moyen d'en parler sans s'exposer aux reproches des corps savants , et sans qu'on pût, d'un autre côté, les accuser de trop de malveillance.

C'est ce qui est arrivé, comme on peut s'en convaincre , en passant en revue les principaux articles des grands journaux de

Paris, où cet expédient a été mis en pratique avec une adresse merveilleuse ; car, après les avoir lus, on ne sait, à vrai dire, s'ils reconnaissent les vérités que j'ai proclamées, ou s'ils les rejettent comme de pures illusions, dignes tout au plus d'un regard curieux.

Mais, pour procéder avec ordre, je dois donner ici l'article publié par M. Victor Meunier dans la Presse du 24 février 1855, d'après un exposé sommaire de la théorie de l'éducation antérieure que j'avais communiqué à ce jeune et savant feuilletoniste.

Jugeant aussitôt combien ces idées pouvaient avoir d'importance réelle, M. Victor Meunier s'était empressé de leur offrir la publicité de son journal.

Le grand retentissement dont cet article a été suivi me permettait d'espérer que l'ouvrage auquel il servait de préliminaire serait accueilli avec faveur.

Je ne puis dire qu'il en ait été ainsi.

Le public, entraîné par des appréciations

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OÙ l'on ne cherchait qu'à faire ressortir 1 ctrangeté de l'idée; où l'on s'amusait à la ridiculiser, afin d'en diminuer la valeur ; le public, si facile à égarer, se crut suffisamment éclairé sur la réalité de mes observations, et ne prêta plus qu'une attention distraite aux articles plus consciencieux qui parurent ensuite.

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