Martyre de saint Symphorien
Tableau commandé par l'Etat. Il est signé : J. A. Ingres, 1834. Il a été lithographie en 1838 par M. F. Trichot- Garneri, à Ghâlons-sur-Saône (I), puis gravé au trait dans l'ouvrage publié par M. Magimel, et gravé en bois par M. Piaud pour la Gazette des Beaux-Arts , t. V. M. Alphonse François termine en ce moment, d'après cette admirable toile, une grande planche en taille-douce pour la Chalcographie du Musée du Louvre. Exposé une première fois au salon de 1834, le Martyre de saint Symphorien a reparu à l'Exposition universelle de 1855. (Église cathédrale d'Autun.)
Ingres lui-même a décrit la scène en ces termes : « Pendant la persécution de Dioclétien, le jeune Symphorien, déjà éclairé des lumières de la foi, confessa la loi de Jésus- Christ devant le gouverneur Héraclius, qui le fit d'abord battre de verges. Quelques jours après, il le fit conduire hors des portes de la ville, au temple de Bérécynlhe, pour y sacrifier; mais le trouvant inébranlable, il ordonna à ses satellites de le traîner au supplice. Sa mère, placée au haut des murailles, l'encourage, comme celle des Machabées, à souffrir le supplice qu'on lui prépare, et lui rap-
(1) Au moment où parut la lithographie du Saint Symphorien, Ingres, alors à Rome, 9'en montra très-mécontent et voulut même en arrêter la publication : mais, plus tard, il déclarait y reconnaître « une imitation assez intelligente des caractères du modèle, et, sous la sauvagerie de l'exécution, un certain fonds de sentiment ». Aussi ne dédaigna-t-il pas de retoucher de sa main quelques épreuves qu'il donna à plusieurs de ses amis, à Calamatta entre autres. Une de ces épreuves même fut reprise au crayon par lui avec un tel soin, et, peu à peu, si bien transformée, qu'elle devint un dessin dont il est difficile au premier aspect de discerner la véritable origine.
Ce bel ouvrage signé : /. A. D. Ingres, Pil, a, jusqu'en 1867, orné le cabinet de travail du maître : il appartient aujourd'hui à M. Duval- Destain.
pelle la récompense que Dieu lui réserve dans le ciel. Le jeune martyr se tourne vers elle pour lui dire un dernier adieu, et lui montrer qu'il est prêt à braver les tourments et la mort. »
Nous n'avons pas à revenir ici sur ce que nous avons dit dans la Notice des froideurs ou des injustices qui accueillirent ce tableau à son apparition, et des ressentiments violents que le tout laissa dans l'âme du maître. Les choses d'ailleurs ont bien changé depuis lors. En reparaissant à l'Exposition universelle de 1855 et, douze ans plus tard, à l'Exposition posthume ouverte à l'Ecole des beaux-arts, le Martyre de saint Symphorien a facilement eu raison des anciennes résistances ou des premières erreurs de l'opinion. Aujourd'hui tout le monde est d'accord pour honorer dans ce chef-d'œuvre non-seulement un des meilleurs tableaux d'Ingres, mais encore un des monuments les plus considérables de la peinture française. Ainsi se trouve justifiée la prédiction d'Ingres lorsqu'il écrivait en 1842, à props du Saint Symphorien : «C'est là un ouvrage sur le compte duquel on reviendra. Je le dis franchement, le public de Paris a été inique, ignorant et cruel; plus tard il appréciera mieux mes efforts et saura tenir pour ce qu'il vaut, je l'espère, mon maître tableau. » Il existe trois séries d'études d'après nature peintes par Ingres pour ce tableau et constituant chacune un précieux ensemble de documents, tant sur l'histoire de l'œuvre ellemême, que sur la manière de procéder du maître.
Une de ces trois toiles , signée Ingres, nous montre côte à côte les figures du martyr, de sa mère, du proconsul, avec plusieurs études de têtes, de bras et de mains. (Appartient à M. Eugène Lecomte.) La seconde comprend des études pour le licteur du premier plan et pour les deux figures voisines, plus treize fragments de figures. Elle est signée : Ingres à Monsieur Henry Delaborde.
On voit sur la troisième le licteur placé à droite dans le
tableau, l'enfant qui ramasse une pierre, le proconsul et plusieurs études partielles de figures.
(Appartient à M. Haro.)