‹ Ingres, sa vie et ses ouvragesChapitre 1 sur 34 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Cette étude sur la vie et les œuvres du plus illustre peintre de notre temps s'est agrandie jusqu'à devenir un livre. Cela tient à l'abondance et à l'intérêt des renseignements qui sont venus s'offrir à nous dès le jour où nous avons commencé, dans la Gazette des Beaux-Arts, une notice sur Ingres , sa vie et ses ouvrages. Plus de cent^ vingt lettres autographes adressées par Ingres à ses meilleurs amis, notamment à M. Marcotte, d'Argenteuil, à M. Gilibert, de Montauban, à M. Sturler, nous ont permis de suivre le maître pas à pas dans les phases si diverses de sa vie, de connaître à la fois les variations de son humeur et l'unité inflexible; de son caractère, ses émotions de chaque jour, ses découragements momentanés, ses actes de vigueur, ses efforts héroïques pour atteindre aux plus hauts sommets, enfin, ses idées sur l'art et ses opinions sur les autres et sur lui-même.

Grftce à d'aussi précieux documents, nous avons pu restituer en son entier une des physionomies les plus étonnantes de l'École française, peut-être la plus originale de toutes, et nous avons essayé de faire le portrait d'Ingres en suivant les principes qu'il suivait lui-même pour faire le

portrait des autres, c'est-à-dire, en le particularisant au plus vif par la signification de quelques détails choisis^ et en évitant avec soin ce qu'il fuyait, lui, avec horreur, les poncifs, en d'autres termes, ces expressions vagues, géné-

j raies, élastiques, dont se servaient autrefois les biographes, et qui, une fois clichées, pouvaient s'appliquer, par un simple changement de nom, aux personnages les plus différents. Mais comme les mots ne suffisent pas pour décrire des tableaux et peindre un peintre, nous avons voulu enrichir la présente notice d'Ingres de toutes les gravures d'après lui qui pouvaient entrer dans notre format.

Ces planches, exécutées par nos plus habiles artistes, diront beaucoup mieux que nous ne l'avons dit la supériorité du talent d'Ingres, la fierté et la délicatesse de sou dessin, l'accent particulier de sa peinture, la vérité incisive de ses portraits, tout ce qui constituait sa forte personnalité.

^ C'est le privilège des maîtres classiques et de ceux qui le deviendront, que leurs œuvres traduites par le burin du graveur conservent et immortalisent ce qu'il y a de plus essentiel dans leurs qualités, le dessin, et ce qu'il y a de plus élevé dans l'art, le style.

7 mars 4870.

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