‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 158 sur 166 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

L'éducation du public est à refaire quant aux idées qu'il doit avoir sur les beautés de l'art. Il faut la reprendre en sous-œuvre, ce qui n'est pas aisé, je l'avoue, tant le goût est faussé et l'ignorance habituelle; mais l'éducation de la jeunesse sera plus facile. Celle-ci se

prêtera mieux , par cela même qu'elle n'a pas eu le temps de se laisser tout à fait égarer, à entrer dans la grande voie qu'ont tracée les Grecs, Raphaël et les maîtres, dans cette voie qui est celle du beau et du sublime par !a nature.

Il n'y a donc à suivre, dans les arts comme dans les lettres, que les seuls et immortels chefs-d'œuvre des anciens. Les anciens nous apprennent tout. Il est d'ailleurs si facile, si doux de les aimer! Ils sont si beaux, ils ont si bien la sagesse divine, la véritable raison! Il semble que Dieu les ait inspirés pour notre bonheur.

En admettant (ce dont j'ai la profonde conviction) la supériorité des anciens sur les modernes, on conviendra qu'il est indispensable de populariser le plus possible leurs chefs-d'œuvre. Or le premier parti à tirer de ces chefs-d'œuvre est de reconnaître qu'ils proclament tous la suprême vertu du dessin. Je commencerai donc par prescrire l'étude assidue , le culte du dessin , sans lequel l'art n'existe pas et l'artiste n'agit que comme un aveugle.

Le dessin est d'une nécessité absolue dans l'éducation des jeunes élèves. Il sera pour eux comme le lait que donne une bonne nourrice à l'enfant nouveau-né. Mal nourri, celui-ci sera victime toute sa vie de cette alimentation première : les mauvaises écoles ont les mêmes résultats, elles produisent d'aussi mauvais fruits. Je recommande par conséquent à grands cris l'étude de ce principe, clef de tout le reste, de cette science mère, le dessin, comme l'essence même et la condition la plus précieuse de l'art.

Outre l'enseignement à donner aux jeunes artistes à

l'Ecole des beaux-arts, il faudrait être beaucoup plus sévère qu'où ne l'est sur le choix des professeurs qui enseignent le dessin dans les lycées, aux Écoles polytechnique, de Saint-Cyr, des Arts-et-Métiers et autres. Les maîtres devraient choisir scrupuleusement les modèles qu'ils donnent à copier à leurs élèves, ne les prendre que parmi les chefs-d'œuvre de la statuaire grecque ou romaine et parmi ceux des plus grands maîtres de la Renaissance. Les écoles devraient, au point de vue du dessin , être inspectées de près, de très-près, au moins tous les six mois.

Je voudrais avant tout voir restituer à l'Institut le droit qui lui a été enlevé de juger les concours pour le grand prix de Rome et d'exercer son influence sur la direction des arts par un rapport annuel et public sur les travaux des pensionnaires de l'Académie de France.

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