Vénus Anadyomène
Ingres avait commencé ce tableau à Rome, dès 1807. Forcé de l'interrompre en 1808, au moment où il avait presque achevé de peindre la figure principale, mais avant que les Amours fussent terminés, il ne put le reprendre que quarante années plus tard. La Venus telle qu'on la voit aujourd'hui fut finie au mois de juin 1848 et exposée en 1855. M. Pollet a depuis longtemps entrepris une gravure au burin d'après cet ouvrage, un des plus accomplis qu'ait produits le pinceau du maître , un de ceux où il a le plus admirablement pratiqué cet art du « modelé dans le clair » dont la Source elle-même n'offrirait pas un plus
(1) Peintre d'histoire, ancien pensionnaire de l'Académie de France. revenu alors depuis peu à Paris.
délicat exemple, ni, en tout cas, un témoignage aussi libre, aussi facilement formulé.
(Collection de M. Reiset, conservateur des Peintures et des Dessins au Musée du Louvre.)
Ingres avait toujours vivement regretté de ne pouvoir mener à fin une œuvre dont il regardait avec raison le sujet comme un des mieux appropriés aux inclinations de son esprit et aux caractères de son talent. A un certain moment toutefois, l'occasion qu'il attendait avait paru se présenter, puisque, le 15 juin 1821 , il écrivait de Florence à son ami Gilibert : « Cette ébauche avancée a toujours, je puis le dire, fait l'admiration de tous; mais personne ne m'avait dit : Finissez-la pour moi. J'ai dû faire d'autres ouvrages moins de mon inclination, et beaucoup de petits, désagréables, mais par nécessité, pendant que j'étais plein de feu et d'inspiration pour ce qu'il y a de plus grand et de plus divin... Enfin je l'ai trouvé celui qui me rend à moi-même, et ce qui me flatte le plus, c'est qu'il est Français » . Vain espoir! Ce Français si bien inspiré d'abord ne put ou ne voulut pas poursuivre jusqu'au bout l'exécution de son projet, comme, à un long intervalle de temps et en face du tableau achevé cette fois, un autre amateur devait, après quelques pourparlers avec Ingres, renoncer un peu vite à ses premières intentions. Mal conseillé en cela par un de ses parents qu'il avait amené dans l'atelier du maître et qui, même en présence de celui-ci, avait cru devoirrelever une «faute de dessin » dans l'un des genoux de la Vénus , M. Benjamin Delessert cessa d'ambitionner la possession d'une toile que, grâce à cet abandon inespéré, M. Reiset put à son tour proposer d'acquérir, et dont il devint en effet le possesseur.
Nous avons dit que la Vénus Anadyomène fut achevée en 1848. Ingres y travaillait encore peu de jours avant les terribles événements de juin. Le 9 de ce même mois il écrivait à M. Marcotte : « C'est un bienfait de la Providence
qu'elle me laisse dans ces tristes moments le pouvoir de travailler, et à quoi s'il vous plaît? à un tableau de Vénus et les Amours. Mais comme ce tableau est extrêmement délicat, ce n'est que d'hier, quoique j'y aie beaucoup travaillé, que je l'ai terminé matériellement. A présent, je vais lui donner la dernière main , ce qui est tout pour l'œuvre. Gela me tiendra bien encore huit ou dix jours, et j'ai ensuite les études relatives à Dampierre pour ma session de cette année » .
Une réduction de la Vénus, léguée par M. Marcotte, est, depuis 1867, conservée dans la Galerie du Luxembourg.
(Voyez Naissance deVénus, aux Compositions dessinées.)