Francesca da Ri mini et Paolo Malatesta
Ce charmant petit tableau, signé : Ingres, Rom. 1819, a été exposé en 1855. Il appartenait alors à M. le comte Turpin de Crissé, qui le légua ainsi que les autres objets d'art qu'il possédait, à la ville d'Angers. Reproduit partiellement dans une lithographie d'Aubry Lecomte et dans une petite estampe allemande signée : C. Kotterba, il a été
lithographie dans son ensemble par Gsell pour la France littéraire, 1848, et gravé au trait par Réveil dans l'ouvrage publié par M. Magimel. (Musée d'Angers.)
Ingres, au sujet de ce tableau, écrivait de Florence à M. Marcotte le 9 mars 1822 : « J'ignorais que vous fussiez membre de la Société des Amis des arts. Par quelle fatalité, à moi cependant bien ordinaire, n'ai-je jamais entendu parler ni en bien ni en mal d'un tableau que je fis pour cette Société, il y a environ trois ans, et qui représente Francesca da Rimini? Serait-ce parce que je l'ai composé, dessiné et peint dans son véritable caractère, et point à la française, soit dit sans nous faire du tort? Serait-ce parce qu'il a l'expression convenable, la grâce qui doit tout accompagner, et qu'il est encore colorié dans la mesure qu'il faut, comme saura toujours assez faire d'ailleurs « celui qui s'attachera au principal » , ainsi que disait Poussin? Cet ouvrage avait toujours plu aux gens délicats, véritablement connaisseurs, et même au vulgaire. Ayez donc la charité de m'en dire quelque chose et de m' apprendre quel est celui qui aura eu le malheur d'en devenir possesseur... »
Une note de la main de M. Marcotte, en marge de la lettre qui précède, nous apprend comment « ce malheur » était échu à M. le comte Turpin de Crissé. « Le tableau, dit M. Marcotte, avait été envoyé par Ingres à la Société des Amis des arts de Paris, pour le prix de cinq cents francs. Le comité de la Société n'en fut pas satisfait et le troqua contre un tableau de M. Turpin de Crissé, artiste amateur qui faisait alors partie du comité. »