NGRES
C'est ici le cas ou jamais de préveni le lecteur contre le déplorable exclus; \isme qui règne dans les arts.
Messieurs les peintres surtout soi des espèces d'ogres qui se dévorent enti eux avec une réciprocité touchante. Ife ont tous la prétention de faire école ne reconnaissent à un rival ni mérite ] talent.
Voici une anecdote assez divertissant que nous tenons d'un dessinateur célèbr un peu moins exclusif que ses confrère et dont la prudence nous oblige à c cher le nom pour ne pas l'exposer trop de rancunes.
Prié de recueillir chez quelques ma
es des dessins pour l'album de la Soété des gens de lettres, l'artiste dont dus parlons se met en campagne un au jour.
— Où vas-tu? lui demande un peintre 3 ses amis, avec lequel il se croise à embarcadère de la rive gauche.
(—Je vais à Versailles, chez Horace 3rnet.
— Bah!... chez l'épicier?.. Tu le vois me?
ca^ — Oui, de temps à autre.
Alors, je ne te parle plus!.
Et ce Michel-Ange douteux, qui traite
d'épicier notre grand peintre populair quitte son ami sans lui presser la mai
Deux heures après , le pourvoyeur i l'album, revenu de Versailles, se diri vers la rue Notre-Dame-de-Lorette.
au coin de cette rue, il se trouve face d'un Van Dyck aussi douteux q le Michel-Ange de l'embarcadère, et c lui adresse précisément la même qun tion :
— Où allez-vous?
— Chez Eugène Delacroix.
— Peste! je devine... Vous allez apprendre à faire un nez? C'est de l besoin !
1 Et le Van Dyck descend la rue en éciade rire.
■f Notre dessinateur entre chez Delacroix.
Il y a là vingt personnes. Tout naturellement on parle peinture. Les opinions se heurtent ; on y arrive à citer quelques noms propres, et des visiteurs ^tourdis s'avisent de faire l'éloge de |u. Ingres.
Delacroix tressaille : il devient blême. On le voit desserrer le nœud de sa ravate, comme pour dégager sa respiration, et il s"écrie d'une voix furibonde ^?n arpentant son atelier de long en arge :
— C'est une horreur!.... Venez-vo ici pour m'insulter?... M. Ingres?
un peintre de nature morte, un élè du cimetière, un coloriste qui va ehe cher ses tons à la Morgue !.... On devr percer de clous les mains indignes c ont peint ces blafardes et cadavéreux figures d'Angélique et de YOdalisqh
On crut un instant que le roi de couleur allait être frappé d'apoplexie.
Notre anonyme jugea le moment in< portun pour lui adresser sa requête sujet de l'album.
11 courut chez Decamps, auquel il conta la scène dont il venait d'être moin.
— Que diable alliez-vous faire chez cet homme-là ?.... Est-ce qu'il badigeonne toujours? s'écria l'auteur du Corps de garde turc, en haussant les épaules.
Dans l'intérêt de la Société des gens de lettres, le dessinateur fut obligé de recourir à un petit mensonge, car jamais Decamps n'eût rien crayonné sur l'album, s'il avait pu craindre le voisinage d'un dessin quelconque d'Eugène Delacroix.
Une sorte de malédiction tombait, ce jour-là, sur notre pauvre artiste.
Comme il sortait de chez Decamps, il
rencontra Diaz, accompagné d'un auti partisan fougueux de la couleur.
— Mille bombes ! cria le père de Diane chasseresse, croirais-tu que, ( matin même , à la salle Bonne-Noi velle, on nous a tenu vingt minut< en face d'une toile de Ingres? Nou avons été forcés l'un et l'autre d'ac mirer par complaisance cette croû odieuse....
— Tout beau, messieurs, tout béai Je suis un élève de celui que vous trait< si mal,
— Eh ! cela n'est pas à votre élogt cria le coloriste qui donnait le bras Diaz. Si j'étais de l'Empereur, voye;
vous, je le ferais guillotiner , votre affreux père Ingres.
— Tu vas un peu loin. Laisse-lui la tête, et ne lui coupe que les deux bras, interrompit Diaz. Mais le brigand serait capable de peindre, comme Ducornet, avec le pied. Qu'il prenne garde à lui ! ;La première fois que je le rencontrerai sur ma route, il est sûr d'avoir mon pilon dans le ventre !
Chacun sait que le pilon de Diaz est telune jambe de bois.
Voilà notre anecdote, et l'on sait à présent comme les peintres se jugent
entre eux.
ez
Aux expositions du Louvre on plaçait régulièrement dans un angle obscur, ou beaucoup trop haut, les toiles envoyées de Rome par M. Ingres.
Le baron Gros, Gérard et Girodet, les maîtres à la mode, avaient remarqué ces peintures; elles excitaient en eux de vives inquiétudes, et plus d'une fois ils se glissèrent dans la foule pour les exa miner furtivement, très-satisfaits, du reste, de les voir exposées d'une manière si défavorable, et se gardant bien de réclamer pour elles une meilleure place.
Entre rivaux de palette on n'a pas d( ces générosités.
Ingres finit cependant par conquérir Rome d'intelligentes et honorables ympathies.
M. Marcotte d'Argenteuil, qui devint >ar la suite son ami le plus cher, lui cheta beaucoup de tableaux, entre aures la Chapelle Sixtine. Il s'en rendit icquéreur à un prix très-médiocre, et )ien certainement on la revendrait auourd'hui vingt fois plus qu'elle ne oûta l.
Le marquis de Pastoret, ambassadeur ïe France, commanda lui-même queljues tableaux à M. Ingres.
Si la fortune obstinée ne lui souriait
1 L'Odalisque couchée, dont nous avons fait mon-
pas encore, il semblait du moins avoi] une chance moins implacable.
Près de la villa Médicis habitait um famille française, qui, ayant accueilli 1 jeune peintre dès les premiers jours d< son arrivée à Rome, continuait de lu témoigner une grande bienveillance.
Dans les soirées intimes, on parlai souvent d'une jolie parente, restée d<
tion plus haut, fut également vendue à très-bas prix Perdue dans les parages les plus élevés de l'Exposi tion, elle échappait à presque tous les regards, e Granet, qui se chargeait a Paris des affaires de In grès, n'en trouva que douze cents francs. « Hélas c'est bien peu, écrivait-il à l'auteur. Mais votre bell œuvre ne sera pas appréciée. Mandez-moi bien vite qu je puis la vendre, afin que je prenne l'acheteur ai mot. »
liijfautre côté des Alpes, dans une petite ville de Champagne.
On vantait ses douces qualités, sa nature aimable
Sur la foi de ces louanges, notre peindre en devient éperdument épris.
Un échange de portraits a lieu.
La jeune fille est ensuite appelée à Rome; on met les originaux en présence, les sympathies s'accordent, l'amour se gagne; bref, un prêtre bénit le mariage de l'artiste avec la cousine champenoise.
Madame Ingres a été l'ange gardien de son époux.
Elle l'a sauvé du découragement, elle l'a soutenu dans les mauvais jours.
A Rome, elle arrivait par des prodiges d'économie à chasser du ménage le pâle fantôme de la gêne : elle trouvait moyen, comme on dit vulgairement, de faire de deux sous trois sous. La bonne cuisine, si estimée de M. Ingres, ne lui fit jamais défaut, même aux époques de la plus grande détresse financière.
Au milieu de l'année 1820, le peintre quitta Rome pour se rendre à Florence, où il resta quatre ans.
Il y composa ses deux toiles de l'Entrée de Charles V à Paris et du Vœu de Louis XIII.
1 Le gouvernement français lui avait ommandé ce dernier tableau, et M. In- ;res l'apporta lui-même à Paris, en 1824.
Cette fois, la critique ne fut pas heureuse.
Elle se passionna tellement contre le Vœu de Louis XIII, qu'elle éveilla l'attention de la foule par ses clameurs.
Loin de tuer l'artiste, elle le fit naître à la célébrité.
Ingres avait quarante -quatre ans, lorsqu'on daigna reconnaître dans son œuvre la main d'un maître et le génie d'un chef d'école.
A partir de ce jour, le peintre idéaliste fut accepté.
Six ou sept ans plus tard, un crayon malin, celui de Lorentz , représenta M. Ingres vêtu d'une robe immaculée, et déployant deux ailes d'archange pour s'envoler au ciel.
Une banderole, se déroulant sous les pieds du maître, portait cette légende :
Et Virgo assumpta est in cœlum.
Prosternée, les mains jointes, la foule de ses disciples, dans laquelle on distin guait Ziégler, Lehmann, les deux Balze et les frères Flandrin, semblait en ex ase devant cette assomption miraculeuse.
Cette charge de Lorentz eut un succès ou.
1 La plume de Laurent Jan se mêla de â /affaire, et le dessinateur, aidé de l'écrivain, annonça un Panthéon complet, où levaient figurer l'une après l'autre toutes les célébrités contemporaines.
Malheureusement, le pouvoir d'alors trouva la publication trop spirituelle.
Il ne parut après Ingres que deux livraisons, contenant les portraits d'Alfred de Vigny et d'Alexandre Dumas. ■
On représentait l'auteur de Chatterton avec une petite poupée dans les mains, qui avait la figure de madame Dorval et le costume de Kitty Bell. Cette poupée folâtre tournait un rouet, correspondant
à la blonde chevelure du poëte,et lui] lait une queue magnifique.
Pour ce cher monsieur Dumas, c'éta bien autre chose.
Le crayon coupable avait réuni la pei sonne du dramaturge et celle d'Ida, s légitime moitié, dans un seul et mêm bilboquet, dont la quille terminée e pointe laissait reconnaître la tête éthic pienne d'Alexandre. Ida, sous la form d'une grosse boule, voltigeait au-dessu de l'instrument moqueur.
Ces messieurs furent invités, par 01 dre, à cesser leurs caricatures.
Revenons à M. Ingres, dont la renom
mée jalouse récompensait enfin leslongs travaux, la patience et les efforts. En 1825, il fut décoré de la Légion d'honneur; puis on lui ouvrit à deux battants les portes de l'Institut.
Fort heureusement , à l'Académie de peinture on ne prononce pas, comme à l'Académie française, l'éloge de son prédécesseur.
Ingres succédait à Denon, son antagoniste le plus implacable, son ennemi le plus aveugle.
En 1827, il termina le plafond de YApothéose d'Homère, que M. Ponsard aurait bien dû méditer dans ses détails su-
blimes, avant d'étriquer d'une manièri aussi bourgeoise le glorieux manteau d\ père de Y Enéide.
Cette toile immense , détachée du sa Ion Charles X, pour être portée à l'Ex position universelle sous les yeux d l'Europe, est véritablement une œuvr< de génie.
Les écrivains célèbres de tous le âges et de toutes les nations environner le trône d'or de l'immortel poète.
Unehaule intelligence a présidé à 1 conception de cette peinture ; le style e est châtié, sévère; la science y est pai faite.
1 Et quelle diversité d'expressions dans
upes figures, qui toutes sont des portraits f
Quel art il a fallu pour grouper dans
une attitude uniforme une si grande
Quantité de personnages! La plupart
^ont debout, et le peintre a su échapper
l| la monotonie, en variant ses types
Vec une adresse merveilleuse, avec un
are bonheur.
I Malheureusement un coloris terne et
)n|'roid jette une teinte presque funèbre
ur cette composition, qui devrait res-
)lendir au contraire d'un éclat poétique
ît lumineux.
Ingres fait beaucoup moins appel à imagination qu'à l'intelligence. Par
l'intelligence seule il comprend le beau par elle il arrive à le traduire.
Aucun peintre, si nous pouvons nouf exprimer de la sorte, ne compose ave( plus de logique.
Il n'y a rien d'inutile dans ses ta bleaux. Attitude, mouvement, exprès sion, tout a sa raison d'être ; il étudie h moindre détail avec scrupule. Son ac tion, toujours simple, a le triple cache de l'unité, de la vérité, de la gran deur.
Dans le feu de son succès, l'auteur d< Y Apothéose d'Homère se hâta d'ouvri une école.
Jamais, en France, atelier de peintre le compta si grand nombre d'élèves. Ils ?urent là jusqu'à deux cents rapins, tous mimés de la plus complète intolérance, 3t déclarant une guerre ouverte aux élèves de Gros, dont l'atelier se trouvait ijmalheureusement dans le voisinage.
La troupe endiablée des Ingrïstes s'appliquait à désespérer l'école rivale.
I Un jour, le pauvre baron Gros, traversant Paris, aperçut, en charge, le long des murs, un épisode connu de sa Bataille d'Eylau : le chirurgien français qui offre à un blessé prussien les secours de son art. Les deux cents rapins de l'atelier de M. Ingres avaient appris à
crayonner cette charge, et les rues de la capitale en étaient infestées.
Comme le prophète juif, Gros eût volontiers maudit et livré aux ours tous ces enfants espiègles, qui se permettaient de le tourner en ridicule.
Très-souvent il se plaignait à M. Ingres.
Celui-ci le vit, un soir, entrer tout furieux.
— Monsieur, cria le baron, vos élèves viennent encore de m'insulter !
— Comment cela, monsieur?
— Ils m'ont appelé Muscle et Biceps.
— Je saurai le nom des coupables, dit Ingres, et je vous jure qu'ils vous feront des excuses.
Une enquête commença.
Les premières informations prises amenèrent cette découverte, que, deux ngristes se lavant les mains, une demiîeure auparavant, dans la cour de l'In- ;titut, l'un s'était écrié, à l'aspect du >ras robuste et charnu de son canarade :
« — Quels muscles ! quel biceps !
Le baron Gros passait.
Il crut que ces mots étaient une aposrophe à son adresse. De là sa colère.
Malgré les explications pleines de vrai-
semblance données par l'admirateur de muscles, Ingres lui ordonna d'aller pré senter sur-le-champ des excuses au pein tre offensé.
Néanmoins il ne déployait pas toujours une sévérité pareille.
Un individu blond, à face candide entre un matin dans l'atelier. Son exté rieur et ses manières trahissent un enfan de la Grande-Bretagne.
— Je avais envie très-fort d'étudiei le peinture. Combien vous donner d( temps à chacune des leçons? demanda t-il à M. Ingres, dans son idiome d'Outre- Manche.
— Presque rien, deux ou trois secon-
des par jour, dit celui-ci, trouvant la question baroque, et y répondant sur un .ton fort brusqué.
— Haô! cela faisait par an très-peu .de chose.
— Environ quinze ou vingt minutes , 3it un élève qui remarquait l'impatience
Jlu maître.
— Quinze minutes... Haô!... Et combien le pension par mois ?
— Je ne sais pas, répondit Ingres. Arrangez-vous avec le massier, c'est lui â.jui s'occupe de ces misères.
| 11 désignait au fils d'Albion l'élève qui vait pris part à l'entretien. Puis il quita l'atelier en haussant les épaules.
— Monsieur le gentleman massierjn dit l'Anglais avec un respectueux salut, | combien le enseignement par mois, s'il vous plaît?
— Quinze francs.
-— Haô! pour trois secondes?... cela faisait...
— Cent quatre-vingt-deux francs par an, milord. Ici les leçons coûtent un peu plus de cinq cents francs l'heure.
— Goddem! ce était beaucoup cher...
beaucoup !
La foule des élèves écoutait ce dialogue.
— Impie! vandale! grommelaient-ilslc
INGRES. r,7
itre leurs dents. Ah! tu marchandes | leçons du maître!
Un éclair jaillit de tous les regards.
On ne se parla pas, on se comprit. Un 3Ste du massier désignait le modèle nu ir son estrade.
Aussitôt les blouses, les vareuses, tous I vêtements disparurent comme par un mp de théâtre, et cent trente élèves, s donnant les mains et formant la chaîne, técutèrent autour de l'Anglais une saibande échevelée dans le costume des mvages.
Le malheureux, ahuri par leurs cris îroces et ne pouvant s'échapper de ce ercle infernal, se sentit pris de vertige.
Il chancela sur ses genoux et ton ba la face contre terre, appelant au s cours avec désespoir. Dans sa persuasic|u intime il croyait que la frénésie des él ves irait jusqu'au sacrifice humain.
En ce moment, le maître entr'ouvr la porte.
On courut lui expliquer la cause c cette scène singulière.
Il sourit, regarda le spectacle en am; tcur, et se retira, disant :
— C'est bien. Je trouve tout simp que vous vous amusiez, mes enfants. A fait n'êtes-vous pas ici chez vous?
L'Anglais ne fut pas mangé ; mais faillit mourir d'épouvante.
A Paris, il n'est pas un atelier de peinire.dont les rapins n'aient exécuté
iojuelque tour de ce genre.
|| if. Ingres fut nommé professeur àl'Éole des Beaux-Arts, le 26 octobre 1829.
Il excita constamment chez ses élèves
ne sorte de fanatisme. Quand il faisait
Il 3 tour des chevalets ou des tables (cela 'appelait donner la leçon) , il écrasait
n bout de crayon noir sur les endroits lela toile qui lui semblaient défectueux, t se contentait, sur le papier, de coriger de l'ongle les contours incorrects.
Beaucoup de rapins, après cela, ne touchaient plus à la feuille, et l'encalraient précieusement, pour conserver
intacte la trace de l'ongle vénéré d maître.
Toute sa vie, M. Ingres s'est montr fort rigoureux sur le choix de ses mo dèles.
La femme admise à poser devant lut1 reçoit, par cela même, un certificat abu solu de beauté plastique, et, comme oi le devine, les sujets de ce genre son | très-raîes.
Néanmoins, après mille recherches le peintre avait fini par en trouver un aussi complet que possible.
C'était une jeune fille qui demeurai extra muros.
li|Il l'engagea pour venir poser tous les urs. Mais cette autre Vénus Gallipyge Duvait parfois beaucoup trop longue distance qui séparait son logis de l'alier de M. Ingres. Elle faisait régulièment une station à mi-chemin, dans il cabaret borgne, où se réunissaient bielques artistes dramatiques de la banque et nombre de rapins de quinzième nunée.
Trouvant là beaucoup d'amis, la jeune ffsonne oubliait l'heure au milieu des lices du grog ou des joies du bisoff.
Pendant ce temps, l'artiste, fatigué attendre et pestant après la donzeile,
expédiait à sa recherche tantôt un élève 'a tantôt un autre.
On savait où la trouver.
Quelquefois elle se laissait fléchir suivait l'ambassadeur ; mais quelquef o aussi les prières devenaient inutiles , tout le zèle du Mercure échouait.
A l'époque des frimas, lorsque poêle était chaud, lorsque l'eau-de-v était bonne, il arrivait très-souvent qi l'élève lui-même ne reparaissait plu Entraîné par les séductions liquides, restait au cabaret borgne, se chauffar buvant, s'amusant avec les autres.
Taut à coup une voiture s'arrêtait
a porte, et l'on entendait ce cri retenir :
— Le père Ingres!... c'est lui!... sauve ui peut!
Mais on n'avait pas le temps de fuir, 'a voix du maître, gourmandant son apin flâneur et la drôlesse qui le faiîit attendre , éclatait dans la salle |omme un tonnerre.
Alors la scène devenait curieuse.
Notre gourgandine se jetait au cou du ufeintre, l'accablait de cajoleries, lui demandait pardon, promettait pour la cenème fois d'être plus exacte, et finissait ar inviter M. Ingres à boire un petit 3rre.
Si l'urgence était grande, si le tableai veuf de son modèle, chômait depui quelques jours, le grand peintre s'hu miliait jusqu'au cassis.
Mais d'autres fois il persistait dans so courroux.
On l'entendait alors foudroyer de ft proches la Vénus de barrière. Il sortai en jurant ses grands dieux qu'il ne l'en ploierait plus.
Cependant le modèle avait des form* si exquises et des contours si mervei leux que, le lendemain, M. Ingres apaû lui envoyait sa voiture de très-boni heure, afin que le cabaret borgne r l'arrêtât plus en route.
Et Ton faisait la paix.
ujl Nous devons à celle reche che de la (perfection, constamment exercée par
l'artiste, une foule de toiles précieuses, ,,011 la forme est rendue dans toute sa
délicatesse et dans toule sa grâce.
M. Ingres peint en moins d'un jour la plus grande figure; mais il est un mois, et souvent plus, à la retoucher, à l'embellir, à y ajouter des fioritures plus ou moins heureuses.
Il faut en quelque sorte sauver le peintre de lui même et lui arracher son œuvre des mains, quand on veut la soustraire à cette éternelle manie des retou-
ches . qui ôte souvent à l'inspiration
primitive beaucoup de son mérite et de son charme.
Les deux toiles de Y Apothéose d'Ho mère et de la Stratonice furent ainsi en levées par violence ou par ruse.
Au sujet de la première, le directeu des Musées tendit à M. Ingres une sorfc de guet-apens, sans quoi le tableau com mandé n'aurait jamais pu être fixé ai plafond du Louvre.
Ingres effaçait à chaque instant d( nouveaux personnages, et les recom mencait pour les effacer encore.
Le directeur était au désespoir.
Se rendant, un jour, chez l'artiste, il lui dit sur un ton câlin :
—Vraiment, mon chermonsieur Ingres, vous êtes mal ici, vous n'avez pas vos aises. Jamais, dans un atelier si étroit, vous ne pourrez juger de l'effet d'une si grande toile.
— Croyez-vous? dit l'artiste, ému de ce raisonnement.
— Sans doute; vous auriez dû le comprendre vous-même. Je vous ai fait préparer une salle très-vaste, infiniment plus propice à votre travail, et, si vous le permettez, j'enverrai demain prendre votre tableau.
— Diable! fit M. Ingres irrésolu.
— Voyons, cher maître, insista le di-
recteur, laissez-vous faire. Bien certainement vous me remercierez.
Le lendemain, Y Apothéose quittait l'atelier.
Une fois dans une grande salle du Louvre et sous une lumière splendide, l'auteur voulut juger de l'effet de sa toile comme ensemble, et se hâta de repeindre tous les personnages effacés.
Voilà ce qu'attendait notre directeur sournois.
Ayant constaté parfaitement, un soir, qu'il ne manquait à personne ni un bras ni un œil, il appela des ouvriers et fit poser la toile à la place qui lui était réservée.
Qu'on juge de la stupeur de M. Ingres, lorsque, le lendemain, ouvrant la porte de son atelier, il trouva ses couleurs éparses et ses chevalets gisant au milieu du désert de la salle immense.
On lui montra Y Apothéose au plafond.
— Miséricorde ! cria-t-il ; mais ce tableau n'est pas terminé !
Ses genoux fléchirent; il éprouva le besoin de se trouver mal.
Reconnaissant toutefois que l'œuvre ne faisait pas mauvais effet, il se consola, jurant qu'on ne l'y reprendrait plus.
On l'y reprit néanmoins à quelque temps delà.
Le duc d'Orléans, qui avait eu la patience de poser environ six mois pour son portrait, ne voulut pas attendre dix ans la Stratmice1, et la fit enlever de l'atelier du peintre, un jour que celui-ci avait été mandé à Versailles.
Ingres cria, tempêta, pleura, courut chez le prince et lui reprocha sérieusementde s'être rendu coupable d'un abus de confiance.
Mais tout fut inutile.
Enfermée dans son cadre, la Strato-
1 Une des toiles les plus remarquables de M. Ingres. Le personnage de la fille de Démétrius Poliorcète est un type ravissant de beauté et de grâce. Malheureusement le peintre a exagéré, dans ce tableau, l'importance des accessoires. Les détails trop étudiés nuisent à l'intérêt de l'ensemble.
INGRES. 7i
riice se trouvait à l'abri des éternelles caresses de son auteur.
Au sujet du portrait de l'héritier préomptif de juillet, on raconte une aneciote singulière.
Chacun se récriait sur la ressemblance, ur la physionomie, sur la noble exprès- ;ion de la tête, et le château tout entier ;e rendait à l'atelier de l'artiste, afin le contempler ce prodige.
Un concierge des Tuileries, accouru à a suite des maîtres, semblait en extase levant la toile.
11 s'écriait, l'œil humide et les mains ointes :
— Ahl bonté divine! comme c'est ça!
— Hein, mon ami? Tu es mon
juge le plus sûr, toi ! lui dit M. Ingres, pour lequel toutes les admirations sont précieuses. Ton opinion me flatte, car enfin tu vois le prince à chaque instant.
«— Oui, monsieur. Ah ! c'est lui tout craché... c'est bien monseigneur le duc de Nemours !
Ingres tomba sur un siège en poussant un cri de désappointement et de colère.
Evidemment, un de ses ennemis lui avait ménagé ce coup d'assommoir.
Le concierge, imbé ile ou perfi ie, fut jeté hors de l'aie. i r par les rapir.s; mais le célèbre portraitiste fut malade
huit jours : l'abominable exclamation de cet homme ne lui sortait pas de l'esprit.
Déjà messi3urs les critiques, au sujet de beaucoup de portra ts antérieurs à celui du duc d Orléans l, avaient accablé le peintre d'injures.
Cette animosité féroce, qui s'attacha constamment à toutes les œuvres d'un pinceau célèbre, est à no^ yeux la preuve la plus convaincante du génie de M. Ingres.
Mais les articles les plus cruels, les
1 Ceux de Charles X dans ses habits royaux, du marquis de I astoret, de M. Gatteaux, de Al. Hittorf, de M. Baiilot, de M. Mole et d Armand Berlin.
phrases les plus outrageantes étaient destinés au Martyre de saint Symphorien, cette malheureuse toile, autour de laquelle on se battit au Louvre.
Car les enthousiastes y mettaient autant de rage que les détracteurs.
Si l'on en croit VHomme de rien, biographe peu expert en peinture, la fouie se prit à rire de « cette musculature colossale, de ces têtes énormes et de ces jambes surhumaines. »
Nous ne croyons pas que la foule ait jamais le droit de rire en présence de l'œuvre solennelle d'un maître. Si, dans ce tableau, le dessin est exagérément exprimé, la composition n'en reste pas
noins admirable, et les personnages jont posés avec une science parfaite-
Nous défendons à M. de Loménie de rouver rien de plus sublime dans l'art jue le visage du saint martyr.
Harcelé, torturé par ses farouches arisarques, Ingres arrive, un matin, dans jon atelier du palais des Beaux-Arts.
Il tient un journal, qu'il froisse avec jne sourde colère, et dit à ses élèves, sur e ton découragé d'un homme vaincu :
— Décidément, il paraît, messieurs, jue nous devons étudier l'anatomie.
3uon achète un squelette!
Mais, le lendemain, la vue du sinistre modèle le glace d'horreur.
Il gagne sa place à reculons, et pen dant toute la durée de la classe il n parle en aucune sorte de la leçon d'à naiomie.
Le jour suivant, même horripila tion du maître à la vue du squelette, e re même silence au sujet des études an noncées.
(in
D iiir in:
Enfin, le troisième jour, voyant se élèves distraits tourner les yeux vers 1; hideuse figure, il se lève, jette une ex clamation furibonde, court au squelette lui montre le poing, et s'écrie avec un< véhémence extraordinaire :
« — Laideur! abomination! monstruosité !... Va-t-en! va-t'-en! va-t'-en!
Il n'y avait plus, le lendemain, de quelette dans l'école.
De celte singularité de M. Ingres, on turait tort de conclure qu'il est un desinateur de convention.
Certes, il n'ignore pas plus qu'un au- 4re son homme écorché.
La charpente humaine lui a révélé
;es mystères; mais il dissimule dans
elîctte charpente tout ce qui lui semble
y)pposé au beau. Il professe pour le
îeurté une antipathie profonde.
Après les scènes affligeantes qui eurent lieu devant la toile du Saint-Symphorien, M. Ingres refusa d'exposer ses œuvres1.
Il persista dans cette inste rancune jusqu'en 184G
Un public de choix, composé de pei sonnes plus sages et plus retenues qu tous ces énergumènes du Louvre, qi protestaient à coups de poing contr une œuvre d'art, fut seul admis à visitei dans Patelier du peintre, ses travau:
achevés.
Le 1er mai 1833, Louis-Philippe nom ma M. Ingres officier de la Légion d'hon neur1. En 1834, on l'envoya diriger l'É cole française à Rome.
encore ne donna-t-il pas ses tableaux au Louvre les envoya a la galerie du bazar Bonne-Nouvelle. Au jourd'hui l'artiste prend sa revanche à l'Exposition Il a pour ses œuvres une salle tout entière, où li public admire quarante de ses tableaux.
1 Napoléon III lui donna la croix de commandeur.
De nouvelles persécutions l'y suivient.
On lui reprocha de témoigner une jj sympathie exclusive aux élèves qui se nontraient ses disciples fervents, et on 'accusa de négliger tous les autres.
A tort ou à raison, l'Académie de >einture s'émut de la nouvelle. Par l'orane de son secrétaire, elle lança contre 'enseignement de M. Ingres une protesation violente.
Jamais, il faut en convenir, artiste 'eut de plus impitoyables adversaires 01 [ue celui dont nous écrivons l'histoire.
On ne lui laissait aucun repos, aucune rêve ; on savait que les attaques du jour-
nalisme le jetaient dans une exaspén tion terrible, dans des syncopes si a la; mantes, que la pharmacopée ne troi vait plus de calmants à son usage, chaque jour les feuilles françaises 1 apportaient à Rome de haineuses di; tribes.
Véritablement ses ennemis l'eusse* tué, si, d'autre part, ses adulateurs, p^ des louanges excessives, n'eussent f« contre-poids à son désespoir.
Au premier grain d'encens M. Ingr ouvrait les yeux.
La syncope avait un terme, et le r mède agissait avec une infaillibil rare.
i Son violon, son cher violon, fidèle
ami de son enfance, le consolait aussi
!de ses chagrins. Tous les soirs il l'em-
i, portait aux fêtes musicales de la villa
s IMédicis. Notre peintre y maniait l'archet
d lavec un talent bien inférieur à celui de
Paganini, mais avec des prétentions au
J fnoins égales.
Malgré les consolations de la musique et celles de la louange, on remarque dans cette période de la vie de J \[. Ingres une trace de découragement âsible.
Durant un séjour de cinq années dans a capitale des arts, il ne composa que rois tableaux : un portrait de Ghéru-
bini1, maintenant au Luxembourg, la Vierge à l'hostie et Y Odalisque avec son esclave.
Commencée à Rome, la Stratonice ne fut terminée qu'à Paris.
Le découragement dont nous parlons était si ancré dans le cœur du peintre qu'il refusa de faire une copie delà fresque immortelle de Michel-Ange, le Jugement dernier, pour laquelle quatre cent mille frajncs lui étaient alloués au ministère. On la fit exécuter par Si-
1 Le directeur du Conservatoire et le peintre étaient amis intimes. A Paris, ils se voyaient tous les deux jours, et Chérubini composa une double fugue tout exprès pour le violon de M. Ingres. Baillot venait se joindre à eux, et l'on exécutait, en petit comité, des trios étourdissants.
galon pour le cinquième de cette somme, et l'École des Beaux-Arts la montre aujourd'hui au public parisien.
Tous les adeptes de M. Ingres le fêtèrent à son retour d'Italie.
La salle Montesquieu donna un banquet-monstre, où beaucoup d'hommes de lettres et d'artistes célèbres vinrent se joindre à la Iroupe enthousiaste des disciples.
Il y eut de chaudes accolades, des discours éloquents et du veau froid à discrétion.
De méchants journalistes écrivirent qu'ils avaient vu M. Paul Delaroche rire de l'œil droit et pleurer de l'œil gauche
Ce qu'il y a de positif, c'est que les élèves de M. Ingres versèrent à ce banquet de véritables larmes d'attendrissement.
Le maître reprit tout son courage et toute sa foi en lui-même.
Ce fut alors qu'il peignit Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII, — Lesueur chez les Chartreux, — Molière dans son cabinet, — Racine en habit de cour, — La Fontaine hésitant sur le chemin qu'il doit prendre, — Jésus an milieu des docteurs, — les portraits de la vicomtesse d'IIaussonville, de madame de Rothschild, et les vingt-cinq cartons de la chapelle de Dreux.
M. Ingres fut appelé à Darapierre,
chez le duc de Luynes, pour y peindre à fresque, dans une galerie du manoir seigneurial, l'Age d'or et l'Age de fer.
On sait que le duc de Luynes consacre ses immenses revenus à secourir et à protéger les arts.
C'est le dernier des grands seigneurs, un noble esprit, une âme éclairée, délicate et généreuse, qui toujours, et en toute occasion , double le prix d'un bienfait par la manière dont il sait le rendre.
Sa bonté quelquefois dégénère en faiblesse.
M. Ingres peut le dire mieux que personne.
Il conseilla au maître de Dampierre, assure-t-on , d'effacer une grande fresque due au pinceau de Gleyre.
Puis il fit démolir des murailles et bouleversa de fond en comble une aile du château pour donner plus d'étendue, plus d'ampleur et plus de majesté à la composition qu'on lui demandait.
Ces fantaisies étaient ruineuses.
Mais le duc est puissamment riche, et M. Ingres prit ses coudées franches dans les régions du caprice.
Il emmena sa femme à Dampierre, y établit son ménage et y resta sept à huit mois de l'année.
— Faites comme chez vous, lui disait M. de Luynes.
Et le peintre faisait mieux que chez lui.
La table du propriétaire du château lui déplut, en raison du trop grand nombre de convives qui venaient s'y asseoir. Il demanda sa nappe particulière; le duc se rendit avec empressement à ce désir.
M. Ingres invita ses amis et leur donna des festins de prince.
Comme il a le goût difficile et le palais d'une finesse extrême, il trouva que le cuisinier du château manquait de science culinaire.
Son mécontentement perça devant le duc.
Aussitôt M. de Luynes appela de Paris, tout exprès pour son hôte, un chef d'un talent très-prise par les gastronomes et dont les sauces n'avaient jamais encouru le moindre reproche.
Cet habile homme eut l'estime du peintre.
Mais il manquait à celui-ci, pour dîner à sa guise, une espèce de chou trèsfriand, qu'il avait appris à aimer audelà des Alpes, et dont le potager de Dampierre ne connaissait point la semence.
On se fit expédier au plus vite cette
semence d'Italie, car M. Ingres devenait taciturne et menaçait de maigrir.
Le duc de Luynes a toujours cru qu'il est impossible d'avoir pour un grand artiste trop de soins et trop de prévenances. Il est d'avis qu'on ne paye jamais trop cher un chef-d'œuvre.
Mais ce chef-d'œuvre avançait- il?
Voilà ce que le maître du château ignorait complètement.
Il ne lui était pas permis de voir peindre son hôte.
En revanche , lorsque M. Ingres se trouvait dans la galerie, il pouvait l'entendre filer sur son violon les notes les plus suaves.
Ayant, un jour, prononcé quelques mois timides au sujet de cette harmonie perpétuelle, et manifesté la crainte que le violon ne nuisît à l'achèvement des fresques, le duc obtint cette réponse triomphante :
« — J'évoque l'inspiration par la musique, et la musique seule me l'envoie ! »
Enfin M. de Luynes crut sérieusement que la muse de la peinture avait fini par descendre auprès de M. Ingres, car le bruit du violon cessa tout à coup.
L'artiste s'enfermait de longues heures dans la galerie silencieuse.
— Où en êtes-vous, cher maître? de-
mandait le duc; puis-je examiner le commencement de votre œuvre?
— Patience! patience! répondait l'auteur de la Stratonice.
Il continua de se claquemurer dans la galerie.
Lorsqu'il en sortait, il donnait double tour à la serrure et gardait la clé dans sa poche. Ni instances, ni prières, ni diplomatie, ni ruse ne purent ouvrir celte porte inflexible aux curieux désappointés.
— Je vous permettrai seulement de juger mon travail, disait M. Ingres, quand j'y aurai mis la dernière main.
Or, ce travail, il ne l'acheva point.
Le duc de Luynes en fut pour son hospitalité, pour ses frais de cuisine, pour ses choux ultramontains et pour une cinquantaine de milliers d'écus, si plus ne passe.
La mort de madame Ingres empêcha son époux inconsolable de terminer les fresques.
ïl déclara qu'il ne pouvait plus revoir Dampierre, où sa femme avait passé plusieurs années avec lui dans le calme, la solitude et le bonheur.
Beaucoup de personnes ont blâmé cette exagération du sentiment.
Mais le duc de Luynes est si riche et si bon! Certes, M. Ingres ne s'imagine
pas lui avoir causé le moindre déplaisir. Toutefois, il serait à désirer que tant de dépenses inutiles fussent tombées en secours sur des artistes malheureux.
A cela le héros de cette biographie peut répondre que le duc de Luynes n'en a pas perdu un seul acte de bienfaisance.
Rien n'est plus véritable.
Tant mieux pour M. Ingres, si cette justification paraît suffisante au lecteur.
Le célèbre artiste s'était chargé des travaux de* peinture de Téglise Saint- Vincent de Paul. Deux cent mille francs avaient été votés par le conseil municipal pour l'exécution de ces travaux, et
M. Ingres a refusé depuis, on ne sait pour quel motif, l'hommage de son talent au temple chrétien.
En revanche, PHôtel-de-Ville de Paris vient de le voir peindre, à 1 âge de soixante-treize ans, un plafond magnifique, représentant le Triomphe de Napoléon Ier.
Cette peinture d'un vieillard est chaude, vigoureuse, presque éclatante.
M. Ingres, comme Raphaël, tourne à la couleur à la fin de sa carrière. La noblesse et la grandeur du style sont portées au plus haut point dans sa dernière œuvre. Le front de Napoléon-le-Grahd éclate d'une majesté suprême.
On doit reconnaître que l'artiste possède toujours, en dépit de l'âge, cette verve de conception et cette force de génie qu'il déploya jadis à son retour de Rome.
Dans sa vieillesse, la Providence le venge de tous les ennemis jaloux qui lui refusaient jusqu'à l'ombre du talent.
Cet autre Titien vivra son siècle.
Au lieu d'assister, comme tant d'autres à l'obscurcissement de sa gloire, il la verra de plus en plus resplendir.