‹ Influences maternelles pendant la gestation sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfantsChapitre 19 sur 20 · DIVERS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

DIVERS SYSTÈMES

de sa propre vie, de cette vie que lui a communiquée le Créateur.

Or exister, c'est agir.

Pourquoi n'admettrait-on pas que ce Dieu créateur, dont la sagesse égale la puissance, ayant tout prévu, tout préparé pour la continuité de son œuvre , ait chargé les intelligences qui animent la matière d'être ellesmêmes les organisatrices des corps qu'elles devaient habiter?

Cette hypothèse, la seule qui soit réellement fondée sur l'observation, est en même temps la plus conforme aux enseignements de l'Église et aux déductions d'une saine philosophie. Elle est d'ailleurs la seule qui donne une explication plausible de la formation du fœtus; car, il faut en convenir, les divers systèmes imaginés par Leibnitz, Haller, Bonnet, Harvey, Buffon, Cuvier et autres savants qui se sont occupés de cette question n'offrent rien de bien satisfaisant.

Les savants sont aujourd'hui plus sages ou plus prudents. Tout en repoussant certaines

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erreurs de leurs devanciers, telles que la préexistence du germe, le système des molécules organiques ou la théorie de" 1 epigénèse, ils avouent ne pouvoir expliquer le phénomène de l'organisation du fœtus.

M. Flourens déclare même franchement qu'il est inutile de chercher comment la vie se forme ou prend naissance, et par quelle force s'opère l'organisation animale. Il pense même que c'est un mystère qui nous sera éternellement fermé.

L'hypothèse de l'intervention d'une intelligence particulière pour la formation du fœtus est donc la seule qui soit admissible. Et, en effet, tout devient simple et compréhensible dans la grande œuvre de la création ; dans la perpétuité des êtres qui se renouvellent sans cesse suivant un ordre constant; dans ces formes variées à l'infini, mais qui ne s'écartent des règles posées dès le principe que jusqu'à de certaines limites infranchissables, afin que les caractères essentiels de la famille, de la race, de l'espèce ne se perdent jamais. Car

Dieu a soumis tous les êtres créés à des lois qu'ils ne peuvent pas plus violer que ne le pourrait la matière inefte elle-même. La sagesse infinie a voulu que ces lois soient infranchissables, afin que rien ne vienne troubler l'ordre sans lequel l'ensemble de la création ne pourrait subsister.

Au reste, cette perpétuité ne concerne que l'ensemble de la création ; elle n'a point empêché que certaines races d'animaux ne fussent éliminées; elle ne s'oppose point à certains changements qui ne sont pas contraires à l'harmonie qui règne dans lunivers.

C'est ce que je me propose d'examiner dans le chapitre suivant.

CONSIDÉRATIONS PIIILOSOPHIQUES

Créées pour remplir le but des temps primitifs, les espèces et les races qui nuisaient à l'harmonieux concours que tous les animaux prêtent au dernier-né de la création, à l'homme, se sont éteintes peu à peu, cédant la place à celles qui lui sont utiles.

On pourrait presque fixer l'époque où tout ce qui reste de ces tristes et monstrueuses ébau-

ches des temps primitifs aura disparu de la surface de la terre.

En sera-t-il de même à l'égard des races humaines? Quelques-unes d'entre elles sontelles condamnées à disparaître devant la race blanche?

On pourrait le croire en voyant certaines peuplades, dont les formes extérieures annoncent la dégradation où elles sont tombées, et la distance qui les sépare du type que nous croyons être le type primitif, s'éteindre peu à peu au contact de la civilisation.

Et pourtant, il en est d'autres qui sembleraient devoir être épargnées, tant elles ont de rapports avec ce type primitif dont quelques exemplaires se sont conservés plus ou moins purs à travers les siècles. Pourquoi donc, malgré cette similitude, ne peuvent-elles supporter l'épreuve de la civilisation? On dirait qu'un souffle empoisonné accompagne ceux qui cherchent à les initier à nos mœurs, en s'établissant au milieu d'elles.

D'un autre côté, nous voyons la race noire.

qui certes ne ressemble guère à ce type idéal, surtout lorsqu'on jette les yeux sur certaines peuplades des environs du Cap, qui se prête à merveille à toutes les expériences des peuples civilisés; se soumettant à leurs exigences , supportant même l'esclavage î

L'esclavage, il faut le dire, est mortel à ces races dont j'ai parlé plus haut.

Que sont devenues ces vaillantes peuplades, à demi civilisées, qui traitèrent de la cession d'une partie de leur territoire avec l'illustre Guillaume Penn? A cette époque, l'Amérique du Nord était très-peuplée; les naturels paraissaient assez bien disposés en faveur de notre civilisation. Si on les eût traités comme le furent jadis les habitants du Paraguay, peut-être se seraient-ils soumis à la double influence de la persuasion et de l'exemple, puisque malgré les cruautés commises par les aventuriers espagnols il existe encore aujourd'hui des Brésiliens, des Péruviens, des Mexicains et d'autres descendants des peuples conquis par les Espagnols et les Portugais.

Lés belles îles de la Polynésie se dépeuplent de plus en plus; que les habitants soient farouches et cruels comme aux Marquises, ou doux et sociables comme à Otahiti .

Il y a là certainement une cause ignorée, même des savants ; car pourquoi aurait-on vu des populations sauvages se plier à nos mœurs, à nos usages ; adopter nos croyances ; se civiliser en un mot par la seule autorité de quelques hommes aussi habiles que prudents et dévoués? Tout le monde connaît et apprécie les prodiges de ce genre opérés par les missionnaires au Paraguay, au Brésil et autres contrées, où ils ont déployé un zèle admirable; car^ à quelque communion que l'on appartienne, on doit, sous peine d'être accusé d'intolérance, reconnaître les services rendus à la civilisation.

Mais l'Angleterre, la Hollande, les États- Unis d'Amérique ne manquent pas non plus de missionnaires zélés et éclairés. De riches sociétés envoient même chaque année des cargaisons de Bibles et autres livres de piété des-

tinés à opérer la conversion des peuples encore plongés dans la barbarie.

D'où vieièdrait donc l'insignifiance des résultats obtenus par ces nations généreuses en comparaison des succès parfois éclatants qu'obtiennent les missionnaires catholiques?

Il ne m'appartient pas de résoudre une question de dogme, mais on me permettra d'y répondre au point de vue de l'éducation antérieure.

C'est que la religion catholique s'adresse autant au cœur qu'à la raison ; autant à la femme qu'à l'homme. On pourrait même dire que c'est par les femmes surtout qu'elle s'est enracinée dans l'esprit des peuples ; qu'elle règne et domine sur eux, malgré les efforts incessants des passions contraires, les intérêts des pouvoirs temporels, l'opposition, pour ne pas dire la haine, qu'elle rencontre chez la plupart des savants, des libres penseurs et des gens qui redoutent son influence.

Lorsqu'elle pénètre chez les barbares, les sauvages, c'est surtout grâce aux femmes, qui

la comprennent mieux ou pour lesquelles elle a plus d'attraits. Voilà pourquoi les missionnaires échouent lorsqu'ils s'adressent aux musulmans, leurs femmes ne pouvant converser avec des étrangers sans encourir les peines les plus graves. Aussi sont-ils plus rebelles encore à la civilisation que les Chinois et les Japonais.

C'est donc en vain que les Égyptiens, les Persans, les Arabes et autres mahoraétans nous envoient chaque année quelques-uns de leurs fils, pour recevoir dans nos collèges ce brillant vernis d'éducation, ces connaissances qui sont les fleurs de la civilisation, fleurs qui demeurent stériles, car ces éléments de civilisation ne pénètrent point dans la famille musulmane, puisque la femm.e du jeune néo-civilisé, n'ayant point participé à cette éducation, ne saurait ni partager des principes qu'on lui a appris à considérer comme contraires aux préceptes de sa religion, ni les transmettre à ses enfants.

Au reste, de retour chez eux, ces jeunes

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gens redeviennent en général ce qu'ils étaient avant leur départ, de vrais musulmans ennemis jurés du christianisme dont ils n'ont pas même de justes notions, car il est défendu de les instruire de notre religion, et ceux qui sont chargés du soin de les initier aux connaissances et aux mœurs de l'Europe civilisée se garderaient bien d'enfreindre cette défense.

Aussi on a vu ce que quelques-uns d'entre eux étaient capables de faire pour prouver que les sentiments de haine du christianisme, traditionnels chez les disciples de Mahomet, n'étaient pas éteints dans leur cœur. On se souvient des massacres de Syrie; on sait aujourd'hui que parmi les plus ardents persécuteurs des chrétiens, se trouvaient d'anciens élèves de nos institutions. L'un d'eux a même été le principal instigateur des horribles scènes dont Damas a été le théâtre.

Cependant, supposons qu'un de ces élèves rentre dans son pays, dans sa famille, pénétré de reconnaissance pour notre accueil fraternel, nos généreuses dispositions en faveur

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des étrangers; plein d'admiration pour nos arts, nos connaissances.

Comment pourra-t-il faire partager les sentiments qui l'animent à des gens remplis de préventions contre les Occidentaux et de mépris pour les infidèles.

Les femmes qu'il prendra, élevées dans des principes contraires aux sentiments qu'il ose manifester, ne les inculqueront pas à leurs enfants. Lui-même sera bientôt obligé de refouler ses idées de tolérance pour ne pas se rendre suspect aux siens, il reprendra peu à peu les habitudes de son enfance, les préjugés de sa famille, de sa race, et les effets de son séjour parmi nous se trouveront bientôt annulés ; car, il faut le dire, nos mœurs et notre religion, et par conséquent notre civilisation, dans toute l'acception de ce mot, sont tout à fait contraires au génie de l'islamisme.

Puis-je rappeler ici que la presse en général a manifesté une véritable indignation de ce que j'osais traiter les musulmans de barbares, et surtout parce que j'avais avancé que

CONSIDIÎRATIONS PHILOSOPHIQUES. 327

la religion de Maliomet était contraire à toute espèce de progrès.?

Plusieurs journalistes, saisissant cette occasion de frapper le catholicisme, ne craignirent pas de dire que sous bien des rapports il était même inférieur à l'islamisme.

Nier ainsi le prodigieux essor imprimé à toutes les connaissances humaines par les chefs mêmes du catholicisme , c'était , il faut l'a- Youer, plus que de l'aveuglement. Exalter la haute ci-vilisation des Maures , n'était-ce pas aussi plus que de l'ignorance? Mais, quand il s'agit de défendre une mauvaise cause, on n'y regarde pas d'aussi près.

Cependant il n'est pas un de ces écrivains qui ait essayé de réfuter ce que j'ai dit sur l'origine de cette civilisation tant vantée, et qui nous ait fait connaître les causes de l'impossibilité où se sont trouvés ces mêmes Arabes de continuer l'œuvre de civilisation dans leur propre pays.

Pourquoi n'ont -ils pas élevé sur le rivage africain des cités comme Grenade, des monu-

ments comme TAlhambra? Pourquoi n'ont-ils pas poursuivi l'œuvre civilisatrice si splendidement commencée en Espagne sur leur propre territoire? Les trésors ne leur ont pas manqué, et aucun peuple n'est venu jusqu'ici entraver leurs efforts.

Mais, au lieu des magnificences qu'on était en droit d'attendre sur un sol riche et fécond , au milieu d'une population ardente et pleine de foi, comme au temps des califes, qu'avonsnous trouvé en Algérie, que voit-on dans l'empire du Maroc? Ne sont-ce pourtant pas ces mêmes peuples que Philippe a chassés d'Espagne? Si vous en doutiez, ils vous montreraient encore les clefs des villes d'Espagne, qu'ils ont emportées avec eux comme un témoignage de possession.

Combien je regrette de ne pouvoir citer ici les articles remarquables publiés dernièrement dans le Siècle, la Presse, et autres feuilles jadis si dévouées à la* domination turque ! On verrait quelle différence de langage entre ce qu elles disaient à l'époque où mon ouvrage

excitait toute leur indignation et celui qu'elles tiennent aujourd'hui.

11 est cependant un article que je dois reproduire, car le nom de son auteur fait autorité en pareille matière, ainsi que le journal qui lui a ouvert ses colonnes.

M. Renan appartient également à une autre feuille qui a maintes fois manifesté le zèle le plus ardent en faveur des disciples de Mahomet. Le Journal des Débais a, en effet, montré autant de sympathie pour la domination turque que d'éloignement pour ce pouvoir auquel l'Europe entière est redevable de la civilisation dont elle est justement si fière.

M. Ernest Renan s'exprime ainsi dans le Moniteur universel du 1 1 juillet •

« On ne comprend nulle part

« aussi bien qu'au milieu de ces populations « plongées dans une morne abstraction et eni- « vrées d'une fierté stupide de ce qui fait leur « infériorité, combien l'islamisme est ennemi « de toute science, combien il a attristé et ap- « pauvri la vie humaine, combien il ferme

« irrévocablement l'esprit d'une race qui s'y « livre à toute idée large et élevée.

« Tel est le mur de séparation qui divise « ces races en ce malheureux pays, que les « villages métualis, situés à quelques pas des « leurs, étaient pour eux une terre in- « connue. »

Or, d'après ce fidèle tableau de l'état actuel des populations musulmanes ; d'après tout ce qui nous est journellement révélé sur les propensions antisociales de leurs chefs, tant religieux que civils, n'est-ce pas se faire une déplorable illusion de croire qu'il suffira d'attirer parmi nous chaque année un certain nombre de jeunes gens, pour y puiser les principes de tolérance qui sont contraires à l'esprit même de leur religion ?

Personne, je l'espère, ne se méprendra sur le sens de mes paroles. Je ne blâme en aucune manière les efforts tentés jusqu'à ce jour pour arriver au but qu'on se propose, en attirant parmi nous les jeunes gens les plus capables de ces contrées barbares. Mais je consi-

dère ces moyens comme vains et stériles tant qu'on ne s'adressera qu'aux hommes et qu'on abandonnera l'éducation des femmes aux anciens errements en usage chez les Orientaux.

Si les lois et les coutumes de ces peuples s'opposent à ce que leurs filles viennent profiter de l'instruction qu'on donne aux nôtres dans les grands établissements destinés à cet effet, rien ne saurait empêcher que des insti-tutions semblables fussent fondées dans les États mêmes où l'on comprend la nécessité de l'éducation des garçons, puisqu'on les envoie à grands frais dans les grands centres de civilisation .

D'ailleurs, nos rapports avec les Orientaux sont de telle sorte aujourd'hui , que nous sommes en droit d'exiger d'eux cette preuve de condescendance, qui, en définitive, est tout à leur avantage.

Mais ce serait une tyrannie abominable, un abus de la force qu'aucun gouvernement n'oserait proposer, tant on a horreur d'un tel despotisme au dix-neuvième siècle!...

Voilà sans cloute l'accueil que la plupart des gens qui se disent libéraux feront à mon humble proposition.

Voici ma réponse :

Dans plusieurs contrées de notre Europe libérale, et surtout dans celles où la liberté est proclamée avec le plus d'emphase, en Suisse, par exemple, l'éducation non-seulement des garçons, mais aussi des filles, est d'obligation.

Mais ce n'est pas tout ; cette obligation s'étend même si loin, que les pères et les mères ne sont pas libres d'élever leurs enfants comme bon leur semble. Cette éducation doit être dirigée comme l'autorité le veut ; et, à cet effet, l'autorité surveille elle-même le genre d'instruction que les parents doivent donner à leurs enfants.

On pourrait croire que j'exagère ; que dans aucun pays le pouvoir exécutif n'a le droit d'imposer tel ou tel programme d'éducation ; que d'ailleurs, lorsqu'un père ou une mère font eux-mêmes l'office de précepteur, d'institutrice de leurs filles, ne voulant confier celte

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tâche aussi difficile que délicate à des mains étrangères, l'autorité n'a pas à s'en mêler...

Il n'en est pas moins avéré que cette autorité a tout pouvoir sur l'éducation des filles comme sur celle des garçons, et que les parents sont forcés d'envoyer, une ou plusieurs fois par an, leurs charmantes filles, quelque délicates ou timides qu'elles soient, à la commission municipale pour être examinées, hiterrogées, et grondées s'il y a lieu * .

Or, je ne demande point que les autorités musulmanes déploient un aussi grand luxe de despotisme que chez nos voisins; il suffirait de favoriser le penchant que les femmes, aussi bien que les hommes, ont pour apprendre ce qu'elles ignorent. Elles ne repousseraient pas longtemps le seul moyen d'émancipation qui puisse leur être offert dans les centres où règne la loi de servitude des femmes.

1 Ces dispositions plus que rigoureuses ont été pratiquées dans quelques cantons, j'ignore si elles sont encore en usage aujourd'hui.

jy.

L'histoire nous apprend que les plus illustres d'entre les islamites ont eu pour mères des femme d'origine chrétienne ; que c'est par les femmes étrangères que s'est conservé le faible rayon de civilisation qui brille encore dans les pays musulmans. Ce sont elles qui, du fond de leur retraite, poussent de nos jours les hommes les plus éminents parmi les Turcs vers ces grandes et nobles entreprises qui doivent, dans un temps donné, régénérer l'Orient en le mettant en communication directe et continuelle avec les Occidentaux.

Enfin , c'est uniquement par les femmes que l'on peut espérer de renouveler la face du monde asiatique. Et pour cela il faut pouvoir es instruire et faire cesser le honteux esclavage qui pèse sur elles depuis tant de siècles.

La question de l'esclavage est devenue si importante depuis la séparation des Provinces-Unies d'Amérique',' 'A la guerre acharnée qui en est la conséquence, qu'il me semble opportun de dire ici quelques mots sur cette coutume barbare.

L'esclavage des nègres m'inspire autant, et peut-être plus de compassion qu'à ceux qui jettent les hauts cris sur l'inhumanité de cette coutume ; mais il me semble qu'il faudrait avant tout se montrer juste et conséquent. Pourquoi s'attendrir outre mesure sur le sort des nègres, tandis qu'on regarde d'un œil sec la honteuse condition où l'on maintient la femme dans les pays musulmans?

L'Europe a exercé et exerce plus encore que jamais une très-grande influence sur les Orientaux; et pourtant, qu'a-t-on fait jusqu'ici pour arracher à la barbarie les plus belles et les plus riches contrées du globe?

On a protégé ouvertement un culte qui est la négation absolue de la civilisation ; qui outrage la femme dans sa dignité de compagne de l'homme; qui la fait descendre au rôle avilissant d'esclave destinée aux plaisirs d'un maître stupide ; n'était-ce pas tuer tout espoir de régénérer un jour d'innombrables populations de races blanches?

D'un autre côté la race noire, abandonnée

à ses propres efforts, n'a jamais pu s'élever d'elle-même au-dessus des notions les plus élémentaires des peuples civilisés. Et pourtant il est des gens assez inconsidérés pour appeler de tous leurs vœux la révolte des nègres dans les plus riches provinces d'Amérique ; c'est-à-dire le massacre des blancs comme jadis à Saint-Domingue, sans même se demander ce qu'est devenue entre leurs mains l'île qu'on nommait la reine des Antilles !

11 est inutile d'insister sur les effets déplorables du régime qui a pesé jusqu'ici sur les populations orientales ; quant à l'influence maternelle sur l'avenir de ces populations, elle devait être également funeste dans ses résultats, car elle favorisait le despotisme de quelques-uns, en maintenant la multitude dans des idées de servilisme incompatibles avec la dignité humaine et avec ce généreux sentiment de liberté qui a opéré tant de prodiges parmi les Européens.

D'u 1 autre côté , l'état d'infériorité où se

trouve la femme, l'obligeant à se plier à' tous les caprices du maître, ne peut qu'exaspérer l'orgueil de celles qui n'ont pas perdu tout sentiment de dignité. Mais elles doivent refouler les idées de haine et de vengeance qui couvent dans leur sein et feindre l'amour et le dévouement.

11 est impossible qu'elles ne transmettent pas à leur fruit cette profonde dissimulation qui est une des nécessités de leur vie, et c'est sans doute là la principale cause de la duplicité proverbiale des Orientaux.

Quand les nations européennes comprendront la grandeur de la mission dont Dieu les a chargées en leur confiant le dépôt du christianisme et en leur inspirant le désir de propager son Évangile par toute la terre, elles gémiront d'avoir perdu tant de siècles en vaines querelles pour soutenir des intérêts tout à fait secondaires, au lieu de remplir le plus sacré des devoirs, celui d'éclairer les peuples encore plongés dans la barbarie.

11 est vrai que les droits de l'Europe à cette

mission toute fraternelle ont été fortement contestés, au nom même de la liberté religieuse, comme si le christianisme ne renfermait pas la formule la plus élevée de la liberté; au nom des idées philosophiques, comme si le plus grand des philosophes , Socrate, n'avait pas professé lui-même la morale qui se rapproche le plus du christianisme, dont il invoquait le révélateur sous le nom du Dieu inconnu qui devait régénérer le monde !

Non, ce n'est pas pour s'entre-déchirer que Dieu a fait part aux nations chrétiennes de ses dons les plus précieux ; qu'il les a armées d'une puissance inconnue des époques passées. Ce n'est point pour s'agrandir les mis aux dépens des autres , pour satisfaire de. coupables ambitions qu'il a déposé tant de force entre leurs mains ; ce n'est pas non plus dans le seul but de favoriser leurs relations commerciales qu'il a mis à leur disposition les trésors de la science pour y puiser les moyens d'ouvrir des voies nouvelles, promptes comme la pensée ; des chemins rapides comme le vol de l'aigle ;

mais aussi, et surtout pour faciliter l'accomplissement des devoirs qu'il leur a imposés d'aller par toute la terre enseigner la grande loi de la fraternité des peuples , dont l'accomplissement n'existe et ne peut exister que dans l'unité de croyance.

Que toutes les nations européennes s'unissetït donc pour le triomphe de la plus belle des causes, celle de la civilisation chrétienne, la seule qui puisse éclairer d'un rayon divin ces malheureuses peuplades abandonnées depuis tant de siècles aux plus monstrueuses erreurs, aux plus odieuses superstitions, aux plus dégradantes coutumes. Alors, seulement alors, l'Europe aura le droit d'être fière de sa supériorité, puisqu'elle aura employé toutes les ressources de la civilisation au bonheur de l'humanité.

APPENDICE

Due phrase entière de la lettre de M. Proudhon ayant été omise par erreur, je crois devoir l'ajouter ici, afin de ne rien négliger de ce qui peut éclairer le lecteur sur la partie des critiques dont mon ouvrage a été l'objet.

On a vu que M. Proudhon commençait sa lettre en s'excusajit sur l'état de sa santé, qui ne lui permettait pas de lire ce petit volume tout au long; qu'il n'a , pour ainsi dire , saisi que la pensée fondamentale de la théorie de l'éducation antérieure, qu'il approuve, du reste, sans restriction. Il m'est donc permis d'espérer qu'une lecture plus attentive aura modifié sa manière de voir eu ce qui concerne

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le mysticisme et la divination dont il semble croire mon ouvrage entaché.

Voici ce passage :

« Vous ne devez pas attribuer à une autre cause les « critiques dont vous vous plaignez avec assez 'de raison, « mais qui ne sont pas pour cela sans quelque fondement. « Les conditions de la science moderne sont sévères, c'est « notre force et notre gloire. Dès qu'elle prend les allu- « res de la divination, du mysticisme, de l'utopie ou du « roman, elle estsifflée, et avec raison.

« Reprenez donc votre pensée, » etc., etc.

De la part d'un écrivain aussi distingué et que l'opinion publique considère avec raison comme un puissant logicien, lorsque, toutefois, il ne se laisse pas dominer par la hardiesse de ses conceptions, l'entraînement de ses idées ou par de vieilles rancunes, ce jugement me parut plus que sévère, et même immérité.

Ne pouvant accepter une semblable accusation sans en appeler à son impartialité, j'écrivis à M. Proudhon la lettre suivante :

Monsieur ,

Je m'empresse de vous remercier de votre bienveillante réponse à ma lettre du U mai ; je suis plus flatté que je ne saurais le dire d'avoir rencontré votre approbation, bien qu'elle ne soit que partielle; qu'elle ne s'adresse qu'à l'idée et non à la manière dont je l'ai présentée dans mon ouvrage.

APPENDICE

Veuillez me permettre une seule observation.

Depuis longtemps déjà on connaissait les influences physiques ; les Grecs en avaient reconnu la puissance, et, parmi les modernes, si la plus grande partie des hommes de science refusaient d'y croire, les peuples en conservaient la tradition.

Mais sans m'arrêter aux résultats vrais ou exagérés de ce genre d'influence, qui n'a guère en vue que la matière et la forme, j'ai cru devoir signaler les résultats des influences morales et intellectuelles, ce que personne avant moi n'avait osé faire ; j'ai voulu éveiller l'attention sur les prédispositions heureuses ou fatales qui sont souvent la suite des impressions de la mère pendant la gestation. Mon ouvrage ne s'adressant pas aux savants, je ne devais pas le hérisser de démonstrations, mais seulement appeler l'attention sur des faits dont l'importance ne saurait être niée, non plus que l'immense portée pour l'avenir de la civilisation.

Lorsque vous aurez lu 'attentivement ce petit volume, vous reconnaîtrez aussi, je l'espère, que la divination et le mysticisme lui sont étrangers. L'approbation que vous donnez à la pensée qui me l'a inspiré prouve qu'elle ne doit pas être rangée au nombre des utopies. Reste donc la forme du roman; maisla classe de lecteurs à laquelle ce livre s'adresse particulièrement n'exigeait pas l'aspect sévère de l'œuvre scientifique; j'ai donc dù lui donner une forme plus attrayante et plus légère.

Ma seule ambition a été d'être utile à mes semblables. J'ai fait un appel aux savants ; sera-t-il entendu? J'ai signalé une route nouvelle, et loin d'être jaloux si d'autres la parcourent avec plus de science et de fruit que je ne l'ai fait moi-môme, j'aurai du moins montré le premier vers quel point de l'horizon se trouvaient les chemins inexplorés d'une civilisation plus certaine et mieux comprise.

Voilà, Monsieur, la seule gloire qui pourrait me revenir

APPENDICE

un jour, pour avoir osé braver d'anciens préjugés fondés sur le matérialisme de quelques hommes de science. Quant aux critiques, je ne m'en plains que parce qu'elles nuisent au succès d'une idée que je crois féconde en heureuses conséquences.

Agréez, je vous prie, l'expression de ma gratitude et de mes sentiments les plus distingués.

A. DE Frarière.

On voit, d'après cette lettre, que, loin de redouter les nouvelles recherches des savants, je me suis efforcé de les provoquer dans l'intérêt de la thèse que je soutiens 5 même alors que par des investigations plus intelligentes que les miennes, ils parviendraient à m'enlever une grande partie du mérite auquel je pourrais avoir de justes droits.

Malheureusement cet appel n'a pas été entendu, ou, pour mieux dire, les hommes de science ont reculé devant une question toute psychologique; car le matérialisme qui perce dans toutes leurs œuvres, malgré leurs efforts pour le dissimuler, ne leur permettait pas de reconnaître une théorie fondée sur la présence d'une intelligence toute spirituelle, bien que servie par des organes matériels. En effet, selon leur définition de l'intelligence, elle ne serait que l'expression d'une organisation plus ou moins complète.

Je crois cependant avoir démontré que, quelle que soit l'imperfection de l'organisation corporelle de l'homme, son intelligence n'en est pas moins élevée de sa propre nature; seulement elle ne peut donner essor au merveilleux déploiement dont elle est sus-

APPENDICE

ceptible, alors qu'elle dirige une organisation qui se rapproche autant que possible de la perfection primitive qu'elle possédait en sortant des mains du Créateur.

Ce que je viens de dire contredit sans doute l'opinion émise par M. Maury de l'Institut, qui, dans son dernier livre, le Sommeil et les Rêves, pose en principe que l'intelligence n'est, pour ainsi dire, que l'expansion des forces de l'organisation.

Lorsqu'il expose, par exemple, la question du libre arbitre, après avoir passé en revue les principaux systèmes qui cherchent à l'expliquer ou à le combattre, M. Maury n'ose pas se prononcer. Mais il admet comme positif que l'enfant et l'animal n'ont pas leur libre arbitre; ce qui revient à dire que l'un et l'autre n'agissent que sous des influences matérielles.

Quant à moi , je pense que l'enfant auquel on a défendu telle ou telle chose, et qui se laisse emporter par la curiosité ou la gourmandise, était parfaitement libre d'agir; et qu'en cédant aux suggestions mauvaises, il le fait dans la plénitude de sa volonté.

Il en est de même de l'animal appelé à choisir entre deux sentiments contraires. S'il se laisse dominer par la passion , ce n'est point qu'il ne soit pas libre de résister; mais chez lui, c'est bien plutôt entraînement irréfléchi ou volonté perverse.

Le moineau qui aura été pris au trébuchet se gardera bien de se faire attraper une autre fois, quelque pressé qu'il soit par la faim. Donc il y a libre arbitre de la part du petit oiseau.

Le chien, battu pour avoir pris un morceau de viande qu'on lui avait défendu de toucher, apprend à résister à la tentation. Or, s'il n'avait pas son libre

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arbitre, il céderait toujours à la gourmandise ou à la faim. Si le chat ne sait pas se vaincre en pareille circonstance, c'est qu'il croit qu'en épiant le moment favorable il parviendra à s'enfuir. II compte donc sur l'impunité, sur son habileté, et lorsqu'il a réussi, il sait si bien qu'il mérite un châtiment exemplaire, qu'il a grand soin de se tenir hors déportée. Ce n'est donc, de sa part, ni manque de réflexion, ni absence de libre arbitre, c'est une volonté perverse qui le pousse au mal, de son plein consentement.

On voit donc que le libre arbitre existe pour les animaux et les enfants aussi bien que pour l'homme, ayant toutefois égard à la faiblesse et à l'imperfection de leur organisation.

Je trouve même que l'éducation dont le chien est susceptible, et ce que je dis du chien peut s'appliquer à d'autres animaux, offre un exemple frappant, nonseulement d'une vive intelligence, d'une puissance de raisonnement et même d'une apparence de libre arbitre réellement prodigieuse; mais pour asseoir un jugement équitable sur une question aussi délicate, il faut se rappeler que, n'ayant pas le don de la parole^ selon la définition que j'en ai donnée précédemment, les animaux doivent posséder des qualités capables de compenser la privation de cette faculté, merveilleux attribut de l'homme, autrement il ne serait pas possible de comprendre comment ils parviennent à saisir la pensée de leur maître, à exécuter ses commandements, presque toujours contraires aux entraînements de leur propre instinct.

Que de choses ne parvient-on pas à leur enseigner qui exigent une force de conception qui dépasse celle dont bien des hommes sont capables !...

APPENDICE

On voit que je ne partage pas du tout les idées do M. Maury sur l'intelligence des animaux en général ; je ne puis non plus admettre avec lui que l'intelligence humaine n'est qu'une fonction du cerveau: fonction d'un ordre spécial , plus élevé sans doute que les fonctions purement physiques, mais fonction réelle.

Il est vrai que, pour atténuer cette opinion entièrement matérialiste, M. Maury dit dans une note en forme de justification :

« Je ne parle, bien entendu, ici que de notre «■ existence en ce monde et non des conditions qui « peuvent lui être attribuées par Dieu dans la vie n future. Je ne prétends pas nier l'action de l'âme; « mais je ferai remarquer que cette action est toutt jours étroitement liée au jeu de l'organisme. » -

C'est en vain que le savant membre de l'Institut essaye de se défendre; la pensée matérialiste est trop peu voilée pour qu'elle ne soit pas toujours visible dans tout le cours de son ouvrage.

C'est cette pensée qui lui fait rattacher tous les rêves à des souvenirs plus ou moins effacés, ce qui n'est pas exact. Mais cet auteur a généralisé, pour la défense de son système, des observations qui lui sont particulières, sans nul souci des railUers de faits qui contredisent formellement sa manière de voir sur ce sujet.

Sans toucher à la question des rêves prophétiques, des avertissements reçus en songe, et autres faits de cette nature, je dirai simplement que les visions, les tableaux, les scènes qui se présentent à nous pendant le sommeil sont de véritables créations. Il est vrai que très-iouvent ces visions ne sont que la

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reproduction de ce que nous avons vu précédemment; mais cette reproduction n'est presque jamais identique, et cependant il n'y a pas confusion, comme cela devrait être, si tout cé^a n'était que pure reproduction. /

Or, toute création àéiyête une certaine puissance: une intelligence que la matière n'a jamais possédée; car, quelque bizarres que soient les rêves dont nous conservons la mémoire , il y a autre chose encore qu'un mélange confus d'objets, comme cela serait si un ordre quelconque ne présidait à leur formation. Si M. Maury s'était donné la peine d'analyser la valeur d'une création imaginaire, il n'aurait pas écrit ces lignes :

« Le cerveau fait, pour ainsi dire, automatique- « ment (pendant le sommeil) ce que l'esprit avait « d'abord fait librement et avec conscience. »

Car le cerveau ne saurait avoir aucune puissance créatrice, et je le répète, les songes et les rêves, même ceux qui nous représentent des faits étranges et incohérents ne sont pas tellement confus qu'on ne puisse y reconnaître une puissance que la matière ne possède point. Que dire donc de ceux qui nous offrent des lieux totalement inconnus, des paysages admirables, des scènes merveilleuses, des actions auxquelles nous assistons comme à un spectacle, et dont l'impromptu nous jette dans l'admiration !

M. Maury cite à l'appui de sa théorie une multitude d'anecdotes, dont la plupart le concernent particulièrement. Puisant dans ses propres souvenirs, il essaye de démontrer que les rêves ne sont absolument que des réminiscences de choses vues et entendues à une époque plus ou moins éloignée. L'éminent membre de

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riostitiit n'aurait peut-être pas dû formuler un jugement aussi péremptoire sur des expériences faites sur lui-même.

A mon sens, cette méthode n'est nullement certaine, et les conclusions qu'il tire d'observations faites dans de telles conditions ne prouvent rien en faveur de sa thèse. On pourrait seulement en tirer cette conséquence, que M. Maury a une forte propension à reproduire dans ses songes les événements qui l'ont frappé étant éveillé.

C'est en généralisant les faits, en les analysant, non pas à un point de vue particulier, mais dans leur ensemble , en cherchant ses exemples ailleurs que dans ses propres souvenirs, que M. Maury serait parvenu à convaincre ses lecteurs.

Il est vrai qu'alors ses conclusions n'eussent certainement pas été les mêmes, ce qui aurait détruit sa théorie de fond en comble ; mais, comme c'était l'unique moyen de se rapprocher de la vérité, il est à regretter qu'il ait négligé de recourir à des expériences dont sa mémoire n'aurait pas fait tous les frais.

Je pourrais opposer sur le même sujet un grand nombre d'observations qui me sont personnelles ; car, sans attacher aux rêves une importance que la raison repousse, il en est qui laissent d'ineffaçables souvenirs et qu'on ne saurait en aucun cas attribuer à de simples réminiscences.

Or, comme M. Maury n'a pas hésité à raconter les siens dans un but tout scientifique il est vrai, il me sera sans doute permis, dans le même but, d'en retracer un ici, qui est bien loin d'être une réminiscence du passé.

A l'époque où je fis ce songe, j'étais à peine âgé de

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quatre ans. Mes parents habitaient alors une fort belle terre et vivaient assez grandement, car je me souviens qu'il y avait à la maison dix à douze domestiques, de très-beaux chevaux et d'élégantes voitures. Mon père avait un jardinier fort habile , et les étrangers qui traversaient la contrée ne manquaient pas de visiter les serres remplies de plantes rares et d'arbustes précieux.

Je signale ces circonstances, afin de démontrer que rien dans notre existence ne devait rappeler à un enfant de mon âge les idées de misère, d'abandon et de vieillesse qui se présentèrent dans mon rêve. Mes parents étaient dans la force de l'âge, entourés de l'estime et de la considération de tous ceux qui venaient à X.. .; je ne les avais jamais vus malades ni souffrants, et je ne pense pas avoir été avant Cette époque auprès du lit d'un mourant , ni d'avoir rien vu qui fût de nature à me frapper l'imagination.

Je ne me faisais même aucune idée de la mort, ma mère évitant avec soin tout ce qui aurait pu faire naître en moi de pénibles sensations.

Or voici le rêve étrange que j'eus à cette époque de la vie, où d'ordinaire on fait des songes couleur de rose.

Je me voyais dans un endroit désert, où tout inspirait la tristesse et la mélancolie. De vieux arbres ombrageaient une rangée de cabanes basses , sombres, d'un aspect funeste.

Cependant je n'étais pas seul , un inconnu se trouvait à côté de moi , il me tenait par la main comme s'il eût été mon guide dans ce lieu désolé. J'ai pour ainsi dire un souvenir confus de sa beauté, il était presque transparent, et je l'aurais pris pour mon ange

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gardieu s'il eût eu des ailes, car c'est l'image sous laquelle on représente ce guide aux yeux des enfants.

Tout à coup je vis sortir d'une des cabanes un homme pauvrement vêtu et tout courbé par l'âge. Pendant que je regardais plein d'effroi ce pauvre homme qui s'avançait péniblement de mon côté, une femme sortit de la même case; elle n'était pas mieux vêtue que l'homme, et se tenait aussi comme ployée en deux. Tous les deux marchaient lentement, et lorsqu'ils passèrent devant moi, ils levèrent la tête et me firent un signe d'adieu , puis disparurent comme une vision.

Il me serait impossible de redire avec quelle vive douleur, quel sentiment d'épouvante instinctive je reconnus dans ces deux vieilles gens mon père et ma mère.

Ce fut pendant ce moment d'horreur, d'angoisse inexprimable, que mon conducteur me dit :

« Quand tu verras ton père et ta mère marcher ainsi courbés, souviens-toi qu'ils vont mourir. »

Je me réveillai subitement en criatit de toutes mes forces ; et, comme je couchais dans un petit lit près de celui où reposaient mon père et ma mère, ils se levèrent, me prirent dans leurs bras, me couvrirent de tendres baisers, sans parvenir de longtemps à me faire taire. Lorsque je fus en état de parler, que mes sanglots furent un peu calmés, je racontai mon rêve, non sans verser encore d'abondantes larmes.

Mes parents s'efforcèrent de me consoler; mais l'impression avait été si forte, que durant toute cette longue journée je me sentis plus disposé à pleurer qu'à jouer.

On parla longtemps de ce rêve dans la maison ; les

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